Sly and the Family Stone est un groupe de musique américain originaire de San Francisco pratiquant un mélange de funk, soul, rock et musique psychédélique. Actif entre 1967 et 1983, le groupe a eu une influence considérable sur de très nombreux artistes pop de son époque, notamment de par son approche multiraciale. Sly and the Family Stone est également l'un des premiers groupes de l'histoire du rock américain comptant des membres de sexes et d'origines ethniques différents.

Dirigé par le compositeur-interprète, producteur et multi-instrumentiste Sly Stone, le groupe est, comme son nom l'indique, en grande partie constitué de membres de sa propre famille. Son mélange inédit d'ingrédients musicaux considérés à l'époque comme antagonistes lui a valu un grand succès auprès du public (les quatre albums du groupe, ainsi que de nombreux singles, ont tous été bien classés dans les charts) et une influence énorme sur la pop, le rock mais aussi le rap (le groupe a été très souvent samplé). L'écrivain Joel Selvin, auteur d'une biographie du groupe, a ainsi déclaré : « Il existe deux types de musique noire : la musique noire d'avant Sly Stone, et celle d'après. »

Le groupe s'est finalement séparé en 1975 à cause de rivalités entre ses membres, et surtout des problèmes de drogue de Sly Stone. Celui-ci a néanmoins continué à se produire sous le nom de Sly and the Family Stone jusqu'en 1987, date à laquelle il a été condamné pour usage de cocaïne.

Sly and the Family Stone a été intronisé au Rock'n'roll Hall of Fame en 1993.

En 2007, Sly Stone fait un retour sur scène, pour une tournée d'été. Ses fans ont eu l'occasion de le voir plus longtemps que lors de son apparition éclair aux Grammy Awards en 2006.

Biographie La famille Stewart est originaire de Denton (Texas) et est composée de cinq enfants : Loretta, Sylvester, Freddie, Rose et Vaetta. Issus de la classe moyenne et profondément attachés au culte religieux, KC et Alpha Stewart élèvent leurs enfants selon les principes de l’Eglise évangélique afro-américaine tout en les encourageant à s’épanouir dans la musique.

Après avoir déménagé à Vallejo (Californie), en 1952, les quatre plus jeunes des enfants Stewart forment leur tout premier groupe, « The Stewart Four », dont l’aîné est Sylvester, alors âgé de neuf ans. La même année, ils sortent un disque 78 tours sur lequel figurent les chansons : On the Battlefield of the Lord (face A) et Walking in Jesus' Name (face B). Leur sœur aînée, Loretta, est la seule à ne pas participer à l’aventure musicale.

Entre-temps, Sylvester et sa fratrie apprennent à jouer de multiples instruments et lors de leurs années au lycée, Freddie et lui furent membres de nombreux groupes. Sylvester rejoignit finalement The Viscaynes, groupe de doo-wop qui sortit quelques disques sur la scène locale, tout en enregistrant de son côté quelques titres en solo, sous le pseudonyme de Danny Stewart.

En 1963, Sylvester devint programmateur musical d’une radio, KSOL, basée à San Francisco, endossant le patronyme de Sly Stone. Il intégra à la playlist de la radio des chansons des Beatles et des Rolling Stones, chansons faites par des Blancs auxquelles étaient peu habitués les auditeurs de KSOL, diffusant traditionnellement de la musique noire. Simultanément, Sylvester occupa le poste de producteur de Autumn Records, une maison de disques produisant des groupes de la région de San Francisco, tels que The Beau Brummels, The Great Society ou The Mojo Men. Sly Stone produit un titre qui connut le succès dans les charts US, C’mon and Swin, de Bobby Freeman, tandis que de son côté il continuait d’enregistrer des titres en solo qui demeurèrent confidentiels.

