thumb|Blason de Nantes. thumb|250px|Le château des ducs de Bretagne.

Cet article traite de l’histoire de Nantes, chef-lieu du département de Loire-Atlantique et de la région Pays de la Loire (France).

Chef-lieu de la cité des Namnètes sous l'Empire romain, Nantes devient un évêché au , illustré notamment par l'évêque Félix de Nantes au . Le comté de Nantes de l'époque carolingienne est conquis par les Bretons en 851 et la ville devient une des plus importantes du duché de Bretagne au Moyen Âge. En 1598, elle est la dernière ville dont Henri IV obtienne la reddition à la fin de la huitième guerre de religion et il y promulgue l'édit de Nantes. Au , c'est un des grands ports coloniaux du royaume, participant au premier rang à la traite des Noirs.

Préhistoire Le site de Nantes à l'âge du bronze

L'occupation humaine est ici faible à l'époque néolithique, contrairement à celle du littoral (monuments mégalithiques de la presqu'île guérandaise) ou de l'intérieur (région de Saumur). Elle augmente manifestement à partir de l'âge du bronze ; on pense que le site de Nantes, assez proche du gisement d'étain d'Abbaretz-NozayIl existe aussi un gisement dans le sous-sol nantais (). Cet ouvrage sert de source pour l'ensemble du paragraphe. avec lequel l'Erdre assure des communications faciles, joue un rôle dans le commerce et le travail des métaux dès le millénaire L'étain est en effet moins répandu que le cuivre, les deux métaux dont on fait le bronze. Néanmoins, il y a l'alignement du Pilier (ou du Breuil de la Herse) un alignement mégalithique qui correspondrait au marquage d’une zone frontière entre les Namnètes et les Riedones. A ce jour, le plus long d’Europe.

Les trouvailles archéologiques à Nantes concernent d'abord des armes trouvées dans la Loire et qui doivent avoir fait l'objet d'offrandes (peut-être à un dieu du fleuve) : dépôt de Trentemoult (commune de RezéPour cette époque, on peut prendre en compte un territoire plus large que l'actuelle commune de Nantes) : de cuivre et une pointe de lance, relevant de la civilisation campaniforme, sans doute apportées par des gens venus de la péninsule ibérique ; datation : -2000 (dépôt analogue à Saint-Père-en-Retz) ; dépôts fluviaux divers d'épées de bronze, qui du fait de leurs formes, peuvent être datées entre -1800 et -900. Rien n'atteste jusque-là d'artisanat métallurgique local ; celui-ci est en revanche attesté par les dépôts d'objets divers qui correspondent à trois ateliers de bronziers, datés de -800 à -600, découverts entre 1880 et 1914 à la Prairie de Mauves, au Jardin des Plantes et à Chantenay. On peut estimer que dès cette époque, il existe une agglomération, probablement un comptoir plutôt qu'une ville.

Le site de Nantes à l'Âge du fer L'Âge du fer correspond à l'époque où les Celtes occupent progressivement la Gaule, à partir du Au , les auteurs latins et grecs indiquent que la rive nord de l'estuaire de la Loire, donc le site de Nantes, est occupée par le peuple gaulois des Namnètes, mentionnés explicitement pour la première fois par Jules César ; sur la rive sud, se trouvent les Ambilatres et les Pictons. Mais on ne sait pas à quel moment précis ces peuples sont arrivés là, ni quelles populations ils ont remplacées.

Une notation intéressante de l'historien grec Polybe au concerne un port fluvial connu du navigateur grec Pythéas (), qu'il appelle « Corbilo » et qu'il situe à l'embouchure de la Loire ; selon Strabon, Corbilo n'existait plus à son époque (). La localisation de Corbilo n'est pas connue et il semble improbable que son site ait été celui de NantesMarcel Giraud-Mangin, 2007, , propose le site de Méans (commune de Saint-Nazaire). René Sanquer (in ), considère le site nantais comme acceptable.. On ignore par ailleurs si Nantes était déjà une capitale pour les Namnètes, à supposer qu'ils en aient eu une.

Les Celtes ont apporté avec eux la métallurgie du fer, pour laquelle le site portuaire de Nantes restait bien placé (gisements de Rougé, La Meilleraye-de-Bretagne, etc.).

