Canis simensis, le Loup d'Abyssinie ou Loup d'Éthiopie, également connu sous le nom de Cabéru (de l'amharique kebero) ou anciennement sous celui de Chacal du Simien, est une espèce de mammifères de l'ordre des Carnivores et de la famille des Canidés. Bien qu'il soit désigné sous le nom de « loup », il constitue une espèce distincte. Considéré comme le troisième canidé le plus rare au monde après le Renard de Darwin et le Loup rouge, le Loup d'Abyssinie a une population totale estimée à moins de à l'état sauvage, dont 300 dans le parc national des monts Balé au centre de l'Éthiopie. À ce titre il est classé espèce en danger par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Dénominations

Nom scientifique valide : Canis simensis (Rüppell, 1840) ; Nom normalisé anglais : Ethiopian Wolf ; Noms typiques en français : Loup d’Abyssinie (UICN) Noms vulgaires : Loup d’Éthiopie, chacal du Simien (désuet), Chien du Simien (désuet), Renard du SimienDamman, Maureen (26 février 2025). « En Éthiopie, découverte d’un loup pollinisateur ! ». Mr Mondialisation. Consulté le [21 septembre 2025]. URL : https://mrmondialisation.org/loup-ethiopie-decouverte-pollinisateur/. Nom vernaculaire : Cabéru

Selon les biologistes responsables de EWCP (Ethiopian Wolf Conservation Programme), l'appellation « loup d'Abyssinie » est erronée, considérée comme datée, d’où l’utilisation du nom Ethiopian Wolf en Anglais.

Dénominations indigènes +Noms indigènes de Canis simensis Groupe linguistique ou région Nom indigène Traduction littérale Amharique ቀይ ቀበሮ (Ky kebero)ዋልጌ (Walgie) « Chacal rouge ». « le trompeur » Oromo Jeedala fardaaArouayé « Chacal des chevaux » « le roux »

Historique thumb|right|Canis simensis par Friedrich Carl Vogel (tiré de l’ouvrage d’Eduard Rüppell, Neue Wirbelthiere zu der Fauna von Abyssinien gehörig). thumb|Spécimen naturalisé (1902), l’un des premiers spécimens postérieurs à 1835 à parvenir en Europe

L’espèce a été décrite scientifiquement pour la première fois en 1835 par Eduard Rüppell, qui fournit un crâne au British Museum. Les écrivains européens voyageant en Éthiopie au milieu du , alors appelée Abyssinie par les Européens et Ze Etiyopia par ses habitants à l’époque, notaient que la peau de l’animal n’était jamais portée par les indigènes, car on croyait que quiconque recevrait des poils du cabéru sur une plaie ouverte mourraitParkyns, Mansfield (1853). Life in Abyssinia: Being Notes Collected During Three Years' Residence and Travels in that Country. Vol. II. John Murray. pp. 12–13., tandis que Charles Darwin émit l’hypothèse que l’espèce était à l’origine des greyhoundsDarwin, Charles (1868). The Variation of Animals and Plants Under Domestication. Vol. I. Orange Judd. p. 48..

Dans les décennies qui suivirent, l’espèce ne fut que rarement mentionnée en Europe jusqu’au début du , lorsque plusieurs peaux furent expédiées en Angleterre par le major Percy Powell-Cotton lors de ses voyages en Abyssinie.

Le loup d’Abyssinie a été reconnu comme nécessitant une protection en 1938 et en a bénéficié en 1974. Les premières études approfondies sur l’espèce ont eu lieu dans les années 1980 avec le lancement du projet de recherche américain sur les Montagnes du Balé. Les populations de loups d’Abyssinie dans le Parc national des montagnes du Balé ont été affectées par les troubles politiques liés à la Guerre civile éthiopienne, et l’état critique de l’espèce a été mise en évidence au début des années 1990 après qu’une combinaison de tirs et une sévère épidémie de rage ait décimé la plupart des meutes étudiées dans la vallée Web et le plateau de Sanetti. En réponse, l’UICN a reclassé l’espèce de « en danger » à « en danger critique d'extinction » en 1994. La Canid specialist group de l’UICN a préconisé une stratégie en trois points clés : éducation, suivi des populations du cabéru et contrôle de la rage chez les chiens domestiques. La création du Programme de conservation de l’espèce dans le Balé a suivi en 1995, menée par l’université d’Oxford en collaboration avec l’Ethiopian Wildlife Conservation Authority (EWCA).

