Armand Augustin Louis, marquis de Caulaincourt, duc de Vicence, né le à Caulaincourt et mort le à Paris, est un général et diplomate français.
Fils et petit-fils de militaire, issu de la famille de Caulaincourt, une ancienne famille de la noblesse de Picardie, il entre dans l'armée à l'âge de comme cavalier. Aide de camp de son père, Gabriel Louis de Caulaincourt, puis des généraux Aubert du Bayet et d'Harville, il reçoit son premier commandement en 1798 lors de la guerre face à la Deuxième Coalition. Après une première mission diplomatique à Saint-Pétersbourg entre 1801 et 1802, il est nommé successivement aide de camp de Napoléon Bonaparte puis grand écuyer après la proclamation de l'Empire et promu au grade de général de division en 1805. Mêlé indirectement à l'enlèvement du duc d'Enghien, il devient l'ennemi des milieux royalistes qui ne lui pardonneront jamais son implication dans cette affaire.
Homme de confiance de l'Empereur, Caulaincourt est nommé ambassadeur en Russie de 1807 à 1811, période pendant laquelle il noue une amitié sincère avec le tsar Alexandre malgré les tensions entre les deux pays. Diplomate habile, il est chargé de mener les négociations de paix lors de l'armistice de Pleiswitz et du congrès de Prague en 1813, puis lors de la campagne de France en 1814. Ministre des Relations extérieures de à la première abdication de Napoléon , il occupe de nouveau ce poste pendant les Cent-Jours. Partisan de la paix et fervent défenseur de l'alliance avec la Russie, ce qui lui vaut des accusations de trahison envers l'Empire, il est néanmoins l'un des plus fidèles serviteurs de Napoléon , qui voit en lui . Il devient son confident pendant la campagne de Russie. Reconnu pour sa loyauté, Caulaincourt achève sa carrière politique en même temps que celle de l'Empereur après la seconde abdication.
Biographie Jeunesse et engagement dans l'armée Né le à Caulaincourt, dans le Vermandois, Armand Augustin Louis de Caulaincourt est l'aîné des cinq enfants (deux fils et trois fillesAugustine-Louise naît le , Augustine-Amicie le , Auguste Jean-Gabriel le et Almerine-Charlotte-Gabrielle le . Voir Mémoires du général de Caulaincourt, tome I, .) de Gabriel Louis, marquis de Caulaincourt, officier général, et d'Anne Joséphine de Barandier de La Chaussée d'Eu. La famille de Caulaincourt est une famille de noblesse d'ancienne extraction originaire de Picardie, dont la filiation prouvée remonte à 1380. et qui s'est élevée dans la noblesse par le mariage de son arrière-arrière-grand-père, François-Armand, premier marquis de Caulaincourt, avec Françoise de Béthune, arrière-petite-fille du duc de Sully, ministre de Henri IV.. La famille de sa mère, Anne Joséphine, d'origine savoyarde, appartenant encore à la bourgeoisie au , s'est élevée plus tardivement dans les rangs de la société française.
Armand passe son enfance entre le village de Caulaincourt, les villes de garnisons de son père et le château de Versailles, du fait de la présence de sa mère en tant que dame de compagnie de la comtesse d'Artois, Marie-Thérèse de Savoie. Il est d'abord instruit par un précepteur puis effectue des études au Collège des Doctrinaires de La Flèche... Fils et petit-fils de militaire, Armand de Caulaincourt s'inscrit dans la tradition familiale et s'engage le , à l'âge de , comme cavalier au sein du régiment Royal-Étranger en garnison à Arras. Le colonel en est Théodore de Lameth, un cousin de son père. Après l'intervention de sa mère auprès du ministre de la Guerre, il est nommé sous-lieutenant surnuméraire le puis confirmé dans ce grade le de la même année.
