Julia Kristeva (en , Yuliya Krasteva), née le à Sliven en Bulgarie, est une philologue, universitaire, psychanalyste et écrivaine française d'origine bulgare. Elle est professeure émérite de l'université Paris-Cité.
Biographie Famille et formation Née en 1942., Julia Kristeva est la fille d'un comptable dans l'administration de l'Église et d'une mère qui avait suivi des études de biologie. Elle a une petite sœur, Ivanka. Elle étudie dans une école maternelle française religieuse, bientôt interdite par les autorités communistes, puis à l'école communale, tout en continuant de fréquenter l'Alliance française. Venant d'une famille non communiste, elle n'a pas le droit de porter le drapeau à l'école et doit renoncer aux études d'astronomie qu'elle envisage alors à Moscou mais, puisqu'elle parle français, elle sert comme interprète lors de la visite de dignitaires du PCF en Bulgarie, comme Waldeck Rochet. Comme tous les élèves, Julia Kristeva appartient aux Jeunesses communistes ; elle écrit par ailleurs dans le quotidien universitaire Jeunesse populaireJulia Kristeva, interviewée par Olivier Bouchara, « Une autre vie que la mienne », Vanity Fair n° 59, juillet 2018, p. 66-73..
Grâce à ses connaissances en littérature française, elle vient à Paris en 1965 avec une bourse du gouvernement français Julia Kristeva was communist secret agent, Bulgaria claims, theguardian.com, 28 mars 2018..
En 1969, elle soutient une thèse doctorale sous la direction de Lucien Goldmann, publiée l'année suivante sous le titre Le Texte du roman. Approche sémiologique d'une structure discursive transformationnelle. En 1973, elle soutient un doctorat d'état, publié l'année suivante sous le titre de La Révolution du langage poétique.
En 1967, elle épouse Philippe Sollers« La vie à deux Julia Kristeva et Philippe Sollers. Tête-à-tête », dans Libération du 5 août 1996., le couple a un fils, né en 1975.
Parcours professionnel Elle fait une carrière universitaire, devenant professeure à l'université Paris-Diderot et fondatrice du centre Roland Barthes. Elle est membre de l'Institut universitaire de France de 2000 à 2010.. Elle a donné des enseignements en sémiologie à l'université d'État de New York.
Elle est psychanalyste, membre de la Société psychanalytique de Paris depuis 1987, puis membre titulaire depuis 1997..
Engagements institutionnels et associatifs De 1971 à 1977, elle partage l'engagement maoïste de Philippe Sollers et de la revue Tel Quel. En , elle fait partie des membres fondateurs du Comité des intellectuels pour l'Europe des libertés..
En 2003, elle fonde avec le professeur Charles Gardou, le Conseil national du handicap (CNH) qui a pour but de sensibiliser, former et informer la population sur les différents handicaps et leurs prises en charge.. Le , seront organisés par le CNH les premiers États généraux du handicap à l'UNESCO.. Le but de cette journée qui a réuni plus de , était d'engager la société civile à trouver des solutions pour améliorer la vie et l'insertion des personnes en situation de handicap autour de huit thématiques : Vie autonome et citoyenne. Vie, santé, éthique et déontologie. Vie affective, familiale et sexuelle. Vie professionnelle. Vie scolaire. Vie artistique et culturelle. Vie sportive et loisirs. Vie et dignité et grande dépendance. Les résultats de cette journée seront publiés dans un livre blanc..
En 2008, elle a créé, à l’occasion du de la naissance de Simone de Beauvoir, le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes, récompensant l’œuvre et l’action de personnes qui contribuent à promouvoir la liberté des femmes dans le monde.
En 2011, Julia Kristeva est dans le cadre des Rencontres d'Assise. ..
Activités de recherche et littéraires Julia Kristeva a publié plus d’une trentaine d’ouvrages, notamment sur les écrivains et intellectuels de sexe féminin. Son œuvre a une influence sur le féminisme international contemporainVoir Kelly Oliver, Reading Kristeva: Unraveling the Double-Bind, Indiana University Press (1993) et Cecilia Sjoholm, Kristeva and the Political, Routledge Publisher (2005) ..
