René Désiré de Clercq, né le à Deerlijk et décédé le à Sint-Maartensdijk, est un poète flamand d'expression néerlandaise.

Biographie 1877-1902 : Enfance et études Enfance et famille thumb|left|La maison natale de René de Clercq, à Deerlijk, abrite actuellement un musée qui lui est consacré. De Clercq, qui naquit à Deerlijk dans la région du lin, en Flandre-Occidentale, est le fils de Pauline Gheysens et de Charles Louis, veuf de Cordula Dheygere. Le père, fils d'un aubergiste, était un modeste acheteur de lin, filassier et cordier. La mère, elle aussi la fille d'un aubergiste, était une couturière qui tenait l'auberge (Le Damier), la maison natale du poète qui, lui, était le neuvième enfant de sa mère et le quinzième de son père. La famille, qui avait su tirer profit du renouveau de Deerlijk, fondé sur l'industrialisation de la commune rurale et sur la culture du lin, projetait son désir d'ascension sociale et de plus de prospérité dans René, le garçon malin qu'ils destinèrent à l'étude en l'envoyant, à l'âge de quatorze ans, au collège épiscopal de Tielt. Sa pieuse mère souhaitait secrètement le voir devenir un jour ecclésiastiqueJacob, . À la fin de l'année scolaire 1892-1893, en quatrième latine, après la mort de son père, René courait le risque de devoir abandonner ses études, mais le principal du collège, le Jules de Berdt, ayant remarqué les dons de son élève, en proposant de diminuer la rétribution scolaire, insista auprès de la mère pour qu'elle autorisât son fils à les continuerJacob, .

À cette époque, l'encyclique de Léon XIII, de 1891, commença à produire ses effets en Flandre : le principal De Berdt en donna une explication modérée. Ce dernier était un ami personnel du prêtre Emile Jacob, qui créa la première organisation de femmes travailleuses dans l'industrie de la chaussure dans la Flandre-Occidentale, visant à repousser la social-démocratie envahissante. Les élèves des deux plus hautes classes furent incorporés dans la Conférence de Saint Vincent de Paul, une société fondée sur l'idée de la charité chrétienne et de la bienfaisance sociale. Si De Berdt voulait transformer ses garçons en de solides hommes de foi catholique romaine et des travailleurs sociaux, il ne souhaitait pas encourager en eux la sensibilité flamande, même s'il ne l'empêcha pas de prendre racine dans un contexte où la langue d'enseignement était le français, et où il était interdit de parler néerlandais. Toutefois, comme l'esprit sauvage de De Clercq ne se laissait pas dompter et que, privé d'autodiscipline, le jeune homme s'avérait un élément perturbateur dans la vie de classe, les efforts du principal devaient aboutir à une déception et l'enfant finit par se faire renvoyer de l'école peu avant la fin de ses études secondaires. Pendant les quelques semaines qui le séparaient du diplôme de fin d'études, on l'autorisa à suivre des cours au collège épiscopal de Courtrai, ville où il se rendait quotidiennement à pied pendant l'été de 1896, en partant de Deerlijk, non seulement pour aller à l'école, mais aussi pour lire les épreuves de son recueil de poèmes (intitulé ou Poèmes) que l'imprimeur Vermaut avait accepté de faire paraître, sans doute après avoir eu recours au conseil de Theodoor Sevens. Dans ce travail assez scolaire, où apparaissent, hormis des sonnets dédiés à Conscience et Rodenbach, les noms de Longfellow et de Schaepman, on trouve l'écho du panache d'un Ledeganck et des réflexions d’un Gezelle. Alors que le recueil ne contient aucun vers dédié à l'amour, plus d'un tiers de ce modeste ouvrage est consacré à une réflexion sur dans laquelle la famille pauvre est idéalisée. En 1895, trois de ses vers parurent dans (L'Étudiant), la revue des étudiants des collèges flamands. Le poème fut couronné par l'union d'étudiants de la Flandre-Occidentale () Jacob, .

Études à l'université thumb|right|L'Aula, de 1826, de l'université de Gand, par l'architecte Roelandt. De Clercq étudia à cette université dès 1896.

