Pterois est un genre de poissons de la famille des Scorpaenidae (la plupart sont appelés « rascasses »). Ce sont des poissons colorés et rayés, pourvus de nageoires à longs rayons équipées de glandes contenant un puissant venin.. Ses couleurs vives sont en fait des couleurs d'avertissement afin de prévenir les autres animaux de son caractère dangereux.

Depuis quelques années, les espèces P. volitans et P. miles (souvent appelées ) sont devenues des espèces exotiques envahissantes significatives pour les régions de l’Atlantique Ouest, de la mer des Caraïbes et du golfe du Mexique, ainsi qu'en Méditerranée.

Liste des espèces Selon :

Pterois andover Allen & Erdmann, 2008 Pterois antennata (Bloch, 1787) — Poisson diable ou Poisson armée. Pterois brevipectoralis (Mandrytsa, 2002) Pterois lunulata Temminck & Schlegel, 1843 — Poisson-scorpion (d'autres poissons sont connus sous ce nom). Pterois miles (Bennett, 1828) — (comme Pterois volitans, dont il est extrêmement proche). Pterois mombasae (Smith, 1957) — Laffe mombaise. Pterois radiata Cuvier, 1829 — Rascasse volante étoilée. Pterois russelii Bennett, 1831 Pterois sphex Jordan & Evermann, 1903 Pterois volitans (Linnaeus, 1758) — ou Laffe volant.

Caractéristiques Le poisson lion est un prédateur vorace, piscivore, très abondant et hautement généraliste. Son haut taux de consommation lui confère un caractère de compétiteur robuste au sein du réseau trophiqueAlbins M.A., Hixon M.A. (2008) Invasive Indo-pacific lionfish Pterois volitans reduce recruitment of Atlantic coral-reef fishes. Marine Ecology Progress Series. 367:233-238. Les adultes n’ont peu ou pas de prédateurs naturels à cause de leurs épines venimeusesBernadsky G., Goulet D. (1991) A natural predator of the lionfish, Pterois miles. Copeia 230-231. La femelle fraie tous les 4 jours, fréquence équivalente à une fécondité annuelle de 2 millions d’œufs par femelleMorris J.A. & Akins J.L. (2009) Feeding ecology of the invasive lionfish in the Bahamian archipelago. Environmental Biology of Fishes 86:389-398. De plus, les poissons lions atteignent la maturité sexuelle dès leur première année de vie selon cette même source. Pour ces raisons, la rascasse est dotée d'une très grande capacité colonisatrice dans l'Atlantique Ouest.

Répartition et introduction invasive La rascasse volante est une espèce de poisson indigène des récifs coralliens de la région Indo-Pacifique. Son apparition récente en Atlantique Ouest représente une introduction induite par l’hommeWhitfield P.E. et al. (2002) Biological invasion of the Indo-Pacific lionfish Pterois volitans along the Atlantic coast of North America. Marine Ecology Progress Series. 235:289-297. Depuis qu'elle a été observé en Floride, il y a un peu plus de dix ansWhitfield P.E. et al. (2007) Abundance estimates of the indo-Pacific lionfish Pterois volitans/miles complex in the Western North Atlantic. Biol Invasions. 9:53-64, sa présence n’a cessé de croître et d'être documentée sur la côte Atlantique. Il est donc estimé que depuis environ 1985, un tout nouvel habitat s'est ouvert pour la rascasse lui permettant ainsi de coloniser les récifs américains des Caraïbes, du Golfe du Mexique jusqu’aux eaux de la côte Sud-Est des États-Unis, aussi haut qu’en Caroline du Nord et Long Island, New York.

Le rythme de propagation combiné à son amplitude ont un impact profond sur les écosystèmes et alarment les spécialistes. La propagation rapide représente une menace majeure pour le réseau trophique des récifs coralliens dans les Caraïbes en diminuant le taux de survie d’une large variété d’espèces indigènes par la prédationAlbins M.A., Hixon M.A. (2008) Invasive Indo-pacific lionfish Pterois volitans reduce recruitment of Atlantic coral-reef fishes. Marine Ecology Progress Series. 367:233-238. L’étendue de son introduction est problématique et présente plusieurs enjeux directement liés aux écosystèmes colonisés, mais aussi indirectement rattachée à l’homme.

C’est en 2002 que le « National Oceanic and Atmospheric Administration » (NOAA) fait la levée médiatique sur l’espèce invasive et commence à compiler toutes observations et rapports du public, par photo, vidéo ou site de localisation géographique de l’observation de Pterois volitans afin d’archiver les données. Ces observations auront une grande importance dans la compréhension et dans la détermination des courants responsables de la dispersion de l’espèce..

Plus récemment, depuis 2012 au moins, le Sud Est de la méditerranée est également envahi par des Pterois Mileshi, il est ainsi courant d'en trouver au large du Liban de la Turquie de la Tunisie et de Chypre.

Répartition géographique Tout d’abord, la présente étendue colonisée par Pterois volitans/miles dans l’Atlantique Ouest peut être divisée en régions distinctes : Côte Atlantique des États-Unis, du New Jersey jusqu’aux Keys de Floride; les Bermudes, les Bahamas, les îles Turques et Caïques et les îles Caïmans; les Antilles supérieures comprenant Puerto Rico; les Antilles inférieures, qui comprennent les Grenades, les Barbades; et finalement le Mexique, l’Amérique centrale et Amérique du Sud où il fut observé aussi bas qu’en Colombie et au VenezuelaJohnston M.W. & Purkis S.J. (2011) Spatial analysis of the invasion of lionfish in the western Atlantic and Caribbean. Marine Pollution Bulletin 62:1218-1226. Comme au Nord des États-Unis, la température plus froide de l’eau de l'Amérique du Sud limite également la dispersion de l’espèce plus bas au Sud.

