La maison de Neuchâtel est une dynastie de comtes installés dans le nord-ouest de l'actuel territoire de la Suisse (principalement sur les territoires des actuels cantons de Neuchâtel et de Berne) du à la fin du , pour la branche légitime.
Histoire Un domaine royal Au début du , Neuchâtel et sa proche région se partagent en deux domaines : l'un, royal et appartenant en propre à Rodolphe III de Bourgogne, comprend Saint-Blaise, Auvernier et Neuchâtel ; l'autre compte Bevaix, Brot, Corcelles, Chézard et Coffrane relevant des Sigiboldides qui sont une famille proche de la reine Ermengarde et qui vont endosser le rôle de grands serviteurs royaux et d'avoués dont le rôle sera d'administrer les terres romandes depuis ce centre administratif nouvellement créé.
Dans un acte de l'an 1011, le roi Rodolphe III de Bourgogne dota son épouse Hermengarde ou Ermengarde de diverses propriétés parmi lesquelles figurait la « résidence très royale de Novum Castellum (Neuchâtel) », incluant le château primitif de la ville. L'expression « résidence très royale » appliquée à Neuchâtel vient du fait que, non seulement il appartient au roi de Bourgogne, mais également qu'il est le siège d'une curtis, autrement dit le centre d'un domaine royal. Après la mort de Rodolphe III en 1032, la succession fait l'objet d'une guerre entre l'héritier qu'il avait institué, à savoir Conrad II le Salique, empereur germanique, et son neveu, Eudes II de Blois, fils de sa sœur aînée Berthe de Bourgogne. Dès le décès de son oncle, Eudes II occupe les places de Morat et de Neuchâtel tandis que Conrad le Salique entreprend une campagne pour se saisir de son héritage ce qui lui permet de se faire élire roi de Bourgogne à Payerne, le . Entre cette dernière date et la fondation de l'abbaye de Fontaine-André vers 1143, dotée par deux frères Mangold II de Fenis et Rodolphe de Neuchâtel, intitulés conjointement seigneurs de Neuchâtel, aucune source ne mentionne plus Neuchâtel.
Le premier château La seigneurie de Neuchâtel se résumait alors à un domaine s'étendant du lac de Bienne à la ville de Neuchâtel. Le premier château de la ville, situé au pied de la tour des prisons, était une construction primitive (probablement en boisNeuchâtel : Le château de Neuchâtel) abritant un fonctionnaire ou un haut fonctionnaire bourguignon relevant du royaume de Haute-Bourgogne. C'est autour de cet édifice que va se développer un bourg pourvu d'une garnison et peuplé de pêcheurs, de vignerons et d'artisans. Cette première construction, qui sera remplacée vers l'an 1000 par une autre en pierre à laquelle sera donné le nom de Novum Castellum (Neuf-Châtel), sera la demeure des seigneurs puis comtes de Neuchâtel jusqu'en 1250. À cette date ils investissent le nouveau château construit sur l'emplacement d'un couvent de moines blancs démoli vers 1206. L'existence de ce premier édifice est signalée dans les Reconnaissances de NeuchâtelS'ensuyt l'endomaine des choses a ma dicte honnorée dame appartenantes riere se dicte mayorie de Neufchastel :
Premièrement, sa grande mayson et chasteau du dict Neufchastel avecque ses places, tours, galeries, chambres, sales, et tous aultres beaulx ediffices et maysonnements en icelles existans, avecque aussi ung petit curtil au dessoubz des dictes galeries. Item, la place et chesaulx appellé le donjon et les tours en icelle existantes, de la part du vent de ladicte ville. Item, la mareschaussie ou establerie que souloit aultrefoys estre l'ancienne mayson du seigneur conte de Neufchastel, située auprès de la porte du chastel. Item, le curtil existant devant la dicte porte dessoubz le pont, (Reconnaissances de Neuchâtel, L'ancien château des comtes de Neuchâtel, Léon Montandon, Musée Neuchâtelois 1922, page 107 ), rédigées par Lando entre 1527 et 1543. Dans ces Reconnaissances, il est fait mention de Jeanne de Hochberg possédant, entre autres, « l'ancyenne mayson du seigneur conte de Neufchastel située auprès de la porte du chastel » ainsi qu'un jardin devant la porte « dessoubz le pont ». Le château primitif avait été transformé en « Mareschausie », quant à la « porte dessus », elle désignait la « tour des prisons ». De la porte la muraille montait jusqu'au donjon en passant par la « Tour neuve ». Quant au pied des murailles, il était occupé par un fossé qu'un pont, nommé « Pont de la ville », permettait de franchirL'ancien château des comtes de Neuchâtel, Léon Montandon, Musée Neuchâtelois 1922, page 107 .
