La formule « parlement prussien » (en allemand ) désigne les assemblées représentatives de Prusse, d'abord dans la Prusse des chevaliers Teutoniques, puis dans la Prusse polonaise (1466-1772) et dans le duché de Prusse (1525-1701), puis dans le royaume de Prusse (1701-1918), enfin dans l'État libre de Prusse sous la république de Weimar.
Évolution historique de la « Prusse » À l'origine, est appelé « Prusse » le territoire où vit le peuple balte des Prussiens (ou Borusses), grosso modo situé le long de la mer Baltique, entre la Vistule et le Niemen. Les Prussiens sont bordés par les Allemands à l'ouest (Poméranie), les Polonais au sud, les Lituaniens à l'est.
Au cours du Moyen Âge, ce territoire est conquis par les chevaliers Teutoniques, d'origine allemande ; la population se convertit au christianisme et se germanise ; les Prussiens d'origine disparaissent progressivement. Vers 1400, la Prusse est identifiée avec le territoire détenu par l'ordre Teutonique, qui s'étend d'ailleurs à l'ouest de la Vistule (Poméranie orientale). Les grandes villes sont Dantzig et Königsberg.
En 1466, le traité de Thorn de 1466 divise la Prusse teutonique en deux : la partie occidentale (avec Dantzig) revient au royaume de Pologne et devient la Prusse royale ou Prusse polonaise ; la partie orientale (avec Königsberg) reste à l'ordre Teutonique, plus ou moins tenu à une allégeance au royaume de Pologne.
En 1525, l'ordre Teutonique est sécularisé par son grand-maître, Albert de Brandebourg, en accord avec le royaume de Pologne (traité de Cracovie) et devient le duché de Prusse, ou Prusse ducale, fief vassal du roi de Pologne.
En 1618, le duché de Prusse échoit à l'électeur de Brandebourg, permettant l'association en union personnelle de deux territoires importants. En 1657, le traité de Wehlau met fin à la suzeraineté de la Pologne sur le duché de Prusse, qui est érigé en royaume en 1701. L'électeur de Brandebourg devient officiellement « roi en Prusse », puis « roi de Prusse » en 1772 . le mot « Prusse » désignE désormais tous les territoires qu'il contrôle : la capitale de la Prusse de est Berlin et non plus Königsberg.
Le royaume de Prusse évolue considérablement au cours des , notamment grâce aux trois partages de la Pologne. Bien que le roi de Prusse devienne empereur d'Allemagne en 1871, le royaume de Prusse continue d'exister jusqu'en 1918, et devient un des États de la république de Weimar (1919-1933).
Première période Le Landtag de Prusse teutonique (jusqu'en 1525)
Le premier prussien est établi par les chevaliers Teutoniques pour apaiser la population locale, qui a des relations tendues avec l'ordre, formé de nobles immigrés d'Allemagne pour une grande part.
Il est réuni aux environs de 1370. Il est formé au départ par les villes ayant de droit de battre monnaie aux côtés de l'ordre Teutonique : Braunsberg (Braniewo), Culm (Chełmno), Elbing (Elbląg), Dantzig (Gdańsk), Königsberg (Królewiec) et Thorn (Toruń). D'autres villes se sont ajoutées par la suite. Cette assemblée se réunit en moyenne 4 fois par an et traite des problèmes liés au commerce et à la politique étrangère, c'est-à-dire aux relations, souvent belliqueuses, entre l'ordre et ses voisins polonais et lituanien, qui ont le même monarque à partir de 1386.
La défaite des chevaliers Teutoniques à Grunwald en 1410, suivie du traité de Thorn de 1411, occasionne quelques pertes territoriales, mais surtout impose à l'ordre une indemnité de guerre énorme, qui provoque une aggravation des problèmes financiers. L'ordre est amené à faire des emprunts, mais aussi à confisquer des biens ecclésiastiques et à augmenter les impôts.