Peu après, une autre population du cabéru a été découverte dans les Hautes terres centrales. Ailleurs, les informations sur l’espèce restaient marginales ; bien que décrite pour la première fois en 1835 comme vivant dans les monts Simien, la rareté des données provenant de cette zone indiquait que l’espèce était probablement en déclin à l’époque, tandis que les rapports du plateau du Gojjam dataient d’un siècle. Des individus ont été signalés dans les monts Arsi depuis le début du , et dans les montagnes du Balé à la fin des années 1950. Le statut du loup d’Abyssinie fut réévalué à la fin des années 1990, suite à l’amélioration des conditions de déplacement dans le nord de l’Éthiopie. Les relevés ont révélé des extinctions locales au mont Choqa, dans le Gojjam et dans toutes les régions afro-alpines du nord où l’agriculture est bien développée et la pression humaine importante. Cette constatation a démontré l’importance des populations du Balé pour la survie à long terme de l’espèce, ainsi que la nécessité de protéger les autres populations restantes. Une décennie après l’épidémie de rage, les populations du Balé avaient entièrement récupéré à leurs niveaux pré-épidémiques, entraînant le reclassement de l’espèce en « en danger » en 2004, bien qu’elle reste le canidé le plus rare au monde et le carnivore le plus menacé d’Afrique.

Taxinomie et évolution

Le plus ancien fossile connu du loup d’Abyssinie provient du complexe paléoanthropologique de Melka Wakena, dans le sud-est des hauts plateaux abyssins. Il s’agit de la moitié droite d’une mandibule datée de 1,6 à d’années. Les auteurs de cette étude indiquent que les ancêtres du cabéru sont arrivés en Afrique depuis l’Eurasie en même temps que les ancêtres du Lycaon il y a environ d’années. Le loup d’Abyssinie a survécu à de nombreux changements climatiques dans son habitat afro-alpin, avec des expansions et contractions répétées de son aire de répartition liées aux cycles glaciaires.

En 1994, une analyse de l’ADN mitochondrial a montré une relation plus étroite avec le loup gris et le coyote qu’avec les autres canidés africains, et C. simensis pourrait être une relique évolutive d’un ancêtre semblable au loup gris ayant envahi l’Afrique du Nord depuis l’Eurasie.

thumb|left|Crâne de loup d’Abyssinie : malgré sa proximité avec le loup gris, la convergence évolutive a produit un crâne similaire à celui des chacals et du loup à crinière sud-américainDalton, R. (2001). The skull morphology of the Ethiopian wolf (Canis simensis). B.Sc. thesis. University of Edinburgh, Edinburgh, UK.. En raison de la forte densité de rongeurs dans leur nouvel habitat afro-alpin, les ancêtres du loup d’Abyssinie se sont progressivement spécialisés dans la chasse à ces animaux. Cette spécialisation se reflète dans la morphologie du crâne, avec une tête très allongée, une mâchoire longue et des dents largement espacées. Durant cette période, l’espèce a probablement atteint sa plus grande abondance et possédait une répartition relativement continue. Cela a changé il y a environ ans avec le début de l’interglaciaire actuel, qui a fragmenté son habitat afro-alpin, isolant ainsi les populations les unes des autres.

Le loup d’Abyssinie est l’une des cinq espèces de Canis présentes en Afrique et se distingue facilement des chacals par sa plus grande taille, ses pattes relativement longues, son pelage roux distinctif et ses marques blanches. John Edward Gray et Glover Morrill Allen avaient initialement classé l’espèce dans un genre séparé, Simenia. et Oscar Neumann la considérait comme « seulement un renard aux traits exagéré ». Juliet Clutton-Brock a réfuté ce genre séparé en faveur du genre Canis, en notant les similarités crâniennes avec le chacal à flancs rayés.

