Le diocèse de Sedan ou diocèse des Ardennes ou diocèse du département des Ardennes est un diocèse de l'Église constitutionnelle. Il a été érigé en 1790 par la constitution civile du clergé. Il a été très éphémère puisque le concordat de 1801 l'a supprimé.

Cette existence durant une décennie a marqué pour autant l'histoire du catholicisme en Champagne-Ardenne. Cette « tragique rencontre du Christianisme et de la Révolution »Jean Jaurès, Histoire socialiste de la Révolution Française, tome II, l’œuvre de la Constituante, Librairie de l'Humanité, Édition revue par Albert Mathiez, Paris, 1922 a constitué une étape dans l'évolution des idées vers la liberté des cultes, dans un territoire caractérisé par l'existence d'une communauté protestante et par l'influence janséniste, bien avant que ne soit imaginée une séparation de l’Église et de l’État. Les questions posées dans les événements de cette période restent toujours d'actualité.

Le territoire de cet ancien diocèse est compris dans l'actuel archidiocèse de Reims.

Création du diocèse

Le décret du crée un évêché par département. À cet effet, le territoire du département des Ardennes est dissocié du diocèse de Reims. Le nouveau diocèse englobe aussi quelques communes françaises précédemment rattachées à des diocèses dont le centre épiscopal est situé hors des frontières, en particulier le diocèse de Liège, pour les pays de Givet et Fumay, et le diocèse de Trèves, pour la région de CarignanNicolas Philbert, écrit dans sa lettre pastorale du 19 mars 1791, citée par Jean Leflon : Il était contre les intérêts de la Nation que des Français fussent dépendants de pasteurs étrangers qui n'étaient pas soumis aux lois de l’État et qui, avec des intérêts opposés, pouvaient troubler impunément son repos, soit par des suggestions adroitement ménagées, soit par des ordonnances contraires aux libertés de l’Église gallicane.. Les autres diocèses créés dans le même décret sont ceux de Versailles, Laval, Moulins, Bastia, Châteauroux, Colmar, Guéret et Saint-Maixent.

Sedan est choisi comme siège épiscopal et l’Église Saint-Charles en devient la cathédrale. Sedan avait été en concurrence avec Mézières et Mouzon. Le maire de Sedan, Pierre-Charles-Louis Baudin, de religion protestante, a eu raison des deux autres candidatures. Il ménagea peu ses compétiteurs, disant ainsi de Mouzon, dotée d'une magnifique abbaye : "que cette ville, trop éloignée d'abord du centre du département, était sans commerce, mal bâtie, que ses rues étaient serrées, mal percées, et que ses habitants, au nombre de deux mille seulement étaient ou de misérables vignerons ou des ouvriers nécessiteuxCharles Pilard, Souvenirs d’un vieux Sedanais. Sedan sous la première Révolution. D'abord paru en feuilleton de 1875 à 1878 dans L’Écho des Ardennes (14 fascicules). Réédité en 1988 par la Société d'Histoire et d'Archéologie du Sedanais ". Ériger Sedan, la ville alors la plus peuplée du département, en siège épiscopal est sans doute aussi une mesure de compensation partielle pour ne l’avoir pas retenue comme chef-lieu du départementRaymond Hardy, Formation du département, article inclus dans l'ouvrage dirigé par Gérard Gayot, Révolution dans les Ardennes, Éditions Terres Ardennaises, 1989.

En , Nicolas Philbert est élu premier évêque constitutionnel de ce nouveau diocèse par l'assemblée électorale des Ardennes. L'assemblée électorale réunit les citoyens, laïques, répondant à des conditions de revenu. Nicolas Philbert, curé de la ville la plus peuplée du département, réunit sur son nom une grande partie des suffrages du nord du département, y compris des protestantsJean Leflon, Nicolas Philbert, ouvrage publié avec le concours du CNRS et du Conseil général des Ardennes, Mézières, 1954..

