Le comportement prosocial humain désigne les comportements de souci de l'autre, et notamment d'aide, dirigés vers des personnes inconnues ou en difficulté.

C'est une intention volontaire pratiquée sans attente de contrepartie. Il vise à aider, soutenir, réconforter, c'est-à-dire à apporter un avantage, améliorer le bien-être physique, social ou psychologique de l'autre. Il s'agit souvent d'une réponse positive à la souffrance émotionnelle d'autrui, qui passe par l'empathie, puis le don, le partage et la coopération.

L'étude de ce comportement remonte à la philosophie antique. Comprendre les comportements prosociaux demande de répondre à trois questions sur l'altruisme : « Quand, comment et pourquoi aide-t-on les autres ? ». De nombreux facteurs sont en cause ; contextuels, individuels, socio-culturels, psychosociaux, cognitifs, biologiques ou motivationnels. La recherche tente de déterminer si un comportement d'aide vise un objectif altruiste ou égoïste.

Origine du comportement prosocial Le terme comportement prosocial est l'antonyme du comportement antisocial.

De nombreux chercheurs se sont posé la question du caractère inné (instinct fondamental d'aider inscrit dans les gènes) et/ou acquis (appris dès le plus jeune âge) des comportements prosociaux. Ils se sont d'abord intéressé aux comportements prosociaux qui apparaissent durant l'enfance et l'adolescence. Ils se penchent aussi et de plus en plus sur les facteurs influençant les comportements prosociaux chez l'adulte.

Inscription dans le contexte psychologique Des philosophes comme Aristote, Hobbes, Nietzsche ou des psychanalystes comme Sigmund Freud s'interrogent déjà sur la nature de l'homme et ses comportements. Ils se demandent pourquoi les gens se comportent prosocialement. Cette formulation provient du fait qu'ils voient l'humain comme l'incarnation même de l'égoïsme.

Les chercheurs s'interrogent aujourd'hui sur le choix de cette formulation. Depuis l'époque d'Aristote, on ne s'est pas posé la question de savoir pourquoi les gens ne se comportent pas toujours de manière prosociale. L'hypothèse d'une motivation égoïste ne suffisant pas, les comportements prosociaux pourraient résulter d'une motivation altruiste. L'histoire fournit de nombreux exemples pouvant conforter l'hypothèse altruiste. Ainsi, au péril de sa vie, Miep Gies cache Anne Frank sous le régime des nazis ; Mère Teresa a consacré sa vie à aider les plus démunis, de nombreux hommes et femmes ont porté secours aux victimes du World Trade Center mettant leur vie en danger.

En 1908, McDougall est le premier à s'intéresser aux comportements prosociaux d'un point de vue psychologique. Pour lui, ces comportements résultent d’« émotions douces » (tender emotions) créées par l'instinct parental.

En 1951, Lewin se détourne de la théorie aristotélicienne (variance-accounted-for approach) et privilégie la relativité galiléenne, c'est-à-dire qu'il identifie des relations universelles et génotypiques par des expériences en laboratoire. Ainsi, différentes variables sont mises en évidence, telles que l'« apprentissage social » - qui consiste à prendre en considération la récompense relative aux coûts - la réduction de tensions, les normes et les rôles, etc. Ces variables présentent des sous-facteurs tels que le sexe et la responsabilité.

Dans les années 1960, l'événement marquant du meurtre de Katherine Kitty Genovese (lors duquel il y a eu absence de réaction des témoins) attire l'attention de scientifiques qui s'interrogent alors sur le quand ; quand adopte-t-on (ou inhibe-t-on) un comportement prosocial, par exemple en situation d'urgence ou bien dans un contexte anticipé : le don d'organe par exemple, ou encore dans le fait de contrarier quelqu'un qui s'apprête à conduire en état d'ébriété.

