La rosée est un type de déposition résultant de la liquéfaction (condensation) de la vapeur d'eau contenue dans l'air. Elle apparaît sous forme de gouttelettes qui se forment généralement le soir (et parfois le matin) sur les végétaux et autres corps exposés à l'air libre, quand leur température baisse jusqu'au point de rosée de l'air ambiant, ce qui provoque la liquéfaction de la vapeur d'eau en sursaturation dans la couche d'air. De façon plus générale ce phénomène peut également se produire n'importe quand, lorsqu'un corps froid est placé dans un air ambiant contenant de la vapeur d'eau, par exemple lorsqu'une bouteille est sortie d'un réfrigérateur.

La rosée sur les végétaux ne doit pas être confondue avec le phénomène biologique de guttation, dans lequel les végétaux eux-mêmes produisent le liquide qui se retrouve ensuite sous forme de gouttelettes.

Si la température du support est en dessous du point de givrage, la vapeur d'eau se dépose directement sous forme de cristaux de glace, ce qui produit alors de la gelée blanche ; ceci ne doit pas être confondu avec la « rosée blanche », rosée qui a gelé après s'être déposée à l'état liquide., ni avec le givre qui se forme à partir de gouttelettes en surfusion et non à partir de vapeur d'eau.

Histoire Selon le Dictionnaire universel de Furetière, de 1690, la rosée est une .

Une définition plus fidèle à la réalité est donnée par le Dictionnaire de l'Académie française dans sa neuvième édition : .

Conditions Les conditions idéales pour l'apparition de la rosée sont : nuit claire (car la couverture nuageuse freine le refroidissement du sol par radiation). ; absence de vent (ou vent de moins de ) ; air humide près du sol, et faible degré d'humidité de la couche d'air supérieure.

L'absence de nuage et de vent permet un fort rayonnement et un refroidissement important jusqu'au point où la vapeur d'eau contenue dans l'air se condense. Ce point est dit « point de rosée ». Les gouttelettes de rosée se forment alors sur toutes les surfaces froides bien isolées de l'apport de chaleur du sol, sur laquelle la vapeur peut se condenser..

La rosée peut ne pas se former localement, en particulier dans les « îlots de chaleur urbains », quand le refroidissement et/ou l'humidité y sont moindres, et alors insuffisants. À l'inverse, près d'une source d'humidité, comme un lac, la rosée sera plus abondante. Également, plus la nuit sera longue plus le refroidissement sera prononcé et c'est pourquoi la rosée est plus commune à la fin de l'été et à l'automne alors que l'humidité est encore importante.

Écologie des communautés de la rosée vignette|Gouttes de rosée sur une toile d'araignée. vignette|Gouttes de rosée sur une rose. De nombreux organismes, végétaux, insectes et animaux « boivent » la rosée pour vivre ou parfois survivre, en particulier dans les régions arides et semi-arides, où elle est parfois l'unique source d'eau durant des mois voire des années.

Dans certains déserts chauds ou froids, le jour l'air est très sec, notamment parce qu'il n'y a pas ou très peu de végétaux qui évapotranspirent. Par contre, la nuit, le ciel y est rarement nuageux, ce qui permet, après que le sol ait rayonné sa chaleur vers le ciel en début de nuit, un refroidissement qui, avant l'aube, engendre le dépôt d'une rosée nocturne parfois très abondante, et souvent fréquente ( 198 nuits par an dans le Néguev), ce qui permet par exemple la survie de biofilms de cyanophycées (Nostocs) et de diverses espèces de lichens....

On a montré que dans le désert du Namib, la rosée a entraîné l'activation photosynthétique fournissant 58 à 63 % du gain total de carbone dans trois lichens épiphytes... Le phénomène disparait en altitude où l'air froid de la nuit est trop sec pour que la rosée puisse advenir, mais là c'est le givre qui parfois joue ce rôle.

