Charles François de Riffardeau, vicomte, marquis, puis duc de Rivière, né au château de la Ferté à Reuilly dans le Berry le acte naissance AD 36 () et mort à Paris le , est un militaire, diplomate et homme politique français des .

Biographie thumb|200px|left|Le château de la Ferté à Reuilly (Indre), lieu de naissance de Riffardeau.

Charles François de Riffardeau, du nom, est issu d'une noble et ancienne famille établie en Bourbonnais dès l'année 1407 puis dans le Berry. Il est le petit-fils du vicomte de Rivière de Riffardeau, officier au régiment Royal-La-Marine en 1745, puis aide de camp du prince de Carignan en 1748. Il naît au château de La Ferté à Reuilly dans l'Indre en 1763.

Il reçut une éducation très soignée, et, voué dès l'enfance à la carrière des armes, il entra pensionnaire à l'École militaire en 1778, il en sortit en 1780, pour passer officier dans le régiment des Gardes-Françaises (enseigne surnuméraire en 1780, enseigne en 1781, sous-lieutenant en second en 1784, de grenadiers en 1787, sous-lieutenant en premier en 1788). Il commandait une compagnie de ce corps en 1789, lorsque la Révolution française commença. Ses efforts, comme ceux de tous les autres officiers, furent vains pour maintenir dans l’ordre et la soumission cette troupe indisciplinée. Il ne la quitta néanmoins que lorsqu’elle fut dissoute, ou qu’elle reçut une autre organisation.

Émigration Alors le vicomte de Rivière suit les princes en émigration, sert d’abord dans l'armée du prince de Condé, puis se rend à Turin, auprès du comte d’Artois, dont il devient à partir de cette époque le fidèle serviteur. Chargé par les Bourbons exilés de diverses missions qui le ramènent plusieurs fois en France, M. de Rivière les remplit , malgré la peine de mort qu'il encourait et comme émigré et comme agent des princes. Il pénètre secrètement (jusqu’à sept fois) en territoire français, sous divers déguisements, et porta à plusieurs reprises les ordres des princes frères de Louis aux généraux Charette, Stofflet, Sapinaud, Cadoudal et Bourmont.

Après avoir rejoint l'armée des princes, et avoir fait la campagne de 1792, il est nommé colonel par Louis XVIII, puis, en 1795, aide de camp de Monsieur, comte d'Artois, et chevalier de Saint-Louis. Il suit ce prince dans tous ses voyages en Allemagne, en Russie, en Angleterre et au cours de l'expédition de Quiberon. Il est chargé par ce dernier de plusieurs missions auprès des chefs royalistes de la Vendée et de la Bretagne.

En la même année 1795, le marquis de Rivière se rend à Belleville (Vendée), au camp de Charette, afin de concerter avec ce général royaliste les mesures à prendre pour seconder le débarquement que Monsieur, le comte d'Artois, voulait effectuer sur les côtes de la Bretagne. Le marquis de Rivière essaie en même temps de réconcilier Stofflet avec Charette et il remet à ces deux chefs les brevets et décorations que leur envoyait le comte d'Artois au nom du roi exilé. Arrêté et conduit au château de Nantes, en 1795, il réussit à s’en échapper , et se rend à Paris, où il avait une mission à remplir près des agents des princes, Lemaître et la Villeurnoy.

Après être retourné en Angleterre et avoir rendu compte au roi de sa mission, il s'embarque avec Monsieur pour une expédition navale dont le résultat est l'occupation momentanée de l'île-Dieu. Il reçoit ordre, lorsque ce prince retourne en Angleterre, de rester dans la Vendée, d'où il ne revient à Londres qu'au mois de , avec des dépêches de Charette, et après avoir échappé à de . Le trajet qu’il parcourt pour gagner les côtes de la Bretagne, au milieu des postes républicains dont le pays était couvert, l'expose à de nombreux dangers, auxquels il n’échappe que par . Ayant reçu de ce prince une nouvelle mission, il fait naufrage sur les plages de Normandie. Vivement poursuivi, il est sur le point de tomber à nouveau entre les mains des républicains. Il parvient une fois encore jusqu’à Charette, et réussit à lui porter les ordres de son roi. C’est alors que le frère de ce prince, qui avait été vivement alarmé des périls auxquels son aide de camp s’était exposé pour le servir, lui écrivit :

Après tant et de si terribles épreuves, le marquis de Rivière suit son prince en Angleterre, puis en Écosse, où il vit paisiblement pendant plusieurs années, jusqu’à ce que de nouveaux ordres du comte d’Artois viennent le mêler à l'entreprise dans laquelle devaient périr les Georges Cadoudal, les Pichegru .

