La Compagnie des Indes orientales, appelée dans un second temps Compagnie britannique des Indes orientales (d'abord anglaise, sous le nom de (EIC) puis britannique sous le nom de (BEIC) a été créée le par une charte royale de la reine Élisabeth d'Angleterre lui conférant pour 20 ans le monopole du commerce dans l'océan Indien.

Première des compagnies européennes fondées au pour conquérir « les Indes » et dominer les flux commerciaux avec l'Asie, elle trouve sa place face à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, la célèbre VOC, et prend l'avantage sur la Compagnie française des Indes orientales qu'elle conduit à la ruine en conquérant toutes ses possessions en Inde, tout en survivant à une grave crise financière. Elle marque profondément la création du futur Empire britannique.

Elle devient l'entreprise commerciale la plus puissante de son époque et acquiert des fonctions militaires et administratives régaliennes dans l'administration de l'immense territoire indien. Heurtée de plein fouet par l'évolution économique et politique du , elle décline progressivement, puis disparaît en 1858 après la révolte des cipayes.

Depuis ses quartiers généraux de Londres, son influence s'est étendue à tous les continents : elle a, entre autres, présidé à la création des Indes britanniques et du Raj, fondé Hong Kong et Singapour, répandu la culture du thé en Inde et l'usage de l'opium en Chine, retenu Napoléon captif à Sainte-Hélène, et s'est trouvée directement impliquée dans la Boston Tea Party qui servit de déclenchement à la guerre d'indépendance des États-Unis.

Contexte historique À la suite des croisades ouvrant les routes de l'Orient, les activités commerciales et financières favorisent le capitalisme naissant des républiques italiennes au long des avant que le commerce ne profite aussi à l'Angleterre et aux pays de la mer du Nord. Deux grands pôles concentrent le commerce de l'Europe, l'Italie du Nord et les pays de la Baltique où prospère la Ligue hanséatique depuis le Moyen Âge.

La fin du est marquée par les Grandes découvertes : l’Amérique par Christophe Colomb en 1492, mais surtout l’Asie (nommée à l'époque : les Indes orientales) grâce au contournement du cap de Bonne-Espérance par le Portugais Vasco de Gama en 1498.

À l’aube du , la puissante république de Venise domine la mer Méditerranée, et par là, grâce à ses relations avec les comptoirs du Moyen-Orient le commerce des produits venus du Levant et de l'océan Indien. Le contrôle de ces produits venus d'Extrême-Orient par caravane ou par navire lui assure la domination des marchés d'Europe. Cette domination commence toutefois à être contestée par la ville d'Anvers, devenue l'entrepôt du poivre importé par le Portugal, utilisant la nouvelle route maritime du Sud.

À partir des années 1570, le commerce de Venise en Méditerranée est mis à mal par les marchands nordiques qui inondent les marchés de produits contrefaits, allant jusqu’à orner leurs tissus du sceau vénitien afin d'en renforcer l'attrait. L'industrie méditerranéenne perd alors à la fois ses clients et sa renomméeFernand Braudel, La Dynamique du capitalisme, 1985.. Pendant ce temps, l'Espagne met en place le commerce de l'or en provenance des nouveaux territoires qu'elle a découverts en traversant l'océan Atlantique. Mais elle connaît à son tour un déclin important à la fin du .

Au début du , les Provinces-Unies sont encore en guerre contre la couronne espagnole pour obtenir leur indépendance. La situation sociale y est différente de celle du reste de l'Europe. Le commerce y est fortement développé avec l'extension de grandes villes : une puissante élite bourgeoise anime la politique de ces États, plutôt que la noblesse féodale plus campagnarde. Les privilèges de ces oligarques patriciens sont proches de ceux de la noblesse.

