Dharmadhatu est un mot sanskrit désignant dans le bouddhisme mahayana la réalité ultime. Cette notion est particulièrement développée dans l'Avatamsaka sutra (« Sūtra de l'Ornementation fleurie ») et plus précisément dans la section finale appelée le Gandavyuha Sutra, mais aussi dans le Mahayana Mahaparinirvana sutra. Le Dharmadhatu s'oppose au lokadhatu, à savoir le monde fractionné que perçoivent les êtres plongés dans l'illusionPhilippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme. Nouvelle édition augmentée, Paris, Seuil, 2006. 952 p. p. 173..
Définition
Philippe Cornu explique :
Et Stéphane Arguillère :
Il est important de noter que la connaissance du Dharmadhatu requiert nécessairement l'abolition de la séparation sujet/objet. « Cela » qui connaît le Dharmadhatu est nécessairement le Dharmadhatu lui-même. On ne peut pas connaître le Dharmadhatu avec l'esprit ordinaire, car ce dernier est produit justement par le Dharmadhatu (comme toutes choses). D'autre part, dans le Dharmadhatu, les phénomènes ne sont pas fondus en une espèce d'unité transcendante, mais toutes les distinctions sont perçues. C'est ce que dit explicitement Stéphane Arguillère :
Loin de ne plus percevoir l'enchaînement des causes et des effets de la Coproduction conditionnée et la diversité du monde phénoménales, les Bouddha les perçoivent sur un autre mode dans leur signification réelle. En effet, Stéphane Arguillère écrit :
Du point de vue de l'école Madhyamaka, la description du Dharmadhatu correspond à la description de la réalité lorsque la réalité conventionnelle et la réalité ultime sont unies à travers la sagesse principielle pour laquelle la séparation sujet/objet n'existe plus. Il s'agit de la compréhension ultime de la vacuité et de l'origine de la Coproduction conditionnée.
Le Dharmadhatu est au-delà des trois kayas (dharmakāya, Sambhogakāya, nirmānakāya) tels que les pose l'école Cittamātra. Le Dharmadhatu inclut sous un mode non manifesté les trois kayasSogyal Rinpoché, Le livre tibétain de la vie et de la mort, Éditions de La Table Ronde (1993, puis 2003 pour la nouvelle édition augmentée), Éditeur Lgf (2005, nouvelle édition augmentée), .. Plus précisément, le Dharmadhatu est ce que peuvent percevoir les Bouddha en Dharmakaya.
Chögyam Trungpa Rinpoché explique:
La notion de Dharmadhatu est à mettre en relation directe avec la notion du Mahayana d'« Omniscience des Bouddha », qui déclare que les Bouddha en dharmakāya connaissent toutes choses. En fait, les Bouddha en dharmakāya ne connaissent pas seulement toutes choses, ils sont toutes choses. Selon Stéphane Arguillère :
Description dans l'Avatamsaka sutra
Daisetz Teitaro Suzuki a traduit et commenté la partie de l'Avatamsaka sutra concernant le Dharmadhatu. Il déclare :
Le Dharmadhatu s'oppose au monde fractionné lokadhatu que perçoivent les êtres ordinaires. Dans le Dharmadhatu, tous les détails du monde phénoménal sont perçus, mais sans la moindre notion de séparation et de permanence. C'est, en fait, la vue directe de la vacuité comme elle est décrite dans le Madhyamaka. L'Avatamsaka sutra donne le point de vue absolu de l'Interdépendance : c'est l'Interpénétration. Les choses ne sont pas seulement toutes en interaction, mais, bien qu'elles gardent leur identité propre, elles contiennent tous les autres phénomènes.
Daisetz Teitaro Suzuki explique :
Cela illustre le fait que « chaque réalité individuelle, outre qu'elle est elle-même, reflète en elle quelque chose de l'universel et est en même temps elle-même à cause des autres individualités. »
Dans le sutra, le Dharmadhatu est symbolisé par la tour de Maitreya que le pèlerin Sudhana découvre avec stupéfaction:
Mais dans la Tour, Sudhana découvre la même Tour se multipliant sans cesse :
Dans le Dharmadhatu, le temps est aboli et Sudhana peut voir en même temps les évènements du passé, présent et futur de la vie de Maitreya. Daisetz Teitaro Suzuki explique les différentes manières de concevoir le Dharmadhatu :
Philippe Cornu commente :
Impact
La notion de Dharmadhatu apparaît en arrière-plan dans tout le mahayana. En particulier, dans son œuvre le Catuhstava, Nagarjuna (II - ), le fondateur du Madhyamaka, rend directement hommage à la Réalité ultime, le Dharmadhatu. Le Catuhstava est, en effet, une suite de quatre hymnes en son honneur:
La notion de Dharmadhatu eut un impact immense sur le Bouddhisme d'Extrême-Orient en particulier sur les écoles Huayan,Tiantai, Chan et Zen. Même si l'Avatamsaka sutra eut relativement peu d'écho au Tibet, la notion de Dharmadhatu apparaît constamment chez les auteurs tibétains. Si l'Avatamsaka sutra joua un rôle assez faible chez les Tibétains c'est qu'ils disposaient de nombreux tantra pour décrire la Réalité ultime dont le Küntché Gyalpo tantraNyoshül Khenpo Rinpoché, Le chant d'illusion et autres poèmes, commenté et traduit par Stéphane Arguillère, 2000, Gallimard Stéphane Arguillère, Profusion de la vaste sphère, Longchenpa, sa vie, son œuvre, sa doctrine. Peeters Publishers, Louvain, 2007 . Dans le Dzogchen, le Dharmadhatu est appelé la « Base primordiale » (Skt. alaya; Tib. kun gzhi prononcé kunshi).
Références
Catégorie:Mahâyâna Catégorie:Philosophie indienne