vignette|École Waldorf à Trèves en Rhénanie-Palatinat. vignette|École Steiner Michael-Park à Auckland en Nouvelle-Zélande.

La pédagogie Steiner-Waldorf Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API, parfois simplement appelée pédagogie Steiner ou pédagogie Waldorf, est un courant pédagogique fondé sur les conceptions éducatives de Rudolf Steiner (1861-1925), polygraphe et occultiste autrichien. Il s'appuie sur l'anthroposophie, doctrine ésotérique dont il est le fondateur.

La pédagogie Steiner-Waldorf est conçue pour les enfants et adolescents et est pratiquée dans 1958 jardins d'enfants dans 70 pays et 1184 écoles dans 67 pays à travers le monde, pour un total de 3142 entités éducatives dans 74 pays. Cette pédagogie est majoritairement concentrée en Europe, avec l'Allemagne comptant 565 jardins d'enfants et 245 écoles, suivie par les États-Unis avec 154 jardins d'enfants et 124 écoles.

Elle propose une organisation de l’enseignement en cycles de sept ans, accorde une place spécifique à l’expression artistique, à l’eurythmie, aux activités manuelles et à l’apprentissage des langues dès le plus jeune âge. La pédagogie Steiner-Waldorf a fait l’objet de partenariats institutionnels, notamment avec l’UNESCO, et diverses études scientifiques internationales relèvent chez les élèves une créativité développée, une ouverture sociale et une bonne intégration dans l’enseignement supérieur, tout en soulignant des écarts avec les programmes nationaux.

La pédagogie Steiner-Waldorf est notamment dénoncée pour ses assises pseudoscientifiques issues du courant anthroposophique et occultiste. Elle est aussi parfois soupçonnée de dérives sectaires, critiquée pour la formation insuffisante de ses enseignants et pour les problèmes de santé publique découlant des systèmes de croyances auxquels adhèrent enseignants et familles.

Histoire Origines

thumb|L'ancienne usine Waldorf-Astoria, à Stuttgart, dont les ouvriers ont assisté aux conférences de Steiner en 1919. Dans le contexte post-Première Guerre mondiale, marqué par un besoin de reconstruction sociale et éducative, Rudolf Steiner propose, dans le cadre des mouvements de réforme pédagogique de l’époque, une alternative éducative avec la fondation de la première école Waldorf en 1919. Cette pédagogie vise un développement global de l’élève, prenant en compte ses dimensions physiques, émotionnelles, intellectuelles et spirituelles plutôt que de se limiter aux seules compétences académiques.

Actif notamment en tant que précepteur de 1884 à 1890, Rudolf Steiner, après avoir posé les fondements de l'anthroposophie (dérivée de la théosophie d'Helena Blavatsky.), formalise à partir de 1906 ses idées sur l'éducation. Ces idées restent pendant dix ans au niveau théorique. En 1919, il donne des conférences sur la triple organisation du corps socialConférences éditées ensuite sous le nom de Éléments fondamentaux pour la solution du problème social. auxquelles assistent des ouvriers de l', à Stuttgart, dans le sud-ouest de l'Allemagne. À la suite de ces conférences, Steiner est sollicité pour créer une école qui mettrait ses bénéficiaires sur la voie d'acquérir les aptitudes psychiques nécessaires pour penser et mettre en œuvre de nouvelles idées pour l'organisation de la vie sociale selon l'anthroposophie. La première « Libre école Waldorf », inaugurée le , accueille essentiellement les enfants de ces familles ouvrières pour un cycle d'études prévu d'emblée sur douze années.. Le propriétaire est Emil Molt qui est aussi le directeur général de la Waldorf-Astoria Cigarette Company d'où le nom de Waldorf. Le terme Waldorf est aujourd'hui une marque déposée aux États-Unis lorsqu'il est utilisé en relation avec la méthode éducative. L'école proposée doit éduquer les enfants des employés de l'usine mais accueille également des enfants extérieurs ce qui a pour conséquence de mélanger des enfants issus d'un spectre social diversifié. Il s'agit également de la première école polyvalente en Allemagne, accueillant des enfants de tous les sexes, de toutes les aptitudes et de toutes les classes sociales. Comme l'a souhaité Steiner, les premières écoles Waldorf sont "ouvertes à tous les élèves, indépendamment de leurs revenus". Si les parents ne sont pas en mesure de payer la totalité des frais de scolarité, le montant restant est subventionné.

