L'arc de Trajan est un arc monumental romain situé à Timgad, en Algérie. Implanté à l'extrémité occidentale du principal axe est-ouest de la cité, il marque l'articulation entre le decumanus maximus et la voie menant à Lambèse. Sa dénomination traditionnelle est liée à une inscription monumentale commémorant la fondation de la colonie sous l'empereur Trajan, en 100. Cette inscription ne mentionnant toutefois pas explicitement la construction de l'arc, la date de réalisation de l'élévation conservée demeure incertaine.

Le monument présente trois baies, avec un passage central destiné à la circulation des véhicules et deux passages latéraux interprétés comme piétonniers. Ses deux façades sont rythmées par des colonnes détachées d'ordre corinthien, élevées sur des piédestaux et associées à des pilastres. Des niches destinées à recevoir des statues complètent le décor des ouvertures latérales, tandis qu'un attique, aujourd'hui partiellement conservé, couronnait l'ensemble. Au début du , les abords de la baie centrale sont remaniés par l'installation de monuments statuaires portant des dédicaces liées à la dynastie des Sévères. Plusieurs milliaires des , découverts au pied de l'arc, témoignent également de son insertion durable dans le réseau routier de Timgad.

Connu des voyageurs et des explorateurs européens dès le , l'arc fait l'objet de relevés, de fouilles puis de travaux de dégagement et de consolidation aux . Il constitue aujourd'hui l'un des monuments conservés au sein du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982. Son image a par ailleurs été reproduite sur des timbres-poste et des billets de banque au .

Situation de Timgad vignette|alt=Plan du site archéologique de Timgad indiquant les rues et les principaux monuments.|Localisation de l'arc de Trajan à l'extrémité occidentale du noyau urbain antique (élément 2, en jaune).

Thamugadi est établie sur les premières pentes septentrionales du massif de l'Aurès, à la transition entre les reliefs montagneux et les plaines qui s'étendent vers le nord. Son implantation au pied du massif s'inscrit dans l'organisation territoriale et militaire mise en place par Rome dans cette partie de l'Afrique romaine.

Fondée sous Trajan, la cité occupe une position destinée à faciliter le contrôle du territoire et des communications entre les plaines et les régions montagneuses. Son noyau initial présente une organisation régulière héritée du modèle du camp romain et était délimité par une enceinte.

L'arc de Trajan se situe dans la partie occidentale de ce noyau urbain, sur l'itinéraire reliant Thamugadi à Lambèse.

Localisation et contexte urbain

L'arc de Trajan se situe dans la partie occidentale de la ville antique de Thamugadi, sur l'axe de la voie venant de Lambèse. Cette voie atteint le monument après une montée, puis se prolonge vers l'est à l'intérieur de la ville dans l'axe du decumanus, en direction du forum. L'arc est ainsi implanté directement sur le principal axe est-ouest de Timgad, à l'articulation entre la voie d'accès occidentale et son prolongement dans la trame urbaine.

La topographie accentue cette articulation. À l'ouest, la chaussée monte jusqu'au monument ; immédiatement après son franchissement, la pente cesse et la voie devient presque horizontale sur environ , avant de s'incliner de nouveau vers l'est. L'arc marque ainsi une rupture topographique sur l'axe du decumanus.

Cette continuité se retrouve dans les aménagements de voirie. Sur le côté oriental de l'arc, les trottoirs bordant le decumanus se prolongent jusqu'aux passages latéraux du monument. À l'ouest, la déclivité du terrain entraîne une organisation différente de ses abords immédiats.

Histoire et datation Construction et fondation de Thamugadi vignette|alt=Plan quadrillé d'une cité antique avec deux axes principaux et un arc monumental à l’entrée occidentale.|Restitution du plan primitif de Timgad, montrant le quadrillage régulier de la cité, ses deux axes principaux, le cardo maximus et le decumanus maximus, ainsi que l'arc de Trajan marquant l'extrémité occidentale du decumanus.

La création de Thamugadi intervient sous le règne de Trajan, avec l'établissement de la . L'inscription monumentale retrouvée à l'état fragmentaire sur l'arc mentionne l'empereur, la Legio III Augusta et le légat Lucius Munatius Gallus. La titulature impériale permet de situer la fondation de la colonie en 100.

L'arc appartient au tracé initial de la ville, à l'endroit où la voie venant de Lambèse rejoint le secteur occidental de Thamugadi avant de se prolonger vers le forum. L'inscription de l'attique reprend, selon une disposition différente des lignes, le même texte que celui de la porte septentrionale. La plaque qui la portait devait mesurer environ de hauteur sur de largeur et prendre place au-dessus de la baie centrale.

L'inscription ne permet toutefois pas de fixer avec certitude la construction de l'élévation conservée. Si Albert Ballu la rattache en 1897 à la fondation de la colonie, ce dernier avec Émile Boeswillwald, René Cagnat estiment en 1905 qu'elle atteste surtout l'intégration de l'arc au programme urbain initial et n'excluent pas une réalisation sous un successeur de Trajan. La dénomination traditionnelle d'« arc de Trajan » doit donc être comprise dans ce contexte.

Transformations à l'époque sévérienne

Au début du , sous la dynastie des Sévères, les abords de la baie centrale sont remaniés par l'installation de deux monuments statuaires devant les piédestaux des colonnes qui l'encadrent. Leur emplacement diffère selon les publications : Albert Ballu les situe en 1897 sur la face orientale de l'arc, tandis que dans l'ouvrage commun de Boeswillwald, Cagnat et Ballu les placent en 1905 sur sa face occidentale. Les deux socles hexagonaux sont retrouvés en place lors des fouilles, tandis que leurs dés, tombés à proximité, sont redressés au cours des travaux.

