Jacques Pommatau, né le à Lyon (Rhône), est un instituteur syndicaliste français qui fut notamment secrétaire national du Syndicat national des instituteurs, puis secrétaire général de la Fédération de l'Éducation nationale de 1981 à 1987. Il a été ensuite conseiller d'État en service extraordinaire.

Biographie

Une forte tradition familiale

Jacques Pommatau est né de parents eux-mêmes instituteurs et militantsSon père fut, dans l'Ain, le premier adhérent de la MAIF et l’un des fondateurs de la Mutuelle Retraite des Instituteurs dans ce département après la Libération.. Son grand-père, son père, sa mère, ses oncles, ses tantes ont été également instituteurs. Il effectue sa scolarité élémentaire à Champdor où exercent ses parents, puis la continue au collège de Nantua et au lycée Lalande de Bourg-en-Bresse. Reçu au concours d'entrée à l'école normale de garçons, il en sort en 1953. Il épouse alors Mauricette Hyaumet, elle-même institutriceMauricette Pommatau sera également militante et exercera des responsabilités nationales comme mise à disposition de La Jeunesse au plein air..

Militant du Syndicat national des instituteurs (SNI), il devient responsable syndical du SNI du canton de Belley en 1958, est élu conseiller syndical de la section départementale de l’Ain en 1963 et en devient secrétaire départemental en 1965. En 1968, il participe aux manifestations et aux grèves, suivies par la quasi-totalité des instituteurs de l’Ain, qui ont lieu en mai avec ses amis Roger Poulnard et Jean Colas.

Le responsable national du SNI, le négociateur « Fonction publique »

En , il abandonne ses responsabilités départementales en raison d'une règle locale de limitation de la durée des mandats. C'est alors qu'André Ouliac le sollicite être candidat au Bureau national du SNI où Jacques Pommatau, sur sa demande, est en position non éligible. Mais le départ de Paulette Crépin, contrainte de quitter le Bureau et le secrétariat national pour raison de santé, conduit à faire rentrer simultanément Jacques Pommatau, premier « non élu », au Bureau national et à son Secrétariat permanentAu temps de la force tranquille, Jacques Pommatau, OURS éd., page 30.. Jacques et Mauricette Pommatau s'installent alors dans la région parisienne mais conservent des attaches avec leur région d'origine où leurs deux enfants enseigneront à leur tourLaurent Pommatau sera lui-même, de 1986 à 1999, secrétaire départemental de l’Ain du SNI devenu en 1992 Syndicat des enseignants (SE) dont il sera également membre du Bureau national de 1993 à 1999..

Au secrétariat permanent du SNI, il occupe successivement les postes de responsable « jeunes » (1970-1973), puis de trésorier et responsable du secteur corporatif (1973-1976). Dans cette responsabilité, il prend la suite de Robert DernelleRobert Dernelle est décédé en janvier 1973. qui l'avait initié aux dossiers fonction publique et à « ce qu'était une négociations ». Jacques Pommatau remplace également Robert Dernelle au Bureau fédéral de la Fédération de l'Éducation nationale. Le Bureau fédéral, exécutif de l'organisation, compte alors douze membres dont trois membres du secrétariat permanent du SNI qui sont alors traditionnellement le secrétaire général, le responsable laïque (alors Clément Durand et le responsable corporatif-Fonction publique du syndicat.

En , le SNI devient . Sept ans après la création du statut de professeur d’enseignement général de collège (PEGC), il poursuit une adaptation statutaire qui le conduit, tout en maintenant l’unicité du syndicat, à distinguer deux branches fonctionnelles : premier degré, collèges. Aux côtés du secrétaire général (Guy Georges), le secrétariat national du Syndicat compte deux secrétaires généraux adjoints : Jacques Pommatau pour les écoles, Maurice Piques pour les collèges. Jacques Pommatau conserve spécifiquement la responsabilité du dossier « Fonction publique » au secrétariat national du syndicat.

Depuis 1973 en effet, il prend part directement à toutes les négociations « Fonction publique » au titre de la FEN, dont la délégation est traditionnellement menée par le secrétaire général, James Marangé jusqu'en 1974, puis André Henry. À cette période, François Malcourant, responsable revendicatif de la Fédération, et Jacques Pommatau forment un véritable binôme travaillant en pleine confiance. Jacques Pommatau, dans les discussions techniques parfois ardues, se construit une réputation de négociateur auprès de ses interlocuteurs gouvernementaux, mais également de pédagogue auprès des adhérents en rendant compréhensibles et accessibles les mécanismes parfois complexes des calculs en masse et en niveau qui marquent les négociations salariales dans la Fonction publique. Dans une période où l'inflation est élevée (jusqu'à 14 % au début des années quatre-vingt), la question du pouvoir d'achat est en effet cruciale et les « triangles Pommatau » retraçant graphiquement, en masse et en niveau, les effets conjugués des accords salariaux et de l’inflation sont restés marquants dans le souvenir des militants de l’époque du SNI et de la FEN, à quelque tendance de la FEN qu'ils appartiennent.

Le secrétaire général de la FEN (1981-1987)

En mai-, André Henry, nommé ministre du Temps Libre dans le gouvernement de Pierre Mauroy, abandonne ses fonctions à la FEN. Après un bref intérim de Guy Georges, c'est la candidature de Jacques Pommatau que le SNI-PEGC propose au secrétariat général de la FEN où il est élu et qu'il occupe jusqu'à sa retraite administrative en . C'est Yannick Simbron, avec lequel il a travaillé au secrétariat permanent du SNI (SNI-PEGC à partir de 1976) qui lui succède.