Modes de diffusion Les œufs et larves de rascasses sont de nature pélagique et sont capables de se disperser sur de larges distances via les courants océaniquesImamura H., Yabe M. (1996) Larval record of a red firefish, Pterois volitans, from north western Australia (Pisces : Scorpaeniformes). Bull Fac Hokkaido Univ 47:41-46. Dans son intervalle d'introduction, la rascasse est principalement distribuée dans la portion nordique du plateau continental, adjacent au courant occidental de l’hémisphère nord. Évidemment, les courants (i.e. le Gulf Stream, la courroie du Golfe du Mexique, le courant des Caraïbes) facilitent la dispersion de l'espèce exotique en transportant les œufs et les juvéniles vers de nouvelles limites, ce qui explique une portion de cette immense colonisation géographique. De plus, la diffusion rapide de Pterois volitans/miles démontre le potentiel de dispersion des poissons introduits ainsi que le potentiel reproducteur une fois installés dans un écosystème. Par-contre, la distribution est tout de même restreinte par les limites naturelles de l’espèce, telle la température peu clémente (maximum ) des hivers américains au Nord et les mécanismes de diffusion planctonique par les courants marins au Sud du ContinentKimball M.E., Miller J.M., Withfield P.E., Hare J.A. (2004) Thermal tolerance and potential distribution of invasive lionfish (Pterois volitans/miles complex) on the east coast of the United States. Mar Ecol Prog Ser 283:269-278. Des juvéniles ont aussi été observés sporadiquement sur les côtes du New-Jersey, Long Island et Rhode Island, à la fin de l’été et début de l’automne, mais leur survie en hiver n’est pas prévisible. Ces données suggèrent incontestablement l’ampleur du territoire envahi, démontre que la rascasse est bel et bien établie et qu'elle s'y reproduit abondammentCowen R.K., Paris C.B., Srinivasan A. (2006) Scaling connectivity in marine populations. Science 311 :522-526.

Causes de l'introduction

En 1985, la première observation d’une rascasse fut observée par un pêcheur à proximité de Dania en Floride. La suivante fut rapportée presque dix ans plus tard, à la suite de la libération de six spécimens lors de l’Ouragan Andrew en . Celui-ci aurait causé la fracture de la vitre d’un bassin d’Aquarium dans le sud de la Floride et aurait provoqué la fuite accidentelles de ces individus dans les eaux américaines de l’AtlantiqueCourtenay W.R. (1995) Marine fish introductions in southeastern Florida. American Fisheries Society Introduced Fish Section Newsletter 14:2-3Schofield P.J. (2009) Geographic extent and chronology of the invasion of non-native lionfish (Pterois volitans [linnaeus 1758] and P. miles [Bennett 1828] in the Western North Atlantic and Caribbean Sea.Aquatic Invasion Vol.4 3:473-479. Par contre selon le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), cette source ne serait pas la cause de l’invasion et cette hypothèse est maintenant rejetée par la communauté scientifique, l’explication la plus probable étant le commerce des aquariums et les eaux de ballasts des cargos commerciaux. Étant donné la voracité de l’espèce, l’introduction de ce poisson dans un aquarium peut causer la mort par prédation des autres espèces cohabitants le bassin. Plusieurs aquariophiles auraient rapporté avoir rejeté Pterois à l’eau plutôt que de le tuer, à la suite du constat de la perte d’espèces collectionnées mangé par la rascasse.

Impacts, effets et risques

Impacts écologiques La première évidence documentée de l’impact de Pterois volitans/miles dans leur nouvel habitat de l’Atlantique, est une réduction de 79 % de la biomasse de poissons piscivores dans le récif. Ce résultat est alarmant puisque la complexité du réseau trophique est un indicateur de la santé globale de l’écosystème corallienRice J. (2003) Environmental health indicators. Ocean and Coastal Management. (46)3-4:235-259. La densité et l’abondance de rascasses trouvées à certaines localisations font grandir les craintes quant à l’extermination d’une grande portion de la biodiversité consommée par le prédateur vorace.

De plus, une des raisons pour lesquelles la rascasse ne pose pas de problèmes en territoire indigène Indo-Pacifique est qu’elle est chassée par les prédateurs naturels tels que les mérous, qui sont eux aussi une espèce piscivore. Par-contre, si le rôle des grands prédateurs est primordial au maintien de la santé des communautés et des écosystèmes marins, leurs diminutions affaiblissent en conséquence les écosystèmes et facilitent l’implantation d’autres espèces comme la rascasseHare J. & Whitfield P.E. (2003) An integrated assessment of the introduction of lionfish (Pterois volitans/miles complex) to the Western Atlantic Ocean. NOAA Technical Memorandum NOS NCCOS 21pp.. Les grands poissons comme les requins, les raies et les mérous, qui représentent de potentiels compétiteurs du poisson lion, sont sur-pêchés par l’homme et cette diminution d’abondance des régulateurs trophiques, incite la rascasse à persister dans de nouvelles niches et habitats au sein des récifs américains.

Impacts économiques