La forêt de Soignes ( ; ; ; ) est une forêt périurbaine d’environ (aujourd’hui fragmentée par le réseau routier et ferré), située au sud-est de Bruxelles, dans la partie centrale de la Belgique et dont un cinquième de la superficie, située sur le territoire de Bruxelles-Capitale, est connexe avec le bois de la Cambre, promenade forestière et champêtre qui pénètre dans la ville jusqu’à du centre-ville. En pénétrant sous les arbres du bois de la Cambre, puis de la forêt de Soignes, le promeneur, s’il se dirige vers le sud, débouche, plus loin, à Waterloo. Depuis 2017, sont classés patrimoine mondial de l’UNESCO.

La principale caractéristique de la forêt de Soignes est d’être composée à près de 80 % de hêtres issus de plantations ou de régénération naturelle, dont les hautes futaies ont fait surnommer une partie du massif « la hêtraie cathédrale ».

La surface actuelle de la forêt de Soignes proprement dite est de , que l’on peut étendre à environ si l’on y inclut d’autres étendues boisées publiques contiguës qui en faisaient partie dans le passé, comme le bois bruxellois de La Cambre. C’est une des plus grandes forêts périurbaines d’Europe, mais elle n’est que le vestige de la vaste forêt qui a autrefois couvert une bonne partie du Brabant et du Nord de la France.

Parmi les éléments du massif, le bois de la Cambre () s’enfonce au cœur de la ville, le bois des Capucins contient l’arboretum de Tervuren, le parc Tournay-Solvay, le domaine Solvay de La Hulpe, le bois de Tervuren et le domaine du Rouge-Cloître (, en néerlandais) complètent cet ensemble.

Historique Après la dernière période glaciaire (), la végétation évolue lentement avec la stabilisation du climat du type toundra vers le type forestier. vignette|Vallon. vignette|Drève de Lorraine, bordée de magnifiques hêtres rouges. vignette|Lumière d'automne au sentier du Kaasmans. vignette|Sentier du Botermans en hiver. Des traces archéologiques d’établissements humains, haches de pierre, pointes de flèches, grattoirs, percuteurs, ainsi que des vases sphériques à col évasé (conservés aux Musées royaux d'art et d'histoire) datant de ont été découverts entre le vallon des Enfants Noyés en néerlandais, nom dû à une traduction du nom de famille Verdoncken, mot qui ressemble au mot noyés en néerlandais, une famille de meuniers. et le vallon du Vuylbeek en néerlandais, Vuylbeek selon les anciennes normes de l’orthographe néerlandaise.. À cette époque, la forêt s’étendait sur la plus grande partie de l’Europe occidentale. Des tumuli (buttes de terre élevées au-dessus d’une tombe) sans doute construits durant le millénaire sont visibles.

Au début de notre ère, la forêt de Mormal ne portait pas ce nom, mais était noyée dans l’immense forêt hercynienne ou Hercynie que Pomponius Mela, premier géographe romain que l’histoire ait retenu, décritDescription faite dans sa Description de la Terre. comme la forêt de Gaule, et . Il dit qu’elle . Jules César et d’autres auteurs de l’Antiquité citent aussi cette forêt comme la plus grande de Gaule.

Au début de l’ère chrétienne, la forêt est encore immense, mais commence à être significativement exploitée (bois, fruits et gibier). Son nom de forêt Charbonnière (Carbonaria silva) employé au haut Moyen Âge laisse penser qu’on y fabriquait aussi le charbon de bois nécessaire aux forges. La forêt de Mormal, mentionnéeDe Saint-Genois, Pairies du Hainaut, , , cité par Ch. Duvivier, in La Forêt charbonnière (Carbonaria silva), publié à Bruxelles, 1860). aux s’étendait encore loin vers le sud, le long de la Sambre (ce que ne pense pas Ch. Duvivier) ; Guichardin pensait qu’elle se prolongeait encore jusqu’au Quesnoy. De Dynter fait traverser cette forêt par Clodion le Chevelu « ». De Dynter, , ., mais il la confond avec la Charbonnière telle qu’elle existait au .