Son régiment est transféré à Dole l'année suivante mais Armand de Caulaincourt le quitte rapidement et revient à Arras pour devenir l'aide de camp de son père, commandant de la place à partir de et qui sollicite le retour de son fils auprès du nouveau ministre de la Guerre, Louis Le Bègue Duportail. Armand partage alors les convictions de son père et comme lui, il est franc-maçon, membre de la loge La Candeur.. Élevé au grade de lieutenant-général au début de l'année 1792, après avoir prêté serment à la Constitution, Gabriel Louis démissionne pourtant de l'armée au moment de la déclaration de guerre à l'Autriche. Pour autant, ni lui ni son fils n'envisagent d'émigrer comme le font de nombreux membres de la noblesse d'Ancien Régime à cette époque.
Aide de camp et séjour à Constantinople upright|thumb|alt=Portrait peint en couleur d'un homme en tenue militaire.|Caulaincourt sert sous les ordres du général Aubert du Bayet, qu'il accompagne à Constantinople. Sans emploi après le retour de son père à la vie civile, Armand de Caulaincourt se rend à Paris et s'engage le dans la Garde nationale de son quartier, à la section de la Croix-Rouge. Bien que la Garde ait principalement pour mission de maintenir l'ordre public, l'Assemblée nationale y effectue parfois des levées de volontaires pour renforcer les effectifs de l'armée de ligne. C'est ainsi que Caulaincourt rejoint le le bataillon de réquisition de Paris en garnison à Cambrai en tant que sergent-major. Au mois de novembre suivant, il sert au bataillon républicain de Paris, toujours à Cambrai, puis intègre le régiment de chasseurs à cheval le , en garnison à Hesdin. En quelques mois, il gravit les différents grades de sous-officier, d'abord brigadier puis maréchal des logis et enfin maréchal des logis-chef dès le mois de mai suivant.
Deux escadrons de son régiment sont affectés à l'Armée de l'Ouest pour combattre l'insurrection vendéenne. Selon certaines sources, au cours du voyage pour rejoindre son affectation, il est arrêté comme ci-devant et suspect puis emprisonné pendant quelques jours à Angers, mais parvient à s'échapper. L'un de ses biographes, Antoine d'Arjuzon, s'interroge sur la véracité de l'anecdote, dans la mesure où Armand de Caulaincourt lui-même n'y fait pas référence dans ses Mémoires. Ce dernier sert ensuite sous les ordres de Lazare Hoche pour disperser les chouans avant de rejoindre le dépôt de son régiment à Soissons afin d'y assurer l'instruction des recrues. Satisfait de ses états de services, Hoche cherche à lui obtenir une promotion auprès du Comité de salut public, en vain. C'est en fait grâce à l'intervention du général Aubert du Bayet, commandant de l'Armée des côtes de Cherbourg, que la carrière militaire de Caulaincourt prend un autre tournant. Ce dernier, ami intime de son oncle le général d'Harville, obtient qu'Armand devienne son aide de camp à compter du et soit nommé capitaine des troupes à cheval, de même que son frère Auguste.
Caulaincourt suit Aubert du Bayet à Paris quand celui-ci est nommé ministre de la Guerre en . À titre personnel, il obtient le grade de chef d'escadron le suivant, tout en conservant son poste d'aide de camp. Aubert du Bayet démissionne le puis est nommé ambassadeur de France à Constantinople dans le but de renouer les relations entre la France et l'Empire ottoman qui cherche un appui dans sa . Caulaincourt l'accompagne dans sa mission. La délégation française, qui comprend également les généraux Carra-Saint-Cyr et Menant, est accueillie chaleureusement à Constantinople le suivant. Très vite, Caulaincourt se montre insatisfait de sa mission. Dans les lettres qu'il adresse au général d'Harville et à sa femme, il s'indigne de la misère du peuple ottoman et regrette d'être occupé à des tâches insignifiantes, bien loin des fonctions militaires habituelles d'un aide de camp : Il se plaint également du manque d'action à son poste : . Par ailleurs, Caulaincourt finit par se brouiller avec Aubert du Bayet et ce dernier le renvoie à Paris six mois plus tard pour accompagner l'ambassadeur ottoman nommé par le sultan Sélim III auprès du Directoire, Morali Seyyed Ali Effendi.