À partir de l'année universitaire 1896-1897, De Clercq étudia à l'université de Gand en première candidature à la faculté de mathématiques et de physique (sciences naturelles), préparatoire à la médecine. Bien qu'il eût accédé, quoiqu'à contrecœur, à la demande de sa mère d'étudier la médecine, il s'occupa plus d'écrire des vers que d'écrire des formules de chimie. Après que son attention fut attirée sur le recueil de De Clercq, Paul Fredericq, le professeur qui donnait les cours de critique littéraire, encouragea le jeune homme à passer à la philologie, ce qu'il fit, avec l'approbation de sa mère, après son échec en médecine. Bientôt suivirent d'autres publications de recueils de poésie : (La Chanson de Bacchus) de 1898, et Leus (Devise) de 1901. Finalement, en octobre 1902, il fut promu docteur en philologie germanique après avoir soutenu sa thèse intitulée (L'Œuvre poétique de Guido Gezelle : quelques considérations esthétiques) .

Dans cette première période gantoise parurent de lui : (La Punition de Halewijn, Gand, 1898), (Échos, Gand, 1900), ouvrage qui fut même remarqué aux Pays-Bas, et (Idéal : une couronne de sonnets, Gand, 1900), ouvrage où l'influence de Jacques Perk est perceptible et qui, avec le recueil précédent, attira l'attention de (De maintenant et de tout à l'heure), ce qui incita Emmanuel de Bom à son tour à lui demander sa coopération. Vint alors (Au pays du lin, Gand, 1902), « respectueusement dédié par son élève reconnaissant » à Paul Fredericq, cité de Jacob, , qui rappelle les récits naturalistes sur les polders de Georges Eekhoud. Et enfin, il y a (Nature, Laethem-Saint-Martin, 1902), un ouvrage paru encore avant sa promotion et illustré par Julius de Praetere. Bien qu'il ne s'y montre pas encore le poète combatif qu'il deviendra plus tard, ce dernier recueil donne une image précise de la nature de son auteur et de la profondeur caractéristique des œuvres ultérieures ; en effet, ces années passées à Gand représentent celles de sa formationJacob, .

À cette époque, les événements politiques contemporains ne trouvaient aucun écho dans son art : ni la lutte du prêtre Daens en faveur d’une démocratie chrétienne, à laquelle René semble avoir été attiré pendant un certain temps ; ni la guerre des Boers, ni même la lutte de Mac Leod pour la néerlandisation de l'université de Gand, à laquelle il prit pourtant part en 1901 en tant que président d'un cercle d'étudiants de linguistique, les ou amis de Rodenbach, qui avait adopté la devise (« Flamand et catholique »), et comme un des présidents du deuxième congrès flamand d'étudiants, Jacob, . Dans (La Jeune Flandre), périodique auquel il collaborait fidèlement (depuis sa fondation, le jour de Noël 1899, jusqu'à la dernière parution du mensuel en octobre 1902) en envoyant des vers et des critiques littéraires, il dira adieu à la fainéantise insipide, fin 1901, dans un texte intitulé , cité de Jacob, , car il ne voulait plus passer pour un chanteur amusant et gai, cité de Jacob, ; dans un monde en trouble et en confusion, il souhaitait se rapprocher du peuple dont corps et esprit devaient être nourris et dont il voulait la libération. La chanson rebelle (Chanson des batteurs en grange) du recueil (Nature) témoigne de l’impact qu’eurent sur lui un discours auquel il assista le , donné par le jeune enseignant Johan Lefèvre et traitant du flamingantisme social« », Jacob, , ainsi que l'exposé de ce dernier de la relation entre la question flamande et la question sociale.

Diplômé, il se fiança avec une couturière d'Ingooigem, qui était fille d'aubergiste comme sa mèreJacob, .

1902-1914 : Enseignant et poète avant la Première Guerre mondiale 1902-1907 : vers une renommée flamande thumb|200px|right|Portrait de Georges Eekhoud par Félix Vallotton. Dans le Mercure de France, l'auteur flamand francophone attire l'attention sur les chansons de travail de René de Clercq. Ayant été nommé dans l'enseignement secondaire dans une petite ville, il se retrouva dans un milieu bourgeois.