Les Prussiens possédant le droit de frapper la monnaie se réunissent alors pour discuter d'une dévaluation et une augmentation de la masse monétaire. Cela conduit à de l'inflation. Se posent particulièrement les titres obligataires dont la valeur nominale n'a pas été changée. En 1418, une loi résolut le problème en ajoutant un intérêt aux sommes remboursées en nouvelle monnaie.
Ces problèmes amène les villes prussiennes envisager un rapprochement avec le roi de Pologne. Norman Housley pense que cela a eu un rôle important dans l'échec politique de l'ordre. Ce changement d'allégeance se manifeste d'abord de façon passive, le Landtag refusant de voter de nouvelles taxes pour financer la guerre contre la Pologne. Dans les années 1430, le conflit devient plus fort et aboutit à une rébellion ouverte, la Ligue de Prusse, formée en 1441, puis à la guerre de Treize Ans et à la partition du territoire prussien au traité de Thorn de 1466.
Le Landtag de Prusse royale ou Prusse polonaise (1466-1772)
La partie ouest de la Prusse devient polonaise après le traité de Thorn, mais conserve une certaine autonomie dans le cadre du royaume de Pologne.
Un des membres les plus célèbres du Landtag de Prusse royale est Nicolas Copernic, chanoine de Varmie (ou Ermland), qui a rédigé trois notes sur les questions monétaires, décrivant des phénomènes similaires à ceux de la loi de Gresham. Les dévaluations sont néfastes aux finances prussiennes, le gros est dévalué, passant d'un poids de 1/ de l'étalon utilisé à 1/. En 1517, 1519 et 1526, il propose de revenir à la loi de 1418, mais les villes refusent. En effet, elles se sont beaucoup endettées et la dévaluation est pour elles un moyen d'alléger leur fardeau.
Par ailleurs, la noblesse de Prusse royale participe à l'élection du roi de Pologne. La Prusse royale dispose d'un parlement appelé , ainsi que de représentants à la chambres des nonces et au . Par ailleurs la Prusse royale disposé d'un , parlement figurant uniquement dans la région, même si ce dernier a partiellement fusionné avec le après l'union de Lublin.
Le Landtag du duché de Prusse (1525-1701)
thumb|upright=1.5|left|Prusse en 1576 : le duché de Prusse est en couleur, la Prusse royale non, carte de
Dans le duché de Prusse établi en , la diète de Königsberg promulgue le le règlement ecclésiastique de l'Église territoriale, selon les normes du protestantisme luthérien, devenu religion d'État par le mandement du , traduction allemande : .
Les nobles du duché de Prusse, fief du royaume de Pologne, n'ont pas de représentation à la Diète de Pologne, contrairement à ceux de Prusse royale.
Deuxième période (à partir de 1701)
La période de la monarchie absolue L'association de la Prusse et du Brandebourg a lieu au profit d'une politique absolutiste, de sorte que le pouvoir du Landtag diminue.
Les parlements de Prusse occidentale et orientale, qui furent réorganisés en 1772 la partie orientale récupérant la Vistule, contribuèrent au progrès de l'agriculture. Les guerres de Silésie conduisirent à une forte augmentation des taxes qui créa un fort endettement de la population prussienne.
Jusqu'à la fin du , les propriétaires terriens n'étaient pas libres de revendre leur domaine à leur guise.
Pour permettre la circulation monétaire, la session du parlement de 1787 en province de Prusse-Occidentale et de 1788 en Prusse orientale, prirent la décision de créer deux établissements de crédit appelés respectivement et .
Les membres du parlement, principalement membres de la noblesse, et leurs débiteurs étaient en fait les mêmes personnes. Afin de pouvoir emprunter, ils créèrent ces établissements de crédit permettant de mutualiser les risques. Cela mena à des polémiques, les propriétaires surendettés profitant des liquidités de ceux qui en avait encore. Certains voulaient abolir le régime féodal, tandis que d'autres désiraient son rétablissement total.