Ces supports remplacent vraisemblablement deux bases rectangulaires plus anciennes, dont les traces subsistent dans le dallage. Mesurant environ de profondeur sur de largeur, elles étaient disposées contre les piédestaux des colonnes encadrant le passage central. Boeswillwald, Cagnat et Ballu proposent d'y restituer un premier aménagement statuaire, antérieur à la mise en place des socles hexagonaux au début du .

Les deux nouveaux monuments sont respectivement consacrés à la Concorde des empereurs et à Mars Auguste conservateur. Les inscriptions les associent à Septime Sévère et à ses fils et attribuent leur financement à Lucius Licinius Optatianus. À l'occasion de son accession au flaminat perpétuel, celui-ci porte de à sesterces la somme consacrée aux statues et à leurs bases ; la dédicace s'accompagne de distributions, d'un repas et de jeux.

Après l'élimination de Géta en 211, son nom et ses titres sont martelés dans les inscriptions, puis remplacés par des épithètes honorifiques de Caracalla. Cette modification constitue la dernière intervention d'époque sévérienne documentée sur cet aménagement.

Antiquité tardive

Plusieurs bornes milliaires découvertes au pied de l'arc témoignent de son rôle dans le réseau routier de Timgad entre le et la fin du . La première borne précisément datée porte une dédicace à Claude II, dont le règne s'étend de 268 à 270. Une autre, brisée dans sa partie supérieure, mentionne une cinquième puissance tribunicienne associée à un deuxième consulat ; Albert Ballu propose de l'attribuer soit à Sévère Alexandre, soit à Gordien III, sans qu'une datation plus précise puisse être établie à partir du texte conservé.

Deux autres milliaires appartiennent au . Le premier est dédié conjointement à Valentinien Ier, Valens et Gratien et date de 367 à 375. Le second, qui constitue le témoignage le plus tardif de cet ensemble, porte les noms de Valentinien II, Théodose Ier et Arcadius ; son inscription est datée de 388 à 392.

Aucune de ces inscriptions ne comporte de chiffre indiquant une distance en milles. Boeswillwald, Cagnat et Ballu en déduisent que les bornes marquaient le point de départ de la route reliant Timgad à Lambèse et que les distances sur cet itinéraire étaient calculées à partir de l'arc. La succession de ces milliaires, jusqu'aux dernières décennies du , atteste ainsi l'utilisation durable de cet emplacement comme point de référence du réseau routier.

Redécouverte et premières descriptions vignette|alt=Dessin ancien d'un arc romain en ruine, aux parties hautes effondrées et entouré de blocs de pierre.|Dessin de l'arc de Trajan réalisé par Georges Didier le 3 juillet 1878 et publié dans Souvenirs d'Algérie : de 1877 à 1882. Le monument est représenté avant son dégagement, avec sa partie supérieure fortement dégradée et des blocs effondrés à ses abords.

L'arc figure parmi les monuments de Timgad qui retiennent précocement l'attention des explorateurs, en raison de son état de conservation : contrairement à plusieurs portes de la ville arasées au niveau du sol, il conserve encore ses trois baies, une partie de ses colonnes et de son entablement. L'une des premières représentations connues est due à l'explorateur écossais James Bruce, qui en réalise un dessin à la fin du . Cette représentation restitue toutefois la partie inférieure du monument, alors encore enfouie, et ne constitue pas un relevé fidèle de son état de conservation.

Au milieu du , l'édifice fait l'objet de nouvelles observations. En 1851, le commandant Adolphe Delamare en réalise un dessin alors que sa partie inférieure demeure ensevelie ; d'autres représentations de l'arc lui sont également attribuées. La même année, Léon Renier place le monument au premier plan du rapport qu'il adresse au ministre de l'Instruction publique à la suite de son séjour à Thamugadi.

Les recherches progressent en 1853 lorsque l'officier Becker effectue des sondages au pied du monument et découvre plusieurs fragments de l'inscription qui occupait la face occidentale de l'attique. Cette découverte permet d'identifier un texte relatif à la fondation de la colonie de Timgad sous Trajan. Les fragments sont ensuite examinés et publiés par Émile Masqueray, tandis que Gustav Wilmanns tente ultérieurement de les retrouver sans succès. Ils sont de nouveau mis au jour lors du dégagement des abords de l'arc.

Masqueray entreprend par ailleurs des fouilles à Timgad dans les années 1870 et consacre à son tour une partie de ses recherches à l'arc. À la fin du , le monument est ainsi déjà connu par plusieurs dessins, descriptions et études épigraphiques, avant que son dégagement systématique par le service des Monuments historiques ne permette d'en préciser le plan, l'élévation et les aménagements environnants.

Dégagement et consolidation vignette|alt=Arc antique encore enfoui à sa base, avec voûtes et colonnes conservées mais partie supérieure fortement dégradée.|Photographie par Duthoit de l'arc de Trajan avant les travaux de dégagement. La partie supérieure du monument apparaît fortement dégradée, avec plusieurs blocs effondrés ou déplacés.

Au début des travaux conduits par le service des Monuments historiques, l'arc est encore en grande partie enseveli. Son état antérieur au dégagement est notamment documenté par une photographie d'Edmond Duthoit ainsi que par un dessin exécuté en 1851 par le commandant Adolphe Delamare. Le dégagement nécessite l'enlèvement d'environ de décombres avant d'atteindre le pavement de la voie antique. Ces travaux mettent également au jour le soubassement du monument et permettent d'observer les aménagements situés à ses abords, notamment les piédestaux disposés devant la baie centrale.