Labbaye Saint-Étienne de Fontenay, Fontanetum est une abbaye bénédictine située à Saint-André-sur-Orne dans le Calvados en Normandie. Elle ne doit pas être confondue avec l'abbaye de Fontenay en Bourgogne.

Localisation L'abbaye est située dans le département français du Calvados, au bord de l'Orne, sur la commune de Saint-André-sur-Orne à au sud de Caen.

Historique Les anciens bâtiments conventuels du sont inscrits au titre des monuments historiques depuis 1945 et le site depuis 1943..

Fondation Les chartes de fondation de l'abbaye n'existent plus. C'est vers la première moitié du que l'on a connaissance de la première fondation, grâce à un relevé de 1070 demandé par Guillaume le Conquérant à Tesson, petit-fils du fondateur Tesson (ou Taisson). C'est sans doute peu après la bataille du Val-ès-Dunes de 1047, gagnée par le jeune Guillaume le Bâtard contre l'insurrection de ses barons rebelles grâce au ralliement in extremis de l'un d'entre eux, Raoul Tesson, que ce dernier fonde sur ses terres de Fontenay cette abbaye bénédictine, sous le consentement de Hugues, évêque de Bayeux. C'est là qu'il est enterré plus tard, ainsi que son frère Erneis et son neveu Robert Fils-Erneis, tué à la bataille d'Hastings en 1066 et dont le duc (désormais roi) Guillaume fait rapporter le corps en NormandiePierre Carel, op.cit. page 25 pour être inhumé à FontenayLucien Musset op.cit. ..

Étienne, premier martyr, est un saint particulièrement vénéré depuis que Robert le Magnifique, père de Guillaume, a rapporté de son pèlerinage en Terre sainte une relique (un doigt de saint Étienne). L'historien Lucien Musset écrit en 1961 que .

Henri, duc de Normandie et roi d'Angleterre à partir de 1133, exempte les moines des droits de douane, péages et autres coutumes qui lui appartiennent tant en France qu'en AngleterreL'Échaudé d'Anisy dans : Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 1834..

Au , les donateurs sont les diverses branches de la famille des Tesson ou dans leur mouvance : Percy seigneur de Cahan, Meslay seigneur de Meslay, Mesnil Ursin seigneur de May, Marmion seigneur de Fontenay-le-Marmion, Soligny seigneur de Bernières, Touchet seigneur de Fresnay-le-Puceux, Patry seigneur du Mesnil-Patry, Vey seigneur de Saint-Marc-d'Ouilly, Clécy seigneur de Saint-Lambert, Jean comte de MortainAbbé de La Rue : Essais historiques sur la ville de Caen et son arrondissement, Volume 2, page: 388, Geoffroy Marmion, Clinchamps seigneur de Clinchamps…

Au cours de la première partie de son histoire, l'abbaye connait une grande prospérité, mais le long conflit franco-anglais (guerre de Cent Ans) lui est ensuite préjudiciable au . Deux siècles plus tard elle est à nouveau la proie de pillages protestants pendant les guerres de Religion du . Puis ce sonnt ses abbés commendataires qui l'appauvrissent. C'est donc un domaine en piètre état que trouve Pierre-Daniel Huet en 1699 mais auquel il s'efforce de rendre son ancienne grandeur.

Les abbés réguliers Les vingt-six premiers abbés de Fontenay sont réguliers ; les dix-sept suivants ont tous été commendataires après le concordat de Bologne conclu entre et .

Le premier abbé Gaudrefroy de Vasppree est un moine de l'abbaye de Lyre dont il est tiré par Guillaume, duc de Normandie. Sous l'abbé Hugues moine de l'abbaye de Troarn, Robert Fils-Erneis, neveu du fondateur, fait des donations considérables avant la conquête de l'Angleterre (à laquelle il participe et où il perd la vie).

Suivent les abbés : Herbert, Guillaume, en 1156, Robert de Cusley, en 1180, , prieur de l'abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives, Gaudefroy, en 1213, Alexandre, en 1227, Raoul, en 1249, , en 1278, André.

En 1288, Thomas reçoit des bulles du pape .

Lui succèdent ensuite : en 1293, Richard, en 1309, Alain, Herbert, en 1333, Thomas Le Vavasseur, , en 1385 .

Le , le roi d'Angleterre passe la nuit à l'abbayeChronica maioa of Thomas Walsigham 1376-1422.. L'abbé, rallié comme beaucoup d'autres à la cause anglaise, lui prête serment en 1420.