Le , à titre temporaire, De Clercq fut nommé enseignant en langues germaniques dans un collège de Nivelles en Brabant wallon, où le conseil communal, dominé par le parti catholique, le nomma enseignant à partir du , mais la même année, par arrêté ministériel entrant en vigueur le , il fut nommé enseignant temporaire à l'athénée royal d'Ostende, non contre son gré.

Entre-temps, à Ingooigem, il avait épousé, le , Marie Louise Delmotte, née le , un mariage béni par Hugo Verriest. La chanson de mariage, le poème (Bienvenue) qu'il avait écrit à Bornival, fut publié dans le mensuel (Flandre). En 1903, au cours du séjour à Nivelles, parurent les recueils (Blé, Maldegem, 1903) et (Chansons pour le peuple, Maldegem, 1903), dédié à Gustave Verriest, qui comprend (La Guilde en fête), devenue célèbre comme chanson estudiantine. En mai 1904 naquit son premier enfant : un garçon. C'est en cette même année 1904 qu’il établit sa renommée littéraire. Dans la revue bimensuelle, , Albert Verwey fait l'éloge du recueil . Dans une critique sur , publiée dans le Mercure de France, Georges Eekhoud attire l'attention, en particulier, sur les chansons de travail ; le poète serait de la race d’un Robert Burns. Et dans le mensuel , Karel van de Woestijne s'exprime en termes très élogieux sur l'œuvre du jeune poète. Les Flamands reconnaissent en lui un poète populaire, de raceJacob, .

La popularité croissante du poète est bien illustrée par le fait que la propagande espérantiste émergente s'intéressait à son œuvre et que Seynaeve et van Melckebeke insérèrent un extrait du dans leur anthologie (Bruges, 1904) : il s’agit de la première traduction d'une œuvre littéraire de De Clercq. Au niveau professionnel, il fut promu enseignant par arrêté royal prenant effet à partir du .

En tout, De Clercq ne travailla qu'un an et un mois à Ostende. Dans cette période, il ne produisit que sept œuvres inspirées par la mer ; un sujet qui ne constituait apparemment pas une riche source d'inspiration pour lui. Au concours entre poètes annoncé par le ministère de l'Intérieur et de l'Instruction publique à l'occasion de la soixante-quinzième anniversaire de l'« indépendance » de la Belgique, De Clercq excella avec (Belgique d’abord), (Prière patriotique) et (Chanson du Prince) : des œuvres qui furent publiées à Bruxelles en 1905, insérées dans le Recueil (bilingue) de chants patriotiques pour les écolesJacob, . Pendant ce temps, dans l'hebdomadaire (Voix de Notre Siècle), un catholique néerlandais, Alphons Laudy, lui avait consacré une étude plus approfondie, la première aux Pays-Bas, où il manifeste son appréciation, tout en émettant une réserve d'ordre confessionnelle sur la retenue dans l'imagination de ce poète catholique flamand. Un événement d'importance de la même année, 1905, était la représentation, à Gand, d'un drame lyrique () de Jef van der Meulen : , sur un livret d'Alfons Sevens d'après le récit de De Clercq, pour lequel le poète avait écrit (La Chanson du lin). La pièce fut représentée pas moins de vingt-trois fois au cours de cette seule saison théâtrale et l'éditeur Cranz acheta l'ouvrage. Après ce succès théâtral à Gand, sa réputation était établie dans la ville où il sera nommé enseignant, bien qu'à titre temporaire, à l'athénée royal, entrant en fonction à partir du , cette fois-ci dans les classes moyennes. Cette seconde période gantoise s'étendit jusqu'à la guerre de 1914. Après s'être installé à Mont-Saint-Amand-lez-Gand, il apprit que sa mère était mourante ; elle mourut le à l'âge de 69 ans. Peu après naquit son deuxième enfant, une fille dont la naissance le poussa à écrire la chanson de la bénédiction des enfants ; (Maison céleste) devint vite le poème préféré d'une fertile Flandre catholique Jacob, . Cette même année, ayant obtenu une bourse d'études et les vacances d'été s'approchant, De Clercq allait profiter de l'enseignement en phonétique de Wilhelm Viëtor à MarbourgJacob, .

1907-1914 : vers une renommée dans le monde des lettres néerlandaises