Elle participe à la revue d'avant-garde Tel Quel fondée par Philippe Sollers en collaborant dans ce groupe avec Michel Foucault, Roland Barthes, Jacques Derrida, Jean-Louis Baudry, Jean-Pierre Faye, Marcelin Pleynet, Jean Ricardou, Jacqueline Risset, Denis Roche, Umberto Eco, Pierre Rottenberg, Jean Thibaudeau et Philippe SollersFrançois Hourmant, Le désenchantement des clercs : Figures de l'intellectuel dans l'après-mai 68, Presses universitaires de Rennes, coll. « Res publica », mai 1997..
Dès son premier livre, Sèméiôtikè. Recherches pour une sémanalyse (1969), Julia Kristeva s'interroge sur le surgissement du texte littéraire ou poétique à l'intérieur du champ historique et social, c'est-à-dire aussi à l'intérieur du langage, mais travaillant contre lui, voulant le transformer. Structuralisme, matérialisme historique, psychanalyse : autant d'épistémès jusque-là restées ignorantes les unes des autres et au carrefour desquelles Julia Kristeva situe, dans les années 1960-1970, sa réflexion théorique sur le langage et l'écriture.
Dans ce contexte, et influencée par Mikhaïl Bakhtine, Julia Kristeva introduit en 1966, la notion d'intertextualité en France qui deviendra par la suite une notion fondamentale dans l'analyse littéraire en proposant la définition suivante : .
Déplaçant les savoirs linguistiques et sémiologiques dans un nouvel espace de référence, Sèméiôtiké (1969) pose les concepts fondamentaux de cette théorie, lesquels seront repris, précisés et complétés dans la première partie de La Révolution du langage poétique (1974) et mis à l'épreuve de l'analyse littéraire dans la seconde partie de ce livre, consacrée aux écritures de Lautréamont et Mallarmé. S'inspirant du dialogisme bakhtinien, Kristeva conçoit l'analyse du texte à la lumière de son intertexte. Le texte redistribue la langue, il est le champ même de cette redistribution.
En 2014, elle est la rédactrice en chef d'un jour du quotidien L'Humanité, à l'occasion de la journée internationale des droits des femmesJulia Kristeva rédactrice en chef d'un jour de 'l'Humanité, article du site Internet du quotidien de présentation du numéro de l'Humanité du 7, 8 et 9 mars 2014. https://www.humanite.fr/medias/julia-kristeva-redactrice-en-chef-dun-jour-de-lhum-560559..
Julia Kristeva est la présidente du Prix du livre politiquePalmarès du Prix du livre Politique La lettre du libraire, 9 février 2015..
Présentation de l’œuvre Langage et sémiotique Sa pensée et son œuvre se situent à la traversée des frontières, s'inscrivant dans un courant de la culture européenne, qui va de Saint Augustin, pour qui la seule patrie, c'est le voyage (In via in patria)Julia Kristeva, Pulsions du temps, Fayard, 2013, ., jusqu’à Freud, dont elle rappelle la formule « Là où c'était, je dois advenir »Julia Kristeva, Parler en psychanalyse : des symboles à la chair et retour, in Pulsions du temps, Fayard, 2013, .. Comme le souligne Roger-Pol Droit, « une certaine forme de migration serait donc essentielle à la pensée, dans sa forme collective comme dans son évolution individuelle »Article de Roger-Pol Droit dans Le Monde du 17 novembre 2005, https://www.lemonde.fr/livres/article/2005/11/17/julia-kristeva-je-vis-avec-ce-desir-de-sortir-de-moi_711066_3260.html. C'est le cas de ses premières œuvres, dont SèméiotikèSemeiotikè. Recherches pour une sémanalyse, éditions du Seuil, 1969 (réédition dans la collection « Points » , 1978). livre qui suscite un article de Roland Barthes publié en 1970 dans La Quinzaine littéraire, qu'il intitule « L'Étrangère », pour décrire sa démarche en ces termes : « Julia Kristeva change la place des choses : elle détruit toujours le dernier préjugé, celui dont on croyait pouvoir se rassurer et s’enorgueillir ; ce qu’elle déplace, c’est le