En 1429, , étudiant de l'université de Paris devient abbé. En 1434, prend sa suite. En 1450, après la victoire de Formigny des Français sur les Anglais, l'abbé Jean Tostain fait serment au roi de France , qui rend à l'abbaye ses possessions.

Se succèdent ensuite : en 1461, , en 1491, Laurent Lenou, en 1504, Jean Conseil, dernier abbé régulierPhilippe Lamare, Mémorial de Philippe Lamare secrétaire de Dom Goujet bénédictin de l'abbaye de Fontenay et Gallia Christiana..

Les abbés commendataires vignette|gauche|redresse=0.7|Pierre-Daniel Huet. En 1548, l'abbaye est mise sous commende avec Martin Ruzé, chanoine de l'Église de Paris, conseiller au parlement. Suivent Pierre Duval, Joachim du Griffon chapelain de la Sainte-Chapelle, Thomas Augier. Nicolas Fontaine est encore abbé en 1598 et aliène des biens du monastère.

Nicolas Duval sieur de Fontenay, conseiller au Parlement de Paris, obtient la commende de l'abbaye Saint-Vincent de Senlis ; en 1586, celle de l'abbaye de Ham ; en 1587, celle de l'abbaye de Moiremont, qu'il garde jusqu'en 1599, pour devenir commendataire de l'abbaye de FontenayBulletin de la Société des antiquaires de Normandie, 1888..

est archevêque de Rouen. Guy Champion seigneur de la Chaise, évêque de Tréguier soutient des procès contre le seigneur de Harcourt.

En 1635, Guillaume Boivin, grand doyen de la cathédrale d'Avranches et conseiller du Parlement, fait beaucoup de réparations à l'église. Son successeur, Louis de Béringhem, se marie et est remplacé par Clair Gilbert d'Ornaison comte de Chamarande.

En 1699, le célèbre Pierre-Daniel Huet, sous-précepteur du Grand Dauphin, membre de l'Académie française, abbé de l'abbaye d'Aunay, abandonne pour raison de santé son évêché d'Avranches et le roi lui donne Fontenay pour le dédommager. Il laisse une importante correspondance avec son neveu Michel-Gabriel de Charsigné sur sa vie à Fontenay, ses travaux, ses rapports avec les héritiers du précédent abbé, le prieur et les moines, ses fermiers, voisins et employésLettres inédites de P.D. Huet, évêque d'Avranches, à son neveu (sur Gallica).. Après avoir restauré l'abbaye et ses jardins, il entre en conflit avec les religieux, ces derniers refusant l'adhésion à la congrégation de Saint-Maur. Accablé de procès par ses moines, Huet se retire à Paris chez les Jésuites où il meurt en 1721.

De 1727 à sa mort en 1775, son neveu Michel-Gabriel de Piédoüe d'Héritôt, seigneur de Charsigné, docteur en théologie de la Faculté de Paris, est abbé à son tour ; il s'installe à Fontenay, se consacre aux jardins qu'il rend parmi les plus beaux de la région, et réussit enfin à réformer l'abbaye en introduisant en 1752 les religieux de la congrégation de Saint-Maur.

Enfin, Pierre-Jean-Charles de Montazet cède aux religieux l'abbatiale de Fontenay contre le Clos sur l'Orne et une rente de . Il est le dernier abbéLamare, Neustria Pia, Gallia Christiana..

Le temporel Raoul Tesson et son frère Erneis donnent lors de la fondation (vers 1047) toute la terre qu'ils possèdent dans la vallée de Fontenay : églises, moulins, vignes, droits sur la forêt de Cinglais et le marché de Thury.

En 1587, l'abbaye vend de terre à Vieux pour payer sa part de la rente accordée au roi par le pape sur le temporel des biens ecclésiastiques du diocèse.

En 1699, les revenus nets sont de . Il reste pour l'abbé plus des dîmes sur les bois de Thury. Le prieur reçoit , trois religieux , un moine non prêtre Lettres de Pierre-Daniel Huet..

En 1777, les religieux échangent avec l'abbé commendataire la maison abbatiale, une petite maison, l'enclos et le jardin, les taillis et les arbres sur dix-huit acres de terre, deux écuries, salles, colombier, boulangerie, pressoir et greniers contre le clos sur l'Orne contenant dix-huit acres avec colombier, jardins, emplacement de maisons, grange et la grande allée plantée d'arbres pour y construire l'abbatiale et les jardins de l'abbé plus une rente de .

