thumb|right|300px|alt=Photo en noir et blanc d’un homme âge jouant du piano|Gabriel Fauré jouant du piano, photographie de Pierre Choumoff. Le compositeur français Gabriel Fauré (1845 - 1924) écrit dans plusieurs genres, des chants, de la musique de chambre, des œuvres orchestrales et des œuvres choralesJones, p. 8. Certaines de ces compositions pour piano, écrites entre les années 1860 et 1920, font partie de ses œuvres les plus connues.
Les principaux ensembles de pièces pour piano de Fauré sont les treize nocturnes, les treize barcarolles, les six impromptus et les quatre valses-caprices. Ces pièces ont été composées sur plusieurs décennies et montrent les changements de style de Fauré, depuis son charme simple et juvénile à son style énigmatique final, en passant par une introspection fougueuse et une période turbulente au milieu de sa vie. Ses autres pièces notables pour piano sont les Romances sans paroles, la Ballade en fa dièse majeur, la Mazurka en si bémol majeur, le Thème et variations en do dièse majeur et les Huit pièces brèves. Pour duos de piano, Fauré compose la Suite Dolly et avec son ami et ancien élève André Messager une parodie exubérante de Wagner avec la courte suite Souvenirs de Bayreuth.
La plupart de la musique pour piano de Fauré est difficile à jouer, mais elle a rarement un style virtuose. Le compositeur n'aime pas le style voyant et tapageur et la principale caractéristique de sa musique pour piano est une retenue classique et sobre.
Introduction
Bien que vivant une grande partie de sa carrière de son métier d’organiste, Fauré préfère le pianoNectoux, p. 41. Il ne sous-estime jamais les défis en composant pour cet instrument. Il écrit, « Dans la musique pour piano il n’y a pas de place pour le remplissage […] C’est peut-être l’instrument le plus difficile. »Quoted in Howat (2009), p. 324 Ses œuvres pour piano sont marquées par la lucidité classique françaiseSlonimsky, Nicholas. « Fauré, Gabriel (-Urbain) », Baker's Biographical Dictionary of Musicians, Schirmer Reference, New York, 2001, consulté le 8 septembre 2010. Il n’est pas impressionné par le m’as-tu vu pianistique, commentant la virtuosité au clavier de la façon suivante : « Plus ils sont bons, moins bien ils me jouent. »Nectoux, p. 379 Même un virtuose tel que Franz Liszt trouve la musique de Fauré difficile à jouer : au premier essai il dit à Fauré « Je n’ai plus assez de doigts »Nectoux, p. 51. Les difficultés proviennent principalement de ce que les années d’orgue de Fauré influencent son œuvre pour piano, souvent avec des arpèges, avec des thèmes répartis sur les deux mains, demandant des doigtés plus naturels pour les organistes que pour les pianistesJones, p. 51.. Cette tendance est peut-être d’autant plus forte que Fauré est ambidextre et il n’est pas toujours enclin à suivre la convention mettant la mélodie sur la main droite et l’accompagnement sur la gauche. Son vieil ami et ancien professeur Camille Saint-Saëns lui écrit en 1917, « Ah! S'il y avait un Dieu de la main gauche, j’aimerai le connaitre et lui faire des offrandes quand je suis disposé à jouer votre musique ; la seconde Valse-Caprice est terrible sur ce point là ; j’ai cependant réussi à en voir le bout à force de détermination absolue »Nectoux and Jones, pp. 118–119.
En tant qu’homme Fauré est réputé posséder et le charme est une caractéristique évidente de ses premières compositions. Ses premières œuvres sont influencées par le style de Chopin, et tout au long de sa vie et il nomme ses pièces d'une façon similaire à celle de Chopin, en particulier en les nommant nocturnes et barcarolles. Une influence encore plus grande est celle de Schumann, dont Fauré aime la musique pour piano plus que n'importe quelle autreNectoux, p. 43. Les auteurs de (1955) écrivent que Fauré a appris la retenue et la beauté de surface de Mozart, la liberté tonale et les longues lignes mélodiques de Chopin « et de Schumann les félicités soudains dans lequel ses sections de développement abondent et ces codas dans lesquelles des mouvements entiers sont brièvement mais magiquement illuminés. »Sackville-West, pp. 263–64 Alors que Fauré est étudiant à l'École Niedermeyer, son professeur lui présente des nouveaux concepts harmoniques ne classant plus certains accords comme « dissonants ». En utilisant des discordances douces et non résolues Fauré anticipe les techniques des compositeurs Impressionnistes.
