Joseph Emmanuel Charlemagne, dit Manno Charlemagne (ou Chalmay, en créole haïtien) est un auteur-compositeur-interprète engagé et homme politique haïtien, né à Port-au-Prince (Haïti) le et mort le à Miami.

Exilé pendant une partie des années 1980 et 1990, il a été maire de Port-au-Prince de 1995 à 1999.

Biographie Sous la dictature des Duvalier Manno Charlemagne naît en 1948 à Carrefour, dans la périphérie sud de Port-au-Prince. Il ne connaît pas son père musicien ; sa mère travaillant à Miami, il est élevé par sa tante. Toutes deux chantent des airs traditionnels, que l'enfant Manno reprend. Son style musical sera aussi influencé par les artistes haïtiens (Dodof Legros, Lumane Casimir, Issa El-Saieh, Raoul Guillaume, Gérard Dupervil, Pierre Blain, Joe Trouillot, , Toto Bissainthe, Ansy Dérose) et nord-américains (Louis Armstrong, Billie Holiday) qu'il écoute à la radio, par les chansons des ruraux venus à la ville et le rara qu'il entend dans la rue, ainsi que par sa participation à la chorale de son école, tenue par les Frères de l'instruction chrétienne.

thumb|left|200px|Le dictateur François Duvalier (surnommé «Papa Doc») en 1968.

Comme de nombreux Haïtiens, il subit les exactions des tontons macoutes, miliciens au service du dictateur François Duvalier; il connaît ainsi la prison et la torture en 1963, à l'âge de 15 ans. Côtoyant des gens de lettres et des artistes (tels que Lyonel Trouillot, Richard Brisson et Anthony Pascal, dit Konpè Filo), il se forge une culture politique en lisant des ouvrages de Maxime Gorki et d'Antonio Gramsci.

À partir de 1968, il forme Les Remarquables, un mini-djaz (« mini-jazz », groupe de musique influencé par le rock), puis se tourne davantage vers la musique traditionnelle et forme le groupe Les Trouvères avec le chanteur Marco Jeanty. Ainsi, dans les années 1970, Manno Charlemagne prend part au mouvement Kilti Libète (« Culture Liberté ») de retour à une musique populaire, acoustique, voire folk ; la tradition twoubadou (« troubadour ») de la musique des campagnes haïtiennes est remise à l'honneur.

En 1978, avec Marco Jeanty, il enregistre à Port-au-Prince un premier album, Manno et Marco, constitué de chansons angaje (« engagées »), dont la diffusion sur Radio Haïti-Inter connaît un grand succès.

Exils Ouvertement opposé à la dictature de Jean-Claude Duvalier, Manno Charlemagne s'exile le . Vivant entre New York, Montréal, l'Afrique et Paris, il enregistre Konviksyon (1984) et Fini les colonies! (1985), dont les chansons deviennent des hymnes contestataires en Haïti .

De retour en Haïti le , un mois après la chute de Duvalier, il fonde la Koral Konbit Kalfou, groupe de mizik rasin (« musique racine », mêlant les influences du vaudou haïtien, de la musique traditionnelle et de genres contemporains) avec lequel il parcourt le paysManno Charlemagne avec la Koral Konbit Kalfou au Batofou, Pétion-Ville en 1988 (consulté le 30 octobre 2017). Il constitue une figure importante de la contestation politique sur l'île.

Manno parle au nom des pauvres et des illettrés qui ne peuvent trouver la vérité dans les livres. Quand il chante, il ne fait pas de métaphores. S'il voit un assassinat, il appelle son auteur un assassin. Il est un phare pour la jeunesse, un leader de la culture folk qui est au fondement de la résistance contre le gouvernement.

En décembre 1987, alors qu'il sort de chez lui pour interpréter « Nwel anmè » (« Noël amer », une chanson composée par Beethova Obas, membre de la Koral Konbit Kalfou, pour honorer les manifestants massacrés un mois auparavant par la nouvelle junte au pouvoir), Manno Charlemagne essuie des coups de feu ; il est grièvement blessé. Il publie l'année suivante un nouvel album, Òganizasyon mondyal, sous le label KAKO (Koletif Ayisyen Konsekan Ozetazini).

Il soutient Jean-Bertrand Aristide lors de la campagne présidentielle de 1990 et, à la suite de sa victoire, devient l'un de ses conseillers. En octobre 1991, après un coup d'État contre le président Aristide, Manno Charlemagne est arrêté violemment à deux reprises puis relâché, grâce à la pression d'organisations de défense des droits de l'homme (Amnesty International, Miami's Haitian Refugee Center) et une campagne de presse aux États-Unis demandant sa libération. Craignant une nouvelle arrestation, il se réfugie à l'ambassade d'Argentine à Port-au-Prince. Le réalisateur Jonathan Demme, qui a connu Manno Charlemagne en 1988 lors du tournage de son documentaire Haiti: Dreams of Democracy, organise une campagne internationale, « Americans for Manno », afin d'exiger que le chanteur et sa famille puissent quitter Haïti en sécuritéCette campagne est soutenue par des célébrités telles que Woody Allen, Bob Dylan, Robert De Niro, Paul Newman, Spike Lee, Lou Reed, Bono, Jerry Garcia, Tom Cruise et David Byrne.. C'est finalement l'ambassadeur argentin Orlando Sella en personne qui accompagne le chanteur jusqu'à l'aéroport de Port-au-Prince, le : Manno Charlemagne s'envole pour Miami. C'est le début d'un nouvel exil de trois ans, pendant lequel l'artiste diffuse sa musique engagée, à l'occasion de multiples concertsConcert de Manno Charlemagne au Brooklyn College, New York, 31 mai 1992 (consulté le 30 octobre 2017).