Au début de la conquête de la Gaule par César, la région joue un rôle lors de la campagne de l'année -56 contre les Vénètes, mais pas particulièrement Nantes ; César a fait construire des navires : cette construction a probablement eu lieu dans l'estuaire de la Loire, mais sans doute pas sur des sites namnètes. Le gros de l'armée romaine a traversé le territoire namnète entre Angers et le littoral, mais a sans doute suivi un trajet au nord de Nantes (par Blain).

Antiquité Période du Haut-Empire La cité des Namnètes dans l'empire Après la conquête de la Gaule par Jules César, le pays des Namnètes devient une des cités (civitates) reconnues par Rome, tandis que les territoires au sud de la Loire sont attribués à la cité des Pictons (chef-lieu : Limonum , Poitiers). Les Namnètes, ayant participé à la révolte de Vercingétorix, sont tributaires (le statut le moins élevé dans l'empire romain). Sous le règne d'Auguste (- 27 - + 14), la division de la Gaule en trois provinces place les Namnètes dans la Lyonnaise (chef-lieu : Lugdunum) et les Pictons en Aquitaine (chef-lieu : Burdigala (Bordeaux).

Nantes, chef-lieu des Namnètes

Une vie urbaine importante se développe à partir du règne d'Auguste d'une part à Ratiatum (Rezé), port picton, d'autre part à Condevincum, chef-lieu des Namnètes, à l'emplacement de l'actuel quartier du Bouffay, .

Le géographe d'Alexandrie Claude Ptolémée () est le seul auteur ancien à donner le nom du chef-lieu des Namnètes, qui apparait selon les manuscrits sous la forme Condevicnum ou CondevincumLe texte de Ptolémée est la seule référence à ce nom. Sur le plan orthographique, les manuscrits de la Géographie de Ptolémée fournissent ces deux formes, mais on ne sait pas laquelle est le résultat d'une erreur de copie (cf. Santrot, 2010)., que l'on identifie avec Nantes, . En revanche, il n'y a aucun doute sur la localisation de la ville indiquée par la Table de Peutinger ( ou ) comme Portus NamnetumLa Table de Peutinger est une copie d'une carte antique du (Santrot, 2010). La carte mentionne portunamnetu, forme abrégée de portus Namnetum. namnetu ne peut pas être développé en namnetus, adjectif qui ne peut pas correspondre au nom Namnetes, alors que le génitif Namnetum est parfaitement correct ; quand un adjectif en -us est utilisé, c'est namneticus (Grégoire de Tours, par exemple). (« Port des Namnètes »). Il est probable que Nantes est très tôt devenue le centre de la cité des Namnètes.

En tant que chef-lieu de cité, Nantes n'est pas lieu de résidence de magistrats romains, qui siègent seulement au chef-lieu de province. La cité est administrée par les décurions, notables locaux de l'ordre décurional, qui forment la curie de la cité. Ils ont à s'occuper des affaires internes de la cité (voirie, bâtiments publics, etc.) et des relations avec l'autorité romaine. Leurs principales fonctions vis-à-vis de l'empire sont de rassembler le tribut dû par la cité et de rendre un culte à l'empereur, notamment, à partir du règne d'Auguste, en envoyant chaque année un délégué à Lyon, pour l'assemblée fédérale des Trois Gaules, qui se réunissait le août (mois d'Auguste) sur l'actuelle colline de la Croix-Rousse, dans le sanctuaire fédéral des Trois Gaules.

On n'a malheureusement pas de renseignements précis (noms de décurions, de délégués à l'assemblée des Trois Gaules) sur cet aspect de la vie de la cité des Namnètes.

Les traces de la ville antique de Condevincum En ce qui concerne le bâti antique, les restes archéologiques à Nantes sont beaucoup moins importants qu'à Rezé, où la ville antique, notamment le port, n'a pas été entièrement urbanisée par la suite. Ils attestent qu'on y trouvait un temple de Mars, sous la forme locale de Mars MulloStatue de Mars Mullo consacrée par « Adegovir et sa fille Tautilla ». Ces deux personnalités ont encore des noms gaulois., de Vulcain (trois inscriptions), de Minerve, d'une déesse-mère à corne d'abondance (sans doute identifiée à Cérès).