Dans les années 1970, s'intéressent aussi aux types d'aide apportés à une personne en détresse par des étudiants en théologie, selon le contexte Darley, John M.; Batson & C. Daniel (1973) « From Jerusalem to Jericho": A study of situational and dispositional variables in helping behavior » ; Journal of Personality and Social Psychology, Vol 27(1), Jul 1973, 100-108. https://dx.doi.org/10.1037/h0034449 (résumé).

Dans les années 1980, des études motivationnelles, le pourquoi des comportements prosociaux, suivent. Deux motivations sont à l'origine de ce questionnement. La première consiste à vouloir encourager les comportements prosociaux ; la seconde vise à alimenter le débat entre causalité égoïste et causalité altruiste.

Selon l'analyse des coûts et des bénéfices, trois mécanismes motivant les comportements prosociaux sont identifiés : l'apprentissage ; l'enfant apprend comment se comporter par conditionnement, par le biais de l'apprentissage social et des croyances ; l'intégration des normes sociales et personnelles (telles que la responsabilité sociale ou encore la réciprocité) ; le sentiment de détresse personnelle et l'affect ressenti face à une situation sollicitant l'adoption d'un comportement prosocial.

En 1985, Krebs et Miller, créent une classification en facteurs distaux (biologiques et culturels) et facteurs plus proximaux. Les facteurs distaux sont combinés avec des caractéristiques dispositionnelles - donc propres à la personne - et les facteurs très proximaux incluent, en sus, des facteurs situationnels. L'ensemble de ces facteurs produit alors les réactions cognitives et émotionnelles de l'individu.

En 1991, Nancy Eisenberg étudie les facteurs développementaux, c'est-à-dire le développement des comportements prosociaux chez l'enfant et l'adolescent.

Depuis, beaucoup de recherches portent sur les processus biologiques, motivationnels, cognitifs et sociaux. Une revue globale des travaux en la matière est réalisée en 1995 par Schroeder et leur traduction neurologiques (cf circuit de la récompense dans le cerveau, et activation de circuits-miroir lors de réactions d'empathie). Depuis 2005, des chercheurs se centrent aussi sur les mécanismes inconscients des comportements prosociaux, tel que la cognition implicite et les influences intergroupes ou les liens ambigus et parfois paradoxaux entre religiosité et altruismeAra Norenzayan & Azim F. Shariff (2008) The Origin and Evolution of Religious Prosociality », Science 03 Oct 2008:Vol. 322, Issue 5898, ; DOI: 10.1126/science.1158757 (résumé Claire M. Renzetti, C. Nathan DeWall, Amy Messer &Richard Pond (2015) “By the Grace of God ; Religiosity, Religious Self-Regulation, and Perpetration of Intimate Partner Violence” ; Journal of Family Issues ; 21 mars 2015, doi: 10.1177/0192513X15576964 ( résumé), montrant par exemple que les enfants élevés dans des foyers non-religieux se montrent paradoxalement plus altruistes que ceux élevés dans un environnement familial religieux Warren Cornwall (2015) Nonreligious children are more generous, 5 novembre 2015.

Quand aide-t-on ? Facteurs contextuels Au niveau relationnel Relation sociale ou relation d'échange Une grande partie de ce courant de recherche est centrée sur les comportements prosociaux envers les inconnus.

Daniel Batson a différencié deux formes de relation que l'on pouvait avoir avec ses proches et son entourage au quotidien. Il distingue la « relation socialement motivée » dont l'intérêt est le bien-être d'autrui et la relation d'échange. Cette dernière recherche plutôt l'équilibre des comportements de l'un envers l'autre. Batson avance qu'il y aurait dans ces cas deux types différents de récompense à la base de comportements d'aide.

Ainsi, dans la relation d'échange, l'individu manifeste l'attente d'une récompense rapide. Par exemple, le fait d'inviter un ami à sa fête d'anniversaire, fait naître l'attente que cet ami fasse de même pour sa propre fête d'anniversaire.

Au contraire, dans la relation socialement motivée, il est moins important de gagner des avantages en étant prosocial ; ainsi l'individu fait moins attention à qui reçoit quoi.

