La maison Mantin est une demeure bourgeoise de la fin du . située dans la ville de Moulins, dans l'Allier.
La demeure, qui a l'apparence d'une villa composite, a ouvert ses portes au public en 1910, puis fermée pendant l'entre-deux guerres, est rouverte en en tant que musée., après près de trois années de travaux et restauration entrepris par le conseil général de l’Allier.
Léguée à sa mort en 1905 à la ville de Moulins par Louis Mantin qui n’avait aucun héritier, cette maison devait « témoigner du mode de vie d’un bourgeois de la fin du ». Cette maison permet de faire un bond dans le passé et de pénétrer l’univers d’un bourgeois érudit et collectionneur qui vécut il y a plus d’un siècle.
Histoire La maison Mantin a été commandée par Louis Mantin, un riche bourgeois de Moulins, qui a souhaité pouvoir montrer ses œuvres d'art et sa collection d'antiquités. La maison a été conçue par un architecte de renom local, René-Justin Moreau ( - ), en collaboration avec son père, Jean-Bélisaire Moreau (1828-1899), également architecte, et construite entre 1894 et 1897La Maison Mantin, une demeure d'atmosphère, op. cit., ..
Mantin a légué la maison à la ville de Moulins dans son testament, écrit avant sa mort en 1905. Sa volonté était que la maison soit gardée intacte, afin de montrer aux visiteurs, cent ans plus tard, « un spécimen de maison bourgeoise du ». Cependant le testament stipule que le legs prendra effet à la condition que le musée Anne de Beaujeu ainsi que la maison soient ouverts au public cinq ans après sa mort.
Contrairement à la croyance populaire selon laquelle la maison Mantin est restée fermée pendant cent ans, celle-ci ouvre ses portes en 1910 comme le musée. Pendant l'entre-deux guerres, les visites sont limitées à cause des problèmes de conservation des collections et finalement la maison est fermée pendant soixante-dix ans.
Localisation La maison Mantin est située en plein cœur de Moulins, au place du Colonel-Laussedat, près de la cathédrale, entre le château des ducs de Bourbon et le musée Anne-de-Beaujeu.
Il ne reste aujourd’hui qu’une partie des bâtiments de l’ensemble castral, dont la construction s’est étalée sur les derniers siècles du Moyen Âge. Au sud subsiste le donjon appelé « la Mal-Coiffée », seul vestige du château édifié par dans les années 1360-1370. Au nord, le pavillon bâti par Pierre et Anne de Beaujeu entre 1498 et 1503 est l’un des tout premiers exemples de l’architecture Renaissance en France. Entre les deux, des ruines témoignent de l’ampleur du logis d’habitation construit à la fin du par Anne de Beaujeu. Disparu pour l’essentiel dans un incendie en 1755, le château a été vendu par lots dès 1774, puis comme bien national à la Révolution. Laurent Mantin, le grand-père de Louis, acquiert la parcelle en 1828 pour y faire construire sa maison ainsi que sa fabrique de meubles. Louis Mantin choisit par la suite de conserver une partie de l’habitation de son grand-père mais fait raser l’essentiel de la construction pour édifier sa villa. Elle se pare d’un jardin d’environ , aujourd’hui incorporé au parc qui se trouve en contrebas de la Mal-Coiffée, ainsi que d’une grande terrasse qui donne accès à l’entrée principale.
Louis Mantin vignette|Portrait de Louis Mantin. Né le , Louis Mantin est issu d’une famille fortunée. Son père et son grand-père dirigeaient une fabrique de meubles et de décoration intérieure très prospère. Après des études de droit à Paris où il exerce quelque temps le métier d’avocat il entame une carrière dans l’administration préfectorale. Ses différentes affectations le mèneront à Gap, Montpellier, Embrun ou encore Limoges.
Après avoir hérité de ses parents dans les années 1880, il demande une mise en disponibilité en 1893, date à laquelle il est également décoré de la Légion d'honneur. Il se consacre dès lors à la construction de sa maison de 1893 à 1895-1896 avant d'y habiter, jusqu'à sa mort en 1905.
Le bâtiment Le premier projet de conception des architectes de la Maison Mantin était apparenté à une demeure gothique, mais la conception finale a été plus pittoresque, empruntant de nombreux éléments à une villa balnéaire. L'architecte a donné libre cours à son goût pour l'éclectisme : boiseries dans l'étude et la salle à manger ; décor néo-Renaissance de la salle dite « des quatre saisons » avec des moulures en plâtre et des peintures de style ; salle de bain moderne à vitraux et peintures de style Art nouveau. Le projet est important en ce qu'il ouvre la voie à la tendance « château-villa »..
Le rez-de-chaussée Une entrée décorée sur le thème de la chasse, un salon ainsi qu’un bureau : le rez-de-chaussée de la Maison Mantin est conforme à ce que l’on trouve dans les maisons bourgeoises de la fin du . vignette|Vue du salon, rez-de-chaussée (en cours d’aménagement). Le salon comporte un beau mobilier, majoritairement du , ainsi qu’un lustre imposant électrifié qui conserve trois ampoules tricolores de l’époque de Louis Mantin. Autre particularité, la vitre au-dessus de la cheminée qui donne un point de vue direct sur le bureau. Pièce de travail, le bureau s’affirme comme tel par son atmosphère toute différente de celle du salon. Les boiseries cirées sont omniprésentes, rappelant l’intérêt du propriétaire pour ce matériau. On y trouve un bureau massif en bois sculpté et une bibliothèque. Enfin une cheminée monumentale, puisant largement dans le vocabulaire ornemental de la Renaissance, présente, incrustée en son centre, la reproduction d’une toile hollandaise en faïence de Delft. La plaque de cheminée, massive, offre à la vue de tous un « M » stylisé.