Les débuts du groupe En 1966, Sly Stone forme un nouveau groupe, Sly and the Stoners, dont la trompettiste était une de ses amies, Cynthia Robinson. À peu de temps près, Freddie crée lui aussi son groupe, Freddie and the Stone Souls, Gregg Errico officiant à la batterie. Comme le suggère un des amis de Sly, le saxophoniste Jerry Martini, Sly et Freddie décident finalement de fusionner leurs deux groupes pour finalement former Sly and the Family Stone, à la fin de l'année 1966. Comme Freddie et Sly étaient tous deux guitaristes, Sly désigne son frère comme guitariste principal des Family Stone et apprend à jouer du synthétiseur. Pendant ce temps, Sly recruta Larry Graham pour officier à la basse.

Vaetta Stewart veut également rejoindre le groupe : elle et ses amies, Mery McCreary et Elva Mouton, font partie d'une formation de gospel appelée The Heavenly Tones. Sly débauche les adolescentes directement à la sortie du lycée pour former les Little Sisters, les futurs choristes de Sly and the Family Stone.

Peu de temps après sa sortie, le single I Ain't Got Nobody devient un hit et Clive Davis, le directeur de CBS Records, signe le groupe sous le label Epic Records. Le premier album de Sly and the Family Stone, A Whole New Thing, sort en 1967 et est salué par la critique, notamment par des musiciens tels que Mose Allison ou Tony Bennett. Les chiffres de vente restent cependant relativement bas et valent au groupe de ne pouvoir jouer que dans des salles modestes.

Clive Davis prend donc son rôle de producteur au sérieux et conseille à Sly d’écrire et d’enregistrer une chanson populaire, de manière à pénétrer les charts ; non sans réticences, Sly et le groupe enregistrent Dance to the Music. Le succès ne se fait pas attendre, dès sa sortie, en février 1968, le single accrochant la huitième place au Hit Parade américain. Entre-temps, Rose (une autre sœur Stewart) rejoint le groupe et officie au chant et au piano. Sa présence au sein du groupe avait toujours été demandée par ses frères, mais venant de trouver un emploi chez un disquaire, elle eut du mal à quitter un travail aussi stable.

En 1968, Sly & The Family Stone s’élancent sur la route pour une tournée américaine, marquant les esprits par leurs prestations pleines d’énergie et leurs accoutrements pour le moins originaux. L’album Dance to the Music connaît un succès commercial important, ce qui ne sera pas le cas de son successeur, Life. En , le groupe a l’occasion de faire une tournée internationale qui doit commencer par le Royaume-Uni. Ils ne vont cependant pas plus loin, Graham se faisant arrêter pour possession illégale de marijuana. De plus, les relations entre le groupe et les organisateurs de concerts ne sont pas toujours des plus satisfaisantes.

Musique, philosophie, et héritage musical Sly Stone produisit et joua sans se soucier des origines ethniques de ses collaborateurs, travaillant avec autant de Blancs que de Noirs au début de sa carrière. De la même façon, la musique de Sly and the Family Stone est un melting pot de cultures et d’influences différentes, mélangeant le proto funk de James Brown avec la soul de la Motown et de Stax, le music-hall de Broadway ou encore le rock psychédélique. Les guitares wah-wah, les lignes de basses grésillantes et les partitions d'orgues tirées de musiques d'église se mélangeaient pour former l'arrière-plan de la musique sur laquelle chantaient les choristes. Sly Stone, Freddie Stone, Larry Graham et Rose Stone tiraient profit de la diversité que chacun de ces styles pouvait apporter, créant des arrangements atypiques et révolutionnaires dans la musique populaire de l'époque. Cynthia Robinson invectivait à gorge déployée le groupe comme le public, les poussant par exemple à « se lever et bouger au rythme de la musique » (get on up and dance to the music!) et demandant que « tous les ringards dégagent !» (All the squares go home!).

