Habib Osman ( ), né le à Tunis et mort le à Tunis, est un photographe professionnel et militant tunisien. Il est aussi l'accompagnant permanent et le photographe personnel du président Habib Bourguiba durant cinquante ans. Osman est reconnu pour ses clichés évoquant les grands moments du mouvement de libération nationale ainsi que ses portraits de Bourguiba qui ont marqué la mémoire collective du peuple tunisien.
Dès son enfance, il est porté vers le dessin et fait ses débuts sur la scène journalistique en tant que caricaturiste avec l'aide de son frère aîné Mustapha. Ensuite, sa passion le dirige vers la photographie. À seulement 23 ans, il rejoint les rangs du Néo-Destour. Grâce à son regard vigilant, le mouvement national dispose d'une photothèque importante illustrant les étapes décisives de la lutte nationale. Son engagement dérange l'occupant qui l'emprisonne à multiples reprises pour son activisme politique. Malgré l'arrestation et l'emprisonnement, il poursuit sa tâche avec courage. Aux lendemains de l'indépendance, il devient le photographe attitré de la présidence de la République, reçoit la toute première carte de presse et devient photographe officiel. Fidèle à ses principes patriotiques, le doyen des photographes tunisiens poursuit la documentation de l'histoire de la Tunisie par le biais de son objectif. Considérant la photographie comme une bataille, ses efforts commencent à être récompensés avec trois décorations remises à partir de 1975.
Le , Osman s'éteint à l'âge de 75 ans après un long combat contre la maladie. Il laisse derrière lui un immense et précieux héritage photographique conservant plus d'un demi-siècle de l'histoire de son pays.
Biographie Jeunesse
vignette|Habib Osman à dix ans avec son frère ainé Mohamed
Né dans une famille tunisoise d'origine turque le ., Habib Osman est le fils cadet de Hassan Osman et Sallouha Nouri Ameur Chechia, « Attestation au profit de Habib Osman », Administration des prisons et de la rééducation, Tunis, 2 décembre 1983.. Il a quatre frères — Ahmed, Hédi, Mohamed, et Mustapha — et une sœur appelée Habiba. Son père est un artisan spécialisé dans la fabrication et la vente de la balgha et sa mère est une femme au foyer.
Dès son plus jeune âge, il suit les pas de son frère Mustapha, caricaturiste dans un journal clandestin et anticolonialiste : il se met à dessiner et découvre qu'il a un don pour l'art.
Tout comme ses quatre frères, Habib Osman effectue ses études élémentaires et primaires dans son quartier natal, à Tunis. Il s'inscrit ensuite au Collège Sadiki pour poursuivre ses études secondaires.. Ayant un penchant incontrôlable pour le dessin, l'envie le conduit souvent à dessiner ses enseignants, ce qui lui crée des complications avec ses derniers. Sa relation avec son frère Mustapha est marquée par un lien profond d'amitié et de bienveillance. Il y a une telle osmose spirituelle entre les deux frères Osman que les gens les confondent. Grâce à son frère Mustapha, Habib Osman s'initie à la lecture, pour laquelle il développe une vive affection, fait ses premiers pas dans le monde de la presse et décide d'en faire son métier.
Rapidement, il devient dessinateur, puis calligraphe de presse et enfin caricaturiste, profession qu'il exerce avant de choisir la voie du photojournalisme.
Très influencé par Mustapha, militant à appartenance destourienne, Habib Osman acquiert une conscience patriotique.
Photographe Dans une Tunisie fatiguée de l'hégémonie coloniale dans tous les domaines, Habib Osman fait partie de la première vague de photographes tunisiens qui s'initient à , monopolisé pendant longtemps par les communautés européennes..
Autodidacte, en absence de référent vu que la photographie coloniale qui diffuse une vision rêvée et exotique de la Tunisie est intégrée dans un autre système culturel et esthétique, Habib Osman fait son chemin tout seul en nourrissant sa passion de ses observations mais aussi de ses erreurs.
En plus de cinquante ans de carrière au service de l'actualité nationale, il contribue considérablement à la préservation d'une partie de la mémoire collective du peuple tunisien à travers ses photographies. d'une valeur inestimable., témoignant de l'histoire du mouvement de libération nationale... et des premières décennies suivant l'indépendance du pays..
Ne voulant pas interrompre son activité dans son laboratoire de photographie modeste, situé au cœur de la médina de Tunis, Osman pratique en parallèle le photojournalisme de haut niveau., contribuant à la réalisation quotidienne de L'Action tunisienne en tant que photographe de presse et continuant à collaborer avec la revue du Néo-Destour dans ses deux versions arabe et française jusqu'à ses derniers jours. Il est aussi collaborateur du Dialogue pour le progrès, hebdomadaire de langue française du Parti socialiste destourien, et journaliste à l'agence Tunis Afrique Presse..
vignette|Osman courant devant la procession présidentielle à New York (mai 1961)
Conscient de son rôle historique, Habib Osman s'emploie, au lendemain de l'indépendance., à illustrer par la photo l'essor du pays et l'édification de l'État moderne en suivant de près les actions de Bourguiba.. En effet, titulaire de la première carte de presse décernée après l'indépendance, il est chargé de couvrir toutes les activités du premier président de la République. : il photographie alors tous les grands événements de l'époque, comme le discours de Bourguiba proclamant la république le , son discours prononcé à la kasbah de Tunis et donnant le coup d'envoi de la crise de Bizerte, sa visite officielle à New York en , la signature de la convention sur l'évacuation agricole du , le discours de Bourguiba prononcé le à Jéricho, les congrès du parti au pouvoir présidés par ce dernier, ainsi que toutes les rencontres officielles du président avec différentes personnalités politiques, aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger.
