thumb|Nouveaux espaces dus à Rudy Ricciotti et Mario Bellini. Le département des arts de l'Islam du Louvre, formé en , regroupe les collections couvrant l'ensemble du monde islamique (aire géographique située entre l'Espagne et l'Indonésie

Ce département regroupe plusieurs joyaux de l'art islamique : la pyxide d'al-Mughira, boîte en ivoire espagnole datée de 968, le Plat au paon, importante céramique ottomane, et surtout le baptistère de Saint Louis, une des pièces les plus célèbres et les plus énigmatiques de tout l'art islamique, créée par Muhammad ibn al-Zayn au début du . Il est aussi remarquable par l'important matériel provenant des fouilles de Suse (actuel Iran), auxquelles le musée a participé.

Depuis le , les arts de l'Islam sont exposés au Louvre dans la cour Visconti. Cet espace permet l'exposition de 3 000 œuvres, issues des collections du Louvre, mais aussi du musée des arts décoratifs.. La cour Visconti est recouverte d’un voile aérien composé d’un vitrage de triangles, superposé de deux couches en aluminium d’épaisseur différente .. Il s'agit de la plus grande collection d'objets islamiques au monde avec celle du Metropolitan de New YorkInterview de Sophie Makariou par Éric Biétry-Rivierre, « Luttons contre les idées fausses », in Le Figaro, encart Figaroplus Arts, mercredi 26 septembre 2012, page 36..

Historique : les arts de l'Islam au musée du Louvre 1890 – 1939 : les débuts d’une collection Les origines de la collection islamique du musée du Louvre remontent aux issues des collections royales et du trésor de Saint-Denis. Parmi ces pièces, l’aiguière aux oiseaux en cristal de roche, le Baptistère de Saint Louis provenant des collections de la Sainte-Chapelle de Vincennes (entré au Musée royal en 1832) ainsi que des coupes en jade présentes dans les collections de Louis XIV. Quelques dons s'y étaient ajoutés au Une série d'objets donnés par Charles Sauvageot en 1856, une autre par le baron Charles Davilliers en 1885, par exemple. cf. ; à la faveur de la découverte des arts de l'islam, des voyages en Orient et de la naissance académique de la discipline. Néanmoins, Henry Lavoix remarquait en 1878 : . Ce n'est qu'avec la création en 1890 ou 1893Le site du musée indique 1893 : de même que le site de l'INHA , mais et indiquent 1890. d'une « section islamique » rattachée au département des Objets d'Art que la constitution d'une collection cohérente a été mise en œuvre.

Parmi les éléments qui peuvent expliquer cette naissance, on peut retenir l'implication de deux conservateurs du département des objets d'art : Émile Molinier et Gaston Migeon. Ce dernier, premier professeur d'histoire de l'art islamique à l'école du Louvre, auteur du Manuel d'art musulman et lui-même donateur du Louvre, présida en 1905 à l'ouverture de la première « salle d'art musulman » en 1905, deux ans après la grande exposition d'art musulman au pavillon de Marsan. Paris, à cette époque, est la « plaque tournante de l’art oriental »L’expression est tirée de . Les plus grandes ventes se passent à Drouot ou chez des marchands tels Demotte, Brimo et Stora. Plusieurs acquisitions à titre onéreux ont lieu durant cette première moitié du : l’aiguière au zodiaque<ref group="O">Aiguière au zodiaque, Iran -, OA 5548</ref>, des céramiques à reflets métalliquesCoupe au personnage assis, Iran, fin , OA 6474, la Bouteille aux armoiries de TuquztimurBouteille aux armoiries de Tuquztimur, Syrie ou Égypte, milieu du , OA 3365 et le Chapiteau au nom du calife al-Hakam IIChapiteau au nom du calife al-Hakam II, Espagne, fin du , OA 5022, pour ne citer qu'eux. Mais Gaston Migeon, conservateur de la jeune section, a aussi « le don de demander » : il entraîne sans cesse de nombreux amateurs à donner, léguer leurs objets, et constitue ainsi la plus grande partie du fonds du musée. Plusieurs d'entre aux participent à l'ouverture de la salle d'art musulman en 1905« Des amateurs enthousiastes, tels Octave Homberg, Joanny Peytel ou Charles Piet-Lataudrie, y [à la salle d’art musulman de 1905] participèrent ». ; quelques années plus tard, les nombreuses miniatures de Georges MarteauLéguées en 1916 ou la collection de la baronne Delort de GléonLéguée en 1912, créent une base solide pour le nouveau département. Cette dernière offre même, en sus de ses objets, une forte participation financière pour réaménager les salles, et présenter plus d’œuvres. Ainsi, le , une présentation plus vaste est inaugurée.