Allers-retours Manno Charlemagne revient en Haïti en 1994. Il est élu maire de Port-au-Prince en juin 1995; il le restera jusqu'en 1999, exerçant son mandat de façon polémique. De son propre aveu, accepter de devenir maire a été une erreur.

Quand je suis artiste, je me sens mieux qu'être maire [...]. Artiste politique, je le tiens dans ma peau.

Il s'installe ensuite à Miami, dans une pièce au premier étage du Tap Tap, un restaurant haïtien au sud de la ville, dans le quartier de South Beach ; il assure des concerts réguliers dans ce restaurant et y enregistre en 2004 un album en direct, Manno at Tap TapLivret du disque Manno at Tap Tap (consulté le 15 décembre 2016).

Après son passage en tant que maire de Port-Au-Prince, suivi de la perdition du mouvement Lavalas, Manno ne composait plus. Le musicien révolutionnaire et l’artiste le plus engagé de notre histoire était comme désaccordé. Il se contentait de chanter ses tubes, toutes ses chansons sont des classiques.

En juillet 2005, Manno Charlemagne retrouve Marco Jeanty pour une série de concerts au Tap Tap. Ils décident alors d'enregistrer un nouvel album : en 2006, presque trente ans après leur premier disque, est publié Les inédits de Manno Charlemagne.

thumb|250px|Port-au-Prince au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Le , deux jours après le tremblement de terre en Haïti, le chanteur participe au Tap Tap à un concert de soutien aux victimes. En juin de la même année, il se produit à Brooklyn (New York), près de vingt ans après le concert donné au début de son second exil, en 1992. En novembre, il joue au Preservation Hall de la Nouvelle-Orléans avec la violoncelliste Helen Gillet.

Manno Charlemagne se produit régulièrement aux États-Unis depuis 2010, aussi bien dans des festivalsAnnonce du concert de Manno Charlemagne le 20 juillet 2012 à MiamiManno Charlemagne photographié lors du Big Night In Little Haiti, juillet 2012 que dans des universités (par exemple, en juillet 2012 à l'université internationale de FlorideConcert de Manno Charlemagne à l'université internationale de Floride, Miami, 19 juillet 2012 (consulté le 15 décembre 2016) et en septembre 2016 à l'université Duke de Caroline du NordAnnonce du concert de Manno Charlemagne le 23 septembre 2016 à l'université DukeConcert de Manno Charlemagne à l'université Duke, Durham, 23 septembre 2016 (consulté le 15 décembre 2016)). Il se produit également en HaïtiDuo de Manno Charlemagne avec le président haïtien Michel Martelly lors de l'inauguration du Complexe Culturel Triomphe, 19 juin 2015 (consulté le 30 octobre 2017).

Fin , Manno Charlemagne subit l'ablation d'une tumeur cérébrale à l'hôpital Mount Sinai de Miami. Il décède dans ce même hôpital le suivant, des suites d'un cancer du poumon. Il reçoit des funérailles nationales le à Port-au-Prince puis est enterré à Verrettes. Depuis , une rue de Miami porte son nom, dans le quartier de South Beach.

Avec sa guitare sèche, sa voix puissante et ses mots fouettant à grand coups les non-rebelles, il nous a donné la force de désobéir au régime des et à toute autre forme d’oppression.

Discographie

Filmographie 1983 : Canne amère (Bitter Cane), documentaire réalisé par Jacques Arcelin, Haiti Films. 1988 : Haiti: Dreams of Democracy (« Haïti, rêves de démocratie »), documentaire réalisé par Jonathan Demme. 1998 : Dans la gueule du crocodile. Un portrait de Manno Charlemagne, documentaire réalisé par Catherine Larivain et Lucie Ouimet, Les Productions du Grand Large. 2002 : La Vérité sur Charlie, film policier réalisé par Jonathan Demme (Manno Charlemagne incarne le personnage du maître d'hôtel au restaurant Chez Joséphine). 2010 : Manno Charlemagne - Konviksyon, documentaire réalisé par Frantz Voltaire.

Annexes Bibliographie Ouvrages consacrés à Manno Charlemagne . . .

Ouvrages généraux .

Notes et références

Liens externes

Paroles des chansons de Manno Charlemagne Discographie de Manno Charlemagne et Marco Jeanty (musique.haiti) Discographie de Manno Charlemagne et Marco Jeanty (konpa.info) Discographie de Manno Charlemagne (musique.haiti) Discographie de Manno Charlemagne (konpa.info) Livre et DVD sur Manno Charlemagne dans le catalogue d'Educa Vision Histoire de la musique haïtienne

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