La quiddité (ou forme substantielle) est, en philosophie métaphysique, l'essence d'un objet, c'est-à-dire sa qualité essentielle, son être propre.

Concept Le concept de quiddité vient du latin quidditas, formé d'après le mot quid (« quoi »). Il est parfois appelé forme substantielle, du grec : (to ti ên einai). Il s'agit de la qualité essentielle d'un objet. Pour traduire le syntagme , to ti ên einai, les différentes traductions des mêmes textes d'Aristote varient : « quiddité »Aristote, Métaphysique, trad. Jean Tricot, Vrin, 1991.Aristote, Les métaphysiques, trad. André de Muralt, Les Belles Lettres, 2010., « forme substantielle », « essence »Essence ou nature d'une chose en tant qu'exprimée par une définition, Alain de Libera, La querelle des universaux, Seuil, 1996, p. 500., « essence de la chose », « ce qui fait que la chose est ce qu'elle est », « l'être ce que c'est de chaque chose »Aristote, Métaphysique, trad. Marie-Paule Duminil et Annick Jaulin, GF, 2008, p. 238-240, 476., ou encore, plus explicitement, « l'essentiel de l'essence d'une chose ».

Selon Aristote, la qualité essentielle d'un objet lui est conférée par sa forme, et non par sa matière. La matière d'un objet (le bois, l'acier, etc.) n'est en effet qu'une possibilité pour un objet, alors que c'est la forme qui détermine l'objet. On peut produire un lit avec du bois ou de la pierre, la matière n'est donc pas déterminante pour le produire ; en revanche, une fois que le lit a la forme d'un lit, il est véritablement lit. Ainsi, chez le Stagirite,

Il y a science de chaque chose quand nous en connaissons la quiddité, car la quiddité est ce qui définit ce que chaque étant est ; c'est la réponse à la question (en latin, « quid sit »). La quiddité concerne ce qui est essentiel, et non ce qui est accidentel (voir Accident et essence).

Ainsi, pour Aristote, la quiddité de l'homme, c'est l'âme. Dans sa Métaphysique, livre Z, Aristote donne la définition suivante :

Postérité

Scolastique Le concept a connu une grande postérité au sein de la scolastique, dont il fait partie du vocabulaire essentiel. Étienne Gilson le définit comme un Étienne Gilson, in René Descartes, Discours de la méthode, Vrin, 1925, p. 89..

Ainsi, pour la scolastique,

Le Dictionnaire de terminologie scolastique dit ceci : .

La forme substantielle ou quiddité de chaque chose, dit saint Bonaventure, Commentaria in quattuor libros Sententiarum, dist. XXXI, , dub. 4.. La forme substantielle d'un être est donc le principe de sa vie propre, de son espèce et de ses opérationsPierre Nova, Dictionnaire de terminologie scolastique, Avignon, 1885..

Maïmonide Moïse Maïmonide écrit : « On sait que l'existence est un accident survenu à ce qui existe ; c'est pourquoi elle est quelque chose d'accessoire à la quiddité de ce qui existe. Ceci est une chose évidente et nécessaire dans tout ce dont l'existence a une cause ; car son existence est une chose ajoutée à sa quidditéMoïse Maïmonide, Le Guide des égarés, I: 57, « Sur les attributs ».. »

Descartes Descartes rejette les qualités sensibles d'Aristote (chaud, froid, sec, humide, qui ne sont que des effets des déterminations mécaniques, et non des principes), les formes substantielles des scolastiques, les qualités occultes de Galien (inintelligibles). Il pense possible de tout expliquer par la physique mécaniste, grandeur, figure et mouvement. La pesanteur s'explique par le mouvement. Les formes substantielles confondent attributs du corps et attributs de l'âme.

Cependant, Descartes admet un cas où garder la forme substantielle : l'expérience de l'union substantielle de l'âme et du corps de l'hommeDescartes, Œuvres, Adam et Tannery, vol. III, p. 503. Voir Sixièmes réponses, vol. IX, p. 240 ; lettre à Arnauld du 29.07.1648 : vol. V, p. 222-223.. L'âme est la forme substantielle de l'homme (anima est vera forma substantialis hominis).

Leibniz Leibniz donne à l'expression « forme substantielle » le sens d'âme ou d'espritLaurence Bouquiaux, L'harmonie et le chaos. Le rationalisme leibnizien et la 'nouvelle science' , Louvain, Peeters, 1994, p. 145-146.. Lui aussi, comme Descartes, ne rejette pas tout. Pour lui les formes substantielles sont les principes métaphysiques qui fondent les déterminations mécaniques. La forme substantielle remplit la fonction d'un principe d'identité des substances corporellesMichel Fichant, "L'invention métaphysique", in G. W. Leibniz. Discours de métaphysique. Monadologie, Gallimard, coll. "Folio Essais", 2004, p. 61-73..

Bibliographie Félix Ravaisson, Essai sur la métaphysique d'Aristote, 1837, t. I, p. 149 sq. Dictionnaire des sciences philosophiques par une société de professeurs de philosophie, Hachette, 1845, art. "Forme substantielle", t. II, . Étienne Gilson, L'Esprit de la philosophie médiévale, Vrin, 1932, . Encyclopédie de la philosophie, Le Livre de poche, 2002, (quiddité), 1549-1553 (substance). Autre Le philosophe W. V. Quine a intitulé Quiddities, An intermittently Philosophical Dictionary un recueil de pensées diverses : Quiddités, Dictionnaire philosophique par intermittence, traduit de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet et Thierry Marchaisse, édition du Seuil, 1992,

Voir aussi Articles connexes Aristote Eccéité Ousia Scolastique

Liens externes Les formes substantielles chez Malebranche et Leibniz La pluralité des formes substantielles avant Thomas d'Aquin Quiddité

Notes et références

Catégorie:Scolastique Catégorie:Concept métaphysique

L’expression « quiddités de la vie » est utilisée par Woody Allen dans sa nouvelle « Au poulailler, sans y laisser trop de plumes » incluse dans le recueil « Zéro Gravité ».