Mohamed Morsi (), de son nom complet Mohamed Mohamed Morsi Issa al-Ayyat (, transcrit traditionnellement Muḥammad Muḥammad Mursī ‘Īsá al-‘Ayyāṭ par les arabisants), né le à Ach-Charqiya et mort le au Caire, est un homme d'État égyptien, président de la République du au .
Président du Parti de la liberté et de la justice, formation issue des Frères musulmans, il représente le parti islamiste à l'élection présidentielle qui suit la révolution de 2011. Il l'emporte au second tour face à l'ancien Premier ministre Ahmed Chafik, avec 51,7 % des voix, et devient ainsi le premier président élu démocratiquement en Égypte et le premier civil à occuper ce poste.
Il est renversé par un coup d'État en 2013, à la suite d'un vaste mouvement de protestations populaires. Après plusieurs condamnations à des peines d’emprisonnement et une dégradation de son état de santé, il meurt après avoir perdu connaissance lors d'une audition.
Études et famille Fils aîné d'un paysan (ou fellah), Morsi grandit dans le gouvernorat d'Ach-Charqiya, dans le delta du Nil..
Durant ses études en génie civil à l'université du Caire, il adhère aux Frères musulmans. De 1978 à 1985, il part finir ses études aux États-Unis, où il obtient un doctorat en ingénierie spatiale à l'université de Californie du Sud. Jusqu'en 1985, il enseigne à la California State University, et travaille pour la NASA au développement des moteurs de la navette spatiale..
En 1979, il épouse sa cousineAlfred de Montesquiou, « Les islamistes dos au mur », pages 80 à 85 (information page 82), Paris Match du 12 au 19 décembre 2012, ; à noter que le journaliste date le mariage de 1978. Naglaa Ali Mahmoud, qui le rejoint sur le continent américain et travaille au Centre islamique de Californie où elle se consacre à l'éducation et au mariage des jeunes filles. Leurs deux premiers fils sont nés à Los Angeles et ont, de ce fait, la nationalité américaine. C'est durant sa période américaine que Morsi gravit la hiérarchie des Frères musulmansMavy El Sheikh et David D. Kirkpatrick, « Égypte : une Première dame normale », dans supplément du Figaro, The New York Times, 6 juillet 2012, page 3.. Son fils cadet, Abdallah Morsi, meurt à 25 ans à la suite d'une crise cardiaque, deux mois après la mort de son père..
Ascension politique Figure des Frères musulmans Morsi occupe, parallèlement à ses activités professionnelles au département de génie de l'université de Zagazig, un rôle de plus en plus important dans la confrérie, devenant une personnalité influente du mouvement : responsable des relations avec le Soudan, directeur de la section des Affaires étrangères, enfin membre du Conseil de guidance, la plus haute autorité du mouvement.. Il est emprisonné pendant sept mois en 2006 pour avoir participé à une manifestation..
Après les bons résultats des élections législatives égyptiennes de 2005 sur lesquelles il espère capitaliser, Morsi devient le directeur de campagne lors des élections législatives égyptiennes de 2010. Mais ces élections sont confisquées par le pouvoir de Moubarak qui espère faire élire son fils Gamal à sa succession. Morsi dénonce la fraude électorale et les arrestations de Frères musulmans ( selon lui). À cette époque, il associe à son discours des références religieuses...
Élection présidentielle de 2012 vignette|gauche|Morsi peu après sa victoire à la présidentielle (Le Caire, juin 2012). Au début de la révolution de 2011, il est arrêté ainsi que 24 autres dirigeants des Frères musulmans, et incarcéré brièvement (28-). Rapidement après, Morsi devient un des interlocuteurs d'Omar Souleiman qui considère désormais les Frères musulmans comme une force politique prépondérante.
