Le Conseil national du patronat français (CNPF) est une organisation patronale française créée le à la demande du gouvernement français, qui désirait disposer d’un interlocuteur représentatif de l’ensemble du patronat au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Jusqu'à sa dissolution en 1998, le CNPF est resté pendant plus de cinquante ans le principal syndicat patronal français, fédérant autour de lui les grandes fédérations professionnelles et plusieurs clubs patronaux. À ce titre, celui-ci a pris part au débat public entourant la plupart des grandes réformes économiques et sociales en France depuis l'après-guerre : de l'opposition à la création du salaire minimal interprofessionnel garanti en 1950, à la négociation des accords de Grenelle en 1968, jusqu'à la réforme des 35 heures sous le gouvernement Jospin en 1997.
Tenant à l'origine d'une ligne idéologique conservatrice et protectionniste, le CNPF a progressivement évolué au cours des années 1950 et 1960 vers la défense de la construction européenne et du libéralisme économique. Dans le même temps, le syndicat a renouvelé ses modes d'action en assumant de plus en plus une intervention directe dans le débat public.
En perte de vitesse à partir des années 1980 en raison de dissensions internes et d'une concurrence accrue de nouveaux clubs patronaux, le CNPF a laissé la place le au Mouvement des entreprises de France (MEDEF).
Histoire Origines et création après la Seconde Guerre mondiale Les précédents du CNPF (1919-1940)
D'autres organisations représentatives du patronat français ont précédé le Conseil national du patronat français. En , la Confédération générale de la production française est la première organisation de caractère fédéral intégrant douze groupes industriels. Elle est fondée à l'initiative du ministre de l'Industrie et du Commerce, Étienne Clémentel.. Vers , la Confédération compte 27 groupes et syndicats primaires, tout en laissant de côté le commerce..
Le , en tant que principale organisation représentative du patronat, la Confédération ratifie, sous la pression des grèves, les accords de Matignon, à l'instar de la principale confédération syndicale de travailleurs, la Confédération générale du travail (CGT). Le danger révolutionnaire écarté, de nombreuses voix, au sein du patronat, dénoncent la « capitulation » de la Confédération.. Ce discrédit, particulièrement fort parmi les petites et moyennes entreprises qui rejettent la volonté de la négociation de la Confédération, conduit à son remplacement le par une nouvelle organisation, la Confédération générale du patronat français (CGPF)..
Claude-Joseph Gignoux, président de la nouvelle CGPF, n'est pas lui-même un patron ; il présidait d'autres organisations patronales auparavant. Le vice-président délégué est Alexandre de Lavergne. Ses dirigeants sont des dirigeants d'organisations patronales régionales ou professionnelles comme Lambert-Ribot, du Comité des forges, ou Henri de Peyerimhoff de Fontenelle, représentant des entreprises exploitant des mines de charbon.. L'organisation se heurte cependant à des difficultés pour s'organiser en raison de ses tensions internes. En plusieurs occasions, la CGPF n’est pas même capable de produire des données statistiques simples sur ses membres, puisque la crainte de la concurrence provoque de la rétention d’information de la part des industriels.
Après la mise en place du régime de Vichy, la CGPF est dissoute par la loi du mettant en place les comités d'organisation à l'instar d'autres organisations patronales comme le Comité des forges et le Comité central des houillères de France..
La renaissance du syndicalisme patronal après-guerre : la création du CNPF Sous le régime de Vichy, la représentation patronale est assurée en partie par les comités d'organisation (CO) par branche afin de répondre aux besoins de la planification de guerre. Pendant cette période, les chefs d’entreprise prennent l’habitude de verser leur cotisation à une organisation externe chargée de les représenter, de fournir des informations statistiques et de coopérer avec des délégués du gouvernement. Le statut paraétatique des CO permet également la mise en place d’un appareil de gestion.
En , lorsque le Gouvernement provisoire de la République française veut redonner vie aux organisations syndicales dissoutes en , la renaissance de la CGPF n'est pas autorisée en raison du nombre trop important de membres accusés de collaboration avec l’ennemi. Une apostrophe que le général de Gaulle aurait lancée à une délégation de patrons français à la Libération, témoigne de la défiance du nouveau pouvoir vis-à-vis du patronat, soupçonné d'avoir en grande partie collaboré : . Et d'ajouter : . Dans le même temps, les pouvoirs publics mettent en place des organisations provisoires afin d'avoir des interlocuteurs représentant le patronat. Gaston Palewski, directeur du cabinet du général de Gaulle, et le ministre du Travail, Alexandre Parodi, forment une Commission de représentation patronale (CRP) de quinze membres, présidée par Pierre Fournier, un marchand de grains parisiens qui a été hostile au régime de Vichy et est proche de Parodi. C'est un ancien animateur de la section économique de la CGPF en 1939-1940 mais il est peu représentatif du patronat et peu connu de ses pairs. Son secrétaire général est Etienne Villey, qui anime le GIM, branche parisienne de l'Union des industries métallurgiques et minières (UIMM). Robert Lacoste, ministre de la production industrielle, met sur pied une commission concurrente, la « Commission consultative pour l'aide aux entreprises » où figurent Pierre Ricard, son président, qui a dirigé sous Vichy le Comité d'Organisation de la fonderie, et Henry Davezac, vice-président délégué du Syndicat de la construction électriqueCollectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, Fonds de la CRP, sciencespo.frJean-Noël Jeanneney, « Hommes d'affaires au piquet. Le difficile intérim d'une représentation patronale (septembre 1944 -janvier 1946) », Revue historique, janvier-mars 1980.
