En Amérique du Nord, un est un officier dénué d’expérience militaire ou de formation spécifique, qui au cours d'une guerre a été nommé à un poste de haut commandement dans l’armée pour des raisons politiques, ou grâce à ses relations, ou pour satisfaire un groupe de pression (lobby).
Le est une figure connue en particulier pendant la guerre de Sécession.
Certains préoccupés essentiellement par leur carrière, et mus par la jalousie, l'entêtement, l'ignorance ou l'appât du gain, ont été à l'origine de désastres militaires (et civils dans les zones occupées) – d'autres ont rendu de notables services à leur cause. Certains ont connu des succès au début de leur activité militaire, puis ont totalement décliné – d'autres au contraire ont gagné en expérience et en qualités humaines au cours du conflit. thumb| Prototype du , John Alexander McClernand, politicien, ami personnel d'Abraham Lincoln. Plus actif dans les antichambres du pouvoir que sur le front, manipulateur des médias, il chercha à supplanter Ulysses S. Grant en le calomniant.
Motifs de la nomination Satisfaire les groupes de pression
La satisfaction de groupes de pression est la raison la plus fréquente.
Le président nordiste Abraham Lincoln, issu du parti républicain, utilisa largement son pouvoir de nomination pour complaire aux modérés du parti démocrate et obtenir ainsi le soutien de son administration et de sa politique de guerre par les . C’est ainsi que John Adams Dix, et Benjamin Franklin Butler, tous deux du parti , ont été nommés les premiers (ils étaient aussi les plus âgés) des dans les corps de Volontaires de l’Armée de l'Union.
Nathaniel Prentice Banks (qui avait , et était après avoir été ) fut d'ailleurs nommé en même temps.
Lincoln nomma aussi des généraux d'obédience républicaine, comme Richard James Oglesby, de l’Illinois.
Causes ethnopolitiques On pensait en haut lieu (et à juste titre) que divers groupes culturels et ethniques, surtout s’ils étaient issus d’une immigration récente, seraient flattés de voir l’un des leurs nommé à un haut poste dans l’, et que leurs jeunes hommes auraient tendance à s'enrôler sous sa bannière.
Ainsi pour les Allemands, qui venaient autour de 1850 d’immigrer en très grand nombre : la nomination de deux de leurs leaders (Franz Sigel et Carl Schurz, dont l’expérience militaire se limitait pour tous les deux à une participation malheureuse à la révolution de 1848 en Allemagne) incita un grand nombre de leurs compatriotes à s’enrôler. Henry Bohlen recruta et commanda un régiment germanophone avant d'être tué au front, sur la Rappahannock.
Pour les très nombreux immigrés venus d'Irlande, Thomas F. Meagher et Michael Corcoran (qui avant la guerre de Sécession étaient déjà respectivement capitaine et colonel de la Milice de l’État de New York) furent promus. En (après les énormes pertes subies par son Irish Brigade lors de la bataille de FredericksburgBataille de Fredericksburg : Heros von Borcke décrit dans ses mémoires les vagues successives des Irlandais de Meagher venant se faire tuer et s’accumulant par strates devant les canons des retranchements confédérés… Meagher donna sa démission, mais Corcoran venait de mourir d'une chute de cheval, et la démission fut refusée par le : il fallait garder au moins un général irlandais…
Des officiers généraux (nés aussi bien en Amérique qu’à l'étranger) furent fameux pour leur aura personnelle et leur capacité à inciter les hommes de leur milieu socio-culturel à s’enrôler. Ainsi, pour l'Union : Daniel Sickles (et sa ), l'Allemand Henry Bohlen, John Alexander McClernand (et sa en Illinois), Robert H. Milroy (et son « régiment indépendant »), Meagher et sa , Michael Corcoran (et sa d'Irlandais) - et du côté confédéré : Henry A. Wise (et sa ).
Le cas particulier des États frontaliers thumb|Les (en bleu clair) entre le Nord (en bleu foncé) et le Sud (en rose). En blanc : les territoires qui n'avaient pas statut d'État en 1864.
