La guerre se définit comme un état de conflit armé entre plusieurs groupes politiques constitués, comme des États. Par opposition aux guerres entre États, une guerre peut aussi désigner un conflit armé entre deux factions de populations opposées à l'intérieur d'un même État : on parle alors de guerre de religion, de guerre civile, de guerre ethnique, de guerre révolutionnaire ou encore de guerre de sécession. Elle est en général accompagnée de propagande de guerre afin de convaincre l'opinion publique de sa nécessité absolue.

Les êtres humains se feraient la guerre dès les débuts de la préhistoire. L'ancienneté des conflits armés tout au long de l'histoire est bien documentée. De tout temps, on en a recherché les causes et essayé d'en retrouver les racines. De plus, pour en comprendre les différentes formes, des typologies ont été définies pour les caractériser.

thumb|300px|Cologne en Allemagne, le , détruite par les bombardements alliés.

Les découvertes scientifiques du menant à la bombe atomique introduisent la perspective de la guerre nucléaire. La stratégie des États est à repenser. La dissuasion nucléaire est à opposer à la destruction mutuelle assurée. Même une guerre conventionnelle comporte des risques nucléaires induits.

Au , une nouvelle dimension de la guerre s'ajoute entraînant le développement de la guerre hybride, de la cyberguerre à partir du réseau des réseaux internet à travers le monde cyber (cyberespace, cyberdéfense, cyberattaque, cybersécurité, cyberespionnage) et les technologies duales comme l'intelligence artificielle, et les réseaux sociaux.

Les guerres entraînent des conséquences dans tous les domaines de la communauté humaine dont l'économie, le droit, l'environnement, le genre, les arts.

Les guerres et leurs moyens sont juridiquement soumis à des règles anciennes et tacitement admises, les lois de la guerre, devenues le fondement du droit international public. Celles-ci définissent les conditions de légitimité, le déroulement et les moyens licites des guerres. Néanmoins, le recours à la force entre États pour régler leurs propres différends est proscrit par la charte des Nations Unies, article 2.

La durée d'une guerre est très variable : la plus longue est sans doute la guerre de Cent Ans qui oppose aux les royaumes d'Angleterre et de France pendant 116 ans (mais avec des ), et la plus courte la guerre anglo-zanzibarite de 1896 (38 minutes). La fréquence des guerres est également très variable, mais difficile à estimer pour les périodes reculées ; en diminution depuis la fin de la guerre froide, on constate une augmentation du nombre de guerres à la fin du et au début du .

Définitions

Gaston Bouthoul dans La collection Que sais-je définie l'objet de son ouvrage sur la guerre, La guerre, Que sais-je .

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Étymologie Le mot « guerre » peut venir du francique werra, du germanique *werra, qui en français a supplanté les termes issusDictionnaire étymologique Larousse, Paris 1971 : du latin bellum qui signifie « guerre », et qui a donné : belliqueux, belliciste, belligérant ; du grec : polemos signifiant « guerre », et ayant donné polémique, polémiste, politique et polémologie (l'étude de la guerre).

En 1884, la REA (l'académie royale espagnole) écrit dans son dictionnaire : « le mot guerra procède du vieux haut allemand werra ». (Alors qu'historiquement, le terme francique ou vieux-francique désigne la langue originelle des Francs saliens, le vieux haut allemand se rapporte principalement à l'époque carolingienne.)

D'un avis différent, le linguiste Alinei ne donne pas une étymologie germanique mais fait un rapprochement entre les termes « guerre » et « *ver » (qui veut à dire « sacré ») italique et penche pour une évolution de type archaïque, attestée aussi en Italie méridionale, en Sicile et péninsule Ibérique. non plus ne donne pas une étymologie germanique mais pense que ce mot fait partie du vocabulaire du latin vulgaire. La linguiste Ursula Reutner indique un germanisme (étymologie *werra) dans le vocabulaire du latin vulgaire dû à un emprunt aux dans le sillage de contacts guerriers et commerciaux.