La réforme des statuts de la FEN

Élu dans le contexte nouveau de l’alternance, il tente d’apporter une solution aux tensions qui se développaient entre les courants de pensée dans la FEN au travers d’une modification des structures lors du congrès de la FEN en Avignon (1982) Il s’agit :

d’associer de plus près les courants de pensée à la direction de la FEN ; d'offrir à tous les syndicats nationaux un siège au moins dans une instance délibérative trimestrielle (tous ne sont pas représentés à la Commission administrative et ne peuvent alors émettre de vote qu’à l’occasion des congrès bisannuels). de faire participer à sa direction exécutive plus de responsables de syndicats nationaux de la majorité fédérale, et pas seulement les plus importantsSeuls les quatre plus importants syndicats de la majorité y appartenaient depuis 1967 : SNI-PEGC, SNAEN, SNETAA, SNIEN. ; d'impliquer davantage de militants départementaux dans une structure délibérative où la représentation des courants de pensée était élargieLe Conseil national réuni annuellement et composé des membres de la CA et des secrétaires départementaux n’avait qu'un rôle consultatif..

Dans ce contexte, le congrès national passe à un rythme triennal.

+ Structures nationale de la FEN Nature Avant 1982 Depuis 1982 Exécutif (homogène) Bureau fédéral12 membres Exécutif fédéral national (EFN)une vingtaine de membres Délibératif mensuel(hétérogène) Commission administrative (CA)81 membressyndicats et courants de pensée) Bureau fédéral national (BFN)35 membrescourants de pensée Délibératif trimestriel(hétégogène) --- Conseil fédéral national (CFN)130/150 membres2/3 syndicats, 1/3 courants de pensée

Cette tentative ne permet pas cependant d'atténuer les tensions internes qui iront croissant jusqu'à la scission intervenue cinq après le départ en retraite de Jacques Pommatau (1987). Avec des adaptations successives, la FEN devenue UNSA éducation conserve cette organisation en EFN, BFN, CFNOn la retrouve également à la Fédération syndicale unitaire (FSU) avec le BDFN et le CDFN ou D signifie délibératif..

Les chantiers de la Fonction publique

Dans ce domaine, où Jacques Pommatau a une réelle expertise, il s'appuie d'abord sur son complice François Malcourant puis, après la retraite de celui-ci en 1983, sur Jean-Paul RouxTrès fortement lié à son prédécesseur François Malcourant, Jean-Paul Roux deviendra lui-même secrétaire général de la Fédération de 1997 à 2003.. C'est donc une direction fédérale particulièrement experte qui négocie la refonte du statut général de la Fonction publique entamée par Anicet Le Pors après , alors même que la FEN est la première fédération de fonctionnaires de l'État. Dans la négociation, elle joue un rôle majeur.

Au plan salarial, après de premiers accords, la situation se gâte en 1984 entre le gouvernement et les fédérations de fonctionnaires, notamment la FEN, avec le tournant de la rigueur. Mais au congrès de Lille de 1985, Jacques Pommatau fait approuver par le congrès national de Lille l'accord Fonction publique qui vient d'être conclu. Après l'alternance de 1986, les négociations avec Hervé de Charette tournent court (voir notamment cette vidéo accessible sur le site de l’.

Les dossiers éducatifs

La plus grande partie du mandat de Jacques Pommatau est marquée par les débats avec les gouvernements de gauche de 1981 à 1986. Aux premières mesures prises par le nouveau pouvoir (créations de milliers de postes), succède la désillusion du combat laïque, dossier pourtant emblématique pour la Fédération que suit Louis Astre, ainsi que l'absence de décision sur le collège malgré le rapport Legrand. Au sein de la FEN, les oppositions entre le SNI-PEGC (qui appartient à la majorité fédérale) et du SNES (dirigé par le courant Unité et action sont extrêmement vives et le gouvernement de gauche choisit de ne pas choisir, ce qui revient à maintenir un statu quo qu'aggrave les décisions prises par René Monory en 1986, après la victoire aux élections législatives qui permet à Jacques Chirac d'accéder à Matignon (première cohabitation).

La FEN, dans cette période, aura joué un rôle majeur dans la création du baccalauréat professionnel en 1985 malgré la très vive opposition du SNES. Mais le retour de la droite au pouvoir ouvre des conflits majeurs : mise en cause des mises à disposition d'enseignants au profit de mouvements complémentaires de l’enseignement public historiquement issus du SNI, arrêt du recrutement des PEGC, création d'un emploi de maître directeur dans les écoles qui donne lieu à une profonde mobilisation.

À la rentrée 1986, Jacques Pommatau décide d’engager (avec le soutien des diverses organisations associatives de l’éducation nationale) une grande manifestation nationale. Celle-ci a lieu le et regroupe, selon le journal Le Monde, 200 000 manifestants dans les rues de Paris. Ce constitue la première riposte syndicale à la suite du retour de la droite au pouvoir. Dans la foulée de ce mouvement, les étudiants engagent avec le soutien de la FEN) leur lutte contre le projet de loi Devaquet qui ne sera retiré qu’après la mort tragique de Malik Oussekine.

C’est sous l'impulsion de Jacques Pommatau qu'est lancée la réflexion devant conduire la FEN à se doter au congrès de La Rochelle en d'un nouveau projet éducatif, l'École de l'an 2000, qui reprend en profondeur le projet d' École de l’éducation permanente de 1976 dont il conserve les principesAu congrès de La Rochelle (février 1988), Yannick Simbron a succédé depuis un an à Jacques Pommatau au secrétariat général de la FEN.. Ce projet éducatif global, dont la coordination est assurée par Jean-Yves Cerfontaine, combine les réflexions sur les structures de l’éducation, les contenus et la formation et les revendications des personnels.