Nawaz Sharif (نواز شریف), né le à Lahore, est un homme d'État pakistanais, qui a été Premier ministre à trois reprises de 1990 à 1993, de 1997 à 1999, et de 2013 à 2017.

Personnalité politique phare des dernières décennies, il est en cumulé celui qui a le plus longtemps occupé le poste de chef du gouvernement, et le deuxième titulaire resté le plus longtemps en poste durant un mandat après Liaquat Ali Khan. Il dirige la Ligue musulmane du Pakistan (N), presque sans intermittence, de 1988 à 2018.

D'abord proche des militaires, Nawaz Sharif émerge sur la scène politique durant le régime du président Muhammad Zia-ul-Haq en devenant notamment ministre en chef de la province du Pendjab en 1985. Se présentant ensuite quatre fois face au Parti du peuple pakistanais (PPP) dirigé par Benazir Bhutto entre 1988 et 1999, il remporte le scrutin deux fois non consécutives et sera donc Premier ministre du au , et ensuite du au . Son deuxième mandat de Premier ministre se termine par le coup d'État du général Pervez Musharraf et il est emprisonné.

Après son exil négocié en échange de sa libération en 2000, il revient au Pakistan en et s'allie alors avec Benazir Bhutto et son parti en vue des élections législatives de 2008 dans le but d'isoler le président Pervez Musharraf. Bhutto est assassinée le et le PPP remporte les élections législatives devant le parti de Sharif qui arrive en seconde position. Suite de la démission de Musharraf, Nawaz Sharif devient de fait le chef de l'opposition en après avoir quitté la coalition gouvernementale. Après la victoire de son parti aux élections de mai 2013, il redevient Premier ministre le . Cependant, il est destitué le par la Cour suprême pour évasion fiscale à la suite du scandale des Panama Papers. Un an plus tard, il est condamné à dix ans de prison pour corruption puis emprisonné à son retour du pays, à un mois des législatives remportées par le PTI d'Imran Khan. En décembre de la même année, il est condamné à sept ans de prison pour une autre affaire. Il part alors en exil à Londres à partir de . En 2023, il retourne au Pakistan puis ses condamnations sont annulées dans la foulée.

Famille et vie privée Nawaz Sharif est le frère aîné de Shehbaz Sharif, né en 1951, homme politique important, ancien chef du gouvernement local de la province du Pendjab et Premier ministre du Pakistan à plusieurs reprises. Un des fils de Shehbaz, Hamza Shehbaz Sharif, fait également de la politique en tant que député à l'Assemblée nationale et brièvement ministre en chef du Pendjab.

Nawaz Sharif est l'un des rares hommes politiques pakistanais à ne pas être issu d'une famille historiquement influente, bien qu'économiquement puissante. Son père, Muhammad Sharif (1920 - 2004) Mian Sharif meurt à Djeddah, Dawn. Le . Consulté le ., qui tenait un magasin de brocante dans un marché de Lahore et revendait de la ferraille, créera le puissant groupe Ittefaq. La famille de son père était d'origine cachemiri et s'était installée dans le Pendjab (dans la région d'Amritsar) à la fin du La famille Sharif, GlobalSecurity.org. Consulté le .. La est désormais l'une des plus riches et influentes de la province du Pendjab et de la République du Pakistan.

Nawaz Sharif, son frère Shehbaz et ses cousins ont fortement développé l'entreprise Ittefaq Foundries, basée à Lahore et créée par leur père et oncle, jusqu'à en faire une puissante industrie nationale. Cette dernière a été nationalisée en 1972 à l'occasion d'une large politique de nationalisation lancée par le président Zulfikar Ali Bhutto. L'entreprise est privatisée pendant le régime de Zia-ul-Haq en 1978 puis elle connait de nouveau un développement important durant les années 1980. En 1989, elle employait personnes. Le chiffre d'affaires de l'entreprise passe de 16 millions de dollars en 1981 à environ 450 millions en 1990. Aujourd'hui, le groupe Ittefaq est composé d'une aciérie (la plus importante aciérie privée du pays), de quatre usines de textile et de huit usines de production de sucre. La valeur totale du groupe est estimée à quatre milliards de dollars.