La Société des amis du Louvre joue un grand rôle dans cette première période d'acquisitions. Son directeur, Raymond Kœchlin, est un amateur éclairé, qui lègue lui-même au musée son importante collection en 1932Celle-ci comporte de nombreuses pièces majeures, comme l’Aiguière signée Ibn Mawaliya, Jezireh, fin -déb. , K 3435 ou encore le Plat au paon, Iznik, 1540-1555, K 3449. Il permet ainsi l'arrivée de plusieurs pièces majeures, comme une Coupe au lièvre iranienne signée par son potierAbu Talib, Coupe au lièvre, Iran, -, OA 7478 en 1921.

À la mort de Gaston Migeon en 1923, dons et legs ne cessent pas, et concernent souvent des pièces majeures. En 1935, Alphonse Kann fait don d'un plat samanide à décor épigraphiquePlat à décor épigraphique, Iran oriental, -, AA 96 ; en 1939, le comte Hubert de Ganay offre en souvenir de sa tante la comtesse de Béhague une étoffe persane du , proche d'une pièce conservée à New York et supposée provenir de la tente de Kara Mustapha Pacha lors du Siège de Vienne ; en 1937, la Société des Amis du Louvre fait l'acquisition de la Porte du palais du Jawsaq al-Khaqani de SamarraPorte du palais du Jawsaq al-Khaqani, Samarra (Irak), 836, AA 267, dont le produit des fouilles, alors menées par des Allemands, enrichit pour le reste le musée de Berlin.

Le musée du Louvre est également présent sur des chantiers de fouilles orientaux, en particulier à Suse (Iran). Les fouilles menées successivement par le couple Marcel et Jane Dieulafoy (1884 – 1886), qui traversent la Perse, et Jacques de Morgan (1897 – 1909) puis Roland de Mecquenem (1903 – 1939), mettent au jour de nombreux objets islamiques. En 1927, un lot de cent soixante trois objets est ainsi versé du département des antiquités orientales à la section « musulmane », qui regroupe toutes les céramiques des trois missions entre 1884 et 1927. Lui sont adjoints « un lot de verrerie, un lot d’objet de bronze, un lot d’objet de pierre ». D’autres objets de fouilles entrent au Louvre à cette période. Outre la porte du Jawsaq, plusieurs céramiques de Salamine de Chypre, site fouillé depuis la fin du par la Cyprus Exploration Fund, sont acquises à titre onéreux dès 1897.

En 1932, la section des arts musulmans est rattachée à celle des arts asiatiques qui vient de naître, toujours au sein du département des Objets d'art. En 1945, alors que le musée Guimet est fondé pour abriter les collections extrême-orientalesCertaines œuvres islamiques quittent alors le Louvre pour la place d'Iéna, ce qui occasionne des tensions entre les deux musées. En 1997, Marthe Bernus-Taylor remarque ainsi : . , la section des arts musulmans est définitivement détachée du département des Objets d'art pour appartenir au département des antiquités orientales. Cette évolution est lisible dans les numéros d'inventaire : lorsqu'ils ne reflètent pas la collection d'origine de l'objet (comme K pour Kœchlin), les objets entrés au moment où la section appartenait au département des objets d'art portent un numéro d'inventaire commençant par OA ; pour la période 932-1945, ils ont un numéro commençant par AA ; ensuite, leur numéro commence par AO. Les numéros d'inventaire les plus récents débutent par MAO..