Des hommes politiques connus furent nommés généraux afin de complaire à la population de ces États frontaliersou border states. Selon l'article Border states (American Civil War) : ce sont des États esclavagistes qui ne se sont pas séparé de l'Union avant la prise de Fort Sumter (12 avril 1861). Quatre de ces États ne se sont jamais déclarés sécessionnistes : le Delaware, le Kentucky, le Maryland, et le Missouri. Quatre autres ne se sont déclarés pour la sécession qu'après Fort Sumter : l'Arkansas, la Caroline du Nord, le Tennessee, et la Virginie. Quant à la Virginie de l'Ouest, elle se sépara de la Virginie sudiste et devint un État de l'Union., qui hésitait à choisir entre les deux blocs nordiste et sudiste.
Ainsi le Sud nomma général John C. Breckinridge, ancien vice-président de la Confédération, en espérant qu’il attirerait à lui les habitants du Kentucky.
Sterling Price, ancien gouverneur du Missouri fut nommé de la CSA () dans le même but : complaire aux habitants du Missouri.
Thomas Leonidas Crittenden, membre d'une puissante famille du Kentucky, fut nommé général de l’ pour les mêmes raisons.
Autres causes Un très grand nombre de citoyens s’enrôlait dans les régiments de volontaires, alors que l’on manquait d’officiers de métier pouvant les encadrer. Il parut normal de donner comme chefs à ces soldats des politiciens, des hommes d’affaires, des avocats, que leur carrière (en particulier s’ils étaient des ), ou leur instruction et leur position sociale désignait comme meneurs d’hommes.
Ainsi le confédéré Henry A. Wise, qui était à la fois avocat, gouverneur de l’État de Virginie, et un orateur dont l’éloquence électrisait les auditoires, est nommé de l’armée confédérée dès la déclaration de guerre et il lève la , des troupes qui lui étaient entièrement dévouées. Si au début de sa carrière militaire, il s’absente (apparemment pour raison de maladie) lors de la bataille de l’île Roanoke alors qu’il était commis à la défense de cette île, il fait preuve ensuite de courage lors de la campagne de Virginie Septentrionale. Puis, malgré la faiblesse de ses troupes, il défend avec succès Petersburg (Virginie) en contre deux attaques de l'Union, et combat jusqu’à la signature de l'armistice aux côtés de Robert E. Lee.
Les liens d'amitié avec un homme politique en place ont aussi compté : John Alexander McClernand, ami personnel du président Abraham Lincoln, a pu être ainsi nommé , avant d'être limogé par Ulysses S. Grant, puis renommé à son poste par Lincoln quelques mois plus tard.
Les liens de parenté ont aussi compté, comme ce fut le cas pour les deux fils de Hannibal Hamlin, le vice-président de l'Union sous Lincoln.
Relations entre les officiers de métier et les
Les s’opposeront souvent aux officiers de métier, en critiquant l’orgueil et la suffisance de leurs collègues sortis de West Point - tandis que les officiers de métier se méfient des politiciens avec raison : il est facile aux (car ils connaissent bien les coulisses du pouvoir et l'impact de la presse, et ils ont l’oreille des hommes en place) de discréditer les officiers de métier, voire de monter contre eux de véritables cabales. Ainsi, Meade eut à souffrir après la bataille de Gettysburg des calomnies que ses subordonnés, les deux Daniel Sickles et Daniel Butterfield répandirentvoir l'article campagne de Gettysburg, note .
Lors du siège de Vicksburg, afin de discréditer Ulysses S. Grant, McClernand chercha à répandre une rumeur selon laquelle Grant était un alcoolique. Lincoln envoya d'ailleurs son enquêteur Charles Anderson Dana auprès de Grant pour savoir si McClernand avait raison. Grant put finalement sanctionner McClernand et obtenir qu’il quitte le front : le de l'Illinois avait donné une interview à la presse malgré les ordres formels de son supérieur.
Quant aux officiers de métier, ils maintenaient souvent entre eux un esprit de corps exclusif, aux dépens de leurs collègues issus de la société civile : ainsi Sherman nomma à la tête de l’Armée du Tennessee Oliver O. Howard, un officier de métier issu de West Point, alors que John A. Logan, le qui la commandait à la suite de la mort du général en chef, n’avait nullement démérité.
