Jean-Marie Loret, né le à Seboncourt (Aisne) et mort le à Saint-Quentin (Aisne), est un Français qui affirma être le fils illégitime d’Adolf Hitler. Selon lui, sa mère, Charlotte Lobjoie, aurait eu une liaison avec le jeune soldat Hitler quand, au cours de la Première Guerre mondiale, le régiment bavarois de celui-ci vint en repos dans le village de Fournes-en-Weppes (sud-ouest de Lille) alors à l'arrière du front.
La thèse, qui eut un certain écho médiatique, était défendue par l'historien allemand Werner Maser (1922-2007) qui avait émis dans les années 1960 la thèse d'un fils caché d'Adolf Hitler conçu en France durant la Première Guerre mondiale et avait ensuite, dans les années 1970, travaillé avec Jean-Marie Loret pour établir sa filiation. Cette thèse a été rejetée par ses confrères, notamment , , Thomas Weber ou encore Ian Kershaw, qui jugent qu'elle est extrêmement improbable, voire qu'elle relève de la légende.
Biographie Jean-Marie Loret nait, sous le nom à l'état-civil de Jean ou jean-Marie Lobjoie, dans les derniers mois de la Première Guerre mondiale en à Seboncourt, un village picard du nord du département de l'Aisne. C’est un enfant illégitime. Sa mère Charlotte Eudoxie Alida Lobjoie (1898-1951) est la fille du boucher local, Louis Joseph Alfred Lobjoie, et de son épouse Marie Flore Philomène (née Colpin). attribuent à Charlotte Lobjoie la profession de danseuse, mais il est difficile de savoir si elle l'était déjà en 1916 et 1917. Elle semble n'avoir adopté cette profession qu'après son déménagement à Paris, quelques mois après la naissance de son enfant et après le retrait des Allemands du territoire français.
Jean-Marie passe ses sept premières années chez ses grands-parents, avec lesquels Charlotte avait rompu tout contact après avoir quitté sa famille. Le , Charlotte Lobjoie épouse le lithographe Clément Loret, qui autorise le fils illégitime de sa nouvelle femme, qu'il n'a à ce moment-là encore jamais vu, à porter son nom de famille.
Après la mort de ses grands-parents maternels, respectivement en 1925 et 1926, qui, selon les déclarations de Loret, l'avaient « mal traité », sa tante Alice Lobjoie s'emploie pour faire adopter son neveu par la famille d'un riche magnat de la construction de Saint-Quentin, la famille Frizon. À partir de ce moment, le garçon fréquente deux pensionnats catholiques, d'abord à Cambrai puis à Saint-Quentin.
En 1936, Jean-Marie Loret fait son service militaire et monte en grade les années suivantes, atteignant celui de sergent-chef. Il s'enrôle dès 1939 dans les corps francs qui allaient se battre en avant de la ligne Maginot. Les mois suivants, en 1940, son unité mène un combat violent contre les troupes allemandes dans les Ardennes. Pendant l'Occupation, il est contacté par le réseau de la Résistance OCM (Organisation civile et militaire) au sein duquel il porta le pseudo de Clément . Il devient un résistant aux armées hitlériennes.
Après guerre, il travaille quelques années dans les affaires jusqu'en 1948, où il cesse ses activités pour cause d'insolvabilité.
Loret précisa qu'il savait dès son enfance être le fils d'un soldat allemand mais qu'il n'avait aucune idée de l'identité de son père. Il affirma que peu de temps avant de mourir en 1948, sa mère lui révéla que le soldat dont elle lui avait parlé aurait en fait été Adolf Hitler qu'elle aurait fréquenté entre 1914 et 1918. Loret affirma que cette annonce provoqua chez lui un grand abattement et qu'il se réfugia dans le travail pour éviter la dépression.