Une origine liée aux Fenis Les seigneurs, puis comtes de Neuchâtel, seraient issus de la maison de Fenis, établie à Vinelz (près de Cerlier ou Erlach, en allemand) dont le premier membre connu, Ulrich de Fenis, dit Ulrich Ier de Neuchâtel, y porte le titre de comte de Fenis Dans la première moitié du , la maison de Neuchâtel compte : Mangold de Neuchâtel, Rodolphe de Neuchâtel, Berthold, (? - 1137), évêque de Bâle sous le nom de Berthold von Neuenburg de 1122 à 1133 et une fille, épouse d'Amédée Ier de Montfaucon. Vers 1034, avec l'approbation de l'empereur germanique Conrad II le Salique, Ulrich se voit pourvu des terres de Neuchâtel toutes proches. Sa descendance va endosser tour à tour les titres de seigneurs et/ou comtes de Neuchâtel.
L'hypothèse que la maison de Neuchâtel soit issue des Fenis est discutée. Selon Castelnuovo, la maison n’apparaît avec certitude dans les sources qu'au milieu du . Il mentionne que plusieurs auteurs ont tenté de rattacher la famille aux comtes de Fenis, mais il n'appuie ni ne conteste l'hypothèse.
Tout d'abord baron de HasenbourgOu Hasenburg, à ne pas confondre avec l'homonyme situé près de Willisau, appartenant en premier lieu à une branche cadette des seigneurs de Montfaucon (voir Richard Ier de Montfaucon) et qui reviendra ensuite dans la Maison de Neuchâtel par le mariage de Gérard de Neuchâtel-Valangin avec Ursula de Hasembourg (ou d'Asuel) (VinelzMusée neuchâtelois, Volume 8. Dans cet ouvrage, l'auteur situe Hasenbourg près de Vinelz, en français Fenis, où un vaste emplacement sur une colline porte les ruines d'un château.), le premier de la maison de Neuchâtel se voit confier, par Conrad II, le fief de Neuchâtel et le comté de Fenis (celui-ci comprenait Nidau, Strassberg et Büren et avait pour capitale Cerlier). Tout naturellement, il deviendra comte de Nidau qu'une branche cadette, en la personne de Mangolt, recevra tandis que son frère Berthold créait celle de Valangin. Durant le , ils élèvent en seigneurie Vaumarcus et, au siècle suivant, ils construisent Aarberg et en prennent le titre de comtes.
Au fil du temps Neuchâtel va prendre de l'importance au point qu'Ulrich III de Neuchâtel et son neveu Berthold, fils de Rodolphe II, lui donneront sa charte de franchises en . Celle-ci sera rédigée conformément aux coutumes de « Besançon » et confirmée par l'évêque de Lausanne Berthold de Neuchâtel, frère d'Ulrich III.
