Florence Bergeaud-Blackler, née le à Bordeaux, est une anthropologue française, chargée de recherche au CNRS, en poste au laboratoire Groupe Sociétés, Religions, Laïcités de l'EPHE, habilitée à diriger des recherches depuis .

Spécialiste de l’islam radical, ses travaux portent sur les questions de la normativité islamique dans les sociétés sécularisées, sur le marché halal et l'influence qu'elle juge croissante des Frères musulmans en Europe. Ses travaux, en particulier l'ouvrage Le Frérisme et ses réseaux, ont suscité des controverses dans le monde médiatique et académique, certains de ses collègues relevant ses inexactitudes et la faiblesse de sa méthodologie et des intentions qui seraient plus polémiques que scientifiques, quand d'autres saluent son courage. Elle a reçu des menaces de mort sur les réseaux sociaux.

Elle fonde par la suite le Centre européen de recherche et d'information sur le frérisme (Cerif), qui bénéficie d'un financement par Pierre-Édouard Stérin.

Parcours professionnel Études et formation Ayant commencé sa vie professionnelle comme informaticienne dans l'aéronautique, Florence Bergeaud-Blackler réoriente sa carrière en suivant des études en sciences sociales à l'université de Bordeaux, qui aboutissent à un DEA en anthropologie, en , et se poursuivent avec un doctorat en sociologie.. Elle rédige sa thèse sous la direction de Didier Lapeyronnie avec, comme sujet, « L'institutionnalisation de l'Islam à Bordeaux : enjeux sociaux, politiques et économiques de l'implantation du culte musulman dans un espace urbain ». Elle obtient son doctorat en ..

Elle devient chercheuse à l'université d'Aix-Marseille, puis à l'université de Manchester. Elle est lauréate d'une bourse Marie-Curie à l'université libre de Bruxelles..

Depuis , elle participe à des projets de recherche sur le marché halal et sur l'abattage rituel, dont elle assure la coordination.. Elle est la représentante française du projet européen DIALREL, qui mobilise des chercheurs de plusieurs pays européens, de Turquie, d'Israël, de Nouvelle-Zélande..

Elle est recrutée au CNRS en . Ses recherches portent principalement sur les normativités islamiques et sur l'étude des conditions sociales et juridiques de production des aliments compatibles avec la religion, dans un contexte industriel européen. Ses travaux concernent les marchés des viandes dites « rituelles » (halal) et plus largement le consumérisme religieux.

Composition du jury : Hamit Bozarslan (président), Dominique Avon, Nathalie Clayer, Stéphane Dudoignon (tuteur), Jérôme Maucourant, Joan Stavo-Debauge, Laurent Thévenot.Florence Bergeaud-Blackler, « Espace alimentaire et normativités islamiques : anthropologie du marché Halal », soutenance HDR, Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS), 22 janvier 2019..

Responsabilités et controverses Elle est directrice du conseil scientifique de l'Observatoire des fondamentalismes., créé à Bruxelles en par la militante laïque Fadila Maaroufi avec la présidente Fabienne Rouvroy, Chantal Gilbart et Bernard Pauwels..

Elle participe également à la création à Bruxelles d'un « Café laïque » en collaboration avec l'homme d'affaires et académicien Laurent Minguet..

En , une conférence à la Sorbonne de Florence Bergeaud-Blackler sur les Frères musulmans est reportée à la demande de la doyenne de la faculté des lettres Béatrice Pérez. La décision fait polémique et, à la suite d'une vague d'indignation , l'intervention est reprogrammée en juin..

En , le président du CNRS, Antoine Petit, lui adresse un rappel à l'ordre pour des attaques qu'elle a portées via les réseaux sociaux..

Elle participe en au cycle de conférences le « Printemps de la liberté d'expression » à Perpignan, organisé par Louis Aliot, maire Rassemblement national de la ville, et parrainé par l'écrivain Éric Naulleau ; elle y remporte le « prix du franc-parler »....