Vers l’an mil, la forêt de Soignes ()Ce mot est inconnu de Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, 2003, qui signale toutefois () des dérivés du mot gaulois sounos signifiant « sommeil, songe » tels que le nom de personne Sunucus, dont le sens pourrait être « somnolent, paresseux ». Remarquons toutefois que vers l’an mil le gaulois avait disparu de nos régions et que la Senne s’appelait alors encore la Braine… Ce qui rend cette étymologie impossible… Le mot gaulois le plus proche serait sonno-, sunno, signifiant « soleil » (Delamarre, , )., devient propriété de chasse des comtes de Louvain, qui deviendront ducs de Brabant, et de leurs héritiersAu musée du Louvre à Paris se trouve une douzaine de tapisseries réalisées d’après des projets de Bernard van Orley aux alentours de 1540 et représentant les « Chasses de Maximilien » en forêt de Soignes.. Grâce à cela, comme quelques autres forêts royales, elle a en partie échappé au défrichement. Plusieurs abbayes ou communautés monastiques, reçoivent l’autorisation de s’y installer. Au , De Dynter réduit la forêt Charbonnière à la forêt de Mormal, .

Sous l’empereur Charles Quint, elle couvre encore . Elle reste un terrain de chasse, mais une exploitation du bois plus systématique y est pratiquée, en coupe à blanc, parcelle après parcelle, et on laisse ensuite la forêt se régénérer. Durant les périodes troublées du et du , la forêt est surexploitée et ne se renouvelle plus naturellement ; sa surface se réduit.

La période autrichienne (1714-1795) y connait un reboisement systématique par plantation de hêtres, ce qui change profondément l’aspect de la forêt jusque-là composée d’un mélange de diverses essences de feuillus. Les futaies les plus anciennes datent de cette période. En 1787, Joachim Zinner est nommé directeur des pépinières, semis, plantis et repeuplement de la Forêt de Soignes. En plus des hêtres sur les sols limoneux, il fait planter des pons noirs et des pins sylvestres sur les sols sablonneux. De la période française (1795-1814) datent le code forestier et les plantations de chênes.

En 1822, à l’époque du royaume uni des Pays-Bas, puis de 1831 à 1836 durant les premières années de l’État belge, alors qu’elle appartient à la Société générale de Belgique, une grande partie de la forêt divisée en « triages » est mise en vente publique. La forêt perd les trois cinquièmes de sa superficie passant de . L’essentiel des terrains vendus est défriché par les nouveaux propriétaires privés. Une partie constitue aujourd’hui le domaine d’Argenteuil, le domaine Solvay ou encore le domaine de l’arboretum de Tervuren. La forêt restante est rachetée par traité le 5 novembre 1842 par l’État belge. Le plan est dressé par le géomètre forestier Jean-Baptiste De Roy le 24 janvier 1843. Cette surface de D'après le plan de ce géomètre. sera encore amputée par la création de routes, d’un chemin de fer et de deux hippodromes.

En 2017, elle est en partie classée patrimoine mondial de l’UNESCO. et ce en raison de ces anciennes hêtraies..

Un quartier bruxellois

Dans sa partie nord, la forêt de Soignes est considérée comme un quartier de Woluwe-Saint-Pierre (60 ha) Auderghem, Watermael-Boisfort et Uccle. Le secteur de la forêt le plus septentrional est surnommé le « canton des pins noirs » à cause de la présence de pins noirs.