À la suite du renversement du président Moubarak et de sa démission, les Frères musulmans avaient annoncé qu'ils n'avaient pas l'intention de gouverner le pays, ce qui était de nature à rassurer les Égyptiens séculiers. L'armée de même avait promis publiquement ne pas rechercher la présidence ou une majorité parlementaire. Toutefois semblait grandir., malgré la méfiance et l'hostilité d'une grande partie de la population. Les plus jeunes du mouvement obtinrent un vote de la confrérie sur l'envoi d'un candidat à la présidence. La décision fut arrachée après 3 tours de scrutin. Sur les 108 membres votants, 56 votèrent pour une candidature à la présidence, 52, contre. Plusieurs éventuels futurs candidats refusèrent, d'autres furent écartés.
Le est créé le Parti de la liberté et de la justice (PLJ) et Mohamed Morsi en prend la tête. Il adresse quelques signes rassurants aux adversaires traditionnels des Frères musulmans, que ce soient les libéraux auxquels il promet de collaborer pour la rédaction de la constitution, les communistes et les forces de gauche égyptiennes bien que sceptiques, ou les coptes dont il prend un représentant comme vice-président du parti, bien qu'il soutienne la charia comme base de la future Constitution. Sûr de la confiance du peuple envers son parti, il soutient le scénario de l'élection rapide d'une assemblée constituante.
Les élections législatives égyptiennes de 2011-2012 sont un succès pour le PLJ, qui obtient 38 % des votes et 49 % des sièges.
En , le PLJ choisit de présenter la candidature du charismatique Khairat al-Chater à l'élection présidentielle égyptienne de 2012. Cependant, ce dernier a été condamné à plusieurs peines de prison sous Moubarak et sa candidature est invalidée le . Pour ne pas se retrouver sans candidat, le PLJ présente la candidature de Morsi., qui se décrit comme candidat d'un parti plus que dirigeant par vocation. Il est considéré comme un candidat sérieux face à Amr Moussa et Ahmed Chafik mais doit unifier le vote islamiste face à deux autres candidats : Abdel Moneim Aboul Fotouh (soutenu par l'autre force islamiste, les salafistes du parti Nour) et Mohamed Selim el-Aoua (de tendance majoritaire de l'islamisme ; a soutenu les Frères musulmans sous Moubarak).
Le président de la commission électorale proclame Morsi élu à la fonction de président de la République le . Il l’a emporté au second tour avec 51,73 % des votes, face à Ahmed Chafik, ancien général de l'aviation militaire qui avait été le dernier Premier ministre de Moubarak. Morsi s'était engagé à désigner un gouvernement ouvert et à impliquer la société civile dans l'élaboration d'une nouvelle Constitution. Le , il se rend sur la place Tahrir..
Président de la République
Débuts au pouvoir Le , Mohamed Morsi est investi comme cinquième président d'Égypte.. Le cabinet de son Premier ministre Hecham Qandil est présenté le suivant. Dans les six semaines qui suivent son installation, il limoge le chef des renseignements Mourad Mouafi, le maréchal Mohamed Hussein Tantawi qui avait servi Moubarak pendant vingt ans, et qui était chef du Conseil suprême des forces armées (de facto chef de l'État par intérim), et le lieutenant général Sami Hafez Annan, vice-président du Conseil suprême des forces armées... Il nomme à sa place le général Abdel Fattah al-Sissi commandant des Forces armées. Il s'attribue par ailleurs certains pouvoirs législatifs, le Parlement ayant été dissous par une décision confirmée par la Haute Cour constitutionnelle« Hadrien Desuin, Al-Sissi. Nouveau raïs d'Égypte », Conflits, , juillet-septembre 2015..
Le , il gracie des opposants..
Après ce coup d'éclat, le , le président promulgue une déclaration constitutionnelle qui lui confère la possibilité de légiférer par décret et d'annuler des décisions de justice déjà en cours. Outre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, des commentateurs estiment qu'il détient ainsi le pouvoir judiciaire. Morsi est alors comparé par certains à Hosni Moubarak et des manifestations de plusieurs milliers de personnes ont lieu dans le pays, rassemblant en particulier des militants se définissant comme des « Égypte, la justice dénonce les pouvoirs du président Morsi », sur le lefigaro.fr..
vignette|Mohamed Morsi avec Hillary Clinton (Le Caire, ).