Elle est fondatrice en du Centre européen de recherche et d'information sur le frérisme (Cerif), qui bénéficie d'un financement par Pierre-Édouard Stérin, comme proches de la droite ou de l'extrême droite dans le cadre du projet Périclès.....

En , une conférence qu'elle devait tenir à l'université de Lille à l'invitation du syndicat étudiant UNI est annulée par la présidence de l'université, menée par Régis Bordet, qui craint un trouble à l'ordre public , en l'occurrence le syndicat étudiant classé à gauche Union étudiante.. La conférence est finalement donnée dans les locaux du conseil régional des Hauts-de-France à l'invitation de son président, Xavier Bertrand..

En , elle est citée dans une tribune rédigée par quatre-vingts universitaires apportant leur soutien aux chercheurs collaborant au projet scientifique « Coran européen » et qui a été la cible d’une campagne de dénigrement lancée par un article dans Le Journal du dimanche.. L’un des codirecteurs, l’historien John Tolan, a été particulièrement visé et, en réaction, a adressé au directeur du CNRS, Antoine Petit, une lettre où il dénonce des propos de Florence Bergeaud-Blackler repris dans un entretien au Figaro., dans lequel elle dit de ce projet qu'il véhicule un ..

En 2026, le quotidien Le Monde lui consacre un portrait où il est remarqué que bien qu’elle ait affirmé avoir appris l’arabe classique en Syrie, elle déclare ne pas parler l’arabe et avoir lu le Coran en français.. Sur X, elle renchérit :

Décoration Décret du portant promotion et nomination dans l'ordre national de la Légion d'honneur, Journal officiel de la République française, , , texte , NOR PRER2412669D, sur Légifrance..

Positionnement politique

Travaux L'espace normatif En , elle publie un livre, Les Sens du Halal, résultat de ses recherches sur les normativités islamiques, et dans un cas précis : le halal.. Selon Bergeaud-Blackler, le marché halal était d'abord limité au contrôle de l'abattage rituel, puis à l'aube des années , avec l'aide de la Malaisie par le biais du codex Alimentarius (organe de normalisation alimentaire de référence des pays de la FAO et de l'OMS), il s'est étendu à toute l'alimentation, puis aux autres produits de consommation : les cosmétiques, les médicaments, les vaccins, etc.. En parallèle, est né le marketing islamique, la mode charia compatible (dont le burkini est issu), les hôtels et le tourisme halal, sous l'influence d'entrepreneurs turcs issus de la vague de réislamisation qu'a connue la Turquie dans les années ..

Le marché halal En , Florence Bergeaud-Blackler publie un ouvrage, Le marché halal ou l'invention d'une tradition, fruit d'un travail de recherche sur le marché halal.. Dans ce livre, l'anthropologue développe le résultat de ses recherches : selon elle, le halal ne serait pas une ancienne tradition religieuse prescrite par le Coran, mais un phénomène récent, datant du début des années , qui serait davantage une stratégie marketing.. Pour démontrer sa thèse, sur le plan théologique, elle s'appuie notamment sur la , du Coran.

Elle dit constater que le marché halal, pesant ± par an dans le monde, est une coproduction entre l'économie néolibérale mondialisée d'une part et les mouvements fondamentalistes de l'islam d'autre part. Elle considère que l'émergence du marché halal a changé la définition du concept , qui indiquait à l'origine ; aujourd'hui, il aurait une connotation exclusive : ce qui n'est pas halal (autorisé) est haram (pas autorisé).

Selon Florence Bergeaud-Blackler, le halal comme , est le résultat d'un accord entre des pays islamiques et des .. Elle attribue l'impulsion de cette normativité islamique à l'Iran, après la prise de pouvoir de l'ayatollah Khomeini et la révolution iranienne. Soucieuse de son exigence de pureté révolutionnaire, la République islamique d'Iran a envoyé des délégations religieuses chez les fournisseurs étrangers pour exiger des abattages rituels, créant de fait une normativité islamique d'une pratique profane. À ce titre, elle s'inspire de l'économie des conventions sur cette question et fait l'hypothèse que ..

