est un film catastrophe japonais sorti en 1973. Il est réalisé par Shirō Moritani d'après le roman de même nom de Sakyō Komatsu. Le film met en scène les acteurs Keiju Kobayashi, Hiroshi Fujioka et Ayumi Ishida.
Synopsis A bord d’un sous-marin, le volcanologue Dr Tadokoro explore les fonds marins du Japon quand celui-ci découvre avec horreur que la croûte terrestre dans ces environs a créé un large abysse. Comme il est expliqué au premier ministre, cet abysse provoque la submersion du Japon dans l’océan. Alors que cette submersion débute, le pays est dévasté par des tremblements de terre massifs et des raz-de-marées. Le premier ministre demande de l’aide aux autres nations du monde pour relocaliser la population japonaise avant que le Japon ne coule sous les eaux pour de bon.
Contexte historique et culturel Dans les années 1960-1970, le Japon est dans un contexte de forte croissance économique, une période souvent qualifiée de « miracle économique ». La sortie de La submersion du Japon en 1973 souligne l'inquiétude que les peuples japonais avaient à l'égard de l'urbanisation rapide, de la dépendance énergétique et de la vulnérabilité de l'archipel aux tremblements de terre.
De plus, ce film contribue au style de cinéma catastrophe japonais qui fut inauguré par Godzilla en 1954. Beaucoup de gens interprètent Godzilla comme une métaphore du traumatisme nucléaire d’Hiroshima et Nagasaki. À la différence de Godzilla, ce film n'aborde pas la menace sous forme d'un monstre, mais plutôt sous forme d'une catastrophe naturelle. La submersion du Japon met en scène la disparition géologique du Japon, un désastre avec des conséquences fatales affectant tous les Japonais.
Analyse thématique
L'anéantisme de la nation La submersion du Japon explore un thème qui pose une question fondamentale sur l'existence d'une nation sans territoire. Plusieurs analyses critiques expliquent que le film ne traite pas que de la disparition du Japon comme une catastrophe naturelle, mais aussi comme une crise nationale. Le scénario émet l'idée d'une diaspora à grande échelle comme seule solution pour garantir la sécurité du peuple japonais. Cela distingue le film d'autres œuvres de cinéma catastrophe japonais car il décrit l'effacement géologique total d'un pays, plutôt que la destruction totale de villes.
Science et technocratie Les scientifiques sont centraux au film, surtout le volcanologue Tadokoro, qui, avec ses recherches, réussit à identifier l'origine de la catastrophe et à l'expliquer au premier ministre japonais. La prise de décision du premier ministre dépend donc de l'expertise scientifique de Tadokoro et met en évidence l'importance de la collaboration entre les scientifiques et le gouvernement.
Ce thème est en quelque sorte une tradition dans les cinémas de science-fiction japonais, qui ont l'habitude de mettre en avant le rôle et l'importance de la science dans la gestion des catastrophes. Par exemple, Shin Godzilla (2016) met aussi en scène la gestion administrative et scientifique des crises nationales. Dans ce film, on voit les scientifiques analyser méticuleusement l'évolution de Godzilla afin de proposer des solutions basées sur la recherche et la technologie.
Imaginaire géopolitique Plutôt que d'être uniquement une problématique nationale, la submersion du Japon est présentée comme une crise existentielle qui oblige le premier ministre à demander de l'aide à d'autres grandes puissancesSuter, R. (2015). Disaster and national identity: The textual transformations of Japan Sinks. In R. Starrs (Ed.), When the tsunami came to shore: Culture and disaster in Japan (pp. 214–229). Brill. https://doi.org/10.1163/9789004268319_012. Cela démontre l'ampleur et le caractère inévitable de la catastrophe.
Cette situation reflète aussi certaines préoccupations du Japon dans les années 1970, une période qui fut marquée par la guerre froide et par l'intégration de nombreux pays occidentaux dans l'OTAN. Le Japon, bien que solidement allié aux États-UnisTsuruoka, M. (2013, April). NATO and Japan as multifaceted partners. NATO Defense College. https://ciaotest.cc.columbia.edu/wps/nat/0031944/index.html, apparait donc en marge de ces alliances. Dans cette perspective, la catastrophe naturelle sert de cadre pour aborder les relations diplomatiques entre les États ainsi que la solidarité internationale.
Esthétique du désastre : mise en scène et effets spéciaux
Le tokusatsu au service de la catastrophe naturelle La Submersion du Japon s'inscrit pleinement dans la tradition du tokusatsu (特撮), terme désignant les techniques d'effets spéciaux pratiques propres au cinéma de genre japonais, héritées des travaux pionniers d'Eiji Tsuburaya sur la franchise Godzilla depuis 1954. Contrairement aux films de monstres qui l'ont précédé chez les studios Tōhō, le film ne recourt à aucune créature géante : la menace est géologique, et c'est aux effets spéciaux de rendre visible la destruction d'une nation entière.
Le travail de Teruyoshi Nakano La direction des effets spéciaux menée par Teruyoshi Nakano (中野昭慶, 1935–2022), qui est le troisième directeur des effets spéciaux de Tōhō après Eiji Tsuburaya et Sadamasa Arikawa. La Submersion du Japon est le premier film sur lequel Nakano reçoit officiellement le titre de tokugi kantoku (特技監督, un terme désignant : directeur des effets spéciaux). Surnommé le « Roi de l'explosion » (bakuhatsu-ō) pour son usage spectaculaire des pyrotechnies, Nakano aborde ce projet avec une volonté affichée de réalisme : il étudie par exemple la physique des vagues de manière à reproduire au mieux les séquences de raz-de-marée.