1945 – 1988 : une période d’ombre ? Les acquisitions du musée du Louvre dans les années 1945 – 1980 négligent les arts de l’Islam, si l’on en croit Marthe Bernus Taylor« Après la Seconde Guerre mondiale, la situation a changé : dons et legs, surtout de qualité, se sont faits très rares, à l’exception toutefois de quelques beaux objets offerts par la société des amis du Louvre. » . Pourtant Jean David-Weill, qui se trouve alors à la tête de la section, rappelle que « plus de quatre cents pièces sont entrées au musée dont plus des deux tiers par des dons et des legs ».

En ces temps de décolonisation, la présentation tend à se réduire. Une seule salle, l’ancienne chapelle, abrite jusqu’en 1971. Les œuvres sont ensuite exposées très peu de temps dans , avant de disparaître totalement des salles d'exposition permanente. Deux expositions temporaires organisées en 1971 à l'Orangerie des TuileriesExposition Arts de l'Islam, des origines à 1700, dans les collections publiques françaises du 22 juin au 30 août 1971. cf. , et en 1977 au Grand PalaisExposition L'Islam dans les collections nationales, du 2 mai au 22 août 1977. cf. permettent toutefois d'exposer les pièces à Paris.

Dons et achats se poursuivent à un rythme ralenti. Lui-même collectionneur, Jean David-Weill fait don de plusieurs objets de sa collection de son vivant, et lègue le reste en 1972. Pourtant, peu de collectionneurs semblent suivre son exemple. En 1967, l’exposition Vingt ans d’acquisitions au musée du Louvre présente moins de dix pièces islamiques. Il ne faudrait pas pour autant sous-estimer les acquisitions à titre gratuit de cette période ; ainsi, les collections d'Alphonse Kann, d'Henri Rivière, de Claudius Côte viennent enrichir la section par legs respectivement en 1949, 1952 et 1961. Peu enclin à faire appel à la Société des Amis du Louvre, pourtant très active à cette période, David-Weill n’y a recours qu’à deux reprises, notamment pour l’acquisition de l’aiguière à tête de coqAiguière à tête de coq, Iran, -, MAO 442. , remarque-t-on en 1997. Il faut ajouter à ces œuvres une trentaine de céramiques provenant de Nishapur, entrées par don de Jacques Matossian en 1949.

Si les acquisitions perdent en nombre, mais surtout en qualité, par rapport à la période précédente, une véritable politique semble commencer à apparaître pour les régir. Jean David-Weill semble avant tout sensible à combler les lacunes laissées béantes durant la première période d’enrichissement. Dans le catalogue de l’exposition Vingt ans d’acquisitions au musée du Louvre, David-Weill dégage ainsi quatre grands types d’œuvres acquises : outre les céramiques de Nishapur et des bronzes incrustés du , il mentionne ainsi des « étoffes persanes archaïques des , , série dans laquelle nous étions particulièrement pauvres » , et l’orfèvrerie, « dont nous ne possédions que quelques rares spécimens ». La volonté de compléter des séries est également sensible dans le don par Jean-Jacques Marquet de Vasselot, d’un bassin signé Muhammad ibn al-ZaynBassin signé d'Ibn al-Zayn, Égypte ou Syrie, fin -déb. , MAO 331 : le Louvre détient ainsi les deux seules œuvres connues signées de l’auteur du « Baptistère de Saint Louis ».

1988-2012 : un « art à la mode » En 1977, l’exposition L’Islam dans les collections nationales consacrait pour Jean-Paul Roux « un art à la mode ». Mais ce n’est qu’avec le projet Grand Louvre et l’ouverture de treize salles dans l’aile Richelieu en 1993 que les arts de l'Islam retrouvent une réelle visibilité dans le musée. La présentation, chronologique, couvre un espace de 1000 m². Les neuf premières salles, voûtées, sont consacrées aux objets médiévaux, tandis que trois salles plus grandes, creusées sous la cour Khorsabad, permettent d'exposer les productions de la période des trois empires. Avant l'ouverture, les collections du Louvre sont mises en avant dans une exposition en 1989-1990, Arabesques et Jardins de paradis permettant, « en attendant cette définitive mise en place qui interviendra en 1993 [de] marquer d'emblée la présence de l'art islamique au Louvre ». En 2003, la création d'un département spécifique, le huitième du musée du Louvre, entérine la place des arts de l'Islam au musée.