Prêtres assermentés et insermentés

Devant les résistances apparues dans toute la France à la constitution civile du clergé, un serment est imposé au début de 1791. La proportion de prêtres assermentés ou « jureurs » est relativement forte en Ardennes. Parmi les facteurs qui peuvent l'expliquer, l'influence janséniste sur le « bas-clergé » de ce territoire en est un. Un jansénisme du différent du jansénisme primitif, plus politique que théologique. Et plus ruralRené Tavenaux, Le Jansénisme dans la région ardennaise au début du , dans la revue Présence Ardennaise, cahier n°6, Éditions du groupe artistique Arthur Rimbaud, Charleville, 1951Lire aussi Joseph Monin curé de campagne à Hargnies puis second évêque du diocèse de Sedan.

Les curés des petites paroisses sont majoritairement jureurs. Ils sont également, comme partout en France animés d'un désir de réforme plus fort que leur hiérarchie. Par contre, exempté sur Sedan et Grandpré, les curés des paroisses plus importantes sont souvent réfractaires, et c'est le cas à Charleville, Mézières, Rethel, Rocroi, Vouziers, Mouzon, Givet, Carignan, Torcy, Asfeld Château-Porcien, Juniville ou Attigny. Les prêtres du collège de Sedan refusent également le serment. Le principal du collège démissionne et est remplacé par un mathématicien brillant, Nicolas Halma. Enfin, l'âge des prêtres semble également un élément déterminant, mais la jeunesse n'est pas synonyme en ce cas précis d'adhésion aux idées nouvelles. Les plus anciens, formés au séminaire de Reims par des Génovéfains gagnés au jansénisme, ont massivement rejoint le rang des assermentés, les plus jeunes formés par des Sulpiciens qui avaient repris en main l'enseignement du séminaire à la demande de l'archevêque de Reims, sont majoritairement insermentés.

Un deuxième facteur est la tradition d'indépendance des Ardennes. Cette région est longtemps demeurée rebelle à l'influence chrétienne au sein du monde gallo-romain. Au Moyen Âge, elle a incarné un moment la résistance à l'autorité royale. C'est aussi sur ce territoire ardennais qu'exerçait de 1688 à 1725 un curé de campagne particulièrement rebelle du nom de Jean Meslier. Au moment de la Révolution, la présence dans ce clergé de fortes personnalités, au rang desquelles figurent Nicolas Philbert, Remacle Lissoir, l'abbé de Laval Dieu, et Nicolas Diot, curé de Vendresse qui sera élu évêque constitutionnel de la MarneBiographie de Nicolas Diot , Louis Gabriel Michaud Biographie universelle ancienne et moderneBiographie de Nicolas Diot, François Marie Pérennès, Dictionnaire de biographie chrétienne favorise un regain d'indépendance, sans que ces personnalités soient en rupture avec la foi, à la différence du curé Meslier. Au contraire, elles restent fidèles à la foi religieuse qui les animent et souhaitent maintenir les pratiques religieuses dans ce territoire ardennais.

L'autonomie de la principauté sedanaise et l'influence du protestantisme ont pesé ensuite dans le même sens. L'attitude à l'égard des protestants est passée par de nombreuses phases, de la tolérance bienveillante au moment de l'annexion de la principauté par le royaume de France, à une longue période d'intolérance après l'édit de Fontainebleau,puis à une tolérance hésitante de 1745 à 1780, puis à une restauration de cette église, avec un lieu de culte, un pasteur et un conseil des anciens dans la ville de Sedan. En 1787, l’Édit de tolérance de Versailles, signé par le roi, est une étape supplémentaire, permettant au conseil des anciens de Sedan de parler à nouveau dans ses délibérations de « l'Église réformée de Sedan », deux ans avant la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 proclamant la liberté religieuseMarc Scheidecker et Gérard Gayot, Les protestants de Sedan au . Le peuple et les manufacturiers. Éditions Honoré Champion, 2003. .

La constitution civile du clergé n'est pas un pas vers la séparation de l’Église et de l’État. À aucun moment, une séparation de l’Église et de l’État n'est d'ailleurs envisagée comme une solution facilitant la liberté religieuse. Pas un instant, le caractère privé du sentiment religieux n'est identifié.