Son ouvrage fait l'objet d'une sévère recension par Mohammed Hocine Benkheira, directeur d'études à l'École pratique des hautes études et spécialiste de la normativité islamique, qui indique que le travail de Bergeaud-Blackler , et déplore que . D'autres recensions sont positives, telles que celle par Bernard Godard, ancien fonctionnaire français des Renseignements généraux et expert de l’islam en France, qui considère que . ou dans la revue Laval théologique et philosophique où le sociologue Yves Laberge loue ..

Autorités, normativités et religions aux défis du numérique Dans le cadre d'une collaboration avec Blandine Chelini-Pont, GSRL/, elle codirige le programme RELINUM., qui questionne l'impact de l'usage croissant des outils numériques sur les institutions et les normes, en particulier juridiques et religieuses.

Le Frérisme et ses réseaux En , elle publie chez Odile Jacob Le Frérisme et ses réseaux, l'enquête sur les Frères musulmans, dont la préface, « Frérisme d'atmosphère », est signée de Gilles Kepel. Elle y dénonce une forme d' - ce que les Frères musulmans appellent « islamization of knowledge » - notamment dans les démocraties occidentales..

Réception Selon Le Monde, Le Frérisme et ses réseaux, contrairement à ses précédents travaux passés relativement inaperçus mais bien considérés par ses collègues, a été diversement accueilli par la presse et souvent critiqué au sein du monde académique.

Selon Judith Waintraub, journaliste au Figaro Magazine, ..

Pour Philippe de Lara, le livre offre à la double question du et de son but..

Le compte rendu publié par Le Monde est plus critique et met en avant la définition trop large du frérisme qui conduit l'auteur à . Plus grave encore est, selon Christophe Ayad, la liste qu'elle .

Dans un texte intitulé publié sur le site , Rafik ChekkatRafik Chekkat est un avocat et essayiste, concepteur et animateur du projet Islamophobia. Il dispose d'une tribune sur middleeasteye.net. considère que et que, ..

Plusieurs autres chercheurs et spécialistes sont critiques concernant la qualité de cet ouvrage, comme Olivier Hanne, historien spécialiste du monde musulman., ou encore Haoues Seniguer, maître de conférences en science politique à Sciences Po Lyon et chercheur au laboratoire Triangle (CNRS, ENS)., dernière critique à laquelle elle a répondu..

L'ouvrage fait l'objet d'un examen détaillé publié dans la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée () de l'IREMAM dont la conclusion est extrêmement sévère. Selon Margot Dazey, cette pointe des et . En outre, le .. Pour autant, selon cette chargée de recherche au CNRS, la discussion scientifique s'avère difficile tant , car si on suit la thèse de l'ouvrage, . Dans ces conditions, l'ouvrage échapperait à toute discussion scientifique permettant d'en souligner les limites.

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À l'inverse, lors d'une recension de l'ouvrage dans la revue Politique étrangère, de l'IFRI, Anne-Clémentine Larroque, maîtresse de conférence à Sciences Po Paris et spécialiste de l'idéologie islamiste, conclut qu'..

En 2026, le spécialiste de l'islam Jesper Petersen (Université de Copenhague) a critiqué l'ouvrage en raison d'ambiguïtés linguistiques, de contradictions et d'inexactitudes factuelles. L'argumentation de Bergauds-Backler conduit en outre à un raisonnement circulaire : elle part du postulat d'une infiltration en cours et couronnée de succès, pour ensuite interpréter systématiquement tout élément comme une preuve de cette même infiltration. Les données qui ne corroborent pas immédiatement cette thèse sont réinterprétées de manière à s'insérer dans le récit — par exemple, comme autant d'illustrations du caractère dissimulé ou sophistiqué de l'infiltration. Ainsi, la théorie échappe à toute falsifiabilité et ne fait que confirmer sa propre prémisse, ce qui en sape la validité scientifique.

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Le Frérisme et ses réseaux reçoit le prix de la Revue des Deux Mondes, la directrice de la revue, Aurélie Julia, soulignant que ..