Le château de Châteauneuf-sur-Epte est un château sur motte qui aurait été fondé en 1097 par Guillaume Le Roux, alors régent du duché de Normandie, et dont les vestiges se dressent sur la commune française de Château-sur-Epte, dans le département de l'Eure, en Normandie.
Il faisait partie des châteaux ducaux contrôlant l'Epte, frontière avec le domaine royal. Sous Henri II Plantagenêt, le château est considérablement fortifié. Après un temps de paix au , il est renforcé lors de la guerre de Cent Ans, durant laquelle il balance entre les camps anglais et français. Le château perd son intérêt stratégique au , et son démantèlement est ordonné par le cardinal Mazarin en 1647 : le donjon est alors coupé en deux et une moitié est renversée par la sape.
Devenu progressivement une exploitation agricole, il reste cependant propriété de seigneurs jusqu'à la Révolution française. À l'époque moderne, le château demeure une figure du paysage historique eurois. Il est occupé entre 1941 et 1944 par l'armée allemande qui y installe un important relai radio.
Les vestiges bâtis et non bâtis de l'ensemble castral font l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par arrêté du . Le Châteauneuf-sur-Epte fait depuis 2015 l'objet de restaurations menées par l'association Héritage Historique.
Localisation Les vestiges du château se dressent sur le rebord du plateau du Vexin normand, au centre du bourg de Château-sur-Epte, dans le département français de l'Eure. Situé en aval de Gisors, le château surveillait à la fois la frontière franco-normande et son franchissement, à peu de distance, par la route de Paris à Rouen..
Le château actuel
Description Le site est caractéristique des châteaux à motte et basse-cour ; il reprend le schéma dit en tenailles. L'enceinte de la basse-cour circulaire à deux tours-portes vient en effet se refermer sur la motte à tour maîtresse et chemise..
En 1997, le castellologue Jean Mesqui décrit le château comme tel :
gauche|vignette|Intérieur : vue sur la grange, la tour-porte ouest, la muraille et le donjon.
Une source datant de 1903 précise que le matériau utilisé pour la construction est du calcaire travertin, .
La basse-cour accueille un pigeonnier, dont une première existence est attestée en 1412.
Jean-Olivier Guilhot, archéologue et conservateur en chef du service régional de recherches archéologiques de Picardie, et Marie-Pierre Feuillet, également conservatrice en service régional de l'archéologie, comparent Châteauneuf-sur-Epte au château de Freteval. Pour eux, le château est « une transposition en pierre du château à motte ».
Pour l'archéologue Bruno Lepeuple, l'ouverture de la tour-porte ouest est postérieure à la construction du château. Il affirme que la première porte était la tour-porte est, ouverte vers le bourg. Pour lui, cette tour-porte telle qu'elle existe aujourd'hui aurait été construite sur une construction quadrangulaire antérieure, dont quelques restes subsistent. La tour-porte ouest telle qu'elle existe ne présenterait pas d'éléments de chronologie relative, c'est-à-dire qu'elle aurait été érigée à un moment coïncidant avec la reconstruction de la tour-porte est, sans être modifiée depuis.
Préservation et restauration du site Courant 2015, l'association Héritage Historique s'engage pour la préservation, la restauration et l'animation de la vieille forteresse qui tombait jusque-là en ruine. Dans la première année, l'association compte et une soixantaine de bénévoles, qui commencent en 2016 par plus de six mois de défrichage.. Le terrain était alors envahi par un trop-plein de végétation qui endommageait les espaces.
Suite à une une visite de la DRAC de Normandie et à la réalisation d'un diagnostic d'architectes et de relevés de géomètre, de premiers travaux de maçonnerie sont entamés en 2017. Il sont suivis en 2019 par de gros travaux, comme la consolidation de la tour-porte ouest. Des chantiers bénévoles sont menés en parallèle sur des parties du mur d'enceinte, à la base des tours et sur les toitures endommagées.