Sur les zones littorale arides du nord du Chili, il ne pleut presque jamais, mais la condensation de l'humidité de l'air marin y est si intense, que des « oasis de brouillard » y existent. Là, des communautés de lichens relativement hydrophytes sont retrouvées, jusque sur les épines des cactus (où l'effet de pointe permet à l'épine de capter la rosée, qui ruisselle vers le cactus)...

Les épisodes de rosée peuvent être rares et/ou saisonniers dans certains habitats arides, mais le refroidissement nocturne peut tout de même augmenter considérablement l’humidité et ainsi activer la photosynthèse des lichens. On a mesuré jusqu'à le jour dans la vallée de la Mort du désert des Mojaves aux États-Unis et au sol jusqu'à en dans le Dacht-e Lout, réputé le lieu aride le plus chaud du monde. Pourtant, là où la température du jour ne permet la survie d'aucune plante capable de capter la rosée pour la mettre à la disposition d'insectes par exemple, on trouve néanmoins des animaux ( scarabée Stenocara, qui a acquis au cours de l'évolution la capacité de capter l’eau de l’air en la condensant pour la boire).

De nombreux insectes tels que les abeilles et fourmis s'abreuvent de la rosée qui parfois (libellules) se condense sur leur corps la nuit. C'est l'une des raisons qui fait recommander d'utiliser les insecticides pulvérisés en fin de journée plutôt qu'en matinée (l'autre raison est qu'ils risquent moins d'être dégradés par les UV du soleil et de s'évaporer au moment de la pulvérisation).

Les feuilles des plantes carnivores du genre Drosera sécrètent des gouttes transparentes évoquant la rosée (deux de ses anciens noms communs étaient « Rosée-du-soleil » et « Herbe-à-la-rosée »), mais il s'agit en fait de pièges collants pour les insectes, et ces gouttes sont aussi des sucs digestifsEncyclopédie des plantes A.Vogel..

La rosée fournit aussi un « apport hydrique 'occulte''' », parfois majeur et vital, à de nombreux végétaux. En pays chauds, mais aussi dans certaines zones de tundra et taïga, la rosée peut suffire aux plantes pour passer le cap difficile des mois d’été secs..

L'absorption se fait parfois par les feuillesExemple d'absorption de la rosée supposée par les feuilles chez Welwitschia mirabilis, d'autres organes aériens dont les racines aériennesL'absorption végétale sur ThinkOuest, ou par les racines de surface à partir de la terre qui a capté la rosée, et/ou à partir de la rosée qui a ruisselé le long d'une tige ou d'un tronc.

Plus une région est aride, plus globalement les arbres et plantes sont dispersées ; toutes choses égales par ailleurs, le refroidissement nocturne est bien plus marqué dans les espaces ouverts que sous un couvert forestier. Avant l'aube, la formation de rosée dans ces milieux peut être intense, surtout s'il n'y avait pas de couverture nuageuse dans la nuit. En bordure de mer, quand le vent nocturne ou matinal est assez fort, il empêche la formation ou le maintien de la rosée (car il est source de « réchauffement turbulent », et le vent nuit à l'« effet de pointe » qui permet à la rosée de se condenser à la pointes de feuilles ou de poils disposés sur les végétaux). Mais en bord de mer, un léger vent favorise cependant la rosée, en permettant à l’eau de condensation de se reconstituer à partir de l’air humide venu de la mer.. Ces éléments, pris ensemble, expliquent que les rosées sont plus intenses dans les climats de l'intérieur des terres.

La plupart des plantes ne savent pas exploiter la rosée, car leur écorce ne l'absorbe pas, et leurs feuilles sont couvertes d'une cuticule protectrice cireuse qui ne favorise pas l'absorption de cette rosée. Par contre, les mousses, certains biofilms algobactériens, et surtout les lichens (qui ne sont pas des plantes) ont développé des adaptations leur permettant de capter et absorber la rosée, ce qui leur permet de bien se développer dans des zones éloignées des mer et des zones humides et ne bénéficiant que de quelques dizaines de millimètres de précipitations par an, même quand leur habitat est entouré de zones assez sèches (<700 mm/an) et à faible pluviométrie. S'il y a une rosée abondante et fréquente, on peut ainsi trouver ainsi très loin de la mer des lichens océaniques tels que Menegazzia terebrata, qui vit normalement sur les troncs d’arbres de forêts humides recevant ≥ de pluie le long de la côte ouest des Etats-Unis.

