La chapelle des Ursulines ou chapelle Saint-Joseph est une chapelle rattachée au couvent des Ursulines de la Davrays, située dans la commune française d'Ancenis-Saint-Géréon, dans la Loire-Atlantique. Édifiée entre 1642 et 1661, sous le règne de Louis XIV, elle se compose de deux bâtiments perpendiculaires, le chœur des religieuses ursulines et la chapelle Saint-Joseph proprement dite, selon un plan en croix latine.
Architecture Plan et volumes
De plan cruciforme, la chapelle présente un transept aux bras resserrés et un chevet plat dépourvu de baie ; un clocher à cloches et horloge la surmontait jadis.
La règle de clôture, réaffirmée par le concile de Trente en 1563 puis détaillée par Charles Borromée en 1577, imposait aux communautés religieuses une séparation matérielle d'avec les fidèles, percée d'un simple guichet grillagé pour suivre l'office. C'est cette exigence qui explique la présence, dans le prolongement du bras sud du transept, d'un bâtiment distinct : le chœur des religieuses, de plan rectangulaire et clos par un hémicycle.
Façade La façade emprunte au modèle de l'église du Gesù à Rome, avec ses volutes latérales, son fronton triangulaire et sa large fenêtre en plein cintre : un dessin souvent qualifié de « style jésuite », appellation approximative puisqu'elle renvoie en réalité à une déclinaison du baroque, où dominent les courbes et une hiérarchie libre des proportions. Deux ordres antiques se superposent sur les deux niveaux de l'élévation, le toscan en bas, l'ionique en haut. Au rez-de-chaussée, quatre pilastres toscans portent un entablement à triglyphes et métopes et encadrent la porte principale, jadis précédée de trois marches et couronnée d'un fronton triangulaire. Les deux niches latérales, qui abritaient des statues avant la Révolution, accueillent aujourd'hui des œuvres contemporaines .
Au niveau supérieur, plus resserré, deux volutes couronnées de pots à feu encadrent une paire de pilastres ioniques supportant un dernier fronton triangulaire autour d'une fenêtre cintrée bordée d'une fausse balustrade ; un socle, jadis destiné à recevoir une croix ou une statue, couronne l'ensemble. Une telle composition ne comptait qu'un précédent parisien : le noviciat des Jésuites bâti par Étienne Martellange vers 1630, dont le modèle romain, l'église Sainte-Marie-des-Monts due à Giacomo della Porta, l'architecte du Gesù, avait déjà inspiré la capitale.
Structure et charpente La charpente se découvre aujourd'hui à l'air libre, alors qu'un lambris ou un plafond de plâtre, sans doute peint selon le goût baroque de l'époque, la dissimulait à l'origine. Son comble s'élève très haut, avec des croupes abruptes au droit des transepts, dessinant une silhouette proche d'une coque de navire retournée ; l'ensemble de la charpente converge à la croisée du transept.
Décor Le maître-autel du chœur portait à l'origine un grand tableau de l'Adoration des Mages, complété d'une Descente de croix voisine ; d'anciens inventaires signalent en outre des autels de marbre ou de bois, une chaire, des stalles et le reliquaire de sainte Victoire. Seule une peinture murale a traversé les siècles : mise au jour sur le mur ouest du chœur pendant les travaux de restauration, elle montre deux putti soutenant les pans d'un dais sur un fond ocre partiellement effacé, ultime vestige du décor qui accompagnait autrefois le tableau du maître-autel.
Historique L'enclos des Ursulines (XVIIe siècle) À l'origine, le couvent occupait un domaine clos de près de 6 hectares, protégé sur tout son pourtour par un mur de 3,20 mètres de haut : cours, bâtiments conventuels, jardins, vignes et pré se trouvaient ainsi enfermés, de même qu'un petit cimetière réservé aux religieuses, situé derrière la chapelle. Les travaux de restauration du quartier Rohan ont fait disparaître l'essentiel de cette enceinte, dont quelques tronçons subsistent néanmoins.
Construction (1642-1661) La construction de la chapelle remonte à l'arrivée des Ursulines à Saint-Géréon en 1642, après que la communauté eut acquis, en 1643, le domaine de la Davrays aux portes de la ville. Fondées en Italie en 1536 par sainte Angèle Merici, les Ursulines essaiment en France à partir de 1610 ; leur mission consistait avant tout à instruire les jeunes filles dans la foi chrétienne. La chapelle fut, avec le parloir, l'un des tout premiers bâtiments édifiés par la communauté, avant l'érection du cloître, grâce aux dons de leurs consœurs de Nantes, de donateurs de la région et du roi Louis XIV lors de sa visite en 1661.