Dans les années 1970, alors qu’il a fondé une famille, il semble mieux accepter cette filiation (non prouvée). En 1979, il fait mener des enquêtes pour faire officialiser ce (supposé) lien de parenté. Il contacte à cette fin un avocat, Maître François Gibault, s'adjoint les services d'un historien, l'universitaire allemand Werner Maser qui avait travaillé dans les années 1960 sur une relation d'Hitler avec une Française pendant la Première Guerre mondiale, retourne sur les lieux de son enfance, interroge quelques rares témoins et diligente une série d'enquêtes qui plaideraient en faveur d'une parenté entre lui et Hitler.
En 1981, il publie un livre, Ton père s'appelait… Adolf Hitler, pour revendiquer cette filiation. Dans la préface de l'ouvrage, il écrit : « Mon père est Adolf Hitler. Croyez-le ou non, ce point est sans importance. C'est un fait gênant, paraît-il, pour un peu tout le monde. Je crois, moi, en ma filiation, parce que je crois en ma mère. » Si le livre rencontre alors peu d'échos en France, au Japon, la télévision publique recoit Loret dans ses studios et le présente comme le fils du dictateur allemand.
La vie familiale de Jean-Marie Loret reste peu connue. Il a été marié au moins une fois et a eu neuf enfants.
Un de ses fils, Jean-Charles Loret, a accordé un entretien en à L'Aisne nouvelle indiquant être en quête de vérité mais qu'il était difficile pour lui de remettre en cause la parole de sa grand-mère dite sur son lit de mort.
La liaison supposée entre Adolf Hitler et Charlotte Lobjoie
Les informations sur cette liaison supposée ne viennent que de Jean-Marie Loret et de ce que sa mère lui aurait rapporté peu avant de mourir.
Dans un récit fait à Paris Match en , Jean-Marie Loret indique que sa mère Charlotte Lobjoie, alors jolie fille de 17 ans, quitte sa famille à Seboncourt pour se rendre chez des parents à Prémont. Ces derniers la voient fréquenter un « soldat allemand à petite moustache ».
Selon l'article du Point de 2012 s'appuyant sur l'ouvrage de Jean-Marie Loret, la rencontre se serait faite dans la commune voisine de Fournes-en-Weppes.
« Un jour, je faisais les foins, avec d'autres femmes, lorsqu'on vit un soldat allemand, installé de l'autre côté de la rue, révèle celle-ci à son fils bien des années plus tard. Il avait une sorte de carton et semblait dessiner. Toutes les femmes trouvèrent intéressant ce soldat et se montrèrent curieuses de savoir ce qu'il dessinait. Je suis désignée pour essayer de l'approcher. »
Elle indiqua qu'Hitler se montra attentif et chaleureux et ils entamèrent une relation de plusieurs semaines. Lorsque Hitler le pouvait, ils se promenaient ensemble :
« Lorsque ton père était là - très rarement -, il aimait m'emmener dans des promenades à la campagne. Mais ces promenades se terminaient en général plutôt mal. En effet, ton père, inspiré par la nature, entreprenait un discours auquel je ne comprenais pas grand-chose. Ne pouvant s'exprimer en français, il déclamait en allemand, s'adressant à un auditoire absent. Si je parlais l'allemand, je ne pouvais le suivre, d'autant plus que l'histoire de la Prusse, de l'Autriche ou de la Bavière ne m'était pas familière, loin de là. Ma réaction mettait ton père en colère en me voyant rester de marbre à ses effets oratoires! »
Un soir de , Hitler après avoir bu avec un camarade se fait très entreprenant auprès de Charlotte et la met enceinte.
Non démentie par la chronologie Adolf Hitler, engagé volontaire dans un régiment de l'armée bavaroise, se trouve dans la région de Lille dès le . Il sert comme estafette, assurant la liaison entre l'état-major et les bataillons. Il a séjourné dans les localités de Seclin, Fournes, Wavrin, et Ardooie dans les années 1916 et 1917. Cette localisation est cohérente avec les dires de Charlotte Lobjoie.
Entre juin et , période pour la supposée procréation (Jean-Marie Loret est né en ), Hitler se trouvait bien dans la région. En , il revient dans le Nord de la France, à Vimy, après un séjour dans un hôpital de Berlin où il a soigné une blessure à la jambe consécutive à l'explosion d'un obus quelques mois plus tôt sur le front. Il ne repartira de la région qu'en , pour une permission de 15 jours à Berlin.