Le premier étage On y trouve les chambres ainsi que la salle de bain, là encore dans la traditionnelle organisation de l’espace propre à la villa bourgeoise. La chambre « des quatre saisons » ou « chambre rose » a été décorée à la manière du avec une influence toute particulière du : mobilier, soieries, décorations peintes. C’était la chambre de la compagne de Louis Mantin, Louise Alaise, qu’il avait rencontrée en 1880 et avec qui il a vécu jusqu’à sa mort en 1905. Entrer dans la chambre de Louis Mantin, c’est pénétrer dans un autre univers qui n’est pas sans rappeler celui du bureau, avec là encore une présence affirmée de la Renaissance. C’est le cas pour le mobilier de style, pour les vitraux également dont la couleur jaune d’argent et les motifs y sont une référence directe. La décoration murale exceptionnelle peut d’ailleurs être considérée comme le chef-d’œuvre de la maison. Ces cuirs dorés, rarement conservés en bon état de nos jours, sont le vestige de cette mode qui avait envahi l’Europe du . Ils représentent des scènes mythologiques, historiques, allégoriques ou encore exotiques.
La salle de bain, aménagée dans une petite tourelle indépendante, est un modèle du confort que l’on pouvait attendre dans ce type d’habitation à cette période. Louis Mantin y dispose de l’eau courante chaude et froide, d’une baignoire et d’une douche avec thermomètre intégré ; enfin d’un chauffe-serviette en métal encastré dans le mur. On peut constater l’attention particulière qui a été apportée à cette pièce à travers la finesse des décors peints.
Le deuxième étage Il est largement dévolu au cabinet de curiosités. De cette pièce, Louis Mantin a fait un musée étonnant où il présentait à ses visiteurs ses collections. Pièces préhistoriques, gallo-romaines et égyptiennes ; porcelaines, verreries, clés anciennes, grelots et pistolets, ce lieu qui s’apparente à un musée évoque les passions nombreuses et éclectiques du propriétaire de la maison.
Dernier espace de visite de la maison, l’observatoire prend place au-dessus de la salle de bain dans la tour attenante. Entre les baies, des médaillons illustrant le thème de l’animal musicien évoque l’utilisation de cette pièce, qui servait à l’exposition de la vitrine aux oiseaux aujourd’hui présentée dans le cabinet de curiosités. On remarque au passage une influence japonisante avec la grue, présentée dans la mosaïque du sol, et l’éventail au plafond illustré d’un soleil levant. Au mur, une inscription latine évoque le passage du temps, véritable obsession chez Louis Mantin.
La maison intègre des innovations technologiques de son époque : éclairage électrique, robinets d'eau chaude et froide, douche de tête et toilettes équipées de chasses d'eau.
Thématiques Le mode de vie bourgeois La bourgeoisie connaît un grand développement au cours du et acquiert un pouvoir de plus en plus important. En effet, il est aujourd’hui communément admis que la Révolution française est une révolution bourgeoise avant tout. De fait, la place de la bourgeoisie dans la société devient prépondérante et à plusieurs égards, elle remplace l’ancienne classe nobiliaire auparavant dominante. La révolution industrielle dans laquelle les bourgeois investissent leur permet d’amasser des fortunes colossales tandis que sur le plan politique la Restauration leur apporte un droit de vote qui, encore censitaire, leur assure la mainmise sur la politique nationale.
Cette nouvelle importance se retrouve logiquement à l’intérieur de l’habitation. Ainsi le salon est-il une pièce essentielle où l’on reçoit (on dit selon l’expression consacrée « tenir salon ») et qui doit donc être précieusement meublée. Il en va de même pour le bureau, espace révélateur de l’intérieur bourgeois, pièce d’homme par excellence. En effet, dans la culture bourgeoise, seul ce dernier travaille. C’est une des différences majeures d’avec les classes laborieuses qui, elles, ne peuvent se passer du travail féminin pour subvenir à leurs besoins.
La décoration de la maison atteste également de cette position sociale dominante. Les nombreuses tapisseries qui ornent les murs sont autant de références à la Renaissance, où elles ornaient les murs des palais. C’est une affirmation claire de la part du propriétaire de la richesse de son mode de vie et de son rang social.
La domesticité Intimement liée au mode de vie bourgeois, la domesticité connaît un développement exponentiel au cours du avant de péricliter durant ses dernières années. Pour les employeurs, avoir un domestique est un changement de statut manifeste au sein de la société. Cela montre la réussite sociale, aussi l’on retrouve très souvent un domestique employé par un couple de petits bourgeois qui n’a pas forcément d’importants moyens mais qui cherche par là à affirmer sa place dans le corps social.
Des poignées se situant à l’intérieur de la maison et reliées à des cloches au niveau du toit pouvaient être utilisées par les domestiques de la maison. De larges corridors ainsi qu’une porte de service permettaient un déplacement fluide et non dérangeant pour Louis Mantin. Son testament renseigne sur quelques-uns d’entre eux : « Je lègue à chacun de mes domestiques au moment de mon décès une année de gages en plus de leurs gages de l’année courante, […] à Jean Simonnet, mon jardinier, la somme de deux mille francs outre ses gages de l’année courante, […] aux époux Melin mes serviteurs au Moûtiers une somme de mille francs outre leurs gages de l’année courante et […] à l’ouvrière Marie Maurillon ma lingère une somme de cinq cents francs. »
Le cadre de vie L’intérieur bourgeois est une succession de pièces bien distinctes et ayant chacune une fonction. Les pièces de représentation sociale viennent sur l'avant, celles de la vie quotidienne avec ses services sur l'arrière. Sous les combles, des chambres sans confort sont réservées à la domesticité.
Le salon vignette|Le salon de Louis Mantin.