Après l'Allemagne, c'est en Angleterre que la pédagogie Waldorf se fait connaître en 1922 grâce aux conférences que Steiner donne à l'Université d'Oxford. Deux ans plus tard, lors de son dernier voyage en Grande-Bretagne, à Torquay en 1924, Steiner donne un cours de formation des enseignants Waldorf. La première école en Angleterre (Michael Hall) est fondée en 1925 ; la première aux États-Unis (Rudolf Steiner School à New York) en 1928. Après la création de la première Libre école Waldorf, le mouvement pédagogique s'étend dans les années 1930 en Allemagne et dans plusieurs pays d'Europe (Suisse, Pays-Bas, Norvège, Autriche, Hongrie) ainsi qu'aux États-Unis. Cependant, les écoles Steiner-Waldorf sont interdites par le régime national-socialiste. En effet, durant la période du national-socialisme, toutes les écoles Waldorf sous le Reich allemand sont « progressivement étouffées »Detlef Hardorp : Le mouvement allemand des écoles Waldorf à l'époque du national-socialisme. In : Inge Hansen-Schaberg, Bruno Schonig : Connaissances de base en pédagogie. Concepts scolaires de la pédagogie réformatrice. Vol. 6. La pédagogie Waldorf. Schneider Verlag Hohengehren, Baltmannsweiler 2002, p. 135.. En 1934, un décret du ministère de la Culture stipule qu'aucune première classe ne peut plus être formée. En 1935, la Société anthroposophique est interdite. En ce qui concerne les écoles Waldorf, le décret de Reinhard Heydrich (entre autres chef de l'Office central de sécurité du Reich) dit ceci : « Les méthodes d'enseignement construites sur la pédagogie du fondateur Steiner et appliquées dans les écoles anthroposophiques qui existent encore aujourd'hui poursuivent une éducation individualiste, orientée vers l'homme individuel, qui n'a rien de commun avec les principes éducatifs nationaux-socialistes »Preußische Geheime Staatspolizei Berlin, 1er novembre 1935, StAM LR 17 134354, BAD Z/B 1 904, BAK R 43 II/822, cité d'après Walter Kugler : Feindbild Steiner. 2001, p. 11 f.. Le journal de l'organe de presse officiel du parti nazi, le Völkischer Beobachter publie un article le W–a. "Steiner, der neue Messias." Völkischer Beobachter, 27 mai 1922., attaquant Rudolf Steiner et la pédagogie Steiner-Waldorf, les accusant "d'empoisonner la culture allemande". L'article ajoute que les écoles Steiner-Waldorf diffusent des "idées bolcheviques sous couvert d'éducation" , et que leur objectif est de "miner l'indépendance nationale". Ces écoles sont présentées comme "un danger pour la jeunesse, promouvant une idéologie prétendument issue de la théosophie et de mouvements antinationaux".

Après la Seconde Guerre mondiale, on assiste à la réouverture des établissements Waldorf. Le mouvement gagne l'Europe de l'Ouest et s'étend progressivement en Amérique, Australie et dans les pays d’Afrique. Après la fin de l'Union soviétique, le mouvement se développe dans les pays d'Europe de l'Est, où il était jusqu'alors interdit.

Relations avec les autres mouvements pédagogiques À l'époque de la création de la première école Waldorf, le mouvement d'éducation nouvelle est à son apogée, et la même année voit l'ouverture des écoles libertaires de Hambourg. Selon Heiner Ullrich, « l'anthropologie pédagogique de Steiner va désormais intégrer, en partie contre sa propre compréhension idéologique, de nombreuses données de la réalité pédagogique d'alors, données qui ne pouvaient découler de formules abstraites ».