Retour en France et premiers commandements thumb|alt=Portrait gravé en buste de Moreau.|Le général Moreau, sous les ordres duquel sert Caulaincourt en 1799 et 1800. À son retour en France, en , il est félicité par le ministre des Relations extérieures, Talleyrand, puis rendu à ses obligations militaires. Il rejoint le général d'Harville, inspecteur général de la cavalerie de l'Armée de Sambre-et-Meuse, en tant qu'aide de camp. Caulaincourt est alors pleinement satisfait de son emploi, notamment en raison de son goût pour les tâches administratives mais aussi par les nombreux déplacements qu'il doit effectuer. Pour autant, sa promotion n'est pas aussi rapide qu'il le souhaiterait, ce dont il témoigne dans sa correspondance.
La guerre de la Deuxième Coalition éclate et Caulaincourt reçoit enfin un commandement le en étant nommé chef d'escadron en pied du de cavalerie, cantonné à Sélestat puis à Huningue lorsque son régiment est affecté à la réserve de cavalerie de l'armée. En , il prend position entre le Danube et le lac de Constance et, s'il n'intervient pas lors de la bataille de Stockach au cours de laquelle les troupes françaises sont défaites par l'armée autrichienne de l'archiduc Charles, Caulaincourt obtient sa promotion au grade de chef de brigade le . Il prend le commandement du de carabiniers, considéré comme l'élite de la cavalerie, en garnison à Lunéville.
À la fin du mois d', il traverse le Neckar à Heidelberg. Pris à défaut par une partie de l'armée autrichienne, Caulaincourt et son régiment parviennent à se dégager en faisant une soixantaine de prisonniers. Le , à Heilbronn, il est légèrement blessé en venant au secours d'une colonne d'infanterie attaquée par les troupes du prince Hohenlohe. Le , il est blessé plus sérieusement à Weinheim, occupée par les hussards de Szeckler. En compagnie de son ordonnance, il tombe sous le feu d'une patrouille autrichienne. Atteint de deux coups de feu, il tombe de cheval et ne doit son salut qu'à l'intervention du capitaine Guérin, qui défait les Autrichiens. Après cette campagne, Caulaincourt et son régiment prennent leurs quartiers d'hiver à Fénétrange, en Alsace.
En 1800, l'armée française commandée par le général Moreau remporte de nombreux succès. S'il n'est pas engagé dans les premiers mois de cette campagne, le de carabiniers franchit le Danube le à Blindheim, ce qui vaut à Caulaincourt de recevoir les félicitations du général Lecourbe : Il combat ensuite à Ohmenheim pour soutenir le de carabiniers puis reçoit le commandement de la cavalerie détachée au corps d'armée du général Decaen, avec lequel il entre dans Munich le . Un armistice est signé quelques jours plus tard à Parsdorf mais les combats reprennent avant la fin de l'année 1800. Caulaincourt et son régiment se distinguent une nouvelle fois lors de la bataille de Hohenlinden, lors de laquelle l'attaque autrichienne est repoussée victorieusement. Le de carabiniers participe à la poursuite de l'ennemi en retraite et prend quatre généraux, plusieurs milliers de soldats et quatorze pièces d'artillerie. L'Autriche est vaincue et la paix signée à Lunéville au début de l'année 1801.
Première mission à Saint-Pétersbourg
thumb|upright|alt=Portrait peint en couleur d'un homme en tenue militaire.|C'est lors de son premier séjour à Saint-Pétersbourg qu'une amitié se noue entre Caulaincourt et le tsar Alexandre . Après la signature du traité de paix entre la France et la Russie le , négocié par Talleyrand et le comte de Markoff, Napoléon Bonaparte écrit une lettre au tsar Alexandre pour le féliciter de cet accord. Armand de Caulaincourt est choisi pour porter cette lettre, une mission qui doit précéder l'envoi d'un ambassadeur français à Saint-Pétersbourg, le général Hédouville. À travers cette mission, Caulaincourt n'est chargé d'aucun travail de négociation et son rôle est avant tout mondain, mais elle témoigne de la confiance que lui portent Napoléon et Talleyrand, et détermine les responsabilités qui lui seront confiées quelques années plus tard.