Le pali, ou pāli, est une langue indo-européenne de la famille indo-aryenne parlée autrefois en Inde. Les premiers textes bouddhiques, tipitaka, sont conservés dans cette langue, qui est utilisée encore aujourd'hui comme langue liturgique dans le bouddhisme theravada.
Histoire Les mots pali et pāḷi, au sens de « langue », ne se trouvent pas dans le canon bouddhique du Theravada. Ils y sont plutôt utilisés pour renvoyer à un texte canonique ou à un passage, et les distinguer ainsi des commentaires (Aṭṭhakathā). Par extension, le terme de pali est repris à l'époque moderne, tant en Occident qu'en Asie du Sud-Est. pour désigner la langue dans laquelle ces passages ont été écrits. Ces deux mots, pali et pāḷi, apparaissent aussi dans les commentaires du moine et philosophe indien Buddhaghosa ().
L'existence de deux orthographes résulte probablement d'une confusion entre pāli, rangée ou ligneThe Pali Text Society's Pali-English Dictionary, et pāṭha, texte, récitation ou étude, le radical pāṭh- en étant venu à se prononcer pāḷ-Pāli Language and Literature, tome I page 9. . Pāli et pāḷi ne désignaient pas alors une langue mais le Tipitaka par opposition aux commentaires palisVisuddhimagga chapitre III § 96. La langue, elle, était appelée mâgadhikâibid. XIV 25, nom donné à la langue parlée dans le royaume du Magadha. Ce n'est qu'au que l'on commença à considérer le pali comme une langue.
D'après la tradition, le pali était utilisé dans le Magadha à l'époque du Bouddha, dont il aurait été la langue. En fait, celle que parlait le Bouddha était probablement un autre prâkrit, l'ardhamāgadhī (« moyen māgadhī »).
On fait aussi dériver le pāḷi de la paiśācī (« la langue des démons »), prâkrit du Nord-Est indien encore parlé au Cachemire. Il s'avère cependant que le pāḷi est assez éloigné de l'ardhamāgadhī et qu'il est plus proche des dialectes occidentaux. C'est surtout une langue littéraire qui a emprunté à d'autres langues et s'est constituée de manière plus ou moins artificielle au cours du temps, à partir, sans doute, d'une ou plusieurs langues vernaculaires.
Le pali deviendra de fait la lingua franca des peuples riverains de l'Asie du Sud-Est pendant douze sièclesJacques Dupuis, Histoire de l'Inde, éd., Éditions Kailash, 2005, .
Caractéristiques générales
Classification Le pali est une langue indo-européenne de la famille indo-aryenne. C'est un prâkrit moyen indien proche du sanskrit et remontant vraisemblablement au Il a accédé fortuitement au rang de langue littéraire et culturelle avant les autres, sans pour autant donner naissance à un idiome néo-indien.
Répartition géographique Le pāḷi est utilisé dans le bouddhisme comme langue liturgique au Sri Lanka, en Birmanie, au Laos, en Thaïlande et au Cambodge. Son statut de langue liturgique l'a rendu, à l'instar du sanskrit, figé et normalisé.
Écriture
Le pali fut d'abord écrit en brahmi, en particulier sur les piliers d'Aśoka (ou Ashoka) en Inde et dans les premières inscriptions gravées au Sri Lanka. La brahmi fut ensuite remplacée, selon les régions, par les écritures cinghalaise, birmane, thaïe, cambodgienne ou laotienne. Au les Occidentaux commencèrent à transcrire le pâli en lettres latines complétées par des signes diacritiques permettant une transcription rigoureuse (romanisation du pali). Dans la deuxième moitié du , des universités indiennes conseillèrent d'écrire le pâli au moyen de la devanāgarī, écriture déjà employée pour le sanskrit, le hindî, le népalais, et d'autres langues indiennes.
Informatique Dans la translittération en caractères latins, certains caractères, on l'a vu, reçoivent des signes diacritiques (par exemple, āīūḍḥḷṃñṇṛṣṭ). Anciennement, sur ordinateur, on utilisait des polices d'écriture spéciales associées à des encodages particuliers, comme celle développée par le Vipassana Research Institute (VRI) ou la police Dhamma utilisée pour le site dhammadana.org. On utilise aujourd'hui les caractères Unicode, et il est possible de visualiser et de taper ces caractères sous, par exemple, Windows ou Linux (en utilisant SCIM/M17n).