À la fin du , les Néerlandais commencent à s'intéresser aux Indes et envoient une première expédition en 1592 avec quatre navires dont trois reviennent à Amsterdam en 1597, sans avoir fait de substantiels profits.. Mais l'expédition n'est qu'un précédent au développement d'un important commerce que l'Empire portugais déclinant ne peut contrer. Entre 1598 et 1602, les Néerlandais envoient 65 navires divisés en 14 flottes vers l'océan Indien.. Les flottes qui réussissent à revenir permettent des bénéfices atteignant jusqu'à 265 %, mais ceux-ci pourraient être encore accrus, s'il n'y avait pas une multiplicité de compagnies se faisant une concurrence effrénée en AsieFrédéric Mauro, L'expansion européenne (1600-1870), PUF, 1967, p. 131..

Création et développement Création de la compagnie

vignette|redresse|Élisabeth d'Angleterre autorise la création de la Compagnie. vignette|East India House, Londres, par Thomas H. Shepherd, 1828.

La Compagnie ou East India Company fut fondée en tant que The Company of Merchants of London Trading into the East Indies John Keay, The Honourable Company - A History of the English East India Company, HarperCollins, Londres, 1991 , p. 9. par un ensemble d'hommes d'affaires entreprenants et influents, qui obtinrent une charte de la couronne d'Angleterre lui octroyant l'exclusivité du commerce avec les Indes orientales pour une période de vingt ans.

Initialement, cette création n'ébranla point le contrôle des Néerlandais sur le trafic des épices et la Compagnie eut des difficultés à établir un premier comptoir durable en Inde. Finalement, des navires lui appartenant accostèrent à Surate qui fut érigée en comptoir commercial en 1608. Les deux années suivantes, elle réussit à créer sa première factorerie (comme les comptoirs étaient alors nommés) dans la ville de Machilipatnam sur la côte de Coromandel dans le golfe du Bengale.

Les profits très élevés rapportés par la Compagnie après son établissement en Inde (vraisemblablement en raison de la réduction des coûts de trafic dans les comptoirs) poussèrent le roi Jacques à accorder des licences à d'autres compagnies commerciales en Angleterre. Cependant, en 1609, la charte de la Compagnie est renouvelée : elle se voit octroyer le monopole du commerce avec les Indes orientales pour une période indéfinie, mais incluant une clause stipulant qu'il cesserait si les affaires de la compagnie devenaient non profitables trois années de suite.

Organisation vignette|Premier blason de la compagnie britannique des Indes orientales. vignette|Autre marque ancienne de la compagnie.

La Compagnie est organisée comme beaucoup d'autres sociétés lancées à l'époque comme une « regulated company ». Elle réunit des actionnaires qui renoncent à agir seuls pour le même objet. Le capital est réuni pour le montant que chacun veut verser et tous peuvent reprendre leur part à la fin de chaque expédition. De ce fait, le capital (joint-stock) n'est pas fixe : la Compagnie est dotée d'un capital initial de partagé entre 125 actionnaires pour le premier voyage, pour le secondMichel Morineau, Les Grandes Compagnies des Indes orientales, PUF, 1999, p. 11.. C'est une situation très différente du choix fait par la VOC d'immobiliser un capital fixe, dont les parts (actions) sont librement négociables en bourse.

La compagnie est gérée à partir de son quartier général de Londres par un gouverneur et 24 directeurs qui forment la Cour des Directeurs. Ils étaient nommés et étaient responsables devant l'Assemblée des propriétaires.

En Inde, quelques employés et des soldats furent mis en place. En 1647, la Compagnie disposait de 23 factoreries, chacune placée sous le contrôle d'un facteur, d'un maître marchand ou d'un gouverneur selon les cas et 90 employés résidaient en Inde.

Enfin, dans la première moitié du , les principaux comptoirs furent fortifiés comme le fort William à Calcutta ou le fort Saint-George à Madras, et le Bombay érigé.