Nawaz a étudié au Government College of Lahore dans lequel il a obtenu deux bachelors. Il est aussi diplômé en droit de l'université du Pendjab à Lahore.

Issu d'une famille religieuse, Nawaz Sharif est un musulman sunnite pratiquant. Il est marié avec Kulsoom Nawaz Sharif, qui est diplômée de l'Islamia College for women et du Forman Christian College University. Le couple a deux filles et deux fils, Maryam Nawaz, Asma, Hussain et Hassan. Trois d'entre eux ont été mis en cause dans l'affaire des Panama Papers, accusés de dissimuler des biens via des sociétés extraterritoriales. Nawaz Sharif a alors défendu la légalité des opérations et indiqué que ces biens ont été cédés par lui à ses enfants à la suite de la vente d'une de ses usinesPanama papers. Création d'une commission d'enquête au Pakistan sur Ouest France, le .. En 2017, Kulsoom Nawaz Sharif est élue députée.. Maryam Nawaz devient ministre en chef du Pendjab en .

Carrière politique Débuts Nawaz Sharif a commencé sa carrière politique durant le régime du président Muhammad Zia-ul-Haq, avec lequel il entretenait des liens. Nawaz devient ministre dans le gouvernement local du Pendjab en 1983, il a été ministre des Finances et ministre des Sports. Il exerce ensuite deux mandats de chef du gouvernement local de la province, de 1985 à 1990.

Lorsque Zia limoge le Premier ministre Muhammad Khan Junejo, la Ligue musulmane du Pakistan se scinde en deux : la Ligue musulmane du Pakistan (N) dont Nawaz est le secrétaire général, est proche du chef de l'État, tandis que Ligue musulmane du Pakistan (J) dirigée par Junejo, bascule dans l'opposition From disunion through the Zia al-Huq era Civil war sur Encyclopædia Britannica.

Après la mort de Muhammad Zia-ul-Haq, de nouvelles élections libres se tiennent en 1988. Nawaz Sharif fait alors partie de l'Alliance démocratique islamique, une coalition de partis politiques s'opposant au Parti du peuple pakistanais de Benazir Bhutto, vainqueur du scrutin. La coalition perd au niveau national mais gagne le scrutin dans le Pendjab. Nawaz reste alors le ministre en chef du gouvernement de la province. Il émerge ensuite comme le principal chef de l'opposition.

Mian Muhammad Nawaz Sharif a été Premier ministre à deux reprises, d'abord du au , et ensuite du au . Cette période est marquée par une forte rivalité avec Benazir Bhutto, dirigeante du Parti du peuple pakistanais.

Premier mandat de Premier ministre

vignette|Composition de l'Assemblée nationale après les élections de 1990.

L'alliance démocratique islamique remporte les élections législatives de 1990 en obtenant 106 sièges, deux au-dessus de la majorité absolue. Nawaz Sharif devient Premier ministre le succédant à Benazir Bhutto contre laquelle il avait fait campagne, notamment autour des accusations de corruption dont son gouvernement faisait l'objet.

Nawaz Sharif poursuit et élargit la politique de privatisation entamée par Benazir Bhutto. Il tente aussi de développer les infrastructures du pays, avec notamment le début de la construction de la première autoroute.

Le , Nawaz Sharif est démis de ses fonctions par le président Ghulam Ishaq Khan pour les charges de corruption et népotisme notamment. L'Assemblée nationale est également dissoute par le président. Toutefois, la décision est jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême et annulée. Nawaz Sharif retrouve son poste le mais l'armée fait pression pour obtenir sa démission. Finalement, Nawaz Sharif conclut un accord avec le président prévoyant la démission conjointe des deux hommes. De nouvelles élections législatives sont convoquées le et sont remportées de justesse par le Parti du peuple pakistanais. Benazir Bhutto succède ainsi à Nawaz Sharif.

Deuxième mandat de Premier ministre

vignette|Composition de l'Assemblée nationale après les élections de 1997.