Cette constitution civile du clergé remet en cause un des principes des ordres religieux et congrégations, en considérant les vœux perpétuels comme une atteinte à la liberté de l'homme. Beaucoup de religieux hésitent. Remacle Lissoir, l'abbé de Laval Dieu, déjà cité, refuse la sécularisation que la loi lui permettrait et déclare qu'il veut rester religieux. Après quoi, il prête le serment sans y être astreint, ne rentrant pas dans la catégorie des "fonctionnaires du culte catholique". La ligne de conduite qu'il s'est choisi est d'être fidèle à sa foi, et respectueux de cette Nation française qui se substitue progressivement à l'autorité du Roi. Les religieuses de l'hôpital de Sedan, Sœurs de Saint Vincent de Paul, emboîtent le pas à leur curé. Par contre, les deux congrégations religieuses en chargent de l'éducation des filles à Sedan, la Congrégation pour la propagation de la foi et les sœurs de l'Ouvroir, s'opposent aux évolutions et doivent fermer en 1791. Les Capucins de Sedan quittent la région pour le Hainaut. Certains de ces Capucins restent sur place et deviennent des laïquesTel ce Capucin cité par Charles Pilard et devenu un employé, qui faisait la joie des familles sedanaises par ses chansons de table, dont une chanson des deux moines. Charles Pilard, Souvenirs d'un Vieux Sedanais, Sedan sous la première Révolution, Édité par la Société d'Histoire et d'Archéologie du Sedanais, 1988, Les Bénédictins de l'abbaye d'Élan abandonnent leur monastère. Ceux de Mouzon se dispersent. Les chartreux de l'abbaye du Mont-Dieu quittent également les lieuxPierre Congar, Jean Lecaillon et Jacques Rousseau, Sedan et le pays sedanais, vingt siècles d’histoire, Paris, Guénégaud, 1969..

Cette constitution civile du clergé divisent également les familles catholiques, certaines refusant les célébrations du culte par le clergé assermenté.

Caractère schismatique de l’Église constitutionnelle

Après être resté silencieux pendant plusieurs mois, le Pape Pie VI intervient par un bref Quot aliquantum, le , qui condamne la constitution civile du clergé. Un mois après, le , Pie VI publie un deuxième bref qui appelle les prêtres jureurs à se rétracter, sans grand succès, et qui casse l'élection des évêques constitutionnels.

L'église constitutionnelle devient dès lors schismatique.

Cette Église constitutionnelle s'organise pourtant en Ardennes. Son évêque s’emploie à faire procéder à des élections pour faire remplacer les prêtres réfractaires, en particulier par d'anciens moines. mais cent cinquante postes sont vacants et les candidats manquent. Faute de mieux, l'évêque se résout quelquefois à laisser en place des prêtres insermentés, même si ceux-ci contestent sa légitimité et entretiennent la dissidence. Au moins ne prive-t-il pas de cultes les paroissiens. Un séminaire est également créé à Sedan dans l'ancienne maison des lazaristes. L'évêque s'emploie également à récupérer tout ou partie des objets de cultes confisqués par l’État dans les abbayes. L'avenir lui apportera sur ce point une cruelle déconvenue, puisque l’Église constitutionnelle sera à son tour dépouillée quelques années plus tard.

L'Église constitutionnelle et les tensions politiques

Le 10 août 1792, à la suite de l'assaut des Tuileries, la fin de la monarchie est proclamée. Le au soir, ce nouvel événement parisien, un tournant de la Révolution, est connu à Sedan. Le conseil municipal de la ville se compromet alors avec le général La Fayette, et adopte pendant quelques jours une position délicate de soutien à la monarchie constitutionnelle abrogée à Paris. L’évêque Philbert, autorité morale de la ville de Sedan, suit les événements avec attention, participe à une réunion associant le conseil municipal et le général La Fayette, mais évite d'adopter une posture d'opposition à la Nation. Pour autant, sans doute s'interroge-t-il sur le devenir de la religion catholique au sein de cette nouvelle République. Quelques jours plus tard, le général La Fayette s'enfuit à l'étranger, abandonnant à son sort la municipalité de Sedan.