Ses passeports, pleins de cachets de différents pays., montrent qu'il a voyagé dans les quatre coins du monde au sein des délégations officielles accompagnant le président Bourguiba lors de ses visites d'État et le ministre des Affaires étrangères lorsqu'il participe aux assemblées et conférences de haut niveau à l'étranger. Titulaire tout d'abord d'un passeport ordinaire, Habib Osman bénéficie d'un passeport diplomatique qui lui est délivré en vue de faciliter sa mission.
Cette position unique lui permet de rencontrer et côtoyer des personnalités importantes de différentes nationalités et de divers milieux — politique, artistique, culturel, scientifique et sportif — ainsi que d'accéder à des lieux réservés et hautement surveillés en Tunisie et ailleurs.
Habib Osman a aussi manifesté un grand intérêt pour la photographie sportive, sa photothèque contenant des centaines de clichés représentant les de la capitale, le Club africain et l'Espérance sportive de Tunis, posant ensemble. Toujours présent aux côtés du président dans tous les événements, y compris ceux de nature sportive, Osman est propriétaire de nombreuses photos prises lors des finales de la coupe de Tunisie de football et des Jeux méditerranéens organisés à Tunis en 1967.
Dans une interview publiée le , Osman exprime son intention de rassembler toutes ses photos dans un ouvrage rétrospectif destiné aux nouvelles générations et partant du présent pour remonter vers le passé pour mettre en évidence la victoire incontestable de tous les Tunisiens., un projet qui n'a finalement pas vu le jour.
À plusieurs reprises, il rappelle qu'il n'est pas un porte-appareil, affirmant qu'il est habité par la passion du témoignage et la soif de l'information et qu'il est convaincu du rôle joué par le journaliste dans la capture l'histoire. En effet, il réussit à écrire l'histoire de la Tunisie par l'objectif et par la pellicule.. La photographie, pour lui, ne peut être qu'une transcription du réel, du quotidien avec tout ce qu'il englobe, de joie et de souffrance ; d'une part elle rafraîchit la mémoire, d'autre part elle propose des témoignages irréfutables.
Habib Osman, jusqu'au dernier moment de sa vie, n'a jamais cessé d'évoquer sa carrière étalée sur plus d'un demi-siècle et de parler de son travail, de sa passion. Il est décrit comme possédé par cet art permettant de transcrire le réel et d'écrire l'histoire par le biais d'un objectif, avec toutes ses péripéties.
Selon certains, ses œuvres sont loin d'être de l'art mais sont plutôt des documents historiques illustrant la naissance d'une nation. D'après d'autres, Habib Osman est un vrai artiste.. et un homme de culture..
Militant Le début de son militantisme remonte à 1934. Habib Osman, encore jeune, choisit de s'engager aux côtés des patriotes tunisiens, en côtoyant Habib Bourguiba et les autres chefs du Néo-Destour dès le début de la lutte contre le protectorat français.
Accompagnant et photographe personnel de Bourguiba dès 1936, Osman prend ses toutes premières photographies à caractère politique à cette date, lorsqu'il l'accompagne à Aïn Jeloula, près de Kairouan, où sévit la famine ; il y prend des clichés montrant une population touchée par la misère, des enfants et des adultes mangeant de l'herbe. Ceux-ci servent d'illustration au discours de Bourguiba, prononcé sur l'esplanade Gambetta à son retour à Tunis. Ce témoignage sur la famine à Kairouan vaut à Habib Osman une peine de prison parce qu'il a révélé au monde entier par ses photos les mécanismes coloniaux de dépossession qui ont permis d'enlever aux Tunisiens leurs meilleures terres et de les attribuer aux colons. Ainsi, il réalise l'importance de la photographie en tant qu'arme décisive contre l'occupant..
vignette|Manifestation du 8 avril 1938 saisie par Osman risquant sa vie sur un trolleybus
Le , il participe au déchaînement, contre l'autorité occupante, du peuple qui déferle dans les rues et les artères de la capitale, scande des slogans revendiquant le pouvoir aux Tunisiens et brandit les banderoles qu'Osman a lui-même écrites.
Le , Osman rend visite à Habib Bourguiba, alité à sa demeure de Rahbat El Ghanem, qui est en train de corriger son article La Rupture. Osman le photographie pour l'histoire : précise Osman des années plus tard.
Comme l'affirment des témoins, il figure parmi les principaux acteurs des événements du même jour... Toujours présent au cœur des épreuves, Osman est dévoré par une très grande envie de fixer à jamais les manifestations populaires immenses de ce jour historique. Dans le but de photographier les foules de manifestants de haut, il n'a qu'une seule option vu que la plupart des habitants des alentours sont Français : Osman monte sur le toit d'un trolleybus en mettant sa propre vie en danger en raison des caténaires. Lorsqu'il apprend que la police française est à ses trousses, il confie les pellicules utilisées pour filmer les événements à Slaheddine Bouchoucha de crainte de les voir confisquées.
Osman est arrêté le par la police, quatre jours après sa participation aux événements. Le , il est jugé par le tribunal militaire français en Tunisie et condamné à six mois de prison pour assaut sur l'armée. Emprisonné le , il est libéré le au terme de sa condamnation. Durant sa période d'arrestation, il est installé à la prison militaire de Tunis avant d'être transféré au pénitencier militaire de Téboursouk puis à celui de Ghar El Melh avec plusieurs autres militants du Néo-Destour.
Armé de son appareil photographique, Osman couvre tous les grands moments du combat pour la liberté mené par le peuple tunisien. Alerte, l'œil vif et le geste précis, il est partout à la fois dans les manifestations populaires, les meetings et les procès. Il frémit et s'émeut quand la scène est pathétique et douloureuse, il exulte et jubile quand l'heure est à la victoire.