thumb|300px|La pointe de Sangomar rompue, visible à gauche sur une image de la NASA (2000) La pointe de Sangomar est une flèche littorale située sur l'océan Atlantique, au débouché du delta du Saloum, qui marque la fin de la Petite-Côte à l'Ouest du Sénégal.

Cet étroit banc de sable s'étend vers le Sud sur une vingtaine de kilomètres à partir de Palmarin-Diakhanor. Menacé de longue date par l'érosion côtière, le fragile cordon a été une nouvelle fois rompu par un raz-de-marée en 1987, donnant naissance à l'île de Sangomar. La brèche entre ce nouvel îlot et la pointe où se trouve le village de Djiffer continue de s'élargir.

Géomorphologie et environnement La rupture de la flèche de Sangomar est l'aboutissement d'un processus naturel vieux de quelques millénaires« Les études pluridisciplinaires côtières au Sénégal », UNESCO , déjà remarqué par les marins.

En 1891 on constatait ainsi que la pointe avait été rognée de 25 à depuis 1886J. Bouteiller, De Saint-Louis à Sierra-Leone. Huit ans de navigation dans les rivières du Sud, A. Challamel, Paris, 1891, . Au plusieurs ruptures sont signalées en 1909, 1928, 1960, 1970.

De grande ampleur, la dernière en date se produit le au lieu-dit Lagoba. Un an plus tard la brèche mesure de large, et dix ans plus tard environ . Plusieurs campements et bâtiments ont été détruits. L'usine de conditionnement de poisson de Djifer a été fermée en 1996. En effet le village, situé à au Nord du premier point de rupture, est de plus en plus menacé et les autorités envisagent l'évacuation de ses habitants vers le nouveau port de DiakhanorFrédérick Vézia, Sénégal : Sine-Saloum, la forêt de l'océan, Éditions de La Martinière, Paris, 2009, .

Parallèlement au phénomène d'érosion se produit un processus de sédimentation : l'extrémité Sud de la nouvelle île de Sangomar s'étend de par an vers le Sud et, sur la rive opposée, les abords des villages de Niodior et Dionewar s'ensablent considérablement, ce qui réduit le trafic des embarcations et contribue à l'enclavement des populations.

Tous ces phénomènes sont suivis de près par un organisme créé avec le soutien de l'UNESCO en 1984, l'Équipe pluridisciplinaire d'étude des écosystèmes côtiers (EPEEC).

Histoire thumb|upright|Poste des douanes établi sur la pointe de Sangomar en 1890. La pointe de Sangomar est aussi décrite depuis longtemps par les navigateurs et les ingénieurs hydrographes à cause de sa barre« Je ne conseillerai jamais à un capitaine de passer la barre de Sangomar avec un grand navire sans l'avoir balisée au préalable », conseille le capitaine Bouteiller en 1891, in De Saint-Louis à Sierra-Leone, op. cit., et en raison de sa position stratégique en aval du port de Kaolack, centre de production important pour l'arachide et le selMarcella Cesaraccio, Yves F. Thomas et Amadou T. Diaw, « Analyse de l'évolution de la flêche littorale de Sangomar (petite côte de la République du Sénégal) par constitution d'une chronique d'un siècle de données images », conférence au Congrès français de sédimentologie, Orléans, 2001, Association des sédimentologistes français, 2001, 37, .

Au milieu du , Faidherbe, alors gouverneur du Sénégal, cherche à prendre le contrôle des pays de l'arachide et à encercler le Cayor. Il mène notamment une expédition au Sine en . Pour consolider les positions françaises, et comme à Rufisque (Cayor), Saly-Portudal (Baol), Kaolack (Saloum) et Joal (Sine), un fortin est construit à SangomarYves-Jean Saint-Martin, Le Sénégal sous le Second Empire, Karthala, Paris, 2000, . En 1890 on y édifie un poste de douaneDossier 2. — Chemins de fer. Douane. Routes, in Gabriel Debien, « Papiers Noirot », Bulletin de l'Institut fondamental d'Afrique noire, vol. 26, 3-4, juillet-octobre 1964, .

