L’abattage rituel musulman et juif en France fait l'objet d'une polémique. Les dérogations à la loi commune pour que l'abattage des animaux de boucherie puisse être conforme aux rites religieux, musulman (dans ce cas on parle de viande halal) ou juif (dans ce cas on parle de viande cachère), ont donné lieu au début des années 2010, en France, à de nombreuses polémiques. La principale dérogation consiste en la possibilité d'égorger l'animal encore conscient alors que le droit commun exige un étourdissement préalable. Les associations de protection des animaux ont toujours protesté contre cette pratique, arguant du fait qu'elle entraîne une souffrance animale supplémentaire. Cependant, le débat est resté relativement confidentiel, bien qu'il croise divers enjeux et aspects. Un problème est que les filières de la viande et les communautés religieuses voient dans cette discrétion le souci de préserver des intérêts économiques, parfois clairement déconnectés de la foi religieuse dans le cas des intérêts de la filière. De ce fait, des personnes ne pratiquant pas l'islam ou le judaïsme achètent et consomment de la viande d'animaux abattus notamment selon le rituel halal dans l'ignorance de ce fait et sans recevoir les informations de base sur la dimension sanitaire de la polémique. Une question supplémentaire concerne les règles d'étiquetage à appliquer aux éventuelles dérogations. Au-delà d'un débat d'une grande complexité, qui crée notamment des clivages au sein des partis progressistes, il existe une récupération contemporaine de la question de cet abattage par des personnalités politiques de droite ou d'extrême droite, en particulier sur l'islam et y compris à l'échelle européenne, en relation avec une supposée progression importante de cette religion. En réalité, des personnes achètent de la viande halal à cause des facteurs financiers précédemment évoqués, sans aucun rapport avec le fait religieux. Ces facteurs, plutôt que l'expansion d'une religion, peuvent expliquer le développement économique de la filière abattue rituellement et de la consommation de la viande issue de celle-ci.
C'est en 2012 en France que ces débats sont arrivés sur le devant de la scène médiatique puis politique. Il y a tout d'abord eu une enquête du magazine de France 2 Envoyé spécial sur les abattoirs français, dont une partie était consacrée à l'abattage rituel. Cette enquête a permis à Marine Le Pen, en pleine campagne pour la présidentielle, d'ajouter une critique supplémentaire à son thème principal de la progression de l'islam en France. Ses propos ont ensuite été largement commentés par l'ensemble de la classe politique française. Puis le débat s'est étendu à d'autres pays, notamment le Canada dans la province de Québec. Le débat s'est apaisé au bout d'un mois et le gouvernement s'est chargé d'étudier plus à fond cette question au travers notamment de projets de lois. Actuellement, cependant, le même régime et les dérogations associées demeurent en vigueur.
Situation en Europe 350px|vignette|Obligations légales pour l'abattage rituel en Europe : Au début du , sous la pression, notamment, des associations de protection des animaux, des pays européens renforce leur législation limitant l'abattage sans étourdissement. Certains pays l'interdisent purement et simplement. D'autres exigent que les consommateurs soient informés du mode d'abattage par un étiquetage spécifique. Les États européens se basent sur la Directive 93/119/CE et la décision 88/306 du Conseil de l'EuropeCouncil Decision 88/306, approved the (Council of Europe) European Convention for the Protection of Animals for Slaughter, 1979.1 This convention allows for ritual slaughter in Article 17. 1 Each Contracting Party may authorise derogations from the provisions concerning prior stunning in the following cases: slaughtering in accordance with religious rituals, … 2 Each Contracting Party availing itself of the provisions of paragraph 1 of this Article shall, however, ensure that at the time of slaughter or killing the animals are spared any avoidable pain or suffering.. Dans la pratique, la situation est différente selon les pays et évolue dans le temps. La Norvège (depuis 1930), la Suède (depuis 1938), l’Islande, la Suisse (depuis 1893.), la Grèce, le Luxembourg et six provinces d’Autriche n’autorisent aucune dérogation. La production de viande halal et casher est donc interdite dans ces pays. En Suisse, une petite quantité de viande certifiée halal est toutefois produite à Clarens : la méthode d'abattage respecte la loi suisse, mais l'imam de la mosquée de Lausanne, Mouwafac El Rifaï, tolère que l'animal soit assommé électriquement quelques secondes avant égorgement, car sans égorgement l'animal reprend connaissance après quelques minutes.. En Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et au Danemark, des exemptions existent, mais elles sont remises en cause. En FranceAbattage rituel et en Belgique, les associations de protection animale, comme l'Œuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs (OABA), tentent de sensibiliser l’opinion, jusqu’ici sans succès. En Espagne, en Irlande et en Italie, des dérogations existent et n'ont pas fait l'objet de débats publicsNouveaux enjeux autour de l’abattage rituel musulman : une perspective européenne. La Pologne autorise l'abattage sans étourdissement et a confirmé cette décision en 2012.. Aux Pays-Bas, en , l'étiquetage devient obligatoire pour réserver la viande abattue rituellement aux seuls consommateurs religieux...
Si l'abattage sans étourdissement est généralement interdit, l'importation de viande produite conformément aux rituels halal et casher est souvent permise. En Suisse, l'importation de viande casher ou halal est réservée aux membres des communautés juives et musulmanesEn Suisse, l'abattage rituel est interdit, mais l'on trouve dans les supermarchés des produits certifiés halal ou casher. Pourquoi ? , Archives InterroGE - Question / réponse, Ville de Genève, 16 juillet 2015. Le Conseil fédéral décide du contingent d'importation accordée aux viandes casher et halalObligation de déclarer la viande d'animaux abattus rituellement - Avis du Conseil Fédéral du 30.05.2008, Motion 08.3154 de l'Assemblée fédérale, 19 mars 2008, sur le site de l'Assemblée fédérale.