Fermeture et usage clandestin pendant la Révolution (1792) Fermé par la Révolution en 1792, le couvent voit ses biens mobiliers vendus. Bâtiment de liaison entre la clôture conventuelle et la cité, la chapelle voit néanmoins son usage religieux se poursuivre en partie : les habitants continuent d'y assister à la messe plutôt que de se rendre à celle, célébrée par des prêtres jureurs, de l'église Saint-Pierre d'Ancenis.
Affectation militaire (XIXe siècle) Le couvent connaît ensuite plusieurs affectations militaires : grenier à fourrage dès 1797, puis caserne à partir de 1808. La chapelle sert tour à tour d'écurie, de magasin puis de boulangerie ; un badigeon recouvre ses murs et un plancher intermédiaire la scinde en deux niveaux. Le chœur des religieuses perd alors sa fonction d'origine et devient une prison militaire : fenêtres et hémicycle sont partiellement condamnés, la baie de communication avec la chapelle est murée. Des inscriptions laissées par les détenus restent visibles de nos jours sur les parois de l'abside.
De la ruine au classement (XIXe-XXe siècle) Livré à lui-même pendant des décennies, sans aucun entretien (seule une bâche goudronnée protège tant bien que mal la toiture), l'édifice se retrouve quasiment en ruine au sortir du XXe siècle, au point qu'il n'en subsiste plus que deux pans de murs.
Une première protection au titre des monuments historiques, portant sur la seule façade de la chapelle, est prononcée par inscription le 24 octobre 1929, puis réitérée le 24 novembre 1986. La chapelle et l'ensemble des bâtiments conventuels subsistants sont finalement classés au titre des monuments historiques par arrêté du 13 septembre 1990.
Fouilles archéologiques (2007-2011) En 2007, des travaux menés dans le quartier Rohan mettent fortuitement au jour des vestiges supplémentaires liés à l'ancien couvent. En 2011, un diagnostic archéologique préventif dirigé par l'Inrap est réalisé dans la partie alors en ruine de la chapelle, au niveau du chœur des religieuses et de la cour attenante. Trois sondages permettent de mettre en évidence des niveaux d'occupation et des sols de travail du XVIIe siècle, ainsi que deux massifs maçonnés quadrangulaires situés à la jonction de l'abside et de la travée droite du chœur, qui ont vraisemblablement servi de support à des poteaux de charpente lors d'un aménagement tardif, probablement lié à la transformation du couvent en caserne au XIXe siècle. Des vestiges antérieurs, rattachés à l'ancienne résidence de la Basse Davrays, ont également été mis au jour sous les niveaux du couvent.
Restauration et usage actuel (1995-2008) La chapelle en ruine fut l'un des derniers chantiers de réhabilitation de l'ancien couvent, après le rachat des bâtiments par la municipalité d'Ancenis en 1995, à la suite du départ des militaires. Menée en trois temps (l'enveloppe extérieure de 2003 à 2005, l'intérieur de 2007 à 2008, puis le chœur des religieuses de 2011 à 2012), la restauration rend à l'édifice son volume d'origine et achève la réhabilitation de l'ensemble du quartier Rohan. Depuis son ouverture au public en 2008, elle sert de salle polyvalente : expositions (sous l'enseigne « Le MAT - Centre d'art contemporain du Pays d'Ancenis »), concerts et manifestations associatives s'y succèdent.
Interventions artistiques contemporaines (2009-2020) En 2009, l'artiste Nine Geslin installe dans le chœur, à l'emplacement de l'ancien maître-autel, une pièce combinant fibre agricole, fil de fer, peinture et cire : cinq silhouettes ailées, quatre tournées vers une figure centrale, dans une composition inspirée des épisodes bibliques de la Dormition de la Vierge et de l'Assomption. Conçue au départ comme une installation temporaire, l'œuvre est restée en place de façon durable.
En 2017, les deux niches latérales de la façade, vides depuis la Révolution, accueillent les bronzes de Julien Perrier Bâbord et Tribord : des créatures hybrides, mi-humaines mi-animales, juchées sur des proues de navire échouées, l'une rouge, l'autre verte.
En 2020, des travaux menés devant la chapelle sont l'occasion pour la ville d'Ancenis d'y associer un projet artistique, sous la forme de palissades en bois décorées en écho à l'ancien enclos conventuel. Le MAT en confie la réalisation à deux artistes : Johann Bertrand Dhy peint une fresque à partir de dessins d'éléments d'architecture produits par de jeunes participants de l'association « La Bouffée d'art », tandis que Camille Bleu-Valentin s'inspire de dessins similaires pour une gravure sur bois mêlant le motif du moucharabieh à celui de la clôture religieuse.
Annexes Articles connexes Liste des monuments historiques de la Loire-Atlantique Couvent des Ursulines de la Davrays Eglise Saint-Pierre d'Ancenis
Bibliographie Les ouvrages ci-dessous sont cités par la source principale de cet article, le guide patrimoine du MAT ; ils n'ont pas été consultés directement pour la rédaction de cet article.
Liens externes
Références
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