La Nativité est l'une des œuvres les plus célèbres du peintre flamand Robert Campin, également connu sous le nom de « Maître de Flémalle ».
Cette huile sur panneau, exposée au musée des Beaux-Arts de Dijon depuis 1828, comporte quelques différences avec d'autres œuvres sur le même thème : la scène est représentée de jour et figure les sages-femmes, Zelemi et Salomé, des personnages qui apparaissent dans les Évangiles apocryphes. En plus de la scène de la Nativité, l'œuvre représente l'Adoration des bergers qui apparaissent à la fenêtre de l'étable, avec moins d'importance que dans les œuvres semblables ; un autre aspect inhabituel est la position du bœuf, peint au fond de l'étable, tournant le dos à l'Enfant Jésus, au lieu de le réchauffer avec son souffle. Joseph n'est pas — ici — un personnage secondaire, et joue un rôle actif, tenant un cierge, un des nombreux symboles contenus dans ce tableau. Le paysage à l'arrière-plan multiplie les recherches novatrices, et rappelle clairement ceux de Flandre ou de Bourgogne.
Ce tableau a probablement été commandé par le duc de Bourgogne pour la chartreuse de Champmol.
Le contexte de l’œuvre
Le peintre : Robert Campin thumb|La Nativité, Jacques Daret (1434)
Si l'appartenance du tableau à l'école flamande est reconnue dès son acquisition par le musée des Beaux-Arts de Dijon en 1828, son attribution sera longuement discutée et ce n'est qu'en 1898 que la Nativité de Dijon fut considérée comme une œuvre caractéristique du « Maître de Flémalle », reconnu en 1909 pour être Robert Campin.
Né à Valenciennes (comté de Hainaut) vers 1378 et mort à Tournai le Bulletins de la Société historique et littéraire de Tournai, 1886, Robert Campin est un peintre et sculpteur gothique flamand ; il est considéré, avec les frères Hubert et Jan van Eyck, comme le fondateur de l'école flamande de la pré-Renaissance, un mouvement connu sous le nom de primitifs flamands.
Campin, au lieu de peindre a tempera, va expérimenter la technique de la peinture à l'huile — ce qui est alors considéré comme une innovation —, pour obtenir la luminosité et la brillance caractéristique des peintures de cette période. Il va abandonner les formes stylisées de la peinture gothique internationale, en y ajoutant une dose de réalisme, ce qui aura une influence majeure sur la génération d'artistes suivante, l'une des plus importantes de la peinture flamande.
De son atelier sortiront des maîtres tels que Rogier van der Weyden et Jacques Daret.
Place de l’œuvre dans son contexte historique thumb|La Nativité de Rogier van der Weyden (ca 1445-1450) a une composition très similaires, mais avec des personnages différents. L’œuvre est peinte en Flandre au . À cette époque, la société flamande est en plein développement, avec une économie basée sur les produits textiles de luxe et sur le commerce, elle bénéficie de la position stratégique de la région : au centre des grandes routes commerciales médiévales qui allaient du nord de l'Italie jusqu'en France et aux pays bordant l'Atlantique nord — l'Angleterre et les pays nordiques — et des routes maritimes qui allaient de la mer du Nord jusqu'au golfe de Gascogne. La bourgeoisie flamande de cette époque apprécie le luxe et les arts, ces derniers se développent en parallèle du développement économique et intellectuel. Ces œuvres, que l'on appelle « œuvres de dévotion », étaient destinées à l'usage personnel de ces riches bourgeois, c'est-à-dire, qu'elles étaient conçues pour décorer l'intérieur de leurs maisons ou leurs chapelles privées. Pour ces raisons, la peinture était considérée comme une technique idéale, facile à réaliser, peu coûteuse et à même de satisfaire les goûts bourgeois.
Le style
L’œuvre est réalisée dans le style des primitifs flamands. L'école de peinture flamande sera la plus importante du monde, du début du jusqu'au . Pour distinguer cette période du début du les historiens de l'art vont utiliser la dénomination d'« École des Primitifs Flamands ». Cette école peindra surtout des tableaux sur des thèmes religieux, ou des scènes de genre, mais a également développé le portrait et le paysage. Les peintres de l'époque utilisent la peinture à l'huile et leur style est caractérisé par la rigueur, la minutie et l'attention portée aux détails dans la reproduction des objets et des paysages. Parmi les artistes les plus importants de cette école, se détachent Robert Campin — l'auteur de ce tableau —, Jan van Eyck, Roger van der Weyden — disciple de Campin — et Petrus Christus. En Catalogne, ce style influence Lluís Dalmau, l'auteur de La Mare de Déu dels Consellers après avoir travaillé un temps dans l'atelier de Jan van Eyck Nativitat Salvadó i Cabré (et al), Mare de Déu dels Consellers, de Lluís Dalmau. Una nova tècnica per a una obra singular, Butlletí del Museu Nacional d'Art de Catalunya, 2008, vol. 9..
Vasari attribue à Jan van Eyck la découverte de la technique de la peinture à l'huile dont Robert Campin va se servir pour cette œuvre ; bien plus tard, il sera démontré que cette hypothèse était infondée parce que l'utilisation de l'huile comme un fixateur des pigments était utilisée dans les œuvres picturales dès le . Ce qui est remarquable chez Van Eyck, c'est la façon avec laquelle il a transformé cette technique et l'a menée à un degré de perfection rarement égalé, en utilisant l'huile de lin. L'huile de lin, mélangée à d'autres solvants et vernis, et appliquée en couches successives, permettait de donner de la profondeur aux couleurs et facilitait les retouches.
