La pratique de la chasse à la baleine en Islande n'est pas documentée dans les sagas, mais elle daterait du . Il est possible que les cadavres de cétacés échoués aient d'abord été exploités, puis que ces animaux aient été chassés à partir d'embarcations à l'aide de harpons, les carcasses dérivant ensuite vers la côte où l'on en récupérait la viande. La relation des Islandais à cette chasse se traduit notamment par le mot islandais hvalreki qui signifie à la fois "baleine échouée" et "jackpot" .. Les cétacés ont commencé à être recensés par des auteurs s'intéressant à la nature (ex :Jón Guðmundsson) à partir du .

La chasse commerciale islandaise moderne a été introduite au par des sociétés étrangères et apporte de nouvelles techniques de chasse puis de méthodes industrielles, qui ont rapidement conduit à surexploitation et une chute des stocks de cétacés. La communauté internationale en prend conscience au , et adopte de plusieurs dispositifs internationaux pour la protection des cétacés,dont en créant une Commission baleinière internationale (CBI). La chasse commerciale en Islande continue jusqu'en 1986, année de l'entrée en vigueur d'un moratoire adopté par la CBI. L'Islande continue néanmoins de chasser pour des motifs scientifiques, avant d'arrêter définitivement toute chasse. Elle quitte la CBI en 1992 pour protester contre le moratoire, avant de rejoindre à nouveau la Commission en 2003 avec une réserve sur le moratoire, ce qui lui permet de pratiquer une activité commerciale de chasse à la baleine en toute légalité ..

L'Islande devient l'une des principales destinations de l'observation des baleines en Europe, ce qui est aussi source de devise. De ce fait, la société islandaise est partagée entre la volonté de préserver son économie baleinière (aussi présentée comme héritage culturel) et celle d'abandonner cette pratique au profit d'un développement du tourisme vert et baleinier.

Cétacés des mers d'Islande Les mammifères marins ont toujours été très nombreux au large des côtes islandaises, ainsi que dans les baies et les fjords ., en raison de la richesse des mers arctiques en krill et en poissions pélagiques ..

+ Population estimée des cétacés Andrew Darby, Iceland. Bradt Travel Guide, 2008 (424 pages). , pages 61-64. . Espèces Statut de conservation UICN Population mondiale estimée Population estimée des mers d'Islande Hyperoodon boréal Préoccupation mineure 30 000 Grand cachalot Vulnérable - Globicéphale commun Préoccupation mineure - - Orque Préoccupation mineure - Marsouin commun Préoccupation mineure - - Baleine à bosse Préoccupation mineure 1 500 Baleine de Minke Quasi menacé 50 000 Rorqual commun En danger 10 000 Dauphin à flancs blancs Préoccupation mineure - - Rorqual boréal En danger 8 000 Baleine bleue En danger 5000 - 12000 600

Histoire

Origine thumb|upright=0.8|Illustration d'Islandais dépeçant une baleine dans un manuscrit du La littérature nordique historique, comme les sagas, n'évoquent pas la chasse à la baleine en Islande. Mais des conflits occasionnels ont eu lieu entre les clans au sujet de carcasses de baleines qui s'échouaient sur les plages islandaises. Ce seraient les premières interactions entre les populations nordiques et les cétacés. Des vikings norvégiens auraient introduit une technique de chasse consistant à entraîner les dauphins au fond d'un fjord pour les tuer plus facilement. Le Konungs skuggsjá, texte norvégien du milieu du , est le premier document historique scandinave qui recense plusieurs types de cétacés et de dauphins. Dans un ouvrage du , un Islandais, Jón Guðmundsson, décrit plusieurs espèces de cétacés, reconnues aujourd'hui comme étant le grand cachalot, le narval, la baleine franche de l'Atlantique Nord, le rorqual commun et la baleine bleue.