Le projet DIALREL
Pour tenter de faire converger les différentes positions : religieuses, vétérinaires, amis des animaux, un groupe de travail européen est mis en place en 2006. Il s'agit du projet DIALREL (« Dialogue sur les abattages religieux ») créé par la Commission européenne. La représentante française est la sociologue Florence Bergeaud-Blackler.
Le projet conclut au fait que l'absence d'étourdissement pre mortem accentue les souffrances animales. Les viandes cachères ne sont donc pas conformes à la réglementation européennehttp://www.dialrel.eu/images/judaism-rules.pdf. Avant de trouver la solution de mise en conformité avec cette réglementation, le le Parlement européen vote un amendement dans le projet de réglementation sur l'étiquetageRésolution législative du Parlement européen du 16 juin 2010 sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil concernant l'information des consommateurs sur les denrées alimentaires (COM(2008)0040 – C6-0052/2008 – 2008/0028(COD))..
Historique en France
La première loi évoquant l'abattage rituel date de 1964. Seules quelques préfectures, comme Paris, avaient émis des règlements spécifiques. Le décret du définit l’abattage rituelDécret du 16 avril 1964 PROTECTION DE CERTAINS ANIMAUX DOMESTIQUES, CONDITIONS D'ABATTAGE.. Le décret du http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000518681 spécifie que l'abattage devra être pratiqué par un « sacrificateur » habilité par un organisme religieux lui-même. Trois organismes ont été à ce jour agréés, liés respectivement à la Grande mosquée de Paris, la Mosquée d'Évry et la Grande mosquée de Lyon.. Mais ces organismes certificateurs présentent de nombreux dysfonctionnements, et celui de la mosquée d'Évry n’emploie aucun contrôleurSalmonella : Casino rappelle un produit Wassila.
Situation en France avant la polémique
Une réglementation spécifique est applicable pour l'abattage rituel..
Le gouvernement français, qui accepte l'argumentation des autorités juives françaises, lesquelles considèrent que cet étiquetage mettrait à mal la filière cachère française, se mobilise pour freiner ces initiatives. Le , le ministre de l’Intérieur (chargé des cultes), Brice Hortefeux, déclare à la synagogue de la Victoire à Paris : « Aujourd'hui, alors qu’un vote au Parlement européen pourrait imposer un étiquetage discriminant pour l'abattage rituel, nous restons particulièrement vigilants. Vous pouvez compter sur ma mobilisation et celle des députés français au Parlement européen pour que le projet n’aboutisse pas »..
Le paraît un Règlement européen d'information des consommateurs sur les denrées alimentaires (R1169-2011) expurgé, sous la pression du gouvernement français, de toute obligation d'étiquetage des viandes en fonction du mode d'abattage.
Françoise Hostalier, députée UMP du Nord, fait plusieurs propositions de loi refusées par le ministre de l'agriculture.
La filière viande est aussi contre cet étiquetage. Elle a : peur que des consommateurs se détournent des viandes provenant d'animaux non étourdis ; un intérêt économique à uniformiser l'ensemble de l'abattage vers cet abattage rituelSi 32 % des animaux sont mis à mort selon un procédé rituel alors que la demande religieuse est estimée à 7% (chiffres 2008 du Bulletin de l’Académie vétérinaire cités par Florence Bergeaud-Blackler), c’est pour des raisons d’efficacité et de coût. Pour éviter les circuits doubles, « il est fréquent d’abattre la totalité d’un lot d’animaux en mode rituel pour n’en écouler qu’une partie dans les circuits de distribution religieux » .« Rentabiliser les carcasses » : le profit derrière le halal. La filière a en effet développé d'elle-même l'abattage rituel, constatant que celui-ci était plus simple en supprimant l'étape d'étourdissement et donc moins onéreux que l'abattage traditionnel. Elle a ainsi profité de la dérogation exceptionnelle qui autorise l'abattage sans étourdissement pour les juifs et musulmans pour étendre l'utilisation de cette dérogation à une plus grande échelle.
Les quatre grands groupes interprofessionnels (Syndicat national de l'industrie des viandes, Interbev, Fédération nationale des exploitants des abattoirs publics, Coop de France), qui représentent la majorité des abattoirs, ont jusqu'à présent pris position contre cet étiquetageSelon Dominique Langlois, président d'Interbev : « Nous considérions que cela n'apportait pas d'information qualitative sur la viande et risquait de stigmatiser les cultes », Le nouvel observateur.. Frédéric Freund, directeur de l’Œuvre d’assistance aux bêtes d'abattoir, pense au contraire qu'« ils craignent les associations de consommateurs et de protection des animaux ! ». Le risque de stigmatisation est aussi mis en avant par les représentants de la communauté juive..
Enquête d'Envoyé spécial
Une enquête réalisée par Camicas Productions et diffusée lors du magazine Envoyé spécial du relance la polémique. Cette enquête traite des problèmes d'hygiène dans les abattoirs français mais une partie de l'enquête se focalise plus particulièrement sur deux problèmes liés à l'abattage rituel : elle avance notamment que le consommateur ignore le type d'abattage de la viande qu'il consomme et qu'il existe des risques sanitaires pour les viandes rituellement abattues et insuffisamment cuites. L'enquête porte sur l'abattage sans étourdissement. Cela concerne de façon indifférenciée l'abattage rituel musulman halal encore appelé Dhabiha ou l'abattage rituel juif casher encore appelé Shehita.
Absence d'informations explicites concernant le mode d'abattage