En date de 1988, on n'avait pas de traces de monuments publiques, ni d'un aqueduc, peut-être des thermes publics (hypocauste retrouvé vers l'église Sainte-Croix), mais ni vestiges de théâtre ni d'amphithéâtre. L'épigraphie mentionne un portique sur une place, un temple et un tribunal avec des dépendances, tous non localisés. On a retrouvé funéraires, qui représentent la quasi-totalité des stèles trouvées dans .

Une reconstitution à partir de ces vestiges permet de penser qu'il y avait un quartier administratif dans le secteur Bouffay-Sainte-Croix, un quartier religieux en haut de la colline (vers la cathédrale) et un quartier portuaire, appelé Vicus portensis (« Quartier du port »), attesté par une inscription retrouvée en 1580C'est la plus importante en taille : (sous forme développée) NUMINIBUS AUGUSTORUM DEO VOLKANO MARCUS GEMELIUS SECUNDUS ET CAIUS SEDATUS FLORUS ACTORES VICANORUM PORTENSIUM TRIBUNAL CUM LOCIS EX STIPE CONLATA POSUERUNT, ref soit « Aux numen des Augustes, au dieu Vulcain. Marcus Gemelius Secundus et Caius Sedatus Florus agissant pour le compte des habitants du Vicus Portensis ont établi un tribunal avec lieux annexes grâce à une souscription. » Ces deux personnalités portent des noms romains. Source : Marcel Giraud-Mangin, 2007, ; CAG-44, p 95.. La localisation de ce Vicus portensis est problématique ; des restes ténus d'installations portuaires ont été détectés en divers endroits sur la Loire et sur l'ErdreDans son article de 2010 (voir bibliographie), Jacques Santrot envisage une localisation au sud du fleuve, éventuellement à Rezé..

Période du Bas-Empire Une période d'insécurité À partir du , l'Empire romain n'assure plus aussi bien la sécurité qu'à l'époque de la « paix romaine » : il est confronté à la pénétration de groupes germaniques, aux agressions de pirates appelés Saxons ou Frisons, ainsi qu'à des troubles internes, notamment le phénomène des Bagaudes qui touche la Gaule.

Nantes subit un vers 275. Des murailles y sont construites entre 280 et 300. Cette enceinte grossièrement carrée enferme une superficie d’environ correspondant à l'actuel quartier du BouffayGérard Coulon, Les Gallo-Romains : vivre, travailler, croire, se distraire 54 av. J.-C.-486 ap. J.-C., Paris, Errance, coll. « Hespérides », 2006 , .. Elle perdurera jusqu'au et sera alors reprise par les murailles ducales.

Sur le plan militaire, à partir du , Nantes relève du Magister Militiae de Trèves. Par la suite est créée une fonction de dux Tractus Armoricani (« Chef du Territoire armoricain »), chargé plus spécialement de la défense du littoral (Tractus Armoricanus et Nervicanus). Un corps armé commandé par un préfet (praefectus militum superventorum) est basé à NantesNotitia Dignitatum, XXXVII. qui .

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Les restructurations de l'empire à partir de Dioclétien Sous le règne de Dioclétien (284-305), l'empire est totalement réorganisé, notamment par la division entre Empire d'Occident (capitales effectives : Milan et Trèves) et Empire d'Orient, la création de nouvelles circonscriptions, les diocèses et la multiplication des provinces.

Cette réforme place la cité des Namnètes dans la province de Lyonnaise Première (chef-lieu : Lyon) relevant du diocèse de Trèves. En 337, le diocèse de Trèves entre dans la préfecture du prétoire des Gaules, qui inclut la Bretagne et l'Espagne (capitale : Trèves). Vers 385, la cité est placée dans la province de Lyonnaise Troisième (chef-lieu : Tours), dans le même diocèse.

Évolution toponymique : de Condevincum à Namnetes Durant cette période, le nom gaulois (latinisé) de Condevincum est abandonné au profit de Portus Namnetum et, un peu plus tard de Namnetes, devenu le nom de la ville. Ce phénomène se produit dans la plupart des chefs-lieux de cité de Gaule romaine (Paris, Poitiers, Bourges, Avranches, Rennes, Vannes, Tours, etc.), sauf quelques-uns (Bordeaux, Lillebonne, Rouen, par exemple).