Les arguments de Jean-Marie Loret : pas d'infirmation mais pas de confirmation
Jean-Marie Loret travailla dans les années 1970 avec l'historien allemand Werner Maser pour étayer sa filiation. Maser, alors qu'il travaillait dans les années 1960 sur les origines du national-socialisme, indiqua avoir alors découvert qu'Adolf Hitler aurait eu une liaison avec une jeune Française entre 1916 et 1917 et que de cette liaison un enfant serait né. Par la suite, Maser s'est rendu dans le Nord de la France pour poursuivre ses recherches. C'est à la suite de ces travaux que Jean-Marie Loret l'aurait contacté en 1975. Werner Maser, dubitatif au départ, lui posa une trentaine de questions pour voir si les informations qu'il avait déjà collectées concordaient avec celles de Loret, ce qui fut le cas.
Avec l'aide de Maser, et avant de rompre avec ce dernier, Jean-Marie Loret obtient différentes études qu'il publie en annexe de son ouvrage coécrit avec l'historien local René Mathot, qui prouveraient selon lui sa filiation : une « expertise en méthode d'identification par la physionomie comparative » réalisée par Élisabeth Kaiser-Lindner, qui « fit plusieurs portraits du Führer ». Elle affirma que Loret était le fils de ce dernier. Cette « expertise » s'appuie, écrit son auteur, sur le constat que « comme portraitiste de Hitler, je connaissais chaque trait de sa physionomie. Je crois qu'il n'existe personne, autant que moi, qui ait pu faire des portraits de Hitler. C'est pour cette raison que j'ai reconnu les yeux de M. Loret, car il a exactement le regard de son père » et sur un ensemble de collages de photographies des visages de Loret et de Hitler l'amenant notamment à constater que « du fait que M. Loret tourne la tête légèrement vers la droite et Hitler légèrement vers la gauche, il n'y a pas superposition absolue quant au sommet de la tête et aux cheveux, à la joue et aux oreilles, mais la vue frontale du visage coïncide absolument lors de la superposition »« Rapport de Kaiser-Lindner, Expert en méthode d'identification par la physionomie comparative », dans . des « extraits de rapport d'expertise des C. Steffens et F. Vogel de l'Institut d'Anthropologie et de Génétique de l'Université de Heidelberg » signalant que Loret et Hitler ont le même groupe sanguin, A rhésus positif, une « étude comparative psycho-graphologique entre Adolf Hitler et Jean-Marie Loret ». Celle-ci souligne que « très peu de graphologues ont abordé l'expression du tempérament psychobiologique dans l'écriture. Il est vrai que ce champ de recherche requiert des connaissances approfondies en psychobiologie. M. Sigurd Müller, Beratender Psychologue und Schießsachverständiger [sic], de Sarrebrück, maîtrise ces disciplines ». Au terme de divers tableaux comparatifs consacrés notamment à « l'affirmation de soi », à « l'autonomie, volonté de puissance » ou à la « volonté d'expansion et de faire valoir », l'auteur conclut que « le pourcentage important de concordances (2/1) ne laisse qu'une conclusion possible : il y a chez Jean-Marie Loret une parenté étroite (de premier rang) avec Adolf Hitler, Sigurd Müller, « Étude comparative psycho-graphologique entre Adolf Hitler et Jean-Marie Loret », dans »
une comparaison graphologique des écritures des deux hommes« Testament rédigé par A. Hitler le 2 mai 1938 à l'âge de 49 ans - Écriture de J-M Loret en 1980, à 62 ans », dans .
Mais si Jean-Marie Loret a avancé ces arguments pour soutenir la thèse de sa filiation et s'ils n'apportent aucune infirmation à celle-ci, leurs conclusions sont beaucoup plus prudentes ou sujettes à caution dans leur interprétation. Ainsi sur :
L'« expertise en méthode d'identification par la physionomie comparative » qui, utilisant une « méthode [qui] apparaîtra tout à la fois inédite et surprenante quant à son application » ;