vignette|Le banquier Jacob Fugger avec son comptable. Les dossiers derrière eux citent le nom des succursales de la maison Fugger : Rome, Venise, Cracovie, Lisbonne, Innsbruck, Nuremberg, etc.

L’histoire de la banque suit d'abord les grandes étapes de l’histoire de la monnaie même si certaines opérations coutumières des banques, comme le prêt à intérêt, sont observées et attestées depuis la plus haute Antiquité (avant même l’invention de la monnaie). Puis, depuis le , elle révèle comment des risques bancaires mal maîtrisés, par la législation comme par les banques elles-mêmes, peuvent ravager les économies qui les abritent et qui sont leurs débouchés.

L'Anté-Banque

L'Antiquité L'activité bancaire (ou quasi-bancaireM. Chahin – The Kingdom of Armenia: A History p.134, Routledge, 2001 accédé Juillet 28, 2018ME Stevens Temples, Tithes, and Taxes: The Temple and the Economic Life of Ancient Israel premier page de Chapitre 6, Baker Academic, 2006 accédé Juillet 28, 2018) est archaïque : elle est censée avoir commencé dès la dernière partie du millénaire avant notre èreN Luhmann – Risk: A Sociological Theory Transaction Publishers, 2005 p. 181, accédé Juillet 28, 2018, ou au début du millénaire accédé Juillet 28, 2018naissance de la banque universalis.fr accédé Septembre 15, 2018.

Des activités de type bancaire sont pratiquées en Mésopotamie 2000 ans av. J.-CLa Banque par O.Pastre (1997), collect° les Essentiels, Milan Edit.. « Certains commerçants reçoivent des dépôts et octroient des crédits. Ces activités représentent une industrie telle qu'Hammourabi, (Roi de Babylone de 1792 à 1750 av. J.-C.) édicte une loi bancaire pour les encadrer. (...) Mais la banque mésopotamienne n'est pas une banque au sens moderne du terme. La monnaie n'existe pas encore. Les opérations portent non pas sur la monnaie mais sur des biens précieux. Les banquiers sont alors de simples loueurs de coffres et de simples prêteurs sur gages. »

C'est au qu'apparait en Lydie l'usage de l'argent frappé qui ouvre le développement des opérations de change à l'occasion de l'essor du commerce international méditerranéen. Les Trapézites sont en Grèce antique l’équivalent de ce qui s'appellera plus tard les changeurs. La trapeza, en grec, est la table à laquelle s’installent ces spécialistes du change des billets, qui achètent et vendent les différentes pièces de monnaie en circulation. Ces spécialistes qui ne bénéficient d'aucun monopole reçoivent des dépôts, peuvent jouer un rôle d’intermédiaire ou de notaire notamment dans les commandites maritimes et peuvent à l’occasion faire des crédits. Les temples religieux tels que celui d'Apollon à Délos, qui accumulent d'importantes richesses et entreposent également les monnaies, peuvent à l’occasion les prêter..

L'Égypte fortement centralisée organise le métier et en fait un privilège royal. Les premières banques d’États (comme la puissante Banque royale d'Alexandrie) voient ainsi le jourO.Pastre op.cit..

Rome La même situation se rencontre à Rome avec les «monetarii» qui sont associés aux ateliers de frappe des monnaies et les «argentarii» qui sont les financiers de l’époque. Ces derniers pratiquent dans le cadre de banques à compétence générale une large palette de services bancaires (dépôts, crédits, tenue de comptes, services de chèques (praescriptio) et collectent à l'occasion les impôts. Certaines banques romaines accompagnent les armées : l'activité de leurs «negociatores» constitue ainsi le premier réseau bancaire internationalO. Pastre, op. cit.. Les ordres supérieurs romains se trouvent disposer de vastes fortunes et se livrent à des activités de spéculation et de prêt. Ne pouvant exercer ces activités en nom propre, ils utilisent largement des prête-noms qui s’enrichissent de cette façon et deviennent également des financiers pratiquant le crédit. Un droit commercial naît qui donne force de loi aux pratiques financières, malgré la réticence des moralistes qui voient d'un mauvais œil l'essor de ces activités : à l'époque seuls les revenus tirés de la propriété foncière passaient pour légitimes.

Moyen Âge En Asie vignette|Jiaozi de la dynastie Song du Nord, La dynastie Song du Nord (Chine, 960 — 1127) imprime au des billets de banque appelés jiaozi ().

En Europe Cette situation du temps moderne où il y a des banquiers et pas de banque au sens institutionnel, se perpétue jusqu'à la période du haut Moyen Âge. La banque étant fortement dépendante de l'activité économique et du climat de sécurité général, dépérit du au lorsque les échanges se raréfient. La régression monétaire qui caractérise cette période et l’interdit religieux contre le prêt à intérêt, réduisent en Europe les activités de change et de crédit au profit du troc. Les circuits de commerce qui demeurent, ainsi que les opérations monétaires des rois, permettent à une petite collectivité de financiers, généralement syriaques ou juifs, de poursuivre les activités de prêts, de placement des émissions de monnaies frappées effectuées par les ateliers monétaires et de spéculation sur les différences de cours entre l’or et l’argent, entre les différentes places européennes et Byzance et surtout de change car chaque grand seigneur ou chaque grande ville a le droit de frapper sa propre monnaie à cette époque.