Depuis la Révolution française Lorsqu'éclate la Révolution française, les magnifiques jardins à la française aménagés par l'abbé Huet puis l'abbé de Charsigné ont déjà disparu, l'abbaye très délabrée ne compte plus que six religieux. Le domaine est vendu comme bien national en 1793 pour Lamare. à monsieur de La Poterie.

Le domaine passe ensuite à monsieur de La Faverie, qui repose aujourd'hui au cimetière de Saint-André. Celui-ci détruit la plus grande partie des bâtiments monastiques. Vers 1830, il rase les ruines de l'église abbatiale et du cloître adjacent, un bâtiment à l'ouest longeant le chemin du bac qui abritait entre autres l'ancienne porcherie et un moulin, ainsi qu'une grange dîmière médiévale plus au sud. Il ne conserve qu'un grand bâtiment conventuel du , situé non loin des bords d'Orne, et le logis abbatial du . Le bâtiment du , voûté à l'intérieur et flanqué à l'extérieur de contreforts, sert de grange et d'étable jusqu'au départ du dernier fermier, André Sablery, dans les années 1970. L'ancien logis est utilisé comme résidence de campagne. La propriété est rachetée en 1872 par Alexandre Carel (1833-1896), bâtonnier à CaenVoir le monument à l'ancien Palais de Justice de Caen. dont l'épouse Amélie Vauloger de Beaupré a de la famille proche dans les environs immédiats (ses parents à Vieux, son cousin Hobey au château de Bully de l'autre côté de l'Orne). Leur descendance directe a conservé ce domaine jusqu'à ce jour : familles Colard, Dario, d'Amonville, Noble.

Le dimanche , l'abbé Poirier, curé de Saint-Pierre de Caen, rejoint un groupe de quatre-vingt sinistrés de la paroisse Saint-Pierre, réfugiés au Clos Saint-Joseph tout proche. L'abbé Poirier célèbre ce jour-là dans la chapelle Saint-Étienne de Fontenay une messe exceptionnelle pour les victimes et les survivants. Fait peu commun, croyants et non croyants communient ensemble dans une même émotion par l'Eucharistie. L'abbé Poirier retourne à Caen où il est tué dans un bombardement quelques jours plus tard..

Possessions de l'abbaye L'abbaye possédait : prieurés : Culey, , Pouillé général, bénéfices du diocèse de Bayeux, pages: 10 et 22. ; églises : Saint-André-de-Fontenay, Saint-Martin-de-Fontenay, Boulon, May, Clécy, Saint-Lambert, Saint-Sauveur de La Villette, , Cahan, Mesnil-Hubert, , Notre-Dame de Rouvrou, , , Crocy, Cesny-en-Cinglais, , , patronage de Thury ; chapelles : Pont-d'Ouilly ; dîmes ou traits de dîmes : , Langrune, Sallenelles, moulin de Clécy ; terres : Cinglais, Fontenay-le-Marmion, Langrune, , Acqueville, Saint-Aignan-de-Cramesnil, Le Mesnil-Patry, , Cingal, Vieux, , Verrières à Saint-Martin-de-Fontenay, Éterville, Saint-Lambert, Ver, , Saint-André-de-Fontenay, Barbery, , Clinchamps, , Bully, Hubert-Folie, Feuguerolles, Fontaine-Étoupefour, Ifs, Allemagne (aujourd'hui Fleury-sur-Orne), Fontenay-le-Pesnel, Étavaux, Cambes, Garcelles, , Grentheville, , , Estrées, Mesnil-Patry, Fresney-le-Vieux, Cormelles, Cristot, Bourguébus, Saint-Sylvain, Soliers, Le Bô, Friardel, prés à Caen ; rentes : Craménil, Verrières, May, Cingal, Tosteval, Lion-sur-Mer, Fierville, Thury, Ouistreham, Rocquancourt, Barbery, Sallenelles, Feuguerolles, Cingal, Baron, Mesnil-Patry, Fontenay-le-Pesnel, Eraines, Bretteville-sur-Laize, Bourguébus, Hubert-Folie ; bois : bois des Templiers à Cinglais et Saint-Lambert ; moulins : , Fontenay, Fierville, Potigny ; carrières : Étavaux ; maisons : Éterville, Saint-André-de-Fontenay, maisons et manoir à Caen ; vin : AiranL'Échaudé d'Anisy dans : Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, 1834. Voir aussi Lamare, lettres de Pierre-Daniel Huet.

Les bâtiments vignette|L'église en 1778 sur les ruines de 1830.