Le mouvement de pédagogie Waldorf reste cependant longtemps isolé. Il faut attendre 1970 pour qu'en Allemagne il rejoigne le mouvement des pédagogies alternatives. Selon Heiner Ullrich,

En France, depuis 1995, plusieurs démarches de concertation avec les autres pédagogies alternatives sont entreprises. Par exemple, en 2004, un colloque réunit des enseignants et anciens élèves des pédagogies Waldorf, Montessori et DecrolyÊtre, créer, connaître - Quels chemins pour une éducation aujourd'hui Actes du colloque 18 septembre 2004.

Relations avec l'UNESCO La fondation « Les amis de l'éducation Waldorf - Écoles Rudolf Steiner » est admise aux relations officielles de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) en 2001Rapport d'admission de la Fédération des écoles Steiner à l'Unesco. La même année, l'UNESCO note que . Le Réseau des écoles associées de l’UNESCO (réSEAU) est partenaire avec des écoles Steiner-Waldorf en Europe, Amérique du SudOp.cit, p39., Amérique du Nord, Afrique et Asie. L'UNESCO a également subventionné une exposition sur les écoles de Waldorf lors de la quatrième session de sa conférence internationale sur l'éducation à Genève. Un catalogue de l'évènement a été publié sous le titre "Catalogue d'exposition de l’éducation Waldorf à l'occasion de la 4e session de la conférence internationale sur l'éducation de l'UNESCO à Genève".

Critiques

En Allemagne Heiner Ullrich, spécialiste des sciences de l'éducation à l'université de Mayence résume une partie du débat en 1994 dans une publication de l'UNESCO :

Aux Etats-Unis En 1998, l'association People for Legal and Non-Sectarian Schools (PLANS), porte plainte contre deux écoles publiques Waldorf californiennes, considérant que leur programme est religieux (anthroposophe) et que leur financement par l'État est contraire au premier et au quatorzième amendement de la constitution des États-Unis et à la constitution de la Californie. L'association est déboutée lors du procès en 2005, elle fait appel de la décision.. En 2008, le district de Twin Ridges est retiré de la procédure, n’ayant plus d’écoles Waldorf sous sa responsabilité. En 2010, le tribunal fédéral juge que PLANS n’a pas apporté la preuve que l’anthroposophie constitue une religion au sens de la clause d’établissement du Premier Amendement, en raison de l’absence de preuves tangibles et de témoins qualifiés, et rejette la plainte sur le fond. En 2012, la Cour d’appel du 9e circuit confirme ce rejet, estimant que le dossier présenté par PLANS est insuffisant pour établir la nature religieuse de l’anthroposophie et notant que PLANS avait limité sa propre argumentation en acceptant la du procès.

Dans une monographie de recherche de 2003 sur la viabilité de l'éducation Waldorf, David Jelinek et Li-Ling Sun (California State University) présentent les controverses de la façon suivante :

La conclusion de cette monographie pointe une nécessité de suppression des concepts anthroposophiques pour que cette pédagogie puisse devenir viable et qu'il faudrait en « extraire les bonnes idées » dans un environnement sécularisé expurgé des concepts pseudo-scientifiques liés historiquement à cette méthode. Cet abandon des préceptes anthroposophiques nécessiterait probablement la « perte » de certaines personnes, anthroposophes, n’acceptant pas ces changements.

Prosélytisme et sectarisme La pédagogie Steiner-Waldorf fait l’objet de débats critiques sur ses fondements anthroposophiques. Les responsables des écoles Steiner affirment que l'anthroposophie n'est pas enseignée aux élèves des établissements Steiner-Waldorf. Des études de Kate Attfield et Sally Coppus indiquent que l’anthroposophie n'est pas enseignée aux élèves, elle intervient dans leur évaluation par leurs professeurs.