Maquettes miniatures et destruction urbaine Les séquences de catastrophe reposent sur la construction de décors miniatures (echelle 1/24-eme) à grande échelle, technique centrale du tokusatsu. L'équipe réalise des reproductions de quartiers urbains japonais destinées à être détruites devant la caméra, produisant des plans de séismes, d'éruptions volcaniques et d'engloutissement de bâtiments. La destruction de Tokyo constitue le morceau de bravoure visuel du film. De nombreuses images de ces séquences ont ensuite été réemployées comme stock footage dans plusieurs productions Tōhō ultérieures, notamment Godzilla contre Mechagodzilla (1974), Prophéties de Nostradamus (1973)Carrozza, J. L. (2020, December 31). Campy Silver Age: Godzilla in the 1970s. Medium. Campy Silver Age: Godzilla in the 1970s et Le Retour de Godzilla (1984).
Comparaison avec le cinéma catastrophe hollywoodien des années 1970 Le film paraît à un moment charnière de l'histoire du film catastrophe : le genre est alors en pleine expansion aux États-Unis, avec L'Aventure du Poséidon (1972), et des productions comme La Tour infernale (1974) et Tremblement de terre (1974). Le film japonais sort donc dans la meme peiode que ces classiques hollywoodiens, puisqu'il sort dès . Il s'en distingue profondément sur le plan narratif : là où les productions d'Irwin Allen mettent en scène des individus héroïques luttant pour leur survie dans un espace circonscrit, La Submersion du Japon adopte une perspective macro centrée sur les autorités gouvernementales et la gestion politique de la catastrophe à l'échelle nationaleIMDb, User Reviews, Submersion of Japan. URL : https://www.imdb.com/title/tt0070447/reviews/. Le ton est plutot sobre et triste là où le cinéma américain du genre catastrophe privilégie l'action et le suspense. Les effets fut jugés spectaculaires pour leur époque avec des critique les qualifiant meme d'un niveau supérieur aux meilleurs films Godzilla de la même période.
Réception
Réception critique et publique
Au Japon À sa sortie au Japon le , La Submersion du Japon provoque une véritable sensation dans le paysage cinématographique japonais. Il devient le plus grand succès commercial de l'année 1973, puis de 1974, rapportant plus du double du deuxième film le plus rentable de chaque année. Le film dépasse Le Parrain au box-office japonais, totalisant 4,468 milliards de yens ($14million) de recettes, avant d'être détrôné en par L'ExorcisteExorcist' Leads Japan". Variety. 18 December 1974. p. 39.. Le film est décrit comme ayant ouvert la voie à toute une vague de films catastrophe japonais qui marquera les années 1970 dans le pays. Sur le plan critique, il est salué pour son sentiment mélancolique face à la disparition de la culture japonaise, qualité moins habituellement associée au cinéma de genre. Le critique américain Roger Ebert, qui recensa la version remontée distribuée aux États-Unis sous le titre Tidal Wave, la jugea sévèrement, mais son verdict portait sur un montage raccourci d'environ une heure de film original.
En francophonie et à l'international Le film sort en France le sous le titre La Submersion du JaponLa Revue du Cinéma : La Saison cinématographique 75, UFOLEIS (n° 299), octobre 1975, p. 348.. À l'international, il circule sous des titres très variés selon les pays : Panik über Tokio (« Panique sur Tokyo ») en Allemagne de l'Ouest, The Fall of Japan en Belgique, Planeta Terra Ano Zero au Portugal, ou encore Catastrofe en Italie, témoignant d'une large diffusion internationale. Le film fut également présenté en version export au Festival de Cannes 1974, le , dans une version de 113 minutes, ce qui donna lieu à une critique dans la revue Variety (magazine) qui est l'une des premières recensions anglophones du film. Aux États-Unis, la version remontée par Roger Corman sous le titre Tidal Wave fut amplement critiquée par les spectateurs ; la version originale japonaise est jugée considérablement supérieure.
Impact émotionnel, tonalité pessimiste et lecture politique La réception du film, tant au Japon qu'à l'étranger, est marquée par sa tonalité pessimisteSusan J. Napier, « Panic Sites: The Japanese Imagination of Disaster from Godzilla to Akira », Journal of Japanese Studies, vol. 19, n° 2, été 1993, p. 327–351. URL JSTOR : https://www.jstor.org/stable/132643. Contrairement aux productions hollywoodiennes du genre, où les survivants se relèvent sur les décombres de leurs villes, La Submersion du Japon ne laisse aucun espoir de reconstruction nationale : le territoire est définitivement perdu. Cette dimension mélancolique et sans issue a été interprétée comme le reflet d'angoisses culturelles propres au Japon des années 1970Ide Kazuko, « Japan Sinking? Sequel to 1970s Novel Finds Japan Sunk and the Japanese Scattered », The Asia-Pacific Journal: Japan Focus, vol. 4, n° 4, 2006. URL : https://apjjf.org/ide-kazuko/2228/article (également disponible via Cambridge Core) : fragilité géologique de l'archipel, dépendance énergétique révélée par le choc pétrolier de 1973, et questionnement sur l'identité nationale dans un contexte mondial incertain. Le roman de Sakyō Komatsu, sur lequel le film est fondé, est aujourd'hui reconnu par les chercheurs comme un document révélateur du contexte culturel japonais des années 1970Malvestio, Marco, « Catastrophilia: A Case Study of the Eco-apocalyptic Japan Sinks' Mediascape », ResearchGate, 2024. URL : https://www.researchgate.net/publication/378848125.
Résonances post-Fukushima