Les bénévoles ont la possibilité de participer aux chantiers le second week-end de chaque mois. L'association, en partenariat avec l'Union Rempart, organise également des chantiers d'été de deux semaines chaque mois de juillet et d'août depuis 2020.
La restauration du château fait partie des projets retenus du loto du patrimoine 2020. Ainsi, en 2021, la Mission Patrimoine (déployée par la Fondation du patrimoine) octroie une aide d'un montant de à l'association. Cette aide, qui concerne la restauration de la tour-porte ouest, de la courtine, de la muraille sud ainsi que du logis, est estimée à 30,88 % du coût total des travaux.. Les fonds permettent l'intervention de professionnels agréés monuments historiques apportant leurs compétences techniques, ou d'entreprises s'occupant des travaux lourds non réalisables par des bénévoles.
L'association propose des activités de reconstitution historique comme des campements et combats, et ouvre le château à l'occasion des Journées européennes du patrimoine, à la demande de groupes ou à l'occasion de manifestations occasionnelles.
Le projet est d'ouvrir le site au public, avec en parallèle la tenue d'évènements comme des fêtes ou marchés médiévaux, ainsi que l'ouverture d'une ferme pédagogique et d'un centre culturel. Les travaux futurs visent la création d'un parcours de visite permettant aux visiteurs de passer de la tour-porte ouest à la cour noble en passant par le donjon. Le but n'est pas de reconstruire le château comme il l'était quand il assumait encore une fonction défensive, mais plutôt de l'adapter à la visite : pour le donjon, par exemple, le projet est de permettre l'accès au premier étage afin d'offrir une vue sur l'ancienne frontière franco-anglaise.
Histoire
Fondation Le site sur lequel Châteauneuf-sur-Epte a été érigé s’appelait à l'origine Fuscelmont et était rattaché à l'abbaye de Saint-Denis. La zone apparaît aussi sous le nom de Fuscelmont-sur-Epte, en latin. Fuscelmont pourrait signifier « le mont des hêtres » ou, plus vraisemblablement, « le mont des silex ». Le mot fuscel serait en effet issu du mot focile, désignant les silex.
Sur ce terrain, Guillaume le Roux, roi d'Angleterre et fils de Guillaume le Conquérant, construit un premier château à la fin du pour renforcer sa frontière de l'Epte. Ce premier château prend place en limite entre le duché de Normandie et le royaume de France. Vers 1050-1060, une charte de l'abbaye de la Trinité-du-Mont de Rouen relative à des villages proches du site de Châteauneuf-sur-Epte est signée par un certain Hugues de Fuscelmont.
Moyen Âge
: la naissance d'une place forte Si Guillaume le Roux fonde un premier château sur le site, c'est Henri d'Angleterre qui érige le château prenant le nom de Château-Neuf, comme le précise une charte datant de 1154 annonçant que « le Château-Neuf avait été élevé par Henri sur la place de l'ancien château de Fuscelmont ». La forme cylindrique que le château adopte serait apparue à cette époque. Cette forme est un choix stratégique, puisqu'elle ne possède pas d'angle mort, est moins sensible aux béliers et projectiles et nécessite moins de maçonnerie. Le château a comme avantage de bénéficier d'un puits, situé dans l'actuelle cour noble .
Au cours de prospections au niveau de l'église Saint Martin, située à du château, un mobilier céramique datant du - début a été mis au jour. Cette production pourrait avoir un lien avec la création du château.
En 1118, de nouvelles luttes intestines éclatent en Normandie, et assiège le château en 1119.. Au quinzième jour de ce siège, apprenant qu'Henri aurait brûlé la ville d'Evreux, il abandonne le site précipitamment, ne laissant que les huttes enflammées de ses soldats. Le château était alors défendu par Gautier Riblard, comme le raconte ce passage écrit en 1631 :
En , Henri II Planagenêt alors duc de Normandie cède le Vexin normand à Louis VII.