Échec contre les Néerlandais en Indonésie

Sumatra, réputée riche et regorgeant d'or, est la première contrée qu'aborderont les bateaux de la CompagnieMarguerite Eyer Wilbur, The East India Company: And the British Empire in the Far East, Stanford University Press, Stanford, 1945, p. 214.. Les premiers ports qu'ils abordent sont en Aceh, à Jambi, Indrapura (sultanat de Siak), Padang et Pariaman (ouest de Sumatra), Bengkulu et Sillebar (au sud de Bengkulu).

Durant ses premières années, elle a peu de succès dans le commerce des épices largement dominé par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et ne peut établir d'avant-poste durable en Indonésie. Ses négociants entrent souvent en conflit avec leurs concurrents néerlandais, portugais ainsi que français dans l'océan Indien.

La Compagnie se heurtait aux intérêts de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, la VOC, créée deux ans après elle, et qui supplantait les Portugais dans tout l'archipel indonésien. Sous la direction de Jan Pieterszoon Coen, qui avait fondé Batavia dans l'ouest de l'île de Java, , forçant celle-ci à se replier sur le continent indien.

Début des opérations en Inde vignette|redresse|Jahângîr. vignette| Deux vues d'un (navire de la Compagnie) de l'époque de Guillaume III (). Le navire hisse le drapeau anglais sur le grand mât et le pavillon rayé de la Compagnie, une variante du anglais, à l'arrière. (Isaac Sailmaker, , ).

Réalisant peut-être la futilité de mener des guerres de course dans des mers reculées, les Anglais décidèrent d'explorer la possibilité d'obtenir un établissement permanent sur le continent indien. La victoire remportée sur la flotte portugaise à la bataille de Swally en fut un évènement capital qui fournit à la Compagnie les faveurs de l'empereur moghol Jahangir. Cette conquête territoriale devait être reconnue par les deux monarchies, et la Compagnie requit aussi auprès de la Couronne anglaise le lancement d'une mission diplomatique.

En 1615, Sir Thomas Roe est envoyé par le roi Jacques à Âgrâ, à la cour de l'empire moghol, qui régnait alors sur la plus grande partie du sous-continent indien. Le but de cette mission était d'obtenir pour la Compagnie le droit d'établir des comptoirs exclusifs dans certaines places comme Surate. En échange, elle proposait d'approvisionner l'empereur en produits manufacturés européens.

La mission fut un succès complet et un traité fut signé accordant la protection des Moghols aux négociants de la Compagnie en leur ouvrant l'ensemble des territoires avec totale liberté de commercer, mais sans toutefois leur accorder d'exclusivitéJahangir confia à Thomas Roe une lettre au roi Jacques : (Indian History Sourcebook: England, India, and The East Indies, 1617)..

Conquête de l'Inde Malgré cet accord politique avec l'Empereur moghol et les premiers succès commerciaux, la Compagnie dut affronter plusieurs difficultés avant le début du , d'une domination incontestée.

Critique du « système mercantile » Les marchés en Orient n'étant pas preneurs de marchandises européennes, comme les draps, principale production anglaise et flamande, la Compagnie devait exporter de plus en plus de métaux précieux. Pour lutter contre les critiques de plus en plus fortes sur cette « hémorragie » d'or et d'argent, il fallut que l'un des directeurs de la compagnie, Thomas Mun prenne, en 1621, la défense des pratiques de la Compagnie en échafaudant les premiers éléments de la théorie de la balance commerciale, doctrine qu'Adam Smith critique ensuite sous le nom de « système mercantile »..

Vers le monopole vignette|gauche|redresse=1.0|Les comptoirs européens en Inde (les frontières des pays et les drapeaux sont anachroniques). vignette|Navire de la Compagnie à Bombay (tableau de 1732).

La Compagnie avec un tel patronage politique réussit rapidement à éclipser l'Estado da India portugais, qui avait établi des bases à Goa, Chittagong et Bombay (qui fut plus tard cédée à l'Angleterre comme un élément de la dot de Catherine de Bragance). Elle réussit à créer des places fortes à Surat, Madras (1639), Bombay (1668) puis Calcutta en (1690).