La Ligue musulmane du Pakistan (N) remporte très largement les élections de 1997 obtenant une large majorité absolue (137 sièges sur 207), ce qui facilite ses projets de révision de la Constitution.

En 1997, Nawaz Sharif fait passer par le Parlement un premier amendement supprimant les principaux pouvoirs discrétionnaires du président de la République, dont celui de dissoudre l'Assemblée nationale, de démettre le Premier ministre et aussi de nommer le chef de l'armée. Cette réforme annule les amendements votés par le président Zia-ul-Haq et redonne ainsi au régime politique pakistanais la forme qu'il avait initialement avec la Constitution de 1973 que le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto avait fait adopter. Il fait voter un second amendement à la Constitution quelque temps plus tard et qui soumet les membres de l'Assemblée nationale à une stricte discipline parlementaire, rendant difficile le vote d'une motion de censure contre un Premier ministre dirigeant d'un parti possédant la majorité absolue à la chambre basse.

Grâce à ces amendements, le pouvoir de Nawaz Sharif s'est retrouvé très étendu, et ses opposants l'ont accusé de dérive autoritaire et ont critiqué la concentration du pouvoir entre les mains du Premier ministre.

Le , le gouvernement de Nawaz Sharif présente devant l'Assemblée nationale un projet d'amendement renforçant le rôle de la charia dans l'ordre juridique ainsi que le rôle du Premier ministre. L'amendent est approuvé par l'Assemblée nationale mais n'est pas accepté lors du vote au Sénat. Le projet de loi ne sera donc jamais adopté.

Son second mandat est également marqué par la course aux armements nucléaires entre le Pakistan et l'Inde. En 1998, le Pakistan réalise son premier essai nucléaire avec succès. À ce titre, il lui est ironiquement décerné le prix Ig Nobel, comme son homologue indien Winners of the Ig® Nobel Prize..

Coup d'État et exil vignette|Nawaz Sharif rencontre le secrétaire américain à la Défense William Cohen aux États-Unis en 1998. Le second mandat de Premier ministre de Nawaz Sharif se termine par le coup d'État du chef de l'armée Pervez Musharraf qui avait été nommé par Nawaz Sharif le . Le coup d'État est mené peu après le conflit de Kargil dans un contexte de tensions importantes et alors que le gouvernement de Nawaz Sharif devenait impopulaire.

Nawaz Sharif aurait été mis au courant, quelques semaines avant le coup d'État, d'une potentielle conspiration de l'armée. Alors que le chef de l'armée pakistanaise Pervez Musharraf est en voyage au Sri Lanka, Nawaz Sharif le remplace par Ziauddin Butt, chef de l'ISI, au poste de chef de l'armée le . Pervez Musharraf prend alors un avion commercial pour rentrer au Pakistan et Nawaz Sharif ordonne la fermeture de l'aéroport de Karachi pour empêcher l'avion d'atterrir. À bord de son avion, Musharraf appelle au téléphone des généraux de l'armée. Dans la journée, l'armée prend le contrôle de l'aéroport de Karachi et renverse le gouvernement de Nawaz Sharif COUP IN PAKISTAN sur PBS.org.. Les principaux généraux de l'armée apportent leur soutien à Pervez Musharraf et refusent d'obéir aux ordres du Premier ministre. Nawaz Sharif et son frère Shehbaz Sharif sont arrêtés par l'armée.

Nawaz Sharif est officiellement arrêté pour avoir empêché l'atterrissage de l'avion du général Musharraf. Il est accusé de « kidnapping, détournement d'avion, terrorisme et tentative de meurtres » et condamné à la prison à vie Sharif convicted of corruption sur BBC News, le .. Il négocie cependant, grâce à l'intervention de l'Arabie saoudite, un accord prévoyant son exil et son impossibilité de faire de la politique pendant vingt ans.

Il part en exil en 2000 en Arabie saoudite pour un minimum de dix ans avec 18 membres de sa famille dont sa femme Kulsoom, son frère Shehbaz et son père.

Retour au pays et élections de 2008

vignette|Nawaz Sharif et son frère (à sa droite) Shehbaz Sharif en 2008.