Profitant du désarroi du grand patronat, Léon Gingembre crée la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) en . La nouvelle organisation autonomise la représentation et la défense des intérêts des PME, assurées avant-guerre par la CGPF. Elle découle du sentiment né des accords de Matignon parmi les dirigeants de PME d'être peu pris en compte par la centrale syndicale et de leur souhait de se libérer de l'influence des grandes entreprises. Peu après, le Centre des jeunes patrons (CJP) - qui avait interrompu toutes ses publications durant les dernières années de l'occupation (mais maintenu certaines de ses activités) - refait surface.
Il faut attendre pour qu'une nouvelle organisation prenne le relais de l'ancienne Confédération générale du patronat français. En , les pourparlers engagés par Pierre Ricard et Henry Davezac avec d'autres organisations professionnelles et avec la CRP - un comité de liaison, présidé par Fournier, a été mis en place en octobre - aboutissent à jeter les bases du futur Conseil national du patronat français (CNPF)Jean-Noël Jeanneney, op. cit., .
Son assemblée constitutive se tient le . Un président provisoire est désigné, Pierre Fournier. Il est secondé par un vice-président, Georges Villiers. Des commissions sont mises en place, notamment la commission économique, présidée par Pierre Ricard, vice-président délégué du syndicat général des fondeurs de France, et la commission sociale, présidée par le président de la très influente UIMM. Sont membres fondateurs du CNPF des fédérations professionnelles, industrielles ou commerciales, des organisations interprofessionnelles régionales, la GGPME, le CJPGuy Raclet, « La représentation nationale des chefs d'entreprises », Travaux de l'Action populaire, 1945Michel Offerlé, « Le CNPF », dans Collectif, Dictionnaire historique des patrons français, Flammarion, 2010, Le Réveil économique , 31 mars 1946 (liste des membres du bureau). Dans sa charte originelle, le groupement regrette de n'avoir pas été consulté dans la période suivant la Libération, demande des garanties contre de futures nationalisations, exprime sa foi dans l'organisation professionnelle et, à condition que l'autorité soit respectée, se déclare disposé à accorder aux ouvriers une participation plus grande à la vie de leurs entreprises. Le , une délégation est reçue par le nouveau président du GPRF, Félix Gouin. Elle fait savoir qu'elle déplore le fait que le patronat a été et proteste Le Réveil économique , 31 mars 1946).
Le CNPF devient, le , une association loi de 1901.
Mandat de Georges Villiers (1946-1966) Les débuts du CNPF Le , Georges Villiers, ancien maire de Lyon, dirigeant d'une entreprise de métallurgie et déporté à Dachau devient le premier président du Conseil national du patronat français à la demande du gouvernement, à l'occasion de la première assemblée générale du CNPFL'Aube, 13 juin 1946, Combat, 13 juin 1946. Son passé politique (permettant de faire oublier les liens entre de nombreux patrons français et la collaboration), ses attaches provinciales (pour contrebalancer le parisianisme prêté à l'ancienne Confédération générale du patronat français) et la taille moyenne de son entreprise en font le candidat idéal selon les critères du moment pour prendre la direction du nouveau CNPF.
En , l'organisation patronale nouvellement constituée participe à la « Conférence du Palais Royal » avec les syndicats. Le CNPF signe le avec la CGT une déclaration historique sous la forme d'une double reconnaissance mutuelle du rôle du chef d'entreprise et de l'exercice des libertés syndicales, qui sera sans lendemain.
En dépit de sa mission de représentation de l'ensemble des dirigeants d'entreprises, l'organisation demeure sous la tutelle de l'UIMM, la plus puissante des fédérations patronales, qui contribue à hauteur de de son budget dans les années 1950. Une convention, conclue le vient par ailleurs préciser les rapports entre le CNPF d’une part et le Conseil interfédéral du commerce français d’autre part, en accord et avec le concours de la Fédération des Associations Régionales (FAR) et de la CGPME. Cette convention constitue l’acte de naissance du Conseil national du commerce (CNC).
Dans les années 1950, l'organisation est structurée en 3 commissions : affaires économiques générales, affaires sociales et relations économiques internationales, cette dernière gérant en son sein les affaires européennes.
En , le CNPF et Jacques Warnier créent le Centre de recherches et d'études des chefs d'entreprise (CRC), un laboratoire de réflexion patronale qui participe à renouveler les idées du CNPFRégis Boulat, « Du Centre de recherche des chefs d’entreprise à l’Institut de l’entreprise ou « comment gagner la guerre des idées » dans la seconde moitié du XXe siècle » dans Olivier Dard, Gilles Richard (dir.), Les droites et l’économie en France au XXe siècle, Riveneuve éditions, 2011, p. 27-53.
Une organisation conservatrice L'organisation adopte une ligne très conservatrice et se définit elle-même comme une « association de défense des intérêts immédiats des propriétaires des moyens de production et d'échange ». Dans la période de l'après-guerre, le CNPF dénonce un État omnipotent qui sacrifie la valeur du franc aux facilités de l'inflation et des déficits budgétaires et qui renonce à défendre les entreprises françaises face à la concurrence étrangère.
L'organisation se prononce ainsi en 1950 contre la loi instituant le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et celle de 1952 sur l'échelle mobile des salaires. Elle s'oppose également aux comités d'entreprises, institués par la voie législative en . Le CPNF finance, par l’intermédiaire du comité dit « de la rue de Penthièvre », des candidats de droite lors des élections législatives de 1951.