Des basques dans les mers islandaises thumb|upright=0.8|Chasse à la baleine en arctique Des sources historiques du et témoignent d'une chasse extensive menée par des Basques autour de l'Islande, ainsi qu'au large du Labrador et de Terre-neuve .. Les Basques étaient probablement les premiers Européens à s'engager dans une chasse organisée. Dès le , ils commencent à chasser la baleine franche de l'Atlantique Nord dans le golfe de Gascogne, mais en raison de la raréfaction de l'espèce, ils étendent leur chasse vers le nord-ouest.

En 2008, une ancienne station baleinière basque datant du est découverte dans le Steingrímsfjörður .. Cette station était composée de trois bâtiments principaux: un premier qui permettait de traiter l'huile issue des cétacés, un deuxième qui abritait un atelier pour la fabrication de tonneaux nécessaires au transport de l'huile et un troisième qui comportait le logement des chasseurs .. La présence de ces chasseurs basques sur l'île était vraisemblablement illégale, en raison du monopole commercial imposé par la couronne danoise à cette époque.

Les relations des chasseurs basques avec la population islandaise sont parfois conflictuelles. Ainsi, en 1615, trente Basques sont assassinés à la suite du naufrage de leur navire .. La coexistence et les échanges entre les pêcheurs basques et les Islandais a eu pour conséquence l'apparition d'un pidgin parlé dans les Vestfirðir, le basco-islandais ..

Dès le milieu du , des Anglais et Néerlandais louent à prix d'or les services des baleiniers basques pour qu'ils leur apprennent leurs techniques. Bon élèves, ils deviennent rapidement autonomes.

Chasse moderne Avec l'arrivée de nouvelles techniques de chasse pendant le , des navires baleiniers venant d'Amérique, de Norvège et d'autres nations européennes commencent à chasser des baleines dans les eaux islandaises..

En 1865, les Américains Thomas Welcome Roys and C. A. Lilliendahl implante une station baleinière dans le Seyðisfjörður testent un modèle expérimental de harpon monté sur une fusée. Cependant, en raison d'une chute des prix du pétrole après la guerre de Sécession, leur entreprise fait faillite en 1867471.. Un officier de la marine danoise, O.C. Hammer, met en place deux stations côtières en l'Islande et commence à utiliser le harpon conçu par Roys et Lilliendahl19-22..

En 1883, la chute des stocks de cétacés dans les eaux norvégiennes, en raison d'une chasse sans restriction et sans contrôle, incite les chasseurs à se déplacer jusqu'au large de l'Islande34 et 75.. Le Norvégien, Svend Foyn fait plusieurs tentatives pour tirer profit de la chasse à la baleine en Islande, mais le résultat fut un échec. À la suite des demandes insistantes pour que les Norvégiens travaillant en Islande deviennent des sujets de la couronne danois, Foyn décida de vendre l'ensemble des parts de son entreprise, et abandonna ainsi sa participation à cette activité. Thomas Amlie devint ainsi le principal actionnaire de l'entreprise et connut rapidement un très grand succès. Face aux bons résultats d'Amlie, de nombreuses sociétés concurrentes décidèrent de déplacer leurs opérations en Islande. À l'âge de 82 ans, Amlie meurt noyé, avec 32 marins, après le naufrage d'un de ses navires baleiniers lors d'une violente tempête de 1897. Amlie est considéré comme le père de la chasse à la baleine moderne en Islande75-77..

Entre 1883 et 1915 dix compagnies baleinières (pour la plupart norvégiennes) sont en opération avec 14 stations côtières à l'est et à l'ouest de l'Islande. L'une des entreprises les plus performantes, dirigée par Hans Elefsen, produisit dans sa meilleure année un quart de l'huile de baleine sur l'île. Toutefois, à la suite de la baisse des stocks de baleines, Elefsen dû déplacer en 1911 son opération commerciale en Afrique du Sud77-79..