Au nom de la sainte et individue Trinité, Ulrich, comte, et Berthold son neveu, co-seigneurs de Neufchâtel, à tous ceux qui ces présentes verront, salut. Savoir faisons à tous, que nous inclinant à l'avancement et heureux état de notre château et ville de Neufchâtel, avons disposé, selon les coutumes de Besançon, sous cette forme, telle ordonnance à nos bourgeois de Neufchâtel, par leur aveu et consentement :
1. Nous ne ferons au chastel ou en noire ville de Neufchâtel aucune exaction. 2. Nous prendrons nos lois et forfaits au sang (crime) fait dedans les trêves soixante sols, au sang fait hors des trêves neuf sols. 3. Pour armes (épées) dégainées et tirées sur quelqu'un sans frapper, ou pour la pierre jetée contre aucun sans frapper coup (sans qu'il soit atteint), prendrons dix livres ; et si celui qui tire les armes ou jette la pierre, ne peut donner caution, son corps, selon la loi, sera tenu captif jusqu'à satisfaction. 4. Et faut noter que toutes claires promesses pour comparaître en jugement seront de quatre sols n'étant accomplies. 5. Nous ne prendrons nul au château ni en la ville sans jugement (sans crime prouvé), sinon larrons, homicides et insidiateurs (espions) manifestes. 6. Avons aussi, par chaque bœuf ou vache vendue au mazel (boucherie), quatre deniers, et la langue ; par chaque porc, deux deniers ; pour le lard, un denier ; pour le mouton et la brebis, un denier ; pour le bouc ou la chèvre, une obole (un demi-denier)'. 7. Un chacun escoffier (cordonnier) qui tiendra banc au marché (ou qui aura une boutique) nous donnera quatre paires de souliers, un chacun an en ces temps : à la nativité de notre Seigneur (noël), une paire ; à la Saint-Jean, une paire ; à Pâques, une paire, et à la Saint-Gall, une paire, ni des pires ni des meilleures. 8. Un chacun tavernier qui vend vin à taverne, pour un chacun muid (273 litres environ) de vin, devra un denier ; en après pour un chacun vaisseau (tonneau), de quelque grandeur qu'il soit, dès un muid en haut, un quarteron, et, si dedans la vendition, ne sont requis, ils ne répondront hors de la vendition. 9. Nous avons aussi en la ville ou au marché l'éminage (mesure de volume de grains, environ 20 litres : soit 20 litres de grains en taxe pour 273 litres vendu) et le pesage, qu'on nomme quintal (soit une livre de taxe par quintal de marchandises vendues au poids), tant sur nos bourgeois que sur nos étrangers. Nous avons de plus le ban que nous pourrons vendre 24 muids (un muid = 273 litres environ) de notre vin, autant que nous voudrons prendre notre ban hors des murs (sauf en temps de foire), et vendrons notre vin, étant légitime (de bonne qualité et bien conditionné), pour plus grand prix que ne sont vendus les autres vins, depuis le temps des vendanges jusqu'au temps que nous prendrons le ban (il pourra être vendu plus chère qu'au dernière vendange), et s'il nous plaît, nous vendrons le ban. 10. Aussi nous doit notre communauté des bourgeois de Neufchâtel sept livres, un chacun an (une fois l'an), à rendre an jour de la Cène (Pâques). 11. Si aucun de nos dits bourgeois trépasse sans hoirs (héritiers) ou parents, ses biens, tant meubles comme immeubles, seront nôtres. S'il a hoirs ou parents, mais qu'ils soient absents, on les attendra an et jour, et si dans cet an et jour, ils ne répètent et demandent l'hoirie (l'héritage), l'héritage sera nôtre, s'ils ne sont munis et garnis d'occasion légitime (sauf s'ils ont une excuse légitime). 12. Nous percevrons aussi aux vignes, lesquelles appartiennent à la cour de Neufchâtel, par un chacun muid (un muid = 273 litres environ), un setier de vin (une dixième partie du tonneau) ; mais aux vignes de Champreveyres, pour tous les deux muids, un setier, et pour un chacun muid trois deniers (trois deniers par muid en plus du setier), pour le regard desquelles nous poserons et mettrons les gardes des vignes (le comte se réserve le droit de faire garder les vignes pour empêcher la fraude), le tout par le conseil des bourgeois. 13. Or, tous les chesaux hors les portes du château (les deux portes du bourg : celle de Maleporte et celle du château, les maisons comprises entre ses portes ne payaient pas la cense mais étaient sujettes à d'autres contributions) nous doivent cense (impôt personnel dû par les serfs à leur seigneur), et si nous avons guerre propre, la communauté nous devra aider sans prendre taille, et auront nos dits bourgeois armes et chevaux compétents (en cas de guerre du propre fait du comte il ne sera pas levé d'impôts mais les bourgeois devront s'armer pour l'aider), selon leurs facultés, par le conseil de la communauté. 14. Si le château a besoin de bâtiment, la communauté sera tenue de faire bâtiment à son pouvoir. 15. Une chacune boulangère nous devra, un chacun an (une fois l'an), le jour de la Cène (à Pâques), dix-huit deniers, et ne doit gagner plus de seize deniers sur le muid (un muid = 273 litres environ) de bled (blé) ; que si elle doit avoir gagné plus de seize deniers, son avoyer jurera qu'elle n'a pas plus gagné ; que s'il ne veut jurer, il paiera quatre sols pour l'amende.