Fin 1803 le marquis de Rivière, le général Pichegru, Cadoudal et trente-deux autres royalistes dévoués s’embarquent sur la Tamise pour aborder aux côtes de Normandie et se rendre secrètement à Paris avec pour objectif de renverser le gouvernement consulaire et rétablir celui des Bourbons. Ils débarquent le , au pied de la falaise de Belleville (Normandie), sur les côtes de France, et se rendirent à Paris. On sait comment ils tombent dans les pièges de la police, et comment ils sont successivement arrêtés en . Le marquis de Rivière est l'un des premiers à être arrêtés (le même jour que MM. Jules de Polignac et ), il est incarcéré et fait l'objet d'une procédure devant le tribunal criminel de Paris. , il ne nie, en présence des juges, ni ses affections ni ses projets contre Bonaparte. Après un procès instruit pendant quatre mois contre lui et ses coaccusés, il fait partie des huit personnes condamnées, le , à la peine de mort. Cependant sa famille obtient sa grâce par l'intercession de Joséphine de Beauharnais, épouse du premier Consul, et la peine de mort est commuée en une peine de déportation, après une détention préalable de quatre ans dans le fort de Joux, en Franche-Comté.

Rivière, enfermé dans le cachot où avait péri Toussaint Louverture peu de mois auparavant, voit sa captivité prolongée jusqu'en 1810. On lui permit ensuite d’habiter le département du Cher, où il reste sous la surveillance de la police jusqu’à la chute du trône impérial en 1814.

Chute de l'Empire À cette époque, Sémonville, qui se trouvait dans ce pays comme commissaire extraordinaire de l’empereur, reçoit du ministre de la police Savary l’ordre de le faire arrêter, et il était près d’exécuter cet ordre lorsque le rétablissement de la royauté des Bourbons sauve le marquis de Rivière. Rivière est appelé auprès de Monsieur dès l’arrivée de ce prince à Paris.

Lorsqu'à la suite des désastreuses campagnes de Moscou (1812) et de Leipzig (1813) les souverains alliés pénétrèrent en France , le marquis de Rivière accompagne Monsieur, qui, pour récompenser son dévouement, l'attache à sa personne comme son premier aide de camp, et le créé maréchal-de-camp le .

La croix de commandeur de l'ordre de Saint-Louis lui est donnée par Louis le de la même année et il est pourvu du commandement de la division militaire.

Désigné, au mois de , pour l'ambassade de Constantinople, il attendait à Marseille un vent favorable pour se rendre à sa destination, lorsqu'il apprit le retour de l'île d'Elbe. Le duc d'Angoulême, qui se trouvait alors dans le midi de la France, promeut le marquis de Rivière, le , au grade de lieutenant-général des armées du roi et lui confère . Le marquis pour faire soulever le pays en faveur de la cause royale. Les événements ayant rendu ses efforts inutiles, il s'embarque, le , avec le comte de Bruges, sur un petit bateau espagnol, pour se rendre à Barcelone, où ils arrivent le 15. Dès ce moment, le marquis de Rivière ne quitte plus le duc d'Angoulême, jusqu'au mois de juillet suivant, époque à laquelle il s'approche des côtes de France, sur l'escadre commandée par lord Exmouth.

