La Société des alcools du Québec (SAQ) est une société d'État qui a pour mandat de faire le commerce des boissons alcoolisées sur tout le territoire du Québec. La SAQ coordonne aussi la vente du cannabis à fins récréatives suivant la légalisation de la substance en vertu de la loi fédérale sur le cannabis (C-45)Officiellement, la loi C-45, la "Loi concernant le cannabis et modifiant la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, le Code criminel et d'autres lois", par l'intermédiaire de sa filiale, la Société québécoise du cannabis.
Historique Le gouvernement du Québec crée en 1921 la Commission des liqueurs de Québec. qui devient en 1961 la Régie des alcools du Québec et, en 1971, la Société des alcools du QuébecSociété des alcools du Québec https://www.saq.com/content/SAQ/fr/a-propos/la-saq/historique.html.
Commission des liqueurs de Québec vignette|Une file de clients qui attendent leur tour pour entrer dans le magasin de la Commission des liqueurs de Québec situé rue Saint-Denis à Montréal, 23 septembre 1944.vignette|Un employé d'une succursale de la Commission des liqueurs de Québec à Montréal sert une cliente derrière le grillage du comptoir, janvier 1945.C'est en 1898 que le gouvernement du Canada tient un référendum sur la prohibition de l'alcool. Le l'emporte dans toutes les provinces canadiennes, sauf au Québec, où plus de de la population ayant voté () dit au projet fédéral. La première étape de la gestion politique des problèmes liés à la prohibition fut la mise en place d’une commission d’enquête par le gouvernement de Lomer Grouin afin de satisfaire les fervents d’un régime prohibitionniste. Ce gouvernement mit sur pied une commission d’enquête pour examiner tout ce qui a rapport à la vente et la consommation d’alcool. Le juge Henry George Caroll était à la tête de cette commission. Au début des années 1920, le gouvernement du Canada adopte la Loi sur l’importation des boissons enivrantes.. Cette loi accordait à chacune des provinces le pouvoir exclusif d’importer, de transporter et de vendre des boissons alcooliques sur son territoire, et interdisait le transport de ces produits d’une province à une autre.
En 1918, le gouvernement du Québec adopte une loi sur la prohibition totale qui devait entrer en vigueur l'année suivante. En 1919, il tient un référendum sur l’exclusion de la bière, du vin et du cidre de la loi sur la prohibitionBilan du siècle, « Tenue d'un référendum sur la prohibition au Québec », Université de Sherbrooke (consulté le 28 mars 2010). Le oui l'emporte à des voix exprimées. Il n'en demeure pas moins que certaines villes, surtout dans des régions rurales, adoptent un règlement de prohibition de l'alcool qui sera appliqué tant qu'il n'aura pas été révoqué. On estime alors que interdisent la vente d'alcool. Montréal, qui n'applique pas la prohibition, en profite et attire une vaste clientèle, entre autres américaine, autorisée à acheter de l'alcool.
Cependant, les pressions pour la prohibition sont fortes. En 1921, le , le gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau, au lieu d'interdire l'alcool, décide plutôt d'en encadrer la vente. Il fait adopter la Loi sur les boissons alcooliques et crée la Commission des liqueurs de Québec. Cette intervention de l’État était un système de monopolisation de l’alcool. Ces lieux gouvernementaux favorisaient la vente du vin et de l’alcool fort. La Commission des liqueurs de Québec constitua à une solution politique institutionnelle pour trouver un compromis entre les intérêts et les exigences contradictoires de différentes forces dans la société.Le , on compte 53 magasins sous la bannière de la Commission.
Police des liqueurs La création de la Commission des liqueurs amène, toujours en 1921, la formation d’une police distincte, le , rebaptisé en 1934.., dont le mandat est de veiller à l’application des lois relatives au commerce des boissons alcooliques, notamment vis-à-vis la contrebande et la production illégale d'alcool. En 1938, les policiers de la circulation ainsi que ceux des liqueurs sont intégrés à la police provinciale, qui devient alors la . Quatre divisions majeures composent la Sûreté : la police judiciaire, la gendarmerie, la police de la route et la police des liqueurs. Au moment de sa dissolution en 1961, la police des liqueurs compte quelque dont plusieurs sont à l'escouade des alcools de la Sûreté provinciale du Québec..
À cette époque, dans les magasins de la Commission des liqueurs de Québec, les bouteilles ne sont pas visibles pour les clients qui doivent choisir à partir d'une liste de prix affichée au mur. Ils doivent commander à un employé derrière un comptoir grillagé et ne peuvent se procurer qu'une seule bouteille de spiritueux à la fois ; cette limite ne sera abolie qu'en 1941. Les vins ne sont toutefois pas rationnés. Toutes les bouteilles vendues sont enveloppées dans un papier opaque.
En 1922, la Commission des liqueurs de Québec crée sa première usine d’embouteillage.
Au plus fort de la prohibition américaine en 1930, les ventes brutes de la Commission s’élèvent à pour retomber à en 1934.
Affaire Roncarelli L'affaire Roncarelli est une saga judiciaire qui dura de 1946 à 1959. La décision finale de la Cour suprême du Canada (Roncarelli v. Duplessis, 1959 S.C.R. 121, ) Jugements de la Cour suprême du Canada. Roncarelli v. Duplessis. fit jurisprudence au Canada en matière de libertés individuelles et d'abus de pouvoir et rappelle une époque difficile dans l'histoire de la Commission des liqueurs de Québec.