Le dictionnaire Littré ne mentionne pas d'étymologie (proto-)germanique ni même (ancien bas ou vieux) francique, par contre il indique à la fois l'étymologie en bas-latin werra et le vieux haut allemand werra..

Le mot werra apparaît pour la première fois en 858, le mot guerra en 1037.

Ancienneté

Préhistoire

vignette|L'iconographie de cette statue-menhir avec épée et poignard suggère que se constitue en Occident à la fin des temps néolithiques une caste de guerriers mais la guerre à cette époque semble « relever plus de la razzia que de la guerre véritable ».. vignette|, supposée être la pointe d'un javelot, mais dont l'usage ne peut être tranché : arme pour la chasse ? Pour combattre ?

L'archéologue et historienne Anne Lehoërff rappelle que si la guerre est une composante des sociétés du Paléolithique, elle entre le modèle de Hobbes de l'homme naturellement violent (le philosophe voyant en lui un animal sauvage .) et celui de Rousseau pour qui il n'y a pas de guerre avant que ne se forment les sociétés car ..

Selon la préhistorienne Marylène Patou-Mathis et à la lecture des recherches anthropologiques et archéologiques, la guerre ne semble apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le bouleversement des structures sociales du Néolithique, il y a environ dix mille ans, et « la « sauvagerie » des préhistoriques ne serait qu’un mythe forgé au cours de la seconde moitié du pour renforcer le concept de « civilisation » et le discours sur les progrès accomplis depuis les origines ». L'anthropologue Pierre Clastres affirme pour sa part que les premières sociétés humaines sont violentes : nombre de peintures anciennes () ne représentent que des scènes de chasseSur les origines de la guerre et les modalités des conflits armés, voir les études de Gonzalo de Salazar "Guerra, paz y civilización" [Madrid : MAEC, 2016]; et "Crimen y conflicto armado" [Madrid: MAEC, 2018].. Cependant l'art rupestre plus récent (art levantin entre et av. J.-C.) montre des exécutions capitales. Dès le plus ancien Néolithique en Europe tempérée, les massacres de grands nombres (rendus possibles grâce aux lances, aux arcs, aux frondes et aux masses) ont lieu, selon les paléoethnologues, lors de l’acquisition de la sédentarité (comme à Talheim), et notamment près des sols fertiles, des stocks alimentaires et des bétails facilement mis en valeur par l'agriculture et l'élevage, des affrontements se produisant probablement par compétition entre les chasseurs-collecteurs peu nombreux et les nouveaux arrivants agriculteurs. Dans le Djebel Sahaba, au Soudan, une nécropole de type paléolithique tardif (société de chasseurs-cueilleurs) datant de - av. J.-C., a révélé le massacre d’une population entière. Des confrontations entre armées ont eu lieu dès le Mésolithique (8000 à 5000 av. J.-C.) près des estuaires et des grands fleuves (Danube, Nil, Indus, Dniepr, Gange). Si la guerre proprement dite se développe au Néolithique, les premiers indices de violence et d'affrontements, souvent pour des zones giboyeuses de gués ou de bords de rivières, existent chez les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, comme l'atteste l'enfant de Grimaldi ou les prénéandertaliens qui semblent avoir été jetés intentionnellement dans la cavité de Sima de los Huesos. Malgré la faiblesse des sources, l'archéologue Lawrence H. Keeley qui reproche à ses collègues — tel R. B. Ferguson — d'avoir longtemps campé dans leurs écrits un passé pacifié, évalue le taux de perte lors d'affrontements tribaux préhistoriques à 60 % dans certains sites archéologiques (ce taux est de 1 % dans les guerres modernes).

L'archéologue Jean Guilaine voit dans les guerres néolithiques non seulement une compétition économique pour accaparer les ressources agricoles mais aussi le développement de classes sociales avec l'émergence d'un chef, probablement un guerrier plus prestigieux, pour qui la guerre et la répression sont deux des attributs de son pouvoir.