Restauration française Le suivant, le marquis de Rivière est nommé gouverneur de la division militaire, et fait, en cette qualité, son entrée à Marseille, . Le 21 du même mois, il reçoit la nouvelle de la rentrée du roi dans ses États, et rassemble aussitôt les officiers généraux, ainsi que l'état-major, et provoque leur soumission au gouvernement restauré. Cependant la ville de Toulon tenant encore à cette époque pour Bonaparte, le marquis de Rivière s'y rend et fait connaître au maréchal Brune que les souverains alliés s'engageraient à ne faire aucun acte hostile, si ce maréchal consentait à abandonner le commandement de l'armée du Var, et à s'éloigner de Toulon. Brune ne fait point de difficulté d'accéder à cet arrangement, évacue Toulon, et prend la route d'Avignon, où il est assassiné par la population de la ville. Le gouverneur, qui peut faire arborer le drapeau blanc sur la ville de Toulon, semble avoir une certaine responsabilité dans la mort du maréchal, auquel il avait garanti la sécurité et qu'il ne put pas protéger lors de son passage en Avignon.

Créé pair de France le de la même année 1815 (son nom ne figure pas au procès du maréchal Ney), et confirmé le dans le grade de lieutenant-général, le marquis de Rivière est appelé, en novembre, au commandement de la division militaire (la Corse). dissipent les troubles insurrectionnels qui désolaient cette île. Il se rend sur l'île, où il trouve plusieurs cantons en pleine insurrection. Jugeant que des mesures trop rigoureuses ne pourraient qu'exaspérer les esprits, il sait allier . Cependant, six mois s’étaient écoulés depuis qu’il commandait en Corse ; et il n'avait encore pu parvenir à soumettre le canton de Fiumorbo. Il y risque plus d'une fois sa vie. Un jour, entre autres, il y est couché en joue par 200 rebelles ; mais il se précipite aussitôt vers eux, suivi de quelques personnes, et en criant : Cette intrépidité désarme les rebelles, et les manières affables du marquis de Rivière achevèrent de les soumettre. Rivière ne peut s'emparer de Joachim Murat, en fuite, lors de son passage en Corse, mais, par ses poursuites, il hâte l'expédition qui devait coûter la vie à l'ancien roi de Naples. 300px|left|Estampe gravée par Alexandre Giboy en 1821, d'après un dessin d'un des fils Debay, reconstituant la plinthe de la statue avec le fragment inscrit aujourd’hui disparu. Le roi lui envoya la grand'croix de l'ordre de Saint-Louis le . Peu de jours après, il remit le gouvernement de l'île dont il avait rétabli les administrations au général Willot, et partit alors pour son ambassade de Constantinople. Il débarqua, le suivant, dans le port de cette capitale de l'Empire ottoman, et a, le 16 du même mois, sa première audience du le sultan Mahmoud II, auquel il offre, de la part du roi, des présents d'un grand prix. En 1819, le commerce de Marseille s'étant plaint du tarif de douanes que l'ambassadeur avait signé, M. de Rivière est dénoncé le à la Chambre des pairs, mis à la retraite le et remplacé à Constantinople. . Cependant, en , il acquiert à ses frais la Vénus de Milo juste après sa découverte, et l'offre au roi Louis XVIII à son retour en France le . La statue est devenue la plus célèbre du musée du Louvre.

Le roi Louis l'institue pair de France, au titre de marquis (par lettres patentes, qui furent communiquées à la Chambre des pairs, le ) et le créa chevalier-commandeur des ordres du roi le .

Riffardeau de Rivière est nommé, peu de temps après son retour de l'ambassade de Constantinople, capitaine des gardes de Monsieur (il est reçu en cette qualité, le ), devenus, depuis la mort de Louis XVIII, des gardes du corps du roi Charles X de France..

Le marquis de Rivière est créé officier de la Légion d'honneur le . Charles X ne pouvait plus lui accorder d’autre titre que celui de duc héréditaire : c'est ce qu'il fait, avec application de ce titre à sa pairie le . Nommé par le roi, le , gouverneur de la personne du duc de BordeauxMoniteur du ., le duc de Rivière ne devait pas jouir longtemps de ces faveurs. Tant de vicissitudes, de persécutions et d’emprisonnements avaient gravement altéré sa santé. Dès le mois de , il ressentit de cruels maux d’estomac qui, , ne font qu’augmenter jusqu’au , date à laquelle il meurt, .

Récapitulatifs Titres Pair de France :

Marquis et pair () ; Duc et pair (, sans lettres patentes, ni majorat) ;

Décorations