À partir du et des croisades, les marchands lombards qui sont à l'origine des marchands de céréales, se rassemblent dans des guildes, devenant effectivement des banquiers à la fin du lorsqu'ils inventent des fictions juridiques pour pratiquer le prêt à intérêt. Dans le nord de l'Europe le métier de banquier se spécialise : « Du simple changeur aux négociants internationaux, en passant par les "Cahorsins" (prêteurs sur gage, originaires de Cahors et établis en Allemagne et en Hollande) et les "Lombard" (originaires d'Italie) Chacun forge les instruments de sa spécialité »O. Pastre, Op; cit.. C'est à cette époque que la Gran Tavola, ancêtre des banques universelles, est fondée par la famille Bonsignori avec l'appui de la famille Tolomei. Cette Gran Tavola, institution financière, qui va permettre à ces deux familles de devenir extrêmement fortunées, permet à de nombreux souverains et puissants de se financer. En premier lieu, la papauté.

Finance italienne et émergence de la banque Les premières banques

thumb|Boîte de changeur (1655) Au milieu du Alain Rey (dir), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1998, ., le mot banque (dérivé du mot « Banca » le « banc » en italien) apparaît dans la langue française. Jusque-là, c'est-à-dire du au , l’activité de changeur de monnaie demeurait la fonction essentielle des banquiers qui se développe compte tenu de la prolifération des devises. Une évolution notable de la pratique bancaire est introduite par les banquiers lombards qui diffusent à grande échelle deux innovations fondamentales : le compte à vue, rendu possible par l'invention concomitante de la comptabilité en partie double et la lettre de crédit.

Ces innovations vont faciliter l'essor du capitalisme occidental : désormais, les marchands peuvent circuler et commercer plus sereinement, sans avoir à transporter des sommes importantes sur les routes encore peu sûres d'Europe. C'est par exemple à cette époque que se développent les foires de Champagne, hauts-lieux du commerce en Europe. Les « Cahorsins »Les Cahorsins (écrits aussi Caorcins, Caorsins, Caoursins, Cahorsijnen, Cawarsini), (L'appellation situe leur origine dans la ville de Cahors qui est le siège à partir du des premiers comptoirs des banquiers lombards), les « Lombards » et autres « Florentins » sont à cette époque les usuriers puis plus généralement les banquiers de tous pays et toutes origines, qui prêtent aussi aux puissants de l'époque. A cette époque, deux familles dominent le secteur en Europe: La famille Bonsignori et la famille Tolomei. Disposant de comptoirs partout en Occident, celles-ci deviennent immensément riches. Leur pouvoir économique leur permet de devenir les financiers de nombreuses monarchies comme les rois français ou anglais mais aussi la papauté. La famille Bonsignori, avec l'appui par la suite des Tolomei, est d'ailleurs à l'origine de la Gran Tavola, institution financière la plus puissante du monde au XIIIè siècle et qui se trouve être l'ancêtre des banques universelles.

Parmi les premières banques beaucoup sont familiales : citons les Tolomei, Bonsignori, Médicis en Italie ou les Fugger en Allemagne qui utilisent leurs liens familiaux pour ouvrir des établissements bancaires dans les grandes villes. Comme le précise Jean Favier, « la banque est née du commerce, de ses besoins comme de ses opportunités »Jean Favier, De l'Or et des épices : naissance de l'homme d'affaires au Moyen Âge, Fayard, Hachette Littératures, coll. Pluriel Histoire, 1987, .. Les grands financiers s'enrichissent aussi de leurs relations avec les pouvoirs. Ces relations peuvent être houleuses comme en témoignent en France les épisodes de l'ordre des Templiers () ou de Jacques Cœur qui contribue au financement de la royauté française : la maîtrise de la dette publique acquise par ces financiers devenus incontournables conduit à leur déchéance.

Les Médicis sont les financiers de l'Église de Rome pour le bénéfice de laquelle ils collectent et centralisent la dîme ecclésiastique. La doctrine catholique de l'époque qui considérait l'usure comme un péché, n'est plus respectée, l'introduction de la notion nouvelle de « purgatoire » permettant ce relâchement théologique. Il n'est plus question de laisser aux Juifs l'exclusivité du crédit et de ses profits. Les Fugger jouent leur rôle auprès de Charles Quint alors qu'il est le banquier principal de l'Europe germanique. La faillite de Fugger suit celle de l'échec impérial de Charles Quint. La Banque d'Amsterdam suit de près la fortune politique de la Principauté d'Orange.

Une segmentation sociale s'établit entre les prêteurs à cette époque : les Juifs prêtent généralement aux pauvres, les petits commerçants bourgeois chrétiens aux classes plus aisées et les grands marchands italiens de céréales prêtent aux plus riches.

L'essor bancaire

L'Europe du Nord profite de son commerce maritime et de l'exil des protestants fuyant les pays de l'Europe du Sud. Les innovations se multiplient : au plan technique, l’invention de la presse à vis permet de produire des pièces plus artistiques et plus difficiles à contrefaire qui remplacent progressivement la monnaie-marchandise et contribuent à mieux faire accepter la monnaie en espècesHistoire de la monnaie.

Au les transactions commerciales se concentrent vers Anvers où est créée en 1592 la première bourse de cotation des matières premières.

Les bourses régionales de commerce se développent en France : Lyon (1540), Toulouse (1549), Rouen (1566).

Les Fugger, banquiers allemands, investissent dans le capital des entreprises naissantes (pratique qui annonce le «capital risque» d'aujourd'hui).

L'Angleterre met en circulation les premiers billets (goldsmith notes) et instaure en 1565 sous l'inspiration de Thomas Gresham le «Royal Exchange», première bourse de commerce de la Cité de Londres.

À partir du le développement du papier-monnaie et des banques centrales (voir la Banque d'Amsterdam en 1609) révolutionnent le monde de la banque Michael D. Bordo, « A Brief History of Central Banks », dans Economic Commentary, 12 janvier 2007.