Grant obtint que Benjamin Franklin Butler soit limogé après l’échec du premier débarquement en vue de capturer Fort Fisher, alors que l’action de Butler alors qu’il était commandant de l’army of the James, si elle avait été coûteuse en hommes (surtout pour les Afro-américains des U.S.C.T.) avait cependant permis à Grant d’avancer vers la conquête de Petersburg, et donc de Richmond.
Les relations entre et officiers d'active ne sont d'ailleurs pas meilleures au Sud : ainsi en , le congressman confédéré Henry Cornelius Burnett (un ) attaque le président Jefferson Davis dans un discours à la chambre : il l'accuse de favoriser systématiquement les officiers qui, comme Davis lui-même, sont issus de West Point, au détriment de ceux qui n'ont pas connu l'enseignement de la prestigieuse écoleSelon l'article Henry Cornelius Burnett, qui cite comme source : Walther, Eric H. (2006). William Lowndes Yancey and the Coming of the Civil War. Chapel Hill University of North Carolina Press. ., . Jefferson Davis, qui avait été élève de West Point de 1824 à 1828, était d'ailleurs sorti sur 23 de la promotion 1828, et avait été compromis dans l'« Eggnogg Riot », un grave chahut compliqué d'ébriété collective et de rébellion, discours qui soulève une vive controverse et provoque le tumulte dans l'assistance.
Conséquences Certains (en particulier Sigel et Banks pour le Nord - et Breckinridge et Wise pour le Sud) bénéficiaient d’une grande popularité auprès de leurs hommes, à cause de leur appartenance à un groupe ethnique particulier, ou parce que, comme Wise, ils toléraient les chapardages (voire les pillages) de leurs hommes et les couvraient systématiquementVoir la note de l’article Henry A. Wise. Ils pouvaient donc les lancer dans des entreprises périlleuses que des officiers de métier, formés à l’académie militaire de West Point et expérimentés, n’auraient pas songé à ordonner. Ainsi, lors de la bataille de Gettysburg, Daniel Sickles posta-t-il, de sa propre autorité, son Corps bien en avant de la ligne de défense nordiste, créant un saillant qui exposait ses hommes et affaiblissait toute l’armée de l'Union. Après la bataille, il échappa aux critiques justifiées des autres officiers nordistes en prétendant que ses hommes avaient fixé l’assaut des confédérés et offert par leur sacrifice la victoire à l’Union, tout comme lui, qui avait perdu une jambe au combat.
C’est surtout dans le camp nordiste que l’incompétence des fut notoire : ils étaient nombreux, et des responsabilités étendues leur avaient été attribuées.
Cependant certains rendirent de grands services à leur camp après voir acquis de l’expérience : ainsi Henry A. Wise, qui n’avait pu qu’éviter d’être fait prisonnier lors de la bataille de Roanoke Island en 1862, fut fidèle à Robert E. Lee jusqu’à la reddition - et le Brigadier Général nordiste Alfred Terry, ancien avocat, prit-il Fort Fisher en 1865.
D’autres, au contraire, eurent, comme Banks, des débuts prometteurs puis furent décevants; à l'instar de Benjamin Franklin Butler, qui sut se rendre utile au camp nordiste lors de la conquête des côtes de la Caroline du Nord par Ambrose Burnside et qui fut un gouverneur militaire habile lors de l’occupation de La Nouvelle-Orléans, puis qui dressa tout le monde contre lui par ses brutalités et ses prévarications.
La guerre américano-mexicaine
Pendant la guerre américano-mexicaine, qui a été vue par de nombreux historiens comme un signe avant-coureur de la guerre de Sécession, de nombreux participants (tant civils que militaires) étaient encore aux postes clés en 1861 : James Pinckney Henderson, le gouverneur en exercice du Texas reçut de la législation de l’État le grade de et l’autorité de conduire les troupes texanes à la bataille. Il était à la tête de la « Texas Division » à la bataille de Monterrey.