Les dernières années, la musique de Fauré est écrite sous l’ombre de la surdité grandissante du compositeur, la musique devenant moins charmeuse et plus austère, marquée par ce que le compositeur Aaron Copland appelle . Le critique Bryce Morrison note que les pianistes préfèrent souvent jouer les pièces de piano de jeunesse plus accessibles que les pièces plus tardives, qui expriment . Le spécialiste de Fauré Jean-Michel Nectoux écrit :
Nocturnes
thumb|right|upright|alt=Photo d’un homme jeune accoudé aux cheveux et à la moustache sombre|Fauré en 1860 Les nocturnes, avec les barcarolles, sont généralement vus comme les œuvres pour piano les meilleures du compositeur. Fauré admire grandement la musique de Chopin et est heureux de composer avec des formes et des motifs établis par ce compositeur plus ancien. Morrison note que les nocturnes de Fauré suivent le modèle de ceux de Chopin, avec des sections extérieures sereines contrastant avec des épisodes centraux plus turbulents. Le fils du compositeur, Philippe, commente que les nocturnes « ne sont pas nécessairement basés sur des rêveries ou des émotions inspirées par la nuit. Ils sont lyriques, généralement des pièces exaltées, parfois angoissées ou totalement élégiaques »Quoted in Nectoux, p. 48.
Nocturne 1 en Mi mineur, (c.1875) Nectoux juge ce premier nocturne comme la meilleure des œuvres de jeunesse du compositeurNectoux, p. 49. Il est dédié, comme le chant Après un rêve, à son amie et ancienne protectrice Marguerite BaugniesNectoux, p. 34, future Marguerite de Saint-Marceaux. Morrison considère cette pièce comme « cloîtrée et élégiaque ». Bien que publié comme en 1883, ce nocturne a été composé bien avant. Il s’ouvre avec une mélodie lente et pensive, suivie par un second thème plus agité et une autre mélodie en do majeur et se termine en revenant sur le thème initialBricard, p. 15. Le pianiste et universitaire écrit que cette œuvre contient plusieurs caractéristiques du style de Fauré dont des « rythmes ondulés, une syncopation de l’accompagnement par rapport à la mélodie et des textures en couches sont déjà présentes »Pinkas, p. 5.
Nocturne 2 en Si majeur, (c.1880) Le deuxième nocturne ouvre sur un passage en forme de cloche, andantino espressivo, rappelant — bien que Fauré dise que cela soit inconscient – le son de cloches distantes qu’il entendait enfantNectoux, p. 92. Nectoux distingue « l’épisode lumineux de fin en alternance de cinquièmes et septièmes » et ses traits extrêmement délicats et pointe l’influence de l’ancien professeur de Fauré, Saint-Saëns, dans la section toccata de l’allegro ma non troppo. Saint-Saëns lui-même trouve la pièce « absolument enchanteresse »Jones, p. 61.
Nocturne 3 en La majeur, (c.1882) Dans le troisième nocturne Morrison note que le penchant du compositeur pour les syncopes est à son plus doux, . Comme les autres ce nocturne a une structure en trois parties. Une mélodie expansive avec un accompagnement syncopé à la main gauche mène à une partie intermédiaire dans laquelle un thème dolcissimo se métamorphose en éclats de passionsPinkas, p. 6. Le retour de la section d’ouverture est conclu par une coda douce qui introduit de nouvelles subtilités harmoniques.
Nocturne 4 en mi majeur, (c.1884) Le quatrième nocturne, dédié à la Comtesse de Mercy-Argenteau, met en contraste une ouverture lyrique et un passage en Mib mineur avec un thème sombre rappelant le son d’une cloche. Le premier thème réapparait et est suivi par une courte coda. Le pianiste Alfred Cortot, généralement un grand admirateur de Fauré, trouve la pièce .