Il y a plus de comportements prosociaux dans une relation socialement motivée que dans une relation d'échange. Toutefois, dans la plupart des cas, l'être humain est plus serviables envers ses proches et ses amis qu'envers des inconnus, quel que soit le type de relation.

Il existe une exception à ce constat. Dans le cas où le fait d'aider l'autre concerne l'estime de soi, nous sommes plus prosociaux envers un inconnu qu'envers un proche. L'exemple d'Abraham Tesser illustre cette exception : nous allons plutôt aider un inconnu pour une préparation à un examen qu'un ami proche. La raison est que notre estime de soi serait plus affectée si notre ami atteignait de meilleurs résultats à l'examen que nous après l'avoir soutenu dans la préparation. Nous prenons donc plutôt ce risque avec un inconnu.

Au niveau situationnel La situation dans laquelle se déroule un événement (le contexte) est un facteur indépendant des caractéristiques d'un individu. Elle influence le comportement (qui aurait été différent pour une même personne dans une autre situation). par exemple un individu pressé peut être moins enclin à aider un inconnu en difficulté dans la rue.

Les comportements prosociaux selon le degré d'urbanisation Des comparaisons sont entreprises pour tester l'impact de l'environnement et du contexte urbain. Dans une expérience d'Amato, 50 % des citoyens des petites villes et seulement 15 % de ceux des grandes villes viennent en aide à un homme qui tombe dans la rue et se blesse à la jambe, déjà bandée. On constate que cet effet est stable dans plusieurs pays, tels que les États-Unis, le Canada, Israël, l'Australie, la Turquie, le Royaume-Uni et le Soudan. L'une des hypothèses explicatives est que les normes altruistes sont plus intégrées dans des petites villes que dans les grandes. Toutefois, les individus provenant de petites villes devraient alors réagir de la même manière dans des grandes villes, ce qui n'est pas le cas. En effet les citoyens de grandes villes deviennent plus altruistes quand is se trouvent dans une ville plus petite. Ce constat rejoint l'hypothèse de l’Urban-Overload, selon laquelle les gens dans les grandes villes sont tellement sollicités par des stimuli environnementaux qu'ils se renferment sur eux-mêmes pour se protéger. Cette hypothèse est partagée par de nombreux chercheurs dans le domaine. Des résultats similaires sont exposés par Levine, Martinez, Brase et Sorensen, lesquels trouvent une corrélation entre une augmentation de la densité (et non du nombre) de la population et une baisse des comportements prosociaux.

Le contexte situationnel est déterminant pour l'apparition de comportements prosociaux, outre la personnalité et l’éducation des individus.

De plus, moins il y a de mobilité, plus on repère de comportements prosociaux. Une raison plausible est qu'habiter longtemps à un endroit où l'on connait les autres serait facteur d'engagement social plus fort ; or la mobilité est souvent plus intense en ville que dans un village.

L'effet du témoin

Aussi nommé « syndrome de Kitty Genovese », c'est le cas où, en situation d'urgence, la probabilité que quelqu'un aide une victime diminue avec l'augmentation du public. C'est-à-dire que plus il y a de personnes se rendant compte d'une urgence, moins elles se sentent concernées. « L'effet du témoin » serait en plus fréquent dans les grandes villes, car on est entouré de nombreux stimuli.

En 1970, Bibb Latané et John Darley construisent un modèle en cinq étapes pour illustrer la décision d'intervenir, ou non, dans une situation urgente. Si une seule de ces étapes n'est pas parcourue, la personne ne va pas fournir d'aide.

Si on se retrouve dans une situation d'urgence, il est important de désigner une seule personne dans la foule et de s'adresser directement à elle.

Ceci vaut aussi pour des situations moins urgentes telles que dans un forum sur internet où le temps de réponse à une question est plus long si on s'adresse au groupe que si on pose la question à une personne spécifique.