Toponymie Selon Henry Gravrand, le mot « Sangomar » désigne chez les Sérères le « village des ombres », les « Champs Élysées »Henry Gravrand, Visage africain de l'Église, Orante, Paris, 1961, .

Anthropologie Dans la tradition sérère, la pointe de Sangomar – inhabitée – est un endroit réputé être un lieu de rassemblement des génies (rab)Lilyan Kesteloot, Les poèmes de Léopold Sédar Senghor, Les Classiques africains, Issy-les-Moulineaux, 1987, . Les populations riveraines continuent de se rendre dans cette île pour des sacrifices aux ancêtres« Sites mythiques du Sénégal : Sangomar, ses merveilles et ses mystères »] (Le Soleil, 13 août 2008, .

« Sangomar, lieu de culte sereer, Palmarin », figure sur la liste des monuments et sites historiques au Sénégal.

Littérature Le président Léopold Sédar Senghor, lui-même d'origine sérère, fait une discrète référence à Sangomar dans l'un de ses poèmes : Je t'ai offert des fleurs sauvages, dont le parfum est mystérieux comme des yeux de sorcierEt leur éclat a la richesse du crépuscule à Sangomar« Chants pour Signare », in Nocturnes : poèmes, Éd. du Seuil, Paris, 1961.

« Pointe de Sangomar » est aussi le nom de l'avion présidentiel, acheté en 1978 par SenghorJeune Afrique, « Avions présidentiels – Sénégal : Abdoulaye, Karim et Viviane sont dans un avion… » (3 juillet 2014). Par Mehdi Ba .

En 2019, Fatou Diome, elle-même originaire de l'île de Niodior toute proche, publie un roman intitulé Les Veilleurs de SangomarFatou Diome, Les Veilleurs de Sangomar, Albin Michel, 2019, 336 p. .

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Gabriela Ackermann, Frédéric Alexandre, Julien Andrieu, Catherine Mering et Claire Ollivier, « Dynamique des paysages et perspectives de développement durable sur la Petite Côte et dans le delta du Sine–Saloum (Sénégal) », in VertigO, vol. 7, 2, , Laurent Bouchet, L'évolution morphodynamique de la pointe de Sangomar (Sénégal) et ses conséquences sur le milieu, Université de Caen, 1998, 125 p. (mémoire de maîtrise de Géographie) J. Bouteiller, De Saint-Louis à Sierra-Leone. Huit ans de navigation dans les rivières du Sud, A. Challamel, Paris, 1891] (voir surtout le chapitre V, « De Gorée à la barre de Saloum », , et le chapitre VI, « De Rufisque à San-Gomar », ) Marcella Cesaraccio, Yves F. Thomas et Amadou Tahirou Diaw, « Analyse de l'évolution de la flêche littorale de Sangomar (petite côte de la République du Sénégal) par constitution d'une chronique d'un siècle de données images », conférence au Congrès français de sédimentologie, Orléans, 2001, Association des sédimentologistes français, 2001, 37, Amadou T. Diaw, N. Diop et M. D. Thiam, « Remote sensing of spit development: a case study of Sangomar spit, Senegal », in Zeitschrift fur Geomorphologie, supplément, 1991, vol. 81, Fatou Diome, Les Veilleurs de Sangomar, Albin Michel, 2019, 336 p. (fiction) Babacar Diouf, Sangomar et le pacte avec les ténèbres, Édilivre, Saint-Denis, 2016, 119 p. (fiction) Yves F. Thomas et Amadou T. Diaw, « Cinématique de la flèche littorale de Sangomar (Sénégal) », in Bulletin de la Société française de photogrammétrie et de télédétection, 1989, vol. 114, Yves F. Thomas et Amadou T. Diaw, « Suivi (1984-1993) de la rupture de la flèche de Sangomar, estuaire du fleuve Saloum, Sénégal », in Photo interprétation (Paris), 1997, vol. 35, 3-4,

Articles connexes Géographie du Sénégal Parc national du delta du Saloum

Liens externes La pointe de Sangomar et le delta du Saloum, Gilles Dawidowicz, « La Terre dans l’œil de Thomas Pesquet #60 : à la pointe de Sangomar », air-cosmos.com,

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