Frank Roncarelli est un restaurateur et membre des Témoins de Jéhovah. En 1946, l'organisation religieuse publie une brochure qui fait scandale et plusieurs Témoins de Jéhovah sont arrêtés. Or, Frank Roncarelli paye les cautionnements de nombreux coreligionnaires. Maurice Duplessis, alors premier ministre et procureur général du Québec et, à ce titre, responsable de la Commission des liqueurs de Québec, ordonne alors la révocation du permis d'alcool de Roncarelli, ce qui entraîne la ruine de son établissement. L'affaire est portée jusqu'à la Cour suprême du Canada, qui déclare Maurice Duplessis coupable d'avoir abusé de son pouvoir comme Procureur général, patron de la Commission des liqueurs, et lui ordonne de payer à Frank Roncarelli des dommages-intérêts.
Régie des alcools du Québec En 1961, la Régie des alcools du Québec est créée avec comme objectif l’expansion du commerce des boissons alcooliques et la gestion de l’émission et du contrôle des permis. La même année, elle ouvre la première succursale qui permet aux consommateurs de voir des produits à la Place-Ville-Marie à Montréal. En 1963, Louis H. Levasseur, père du haut fonctionnaire Pierre Levasseur, est nommé gérant et directeur de la distribution à Québec. En 1967, elle ouvre un centre de distribution à Québec. À partir de 1970, les succursales deviennent libre-service. Les clients peuvent désormais voir, mais également toucher les produits.
Société des alcools du Québec thumb|upright=1.8|Magasin de la SAQ, bannière Sélection, au centre-ville de Saint-Bruno-de-Montarville.La commission d’enquête sur le commerce des boissons alcooliques, mise sur pied par le gouvernement du Québec en 1968 et communément appelée commission Thinel, recommande une réforme en profondeur des régimes de surveillance et de commercialisation de ce secteur. La commission met en lumière certaines pratiques discutables à la Régie des alcools du Québec et recommande que le gouvernement crée la Société des alcools du Québec et la Commission de contrôle des permis d’alcool (maintenant la Régie des alcools, des courses et des jeux du Québec), deux entités juridiques et opérationnelles entièrement distinctes qui sont créées en 1971.Bien que le gouvernement entérine les principales recommandations de la commission Thinel, dont celle d'établir une distinction entre la majoration fiscale et commerciale dans le prix de vente des produits et le maintien du monopole public sur la vente des bières importées et des spiritueux, il se garde bien toutefois de permettre le commerce de la bière et des vins dans les supermarchés, par crainte de la réaction des petits épiciers..
Les premiers permis pour produire et vendre du vin québécois sont émis au début des années 1970. La Société des alcools du Québec établit également durant cette époque une à Québec, à Montréal et à Hull, puis construit le Centre de distribution de Montréal, où elle centralise ses services. En 1978, pour la première fois au Québec, sont disponibles en épiceries et peu après, la vente de vin et de cidre en fût est autorisée dans les brasseries.
Monopole partiel La Société des alcools du Québec a le monopole de l'achat, de l'importation, de la vente et de la distribution de produits alcooliques au Québec, sauf pour les bières et les vins produits au Québec. «La SAQ a l’exclusivité de la première distribution au Québec de toutes les boissons alcooliques à l’exception, essentiellement, du cidre léger et de la bière embouteillée au Québec.» La société d'État exerce un contrôle quasi total sur la commercialisation de vin et de spiritueux sur le territoire de la province. «Elle a tous les pouvoirs pour réaliser son mandat commercial consistant notamment en la sélection, l’achat, l’importation, l’entreposage, la distribution et la vente de boissons alcooliques.»
La SAQ ne permet aucun intermédiaire entre elle et ses fournisseurs. «La SAQ transige directement avec ses fournisseurs et ne reconnaît aucun intermédiaire dans ses transactions commerciales.» (Politique d'achat et de mise en marché 2017).
Virage commercial et libéralisation de la vente d'alcools thumb|Une succursale SAQ Express, une des bannières nées du virage commercial de 1994-1995.En 1987, la SAQ élimine les privilèges fiscaux accordés aux vins mis en bouteilles au Québec à la suite de la signature de l’accord de libre-échange avec les États-Unis.
Avec les membres de l’industrie québécoise des boissons alcooliques, elle fonde Éduc’alcool en 1989. Le nouvel organisme a le mandat de faire la promotion de la modération dans la consommation d’alcool au Québec. L'organisme se développe de manière considérable et devient une véritable référence dans son domaine à la fois au Québec et dans le monde. La même année, elle participe à la fondation de Collecte sélective Québec, un organisme privé à but non lucratif chargé de la promotion de l’implantation de la collecte sélective au Québec.
Au début des années 1990, la consommation totale d’alcool dans le monde baisse de . Dans les années 1994-1995, la SAQ entreprend un virage commercial qui marque le début de la vente de vin en vrac et la libéralisation des heures d’ouverture dans les succursales. Le changement le plus visible de ce virage est la segmentation de son réseau de succursales en trois bannières distinctes : SAQ Express, Classique et Sélection.
En 1999, à la suite de la conclusion d'une entente avec la Maison des Futailles SEC, une entité distincte est créée pour l’usine d’embouteillage. La SAQ devient coactionnaire de cette entité avec le Fonds de solidarité FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec) à parts égales. La même année, elle remplace sa succursale SAQ Whisky & Cie par son nouveau concept de succursale, la SAQ Signature. On y trouve des spiritueux haut de gamme, des grands vins et des produits exclusifs.
En 2000, les Vins de Qualité Certifiée (VQC) font leur apparition chez les épiciers et chez les dépanneurs. La SAQ inaugure sa première SAQ Dépôt, une succursale où les consommateurs peuvent se procurer des produits en vrac et en gros. Puis, en 2001, elle inaugure son site de commerce électronique sur le Web, SAQ.com, et lance le concept SAQ Sélection Art de vivre. L'année suivante, elle lance deux programmes d’aide consacrés à la valorisation du verre au Québec en collaboration avec Recyc-Québec.