Nocturne 5 en Si majeur, (c.1884) Par contraste avec les précédents, le cinquième nocturne est plus animé avec des sauts inattendus dans des tonalités éloignées. Nectoux parle de son contour ondulé et de l'ouverture.
Nocturne 6 en Ré majeur, (1894) Le sixième nocturne, dédié à Eugène d'Eichthal, est largement tenu pour être le meilleur de tous. Cortot dit : « Il y a peu de pages parmi toute la musique comparable à celles-ci. » Morrison le classe . La pianiste et pedagogue Nancy Bricard trouve qu’il est « une des pièces les plus passionnées et les plus émouvantes du répertoire pour piano. » Fauré le compose après une pause de six ans durant laquelle il n’écrit rien pour cet instrument. La pièce commence avec une phrase pleine d’émotion avec des échos de son cycle La bonne chansonKoechlin, p. 37. Le deuxième thème, qui paraît tranquille au premier abord, a ce que le compositeur Charles Koechlin appelle une inquiétude persistante soulignée par l’accompagnement syncopé. Le thème initial réapparait et est suivi par un développement substantiel avec une mélodie douce et contemplative. Un rappel du thème principal conclut ce nocturne. Copland écrit que c’est avec ce nocturne que Fauré sort complètement de l’ombre de Chopin et il dit de cette pièce « Le souffle et la dignité de l’ouverture, la section agitée en Do mineur qui suit la fluidité gracieuse de la troisième idée : tous ces éléments amènent à un sommet orageux dans la courte partie de développement ; ensuite, après une pause vient le retour de la première page consolatrice. »Copland, Aaron. « Gabriel Fauré, a Neglected Master ». The Musical Quarterly, Octobre 1924, pp. 573–586, Oxford University Press, Consulté le 20 août 2010
Nocturne 7 en Do mineur, (1898) Le septième nocturne n’utilise pas la forme A-B-A des précédents. Selon Pinka, il est construit plus comme une ballade que comme un nocturnePinkas, p. 8. Il s'ouvre avec un thème lent (molto lento) aux harmoniques ambiguës, suivi par un second thème également à la tonalité ambigüe bien que théoriquement en ré majeur. La section centrale est en fa majeur et la ré-émergence du premier thème amène la pièce à sa conclusionAnderson (1993), p. 3. Morrison trouve dans cette pièce un sentiment de tristesse et la lutte du compositeur face au désespoir. Pinkas, cependant, voit cette pièce comme « un contraste entre l’ambigüité et la joie se terminant en réconfort »Pinkas, p. 9. Ce nocturne est souvent surnommé le nocturne anglais car il a été composé pendant un séjour de Fauré au Royaume-Uni et a été dédié à la pianiste Adela MaddisonOrledge, pp. 95 and 303.
Nocturne 8 en Ré majeur, (1902) Fauré n’avait pas l’intention que le huitième nocturne apparaisse sous ce nom. Son éditeur rassemble huit courtes pièces pour piano et les publie sous le nom de 8 pièces brèves, donnant à chacune d’entre elles un titre, sans l’autorisation du compositeur. Le nocturne, la dernière pièce du recueil, est plus court et plus complexe que ses prédécesseurs, consistant en un thème principal de type chant avec un accompagnement délicat en doubles-croches à la main gaucheAnderson (1993), pp. 3–4.
Nocturne 9 en Si mineur, (1908) Le neuvième nocturne, dédié à la femme de Cortot, Clotilde Breal, est le premier des trois à partager la rectitude et la parcimonie en contraste avec les structures et textures plus élaborées des précédents nocturnesNectoux, pp. 381 and 584. L’accompagnement à la main gauche de la ligne mélodique est généralement monotone et l’harmonie va dans la direction de celle des compositeurs suivants du avec l’utilisation d’une gamme par tons. Le plus gros de la pièce est introspectif et pensif laissant présager le style des dernières œuvres de Fauré, bien que ce nocturne se termine en majeurPinkas, pp. 9–10.
Nocturne 10 en Mi mineur, (1908)