Réformes constitutionnelles Soutenu par l'appareil de la confrérie, il met en place tant bien que mal sa feuille de route. Le , il annonce qu'il soumet le projet de Constitution à référendum« La stratégie implacable de l'islamiste Morsi », sur le lefigaro.fr.. Après des semaines de manifestations rivales ayant parfois dégénéré en violences meurtrières, les électeurs égyptiens s'expriment par référendum le sur le projet de Constitution défendu par le président Mohamed Morsi et ses partisans, avec en résultat une victoire du « oui » à 63 %, pour une participation de 32 %. Selon l'opposition laïque, de gauche et libérale, ce texte ouvre la voie à des interprétations rigoristes de l'islam et offre peu de garanties pour certaines libertés. Des violences entre partisans et adversaires du texte ont eu lieu au Caire et dans la grande ville d'Alexandrie. Le durcissement religieux se manifeste par exemple avec le limogeage de nombreux responsables culturels ou encore par le rejet d'un texte adopté par l'ONU visant à lutter contre les violences faites aux femmesJenna Le Bras, « Égypte : le grand sommeil des islamistes », Le Figaro, samedi 9 / dimanche 10 septembre 2017, page 9..
Appliquant ainsi le programme des Frères musulmans alors que les révolutionnaires laïcs et les autres partis laïques ou islamistes demandent à prendre part à l'exercice du pouvoir, Morsi se révèle peu capable de fédérer le pays et doit faire face à des poussées de contestations régulières. alt=|gauche|vignette|Mohamed Morsi avec Chuck Hagel (Le Caire, avril 2013). Le , une enquête est ouverte à l’encontre des trois opposants, dirigeants du Front de salut national (FSN), créé en , accusés d'incitation au renversement du président Mohamed Morsi.. Le , une manifestation est organisée pour le deuxième anniversaire de la révolution. Cette décision est contraire aux restrictions prévues dans un nouveau projet de loi sur le droit de manifester, ainsi que les appels du président Morsi à en finir avec les protestations et .
Premières contestations Le , un groupe de jeunes activistes crée le mouvement Tamarod (Rébellion). et lance une pétition demandant la démission du président Morsi et une nouvelle élection présidentielle.. Au , le mouvement affirme avoir obtenu 22 millions de signatures avec adresses et les numéros de cartes d'identité. Le mouvement semble avoir été spontané, au départ du moins. L'homme d'affaires multimilliardaire Naguib Sawiris (chrétien copte), qui avait quitté l'Égypte peu après l'élection de Morsi, a déclaré à Reuters qu'il a complètement soutenu le mouvement logistiquement grâce à sa station de télévision, son journal, Al-Masri Al-Youm, et les trois partis libres égyptiens qu'il avait fondés..
thumb|Mohamed Morsi avec John Kerry (Le Caire, mai 2013). Morsi est reconnu comme nouvel interlocuteur par les Occidentaux ; il est fortement soutenu par la diplomatie turque et reçoit un important soutien économique du Qatar.
Le , le président Morsi rencontre au Soudan Omar el-Béchir (qui était lui-même venu au Caire en début d'année) afin de tenter d'améliorer les relations entre les deux pays. Les mésententes se concentrent sur le partage du Nil, les problèmes frontaliers et le triangle de Hala'ib, revendiquée par les deux pays. Cette tentative de rapprochement a été critiquée compte tenu de la situation du président soudanais condamné par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, contre l’humanité et génocide au Darfour, ainsi que pour le détournement de neuf milliards de dollars Afua Hirsch, « WikiLeaks cables: Sudanese president 'stashed $9bn in UK banks' » [archive], The Guardian, 17 décembre 2010.. Le Soudan subit depuis 1997 des sanctions de la part des États-Unis qui accusent son gouvernement de terrorisme..
Coup d'État et renversement