En 1897, la Société baleinière industrielle d'Islande (Hval-Industri Aktieselskabet Island - également appelé Compagnie baleinière islandaise) est créé. Un commerçant islandais, A. Asgeirsson, était son principal actionnaire, mais la société était fortement dépendante de personnel et d'équipements norvégiens. Après des années de fonctionnement difficile, la compagnie fait faillite en 191381..

Les baleines bleues et les rorquals communs étaient principalement chassées, avec également les baleines à bosse et les rorquals boréaux. Jusqu'en 1914, les Islandais ne chassaient pas la baleine de Minke en raison de superstitions qui voulaient que les petits rorquals étaient envoyés par Dieu en tant que protecteurs.

Les Islandais avaient des opinions mitigées sur l'industrie baleinière. Certains se félicitaient des gains économiques que représentaient cette activité, alors que d'autres se plaignaient de l'impact que cette chasse avait sur la pêche au hareng. En raison des conséquences sur la pêche, une interdiction de la chasse à la baleine est adoptée en 1886. Cette interdiction concernait une période de mai à octobre sur les zones de pêche au hareng des eaux territoriales islandaises. Cependant, la fermeture de ces zones n'avait que très peu d'effets sur la chasse82..

En 1903, une autre proposition d'embargo sur la chasse est proposée avant d'être rejetée par l'Althing. Finalement, en 1913, une interdiction totale de la chasse à la baleine est adoptée pour commencer dès le , afin de préserver les stocks de cétacés et de faire face à la menace que représentaient les baleiniers norvégiens.

La loi est abrogée en 1928, et en 1935, le gouvernement islandais délivre un permis pour l'installation d'une station baleinière à Tálknafjörður. Une nouvelle loi de 1935 stipule que les baleines se trouvant dans les eaux territoriales islandaises ne peuvent être chassées que par les Islandais. En 1948, la société Hvalur H/F achète une ancienne base navale américaine dans le Hvalfjörður et la transforme en une station baleinière472.646..

La CIRCB et la CBI La Convention internationale pour la règlementation de la chasse à la baleine est signée le à Washington et entre en vigueur le . Cet accord environnemental entend protéger les cétacés en établissant des quotas restrictif pour la chasse à la baleine tout en assurant à celle-ci un développement régulier .. Basée sur lInternational Agreement for the Regulation of Whaling signé le et sur les protocoles de 1938 et de 1945, la CIRCB met en place la Commission baleinière internationale dès 1949. L'Islande devient un membre de la CBI, dès sa création.

Comme beaucoup d'autres nations baleinières, la chasse à la baleine islandaise était incompatible avec les règles édictées par la CBI. Par exemple, en 1954, la CBI adopta une proposition pour la protection des baleines bleues et l'interdiction de leur chasse dans l'Atlantique Nord pendant cinq ans (1955-1959). Toutefois, l'Islande s'opposa à cette décision et a continua de chasser ces baleines jusqu'en 1960100..

Les premiers quotas pour la chasse des baleines de Minkes sont adoptés en 1974 en Islande. La CBI ne fixent des quotas pour cette espèce qu'à partir de 1977. En effet, ces baleines étaient principalement chassées par des pêcheurs originaires de petits villages et ces prises étaient considérées comme insignifiantes pour enregistrer des statistiques. Ces nouveaux quotas fixés par la CBI étaient partagés entre l'Islande, la Norvège et le Danemark.

Le moratoire de 1986 En 1972, la Conférence des Nations unies sur l'environnement de Stockholm se prononce à l'unanimité en faveur l'adoption d'un moratoire de dix ans sur la chasse commerciale. Malgré cela, la CBI ne suit pas cette résolution des Nations unies, l'Islande, la Russie, le Japon, la Norvège, l'Afrique du Sud et le Panama votant contre David Day, The Whale War. Taylor & Francis, 1987 (168 pages). , pages 29-32.. En 1973, une nouvelle proposition concernant un moratoire connaît également un échec, la majorité des 3/4 requise n'étant pas atteinte.