Phonologie
La phonologie du pāḷi est assez proche de celle du sanskrit. Les différences les plus notables sont : L'abrègement des voyelles longues devant une consonne double, y compris /e/ et /o/ qui n'ont pas de contrepartie brève en sanskrit. Note : en sanskrit, les voyelles /e/ et /o/ étant toujours longues, on n'indique pas leur quantité (par ex. bodhi) ; en pāḷi, au contraire, il est d'usage d'indiquer leur quantité quand celles-ci sont longues (bōdhi). sutta < sūtra (voir aussi ) atman < ātman sanskrit mĕtta < maitra (voir aussi ) Monophtongaison des diphtongues /ai/ et /au/ à /e/ et /o/ : Metteya < Maitreya (voir aussi ) De nombreuses assimilations dans les groupes de consonnes sutta < sūtra (voir aussi ) dhamma < dharma bodhisatta < bodhisattva Passage de /ś/ à /s/ sāvaka < śrāvaka Amuïssement de /s/ en position appuyante et aspiration de la consonne suivante si possible theravāda < sthaviravāda (voir aussi ) thūpa < stūpa khandha < skandha Amuïssement fréquent de /v/ en position intervocalique, remplacement par /b/ devant consonne : theravāda < sthaviravāda (/e/ < /ai/ < /avi/, cf. ) nibbāna < nirvāṇa (voir aussi 3.) Remplacement du /ṛ/ voyelle par une autre voyelle taṇhā < tṛṣṇā sati < smṛti Développement des semi-voyelles ariya < ārya (voir aussi 1) Palatalisation des consonnes dentales devant /y/ jhāna < dhyāna sanskrit sacca < satya Rétroflexion des consonnes dentales viññāṇa < vijñāna Fermeture obligatoire des syllabes finales par une voyelle kamma < karman (voir aussi )
Exemple + Dhammapada, « Yamakavaggo patṭhamo » («Versets conjugués), verset 1 : Devanāgarīमनोपुब्बङ्गमा धम्मा मनोसेत्था मनोमया । मनसा चे पदुत्थेन भासति वा करोति वा । ततो नं दुक्खमन्वेति चक्कमं ऽव वहतो पदं ॥ Transcription ISO 15919Manopubbaṅgamā dhammā, manosetthā manomayā, Manasā ce padutthena, bhāsati vā karoti vā, Tato naṁ dukkhamanveti, cakkaṁ’ va vahato padaṁ. Transcription traditionnelleManopubbaṅgamā dhammā, manosetthā manomayā, Manasā ce padutthena, bhāsati vā karoti vā, Tato naṃ dukkhamanveti, cakkaṃ’ va vahato padaṃ. Traduction Le mental est l'avant-coureur des conditions, le mental en est le chef, et les conditions sont façonnées par le mental. Si, avec un mental impur, quelqu'un parle ou agit, alors la douleur le suit comme la roue suit le sabot du bœuf (traduction du Centre d'études dharmiques Gretz)
Principaux textes Ci-dessous, une liste de grands textes de la littérature bouddhiste en pâliPour une présentation complète de cette littérature, voir dans la bibliographie Hinüber, 1996 et Norman, 1983.. Tipitaka (canon pali) Commentaires palis et leurs sous-commentaires Nettipakaraṇa (Le Guide), attribué à Mahâkaccâna, disciple du Bouddha Peṭakopadesa, aussi attribué à Mahâkaccâna Milinda Pañha (Questions de Milinda au vénérable Nâgasena) Chroniques : Dîpavaṁsa, Mahâvaṁsa, Cûḷavaṁsa, etc. Visuddhimagga (Le Chemin de la Pureté) de Buddhaghosa, et son commentaire, Paramatthamañjûsâ par Dhammapâla (à ne pas confondre avec Dharmapâla).
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Études
Grammaires et méthodes
Articles connexes Pali Text Society Linguistique Liste de langues Langues par famille Langues indo-européennes Langues indo-iraniennes Langues indo-aryennes Langues par zone géographique Langues en Inde
Liens externes
The Pāli Language @ The Open Buddhist University: plusieurs ressources sur le pali
The Pali Text Society's - Pâli-English Dictionary Lexique Pâli (r
Traduction mot à mot du Dhammapada The Digital Pāli Reader « Introduction to Pali: Sound Files »
* Catégorie:Langue liturgique Catégorie:Inventaire de langues Catégorie:Theravāda