Dans les plaines à l'intérieur des terres, on trouve moins de lichens et d'autres épiphytes dans les arbres, car leurs canopées limitent le refroidissement nocturne nécessaire à la condensation de l'humidité en gouttes de rosée (le point de rosée n'est pas atteint). Mais, dans certaines clairières et trouées forestières, sur les roches (non densément recouvertes par du lierre et exposés au ciel nocturne) et dans certaines vallées intérieures « ouvertes » (c'est-à-dire non boisées) se refroidissant bien la nuit, la rosée peut être très abondante malgré une faible pluviométrie et un apparent manque d'eau.

On note aussi que là où la rosée est fréquente, les lichens subissent moins de pertes d’éléments nutritifs par lessivage que leurs homologues dans les climats pluvieux, ce qui .

De rares espèces ( Ramalina thrausta, Ramalina maciformisLange, O. L., Schulze, E. D. & Koch, W. (1970) Experimentell-ökologische Untersuchungen an Flechten der Negev-Wüste. II. CO2-Gaswechsel und Wasserhaushalt von Ramalina maciformis (Del.) Bory am natürlichen Standort während der sommerlichen Trockenperiode. Flora 159: 38–62) dans le genre Ramalina sont capables de survivre dans des milieux ou lieux sans rosée et sans pluie à condition que l'air soit assez humide pour qu'ils puissent directement y capter les molécules d'eau.

Enfin, la rosée (moins que la pluie) contribue dans une certaine mesure à supprimer la poussière des feuillages, permettant à la plante de mieux respirer.

Utilisations humaines L'eau atmosphérique est une eau douce très peu exploitée Nature (2013) News : Porous material harvests water from dry air ; Materials science 13 avril 2017. De plus récolter de grandes quantités de rosée dans une zone déjà aride contribue à la rendre encore plus aride pour la faune, flore et fonge autochtones.

Dans certaines périodes et certains lieux, la rosée a été utilisée pour pallier simplement l'absence d'une eau de qualité satisfaisante : un débarbouillage à l'aube notamment« Soucieuse de coquetterie, elle [la servante de la ferme] lave chaque matin son visage avec son mouchoir trempé dans la rosée de la prairie, et sait ajuster sa coiffe blanche pour mettre son visage en valeur. » Yann Brekilien, La vie quotidienne des paysans de Bretagne au XIXe siècle, Hachette, 1966.. Des systèmes récents plus performants de condensateurs radiatifs (récupérant jusqu'à 0,7 L/m/nuitDaniel Beysens, Iryna Milimouk-Melnytchouc et Marc Muselli (2009), Condenseurs Radiatifs de Rosée ; Ed. Techniques Ingénieur (extraits avec google books).) ou de filets récupérateur de brumes'' ont été développés depuis quelques décennies, notamment testés à l'ouest de l'Amérique du Sud où l'air est humide, mais les pluies très rares. Le refroidissement des condenseurs radiatifs à une température inférieure au point de rosée est obtenu par transfert thermique radiatif vers le ciel nocturne ; le rendement théorique est de l'ordre de (par nuit favorable ; ciel découvert, rafraichissement et absence de vent)La puissance émise peut être de l'ordre de 25 à 150 watts par mètre carré (la loi de Stefan-Boltzmann donne un peu plus de 400 watts de rayonnement pour un corps noir de 1 m² à 20 °C) et il faut pour liquéfier un gramme d'eau à .. Les surfaces hydrophiles semblent avoir un rendement plus grand que les surfaces hydrophobes, thèse de doctorat, Université de Corse Pascal-Paoli, 2007..

Là où la pluviométrie est très faible, mais où la rosée est fréquente ( îles croates, Inde, Maroc, Israël), des expériences de production et récupération de rosée par des condenseurs de rosée existent, et fournissent de petites quantités d'eau potable.