À l'heure actuelle, les données archéologiques ne montrent, à l'échelle des millénaires (cinq au minimum), aucun massacre d'ampleur de centaines d'individus abandonnés in situ. Rien qui ne permette de confirmer l'usage régulier des armes emblématiques du Néolithique (l'arc et la lame emmanchée : haches et épées) sur la longue durée dans un but de guerre, et d'une manière intégrée aux modes de fonctionnement des sociétés. Il est difficile pour les archéologues, à l'exception des épées (première arme non polyvalente, exclusivement dédiée à la guerre), de déterminer l'usage spécifique des couteaux, pointes de lance ou de flèche, haches : production (abattre un arbre, débiter du bois), cuisine, arme de chasse ou de combat.. L'archéologie . Ce n'est que vers la fin du quatrième millénaire, avec l'extraction intensive du cuivre et la technique répandue de la métallurgie du cuivre, qu'est observé un certain développement de la guerre, visible dans l'implantation des premières fortifications et la multiplication des traumatismes osseux sur les squelettes.

Le travail du cuivre au Chalcolithique, avec la fusion du minerai, l'alliage et la soudure transforme l'« art de la guerre ». La découverte du bronze, alliage de cuivre et d'étain, donne en effet au métal une dureté propice à cet art : une basse teneur en étain donne un matériau tendre, utilisé pour fabriquer des épingles de toilette où la malléabilité et la souplesse sont recherchées ; un alliage comportant environ 88-90 % de cuivre et 8-10 % d'étain donne des épées fonctionnelles ; au-delà de 15 % d'étain, le matériau est dur et cassant (à 25 % d'étain, c'est un matériau gris presque blanc dur et cassant, poli pour donner des miroirs en bronze).. Par rapport aux armes en silex et aux poignards en cuivre martelé, l'épée permet ..

Antiquité

Les conflits entre Lagash et Umma, en Mésopotamie, entre 2600 et 2350 av. J.-C., sont les conflits territoriaux les plus anciens pour lesquels on dispose d'une documentation. Il s'agissait toutefois de cas exceptionnel, les États émergeant dans cette période étant alors très rarement contigus et très peu densément peuplésSeth Richardson, "Early Mesopotamia: The Presumptive State", Past and Present (2012) 215 (1): 3-49 doi:10.1093/pastj/gts009, à partir de la pour ce conflit et pour la rareté de ce type de conflit territorial.

La guerre est perçue à l'époque de la Grèce antique comme dépendant des dieux qui accordent ou non la victoire. Les divinités interviennent directement sur le champ de bataille dans la guerre de Troie racontée dans lIliade d'Homère. Des guerres marquantes sont par exemple la guerre lélantine, les guerres médiques, la guerre du Péloponnèse, les guerres des diadoques.

La civilisation latine est marquée aussi par de nombreuses guerres, dès la construction de la république romaine et liées à sa protection, comme la bataille du lac Régille, les batailles contre les peuples Italiques, Volsques, Èques et Sabins, guerre contre Véies, puis guerres puniques, des Gaules, liées à l'expansion.

Moyen Âge

La guerre féodale revêt plusieurs aspects. À l'époque carolingienne, seuls les empereurs ou les rois mènent ou font mener la guerre par les comtes et les évêques de leurs pagi. Au milieu du , les seigneurs détenteurs de fiefs font la guerre pour leur propre compte, soit entre eux, soit contre le roi selon les liens de vassalité. L'ordre social et économique des se met en place avec l'adoubement et les châteaux forts qui servent à la chevalerie pour conduire ses campagnes militairesGonzalo de Salazar "Guerra, paz y civilización" [Madrid : MAEC, 2016]. ou pour asservir les paysans (thèses de l'enchâtellement)« Guerre féodale et paix chrétienne » de Dominique Barthélemy, dans « Chevaliers et châteaux forts », Collectif, éd. Fayard/Pluriel, 2011. Face aux guerres, le lieu de culte devient église fortifiée.

Typologie