En 2015, une étude des séquences du génome mitochondrial et des génomes nucléaires complets des canidés africains et eurasien a indiqué que les canidés proches des loups ont colonisé l’Afrique depuis l’Eurasie au moins cinq fois au cours du Pléistocène et du Pliocène, ce qui concorde avec les preuves fossiles suggérant que la diversité des canidés africains résulte de l’immigration d’ancêtres eurasien, probablement liée aux oscillations climatiques plio-pléistocènes entre conditions arides et humides. Selon une phylogénie dérivée des séquences nucléaires, le chacal doré (Canis aureus) a divergé de la lignée loup/coyote il y a d’années, et les séquences mitochondriales indiquent que le loup d’Abyssinie a divergé légèrement avant cette lignée. Des études ultérieures sur les RAD sequences ont trouvé des cas d’hybridation du loup d’Abyssinie avec le loup doré africainBahlk, S.H. (2015). Can hybridization be detected between African wolf and sympatric canids? . Master of Science Thesis. Center for Ecological and Evolutionary Synthesis Department of Bioscience Faculty of Mathematics and Natural Science, University of Oslo, Norway.

Hybridations En 2018, le séquençage du génome complet a été utilisé pour comparer les membres du genre Canis. L’étude confirme que le Loup doré africain est distinct du chacal doré, et que le loup d’Abyssinie est génétiquement basal par rapport aux deux espèces précitées. Il existe deux populations distinctes de loups dorés africains, dans le nord-ouest et l’est de l’Afrique. Cela suggère que les loups d’Abyssinie – ou un proche parent éteint – avaient jadis une aire de répartition beaucoup plus large pour se mélanger avec d’autres canidés. Il existe des preuves de flux génétique entre la population orientale et le loup d’Abyssinie, ce qui a conduit à ce que la population orientale soit distincte de la population nord-ouest. L’ancêtre commun des deux populations de loups dorés africains était un canidé génétiquement hybride avec 72 % d’ADN de loup gris et 28 % de loup d’Abyssinie.

Sous-espèces Deux sous-espèces sont reconnues dans le troisième volume de la Mammal Species of the World (MSW3) Sous-espèceAutorité trinominialeDescriptionAire de répartitionSynonymesC. s. simensis(Espèce-type)165 pxRüppell, 1840Rift Valley nord-ouest : Monts Simien, Mont Guna, Guassa Menz, hautes terres du nord et du sud de WolloC. s. crinensis(Erlanger & Neumann, 1900)(Heuglin, 1862)C. s. simensis(Gray, 1869)C. s. walgi(Heuglin, 1862)C. s. citernii165 pxde Beaux, 1922Ce canidé a été initialement classé comme une sous-espèce distincte en raison de son pelage rouge vif, bien que cette caractéristique soit peu fiable pour la distinction taxonomique. Cependant, ses os nasaux sont systématiquement plus longs que ceux de l’espèce-type.Rift Valley sud-est : Arsi et Monts du Balé

Description thumb|Peinture (1926) par Louis Agassiz Fuertes Le cabéru est comparable en taille et en morphologie au coyote d’Amérique du Nord ; il est plus grand que le chacal à dos noir et le chacal à flancs rayés, ainsi que le loup doré africain, et possède des pattes relativement plus longues. Son crâne est très plat, avec une région faciale longue représentant 58 % de la longueur totale du crâne. Les oreilles sont larges, pointues et orientées vers l’avant. Les dents, en particulier les prémolaires, sont petites et espacées. Les canines mesurent 14 à de longueur, tandis que les carnassières sont relativement petites. Le loup d’Abyssinie possède huit mamelles, dont seulement six sont fonctionnelles. Les pattes antérieures ont cinq doigts, y compris un ergot, tandis que les pattes postérieures en ont quatre. Comme typique dans le genre Canis, les mâles sont plus grands que les femelles, ayant une masse corporelle supérieure de 20 %. Les adultes mesurent entre 841 et de longueur pour le corps et entre 530 et de hauteur au garrot. Les mâles adultes pèsent entre 14,2 et , tandis que les femelles pèsent entre 11,2 et .