Les paroles de leurs chansons étaient en général des plaidoyers pour l'amour, la paix et la compréhension entre les peuples. L’image de cette bataille contre le racisme, la discrimination et la haine de l'autre fut renforcée par la diversité ethnique de groupe lui-même. Gregg Enrico et Jerry Martini furent membres du groupe à une époque où les groupes mixtes étaient quasi inexistants, la fin de la ségrégation venant juste d'être encouragée par la loi. Cynthia Robinson et Rosie Stone ne se contentaient pas de faire les chœurs ou d'offrir aux spectateurs la vue d'une présence féminine sur scène, mais étaient des instrumentistes à part entière. Le style de chant du groupe, emprunté à la musique gospel, rendit le groupe particulièrement populaire et apprécié auprès du public noir. Les éléments plus rock et leurs accoutrements détonnants - la gigantesque coupe afro arborée par Sly, ses pantalons de cuir moulants, la perruque blonde de Rose et les vêtements bariolés des autres membres - captaient l'attention du grand public.

Bien que jusqu'en 1968, la chanson Dance to the Music fut le seul single du groupe qui eut un succès commercial, les sonorités de leurs deux albums Dance to the Music et Life influencèrent l'ensemble de l'industrie musicale. Le langoureux son de la Motown, basé sur le piano, fut bientôt dépassé, et aussitôt remplacé par la soul psychédélique. Des lignes de guitares similaires à celles jouées par Freddie Stone commencèrent à avoir des échos chez d'autres artistes, comme les Isley Brothers (It's Your Thing) ou Diana Ross and the Supremes (Love Child). Larry Graham inventa la technique du slap à la basse, qui devint par la suite un élément emblématique du funk. Certains musiciens changèrent radicalement leur façon de jouer pour s'approcher du son de Sly and the Family Stone, notamment le producteur de la Motown, Norman Whitfield, qui dirigea The Temptations vers un son plus soul psychédélique, comme sur le morceau Cloud Nine sorti en 1968 et récompensé par un Grammy. Le son caractéristique du groupe eut aussi une influence non négligeable sur la musique de Michael Jackson, des Jackson 5, de The Undisputed Truth, de George Clinton and the Parliament, de Funkadelic, d'Arrested Development et plus récemment de Black Eyed Peas.

Stand! (1969) À la fin de l'année 1968, Sly and the Family Stone sort le single Everyday People, qui devient la première chanson du groupe à être classée numéro un au hit parade. Everyday People est un cri de protestation envers les préjugés en tout genre. Il sert de single au quatrième album du groupe, Stand!, qui sortit le . Cet album se vend à plus de trois millions d’exemplaires et est considéré aujourd'hui comme l'un des summum artistiques du groupe. On peut trouver sur ce disque le titre éponyme, Stand!, classé des « charts » américains ainsi que les singles I Want to Take You Higher, Don't Call Me Nigger, Whitey, Sex Machine et You Can Make It If You Try.

Le succès retentissant de l'album permet à Sly and the Family Stone de pouvoir participer au Festival de Woodstock. Le groupe a l'occasion de jouer à l'aube du , une prestation appréciée et jugée comme une des meilleures du festival ; le groupe enchaîne ensuite dans la même journée avec une prestation au Harlem Cultural Festival. Un nouvel album, sans single cette fois-ci, Hot Fun In Summertime/Fun, sorti le même mois, est classé numéro deux dans les charts US. En 1970, la sortie du film documentaire Woodstock permet aux singles Stand! et I Want to Take You Higher d'être réédités, cette dernière chanson devenant par la même occasion la face A du disque : celui-ci entre dans le Top 40.

Tensions internes et changement de manager La récente popularité du groupe et son succès auprès du grand public lui causent de nombreux problèmes. Les relations au sein du groupe vont en se détériorant, des tensions apparaissent, notamment entre les frères Stone et Larry Graham. Leur maison de disques, Epic, leur demande d'enregistrer davantage. Les Black Panthers suggèrent à Sly de politiser davantage sa musique et de la rendre plus symbolique du mouvement Black Power, en remplaçant par exemple Gregg Errico et Jerry Martini par des musiciens noirs et en limogeant le manager du groupe, David Kapralik.