La période 1806-1848 thumb|right|upright=2.0|Yorck s'adressant au Landtag le , par Otto Brausewetter.
Après les défaites de 1806 face à Napoléon (guerre de la quatrième coalition), le royaume de Prusse connaît un affaiblissement momentané, mais cet état de faiblesse est contrebalancé par de multiples réformes intérieures, dont les effets se font également sentir sur l'activité du parlement.
Ainsi, le joue un rôle politique important, notamment pour permettre le financement des dépenses liées à la défaite de 1806. Le roi a en effet besoin de fonds pour payer aux Français une indemnité de guerre de , soit environ une année du budget du royaume d'avant les guerres. En 1807, le parlement et le roi parviennent à un accord, ce dernier était accepté dans l'établissement de crédit, en partie grâce à ses domaines sur les territoires du duché en échange de quoi il était garant pour les obligations sécurisées émises pour financer le budget royal.
En contrepartie, le parlement intègre des députés représentant les paysans libres (selon le droit de Culm), appelés , propriétaires du sixième des terres arables de Prusse orientale et les propriétaires terriens non nobles, possesseurs de 10 % des terres féodales, principalement grâce au rachat, rare et compliqué, de terres de nobles surendettés. Grâce à cette inclusion, ces catégories disposent d'un accès au crédit, tout en étant également prêteurs.
Le , le ministre prussien Heinrich Friedrich Karl vom Stein libéralise par un édit la vente de domaines et abolit le servage. La libéralisation de la cession de ces terres permet le développement massif du phénomène de l'hypothèque, permettant à la fois aux propriétaires d'emprunter pour moderniser leur exploitation et pour payer l'indemnité due à la France.
Quand en 1813, le roi de Prusse, allié de la France depuis 1812, refusa de profiter de la défaite française en Russie, les membres du parlement décident de prendre de vitesse le roi. Le le comte Friedrich Ferdinand Alexander zu Dohna-Schlobitten, président du Landtag, s'exprima en faveur de la constitution d'une armée, destinée à lutter contre les Français. Après avoir débattu de la trahison du général Ludwig Yorck, qui voulait créer une armée de libération de la Prusse outrepassant en cela les ordres royaux, il votèrent unanimement le pour financement et le recrutement d'une armée de , plus en réserve, sur proposition du général York, de Clausewitz et de Stein. Le roi se voyait forcer la main, mais attendit jusqu'au pour approuver leur initiative.
Cette initiative ne fut cependant pas récompensée par le monarque, qui remettait toujours au lendemain sa promesse d'introduire un pouvoir législatif pour l'ensemble de la monarchie. Ce n'est qu'à la révolution de mars que la Prusse reçut pour la première fois une constitution transformant le en parlement national.
La période 1849–1918
thumb|left|Chambre des représentants de Prusse aux alentours de 1900, peu après l'inauguration du nouveau bâtiment
Le parlement prussien apparaît après la disparition de l'assemblée nationale prussienne et l'introduction de la constitution de 1849. Il est alors constitué de deux chambres : la chambre basse est la chambre des représentants de Prusse (dite seconde chambre jusqu'en 1855), la chambre haute est la chambre des seigneurs de Prusse (dite première chambre jusqu'en 1855). À l'origine la première chambre () était élue par les citoyens payant plus de d'impôt par an ou percevant des revenus annuels de plus de ou possédant pour plus de de propriété. Une première réforme en 1850 fit que seule une partie de la première chambre est élue, les autres membres étaient nommés par le roi et d'autres recevaient des sièges héréditaires. En 1853, à la suite d'une seconde réforme plus aucun membre de cette assemblée n'est élu. Les aînés de chaque famille de la noblesse médiatisée reçurent un siège, à ceux-ci s'ajoutaient les membres nommés par le roi, certains de manière héréditaire, et également les maires de certaines grandes villes et les directeurs de certaines institutions.