déjà-dit, c’est-à-dire l’insistance du signifiéL'Étrangère in Roland Barthes, Œuvres complètes, vol. 3, Seuil, 2002, .. » Dans son analyse de ce livre, Barthes souligne que les concepts élaborés par Kristeva et les objets de son analyse ont en commun d'être « marqués d'une mobilité exorbitante » qui caractérise une grande partie de son œuvreRoland Barthes, Œuvres complètes, vol. 3, éditions du Seuil 2002, .. Dans La Révolution du langage poétique (1974), elle développe la théorie du processus producteur de sens dans le langage, composé selon elle, de deux éléments concourants, le symbolique et le sémiotique, en interrogeant les relations entre le langage et le corps vivantLa Révolution du langage poétique. L’avant-garde à la fin du , Lautréamont et Mallarmé, édition du Seuil, 1974 (réédition dans la collection « Points » , 1985).. Dans son livre suivant, Polylogue (1977), elle poursuit cette analyse de diverses pratiques de symbolisation, de la plus simple, la langue, en passant par la peinture de la Renaissance (Giotto, Bellini) et la littérature moderne (Artaud, Joyce, Céline, Beckett, Bataille, Sollers), jusqu’à leurs approches par la sémiotique et la psychanalysePolylogue, édition du Seuil, 1977..
Littérature et psychanalyse Après différentes participations à des ouvrages collectifs (La Traversée des signes, 1975Julia Kristeva, La traversée des signes, (recueil des travaux du séminaire « pratique signifiante et mode de production»), éditions du Seuil, 1975, et Folle Vérité, 1979Folle vérité. Vérité et vraisemblance du texte psychotique, éditions du Seuil, 1979, 307 p.), Kristeva semble opter pour un nouvel axe de réflexion, moins scientifique et plus « philosophique », en publiant trois ouvrages centrés chacun sur un thème particulier : l'abjection, Pouvoirs de l'horreur (1980)Pouvoirs de l’horreur. Essai sur l’abjection, Fayard, 1980 (rééd. « Points » , 1983)., l'amour, Histoires d'amour (1983)Histoires d'amour, éditions Denoël, 1983, (rééd. , 1985). et la dépression, Soleil noir, dépression et mélancolie (1987)Soleil noir. Dépression et mélancolie, Fayard, 1987 (rééd. Folio « Essais » , 1989). Dans cette trilogie elle s'appuie sur les œuvres littéraires, ainsi que sur des récits de ses patients, en cherchant à problématiser ce qui met le sujet en péril. Dans Pouvoirs de l'horreur. (1980), la seconde partie est consacrée à l'écriture de Céline. À la croisée du sémiotique et du symbolique, l’expérience esthétique représente pour Kristeva une source de questionnements tant pour la théorie que pour la pratique analytique. Expérience psychanalytique et littéraire se côtoyant et s'interférant, le texte littéraire n'est pas selon elle seulement un objet hétérogène auquel « s'appliquent » artificiellement des concepts psychanalytiques mais elle cherche à explorer l'écriture de Céline, d'Artaud, de Proust ou de Colette, à travers une écoute d'analyste, dans ce que Kristeva appelle « le substrat infrasignifiant de la langue »Julia Kristeva, Au risque de la pensée, entretiens avec Marie-Christine Navarro, Éditions de l'Aube, 2001, ., c'est-à-dire les latences infantiles, d'ordre sémiotique, qui se donnent à lire dans la langue littéraire. Cette démarche se poursuit dans l'analyse du temps sensible dans l'œuvre de Proust, où pour Kristeva seule l'expérience romanesque « dévoile la vérité du sens et du sensible », en découvrant « sous l'Absolu le jeu des intrigues, l'ambiguïté des caractères et l'immersion des signes dans les sensations »Julia Kristeva, Le Temps sensible. Proust et l'expérience littéraire, collection NRF Essais, Gallimard, 1994 et suivantes..
Les Nouvelles Maladies de l’Âme En 1988, Julia Kristeva publie Étrangers à nous-mêmesÉtrangers à nous-mêmes, éditions Fayard, 1988 (réédition en Folio « Essais » ).,