Monuments et édifices Les trois Fontaines ( en néerlandais) (Auderghem). À cet endroit, à l’époque peu sûr, le duc fit construire en 1323 un refuge fortifié entouré de douves et flanqué d’un donjon et d’une chapelle. Au début du , après l’ajout d’un nouveau bâtiment, le petit fort devint la résidence du gruyer, l’officier chargé de veiller sur le terrain de chasse des ducs. Les braconniers y étaient enfermés et une petite garnison y avait ses quartiers. En 1584, un incendie détruisit le donjon qui fut reconstruit. Le bâtiment actuel date de cette époque. Le donjon et les autres bâtiments ont été détruits au début du . Mémorial aux forestiers ( en néerlandais) (Uccle). Ce monument, composé d’un dolmen entouré d’un cercle de onze pierres dressées, a été érigé en 1920 en souvenir de onze gardes forestiers tués lors de la Première Guerre mondiale. (Notre-Dame de Bonne Odeur, en français) (Hoeilaart). En 1485, le chanoine de l’abbaye de Groenendael, fit construire une chapelle dédiée à Notre-Dame de Bonne Odeur, alors invoquée pour combattre les fièvres. Après avoir traversé siècles et guerres et échappé aux iconoclastes, elle fut détruite en 1864 pour se trouver malencontreusement sur le trajet prévu de la route de Mont Saint-Jean. Reconstruite cent mètres plus loin, elle est toujours un lieu de pèlerinage. L’Arboretum de Tervuren, que l’on peut considérer comme un monument vivant puisqu’il est composé de nombreuses espèces d’arbres importés, au dix-neuvième siècle, de divers pays pour être acclimatés en Belgique. Mémorial aux victimes des attentats du à la station de métro Maelbeek et à . ont été plantés à leur mémoire. Le concepteur du mémorial est le paysagiste Bas Smets..

Les trois prieurés de la forêt de Soignes Les trois prieurés existants dans la forêt de Soignes au début du , GroenendaelLe prieuré de Groenendael et le pavillon de chasse de Ravenstein, qui lui était attenant, étaient une des haltes privilégiées de la cour., Rouge-CloîtreLe monastère comptait parmi les plus prestigieux des Pays-Bas espagnols, Charles Quint et ensuite les archiducs Albert de Habsbourg et Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche y séjournèrent. L’église en grès blanc était décorée de toiles de Rubens. Les nombreux bâtiments étaient entourés de champs, de vergers, de jardins potagers et d’étangs de pisciculture. et Sept FontainesLes étangs de « Sept Fontaines » ont été créés par les moines augustins qui y occupaient jadis un monastère. Le prieuré a toutefois disparu à la suite des guerres et incendies successifs. Le nom de « Sept Fontaines » vient des sept sources qui existent à cet endroit. avaient adopté la règle des chanoines de Saint VictorLes Victorins sont une des plus illustres congrégations du . préconisée par Ruysbroeck, ce qui ne pouvait manquer de les rapprocher. C’est ainsi que fut constituée en 1402 une congrégation dont Groenendael prit la tête.

Gestion et économie vignette|Étang des Canards sauvages (Réserve naturelle des Enfants Noyés). vignette|gauche|La forêt de Soignes, ici au sentier des Merles, lieu propice idéal depuis toujours pour les cavaliers. vignette|gauche|Marquage pour chevaux en forêt de Soignes, ici à la drève Saint-Hubert. Lors de la régionalisation de 1984, la superficie de la forêt et sa gestion ont été réparties entre les trois régions du pays : 56 % sont gérés par la Région flamande, 38 % par la Région de Bruxelles-Capitale et 6 % par la Région wallonne, les du bois des Capucins étant gérés par la Donation royale. Cette situation n’a pas été sans poser de nombreux problèmes quant à la cohérence des politiques des réglementations et de la signalisation..

La localisation de la forêt en bordure d’une grande ville en fait un endroit très fréquenté par les promeneurs à pied, à cheval ou à bicyclette, et une aire de jeux pour les mouvements de jeunesse. Pour faciliter la coexistence entre les différents usagers de la forêt, Bruxelles Environnement a créé une plateforme indépendante. La Plateforme de la forêt de Soignes. est un espace d’échange entre les acteurs de la forêt et un relais entre les usagers et Bruxelles Environnement.

Cette forêt est considérée comme le « poumon vert » de Bruxelles. Les gérés par Bruxelles Environnement – IBGE, représentent plus de 10 % de la surface totale de la Région bruxelloise et 60 % des espaces verts bruxellois ouverts au public. L’exploitation des ressources de la forêt reste cependant une activité importante. La tâche des gestionnaires est d’assurer les fonctions récréatives, tout en préservant l’équilibre écologique fragile de ce milieu sensible. Les ventes de bois annuelles sont gérées afin d’assurer la régénérescence des espèces et leurs produits est utilisé pour acquérir de nouveaux espaces verts publics dans la région.