De 1138 à 1153, l'Anarchie anglaise jette le trouble sur la relation entre le pouvoir anglais et le pouvoir normand, allégeant la pression entre la France et la Normandie, et de fait, le Vexin. C'est une période relativement calme pour le château. En août 1151, Henri II Planagenêt, alors duc de Normandie, cède le château (ainsi que le reste du Vexin normand) à Louis VII. Parmi les châteaux et forteresses du territoire, le document d'abandon mentionne le château sous le nom de « Château-Neuf ».
En 1153, Louis VII donne le site à l'abbaye de Saint Denis.. Le but de ce don est d'extraire le château de l'influence de l'évêché de Rouen, qui était alors contrôlé par le roi d'Angleterre. De fait, le château est parfois nommé Châteauneuf-Saint-Denis.
En 1154, Louis VII accorde au village autour du château le droit de tenir un marché chaque vendredi. Selon Laurence Bougant, cette faveur vise , ce qui montre . Le village et le château, érigés à peu près à la même époque, étaient en effet étroitement liés et interdépendants. En 1154, une charte d'Hugues III d'Amiens, archevêque de Rouen, accorde à la demande de l'abbé de Saint-Denis, Eudes, la protection de l'Église à ceux qui fréquenteront le marché établi par le roi cette même année.
L'apparition d'un bourg castral autour du château est, pour l'archéologue Bruno Lepeuple, une typologie courante pour l'époque et la région. Elle s'explique par la volonté de la population de fuir l'insécurité et de se rapprocher de places fortes. Il montre d'ailleurs que les terminologies utilisées lient la création du bourg à celle du château, puisqu'on appelle le château castrum et le bourg castellum. Il révèle également la probable existence d'un moulin à eau en contrebas du bourg, preuve de l'activité économique engendrée par le château et, en conséquence, par le bourg.
Vers 1180, le château est renforcé sous l'impulsion d'Henri II Plantagenêt. Il était en effet repassé du côté anglais en 1160 à la suite du mariage de son fils Henri le Jeune avec Marguerite de France : en guise de dot, Henri II reçut les forteresses de Gisors, de Neaufle et de Châteauneuf-sur-Epte. Au moins deux périodes de travaux ont lieu, en 1180 et 1184, au cours desquelles Henri II restaure et fortifie le château. Il est possible qu'il ait été à l'initiative de l'ajout d'une herse, de mâchicoulis et d'une forme d'ogive à l'archivolte à la porte principale, ainsi que de la création de la tour-porte ouest et du fossé intérieur. En 1184, d'importants travaux sont réalisés pour une somme de plus de 300 livres. Les mentions faites dans les comptes de l'échiquier pointent vers un renforcement des défenses entourant le donjon, un remaniement de l'articulation entre la motte et ses cours, et indiquent que divers bâtiments, ainsi que la chapelle du château, sont rénovées. Cette chapelle castrale, qui ne subsiste pas au , est un élément intrigant. La taille des chapelles castrales variait généralement en fonction de la taille du château, pouvant ainsi aller d'un « simple oratoire ménagé dans une construction à un édifice indépendant ».
En 1192, au retour de la troisième croisade, Philippe-Auguste prend une partie de la région dont faisait partie le château. En 1196, dans un contexte de fortes tensions entre les deux souverains, une convention entre Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion est signée :
Philippe-Auguste, ayant récupété le Vexin, rend le Châteauneuf-sur-Epte à l'abbaye de Saint-Denis. Cette dernière l'échange avec Thibaut de Garlande contre la gruerie de la forêt d'Arthie.. Thibaut de Garlande est un vassal du roi de France : il prête hommage lige au roi, ce qui garantit que le château reste du côté français. À cette époque, la Normandie ayant été intégrée au domaine royal, le château perd temporairement son intérêt défensif.
À la mort de Thibaut de Garlande en 1210, son frère Guillaume hérite du château. Ce dernier revient ensuite à la fille de Guillaume, Jeanne, épouse de Guy le Boutellier puis, en secondes noces, de Jean de Beaumont.