Le thème : la Nativité de Jésus thumb|upright=1.2|La Nativité, f.44v des Très Riches Heures du duc de Berry, par les frères de Limbourg (vers 1411-1416). La miniature offre le même point de vue et le même emplacement des anges et des bergers
Le thème de ce tableau est la Nativité de Jésus, l'épisode biblique qui raconte la naissance de Jésus, les circonstances qui conduisent ses parents à se trouver à Bethléem au moment de l'accouchement ; et, enfin, l'intervention et la diffusion de la nouvelle par les anges.
L'histoire, racontée dans l'Évangile selon Luc, explique comment Marie et Joseph se rendaient à Bethléem pour s'y faire recenser conformément à l'édit de César Auguste lorsque la Vierge Marie commence à accoucher. Incapables de trouver un logement, ils s'installent dans une étable. Après sa naissance, l'Enfant Jésus enveloppé dans ses langes, est placé dans une auge destinée au bétail. Les anges présents pour la naissance du nouveau messie vont diffuser la bonne parole.
La représentation de cette scène dans l'art a évolué au fil du temps. Jusqu'au , la Vierge est représentée couchée dans son lit alors qu'elle apparaît plus tard à genoux, adorant l'enfant, ou assise à ses côtés. Saint Joseph était initialement représenté comme un personnage secondaire d'aspect triste, mais la manière de le représenter évolue elle aussi et il est peint en train de réaliser des gestes d'adoration de Marie. L’Enfant Jésus est représenté tour à tour, au sein d'un panier posé sur une mangeoire, sur une botte de foin, sur une feuille ou sur le manteau de Marie. Il porte traditionnellement des langes, bien que dans cette période, il est fréquent qu'il soit peint nu. Au cours de la Renaissance, l'Enfant Jésus est représenté faisant le geste de bénédiction. Les anges chantant Gloria in Excelsis Deo commencent à apparaître à partir du . Le bœuf et l'âne apparaissent bien plus tôt, dès l'année 343 et plusieurs études vont associer ces animaux au judaïsme (le bœuf) et au paganisme (l'âne) interprétant le texte d'Isaïe sur Dieu : « Le bœuf connaît son possesseur, et l'âne la crèche de son maître, Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas. »
Description de l’œuvre L’œuvre synthétise trois épisodes différents de la Nativité du Christ et puise à plusieurs traditions : le récit de la naissance de Jésus et l'adoration des bergers sont tirés des Évangiles ; la légende des accoucheuses est décrite dans les Évangiles apocryphes, et en particulier dans le Protévangile de Jacques. Pour cette raison, en plus des personnages de la Sainte Famille, sont présents les deux accoucheuses Zelemi et Salomé, trois bergers et quatre anges. Dans l'arrière-plan, le spectateur peut voir un paysage très détaillé avec une ville fortifiée au sommet d'une montagne.
Bien que la naissance ait eu lieu de nuit, la scène est représentée à l'aube, un symbole qui fait de la naissance de Jésus la lumière qui efface la noirceur des ténèbres. Cette interprétation diffère des scènes semblables que l'on retrouve dans la peinture italienne de la même époque.
Analyse de l’œuvre thumb|upright=1.2|Trois bergers, venus adorer l'Enfant, assistent à la scène par une fenêtre de l'étable dans une composition centrale « en tableau dans le tableau ». Les influences La composition de ce tableau est influencée par les miniatures franco-flamandes de style italianisant, en particulier la miniature La Nativité issue des Très Riches Heures du duc de Berry des frères de Limbourg. Les deux œuvres présentent des similarités quant au point de vue oblique adopté par l'artiste, les anges sont dans la même configuration, trois à gauche au-dessus du toit de la grange et un autre sur la droite, tandis que les bergers apparaissent derrière la grange.
La grange ouverte à tous les vents traduit, de la part de l'artiste, une recherche de perspective. La grange rappelle celle représentée dans le Triptyque de Mérode avec une composition qui ressemble à une boîte sans parois. Grâce à ces stratagèmes, il obtient une perspective oblique, à l'image de celle que l'on peut observer dans sa Vierge à l'Enfant devant la cheminée (National Gallery de Londres).
La crèche est une construction non seulement modeste, mais qui tombe en ruine, et dont les murs brisés laissent voir le bœuf et l'âne qui tournent le dos à la scène, chose inhabituelle qui contraste avec l'iconographie classique qui présente les animaux entourant l'Enfant Jésus et en train de le réchauffer de leur souffle. Sur le toit de paille, se tiennent trois anges, et un quatrième est devant la crèche comme suspendu au-dessus de la scène principale tenant un message pour l'accoucheuse Salomé écrit sur une phylactère. L'artiste soigne le réalisme de l’œuvre à travers la multiplication de détails, tels que — par exemple — la texture et les veines du bois qui a été utilisé pour construire la crèche. Campin pousse la minutie jusqu'à représenter les fissures, les trous et l'usure due au temps, sur le vieux bois. On retrouve un traitement qui ressemble à la croix des Martyrs de saint Denis de Jean Malouel. Dans le chaume du toit de la crèche, des épis de blé sont encore présents, un élément qui se rapporte à l'Eucharistie pour interpréter la présence des personnages dans la crèche, dans la « maison du pain » (Bethléem en hébreu) et c'est par l'Eucharistie que Jésus est devenu le « pain de vie ». Cela aurait une influence sur l'iconographie du retable Portinari de Van der Goes et de L'Adoration des Mages de Van der Weyden.
La Vierge et l'Enfant Jésus