Le Mûrier à papier, Mûrier d'Espagne, Broussonétia à papier ou encore en Nouvelle-Calédonie, Arbre à tapa (Broussonetia papyrifera (L.) L'Hér. ex Vent.), est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Moraceae. C'est un arbre dioïque à feuillage caduc originaire d'Asie orientale et du Sud-Est asiatique.

C’est une plante invasive en Europe, et sa commercialisation a été interdite en Suisse en 2024.

Le mûrier à papier est un arbre pouvant mesurer de de haut. Il possède des fibres végétales dans la couche interne de son écorce, qui depuis les premiers siècles de l'ère commune ont servi en Chine à produire du papier.

La tradition d'une production artisanale de papier de broussonétia a quasiment disparu de Chine sauf pour quelques ethnies du Yunnan (comme les Dai ou les Bai). Au Japon, le Broussonetia papyrifera () est aussi utilisé avec le broussonétia hybride (B. kazinoki x B. papyrifera) ou koso. En Corée, le broussonétia hybride, est une espèce qui pousse à l'état sauvage dans l'île de Gageodo et qui est utilisée pour fabriquer le papier traditionnel hanji (voir Papier d'écorce de mûrier)..

En Chine, les espèces B. papyrifera et B. kazinoki qui sont très proches, ne sont généralement pas très bien distinguées..

Étymologies Le nom de genre Broussonetia est dédié au médecin, ichtyologue et botaniste, Pierre Broussonet (1761-1807)., défenseur du système de nomenclature de Carl Linné et introducteur de pieds femelles de mûrier à papier de Chine à la fin du . En 1799, Charles Louis L'Héritier de Brutelle (1746-1800) lui dédie, le genre Broussonetia de la famille des Moraceae.

L'épithète spécifique papyrifera est un mot de latin botanique formé du latin et du suffixe -fera, du latin fero, ferre « porter » soit . L'étymologie de ces mots latins repose sur le grec ancien : πάπυρος, pápyros « papyrus » et sur φέρω, phérō « porter ». Le mot français papier est issu (vers 1300) du latin populaire °papilus, altération du latin classique papyrus, d'origine grecque. C'est le nom du roseau d'Égypte qui désigne aussi, la feuille mince servant de support à l'écriture (). Les feuilles de papyrus sont exportées d'Égypte en Europe occidentale jusque vers la fin du . Par la suite, le papyrus est remplacé peu à peu par le parchemin, presque exclusivement en usage jusqu'au , puis par le papier à chiffon, d'origine chinoise et transmis par les Arabes..

Nomenclature Linné a d'abord décrit cette espèce en 1753 sous le nom de L. dans .. Il cite la planche d'Engelbert Kaempfer (1712), , 471, t.472, décrivant le papier de broussonétia.

Quoique l'espèce soit connue des botanistes européens et cultivée dans les environs de Paris, elle n'est présente que sous forme de spécimens mâles.. Par la suite, le botaniste Pierre Broussonet (1761, 1807), trouve un spécimen de la plante en Écosse, en prélève une bouture et s'aperçoit que la plante est femelle.. Au Muséum national d'histoire naturelle, Lamarck place alors cette espèce dans le nouveau genre Papyrius (1798). À la même époque, L'Héritier de Brutelle, un magistrat botaniste, créé lui aussi un nouveau genre, sous le nom de Broussonetia. Il est assassiné en 1800, avant qu’il n'ait eu la possibilité de publier une description.

En 1798, le botaniste et mycologue Étienne Ventenat (1757-1808) décrit l'espèce sous le nom de Broussonetia papyrifera dans le .. Après avoir donné une description botanique précise, il indique que .

La citation d'auteur dans l'encadré ci-dessus indique que Ventenat (abr. Vent.) est le responsable de la création du taxon et reconnaît que L'Héritier de Brutelle (et Lamarck) avaient l’intention de le faire. En outre Ventenat indique aussi que l'espèce .

Synonymes Selon Tropicos, les synonymes sont. : Morus papyrifera L. Smithiodendron artocarpoideum Hu Papyrius papyrifera (L.) Kuntze

Description Le mûrier à papier est un arbre pouvant mesurer jusqu'à de haut. Son écorce grise est légèrement striée. C'est une espèce dioïque (les fleurs mâles et femelles sont sur des spécimens différents)..

Ses rameaux sont pubescents et laissent s'écouler un latex blanc si on les taille (ce qu'il supporte assez mal).

Ses feuilles sont disposées en spirale, avec un pétiole de et un limbe largement ovale à étroitement elliptique-ovale, simple ou 3-5-lobé chez les jeunes arbres, de de long sur de large, rêche et vert sur la face supérieure, duveteuse et gris blanchâtre sur la face inférieure et à marge grossièrement dentée en scie, à base cordée et asymétrique et apex acuminé. Les stipules sont largement lancéolées à étroitement ovales, membraneuses et décidues. Les jeunes sujets et les rejets ont généralement des feuilles beaucoup plus grandes et lobées qui diffèrent notablement de celles des sujets âgés.

L'inflorescence mâle est un chaton pendants, gris jaunâtre, oblongs, long de 5- et l'inflorescence femelle est un glomérule globuleux vert 1- de diamètre portant de nombreuses fleurs pistillées séparées par des bractées. La fleur mâle est formée d'un calice (à quatre lobes) et de quatre étamines, et la fleur femelle d'un périanthe membraneux à , d'un ovaire libre et d'un style de de long.

À la fin de l'été, le glomérule laisse éclore de petits tubes orangés d'un centimètre de long, à l'extrémité desquels on trouve une graine rouge d'un à deux millimètres de diamètre. On a alors une infrutescence, un « fruit » sphérique syncarpe, une « mûre » globuleuse, de trois à quatre centimètres de diamètre, rouge-orangé, sucré et juteux mais très fragile. Il peut être une source importante d'alimentation pour les animaux.

Le fruit est comestible et goûteux mais trop fragile pour être commercialisé.

La floraison a lieu en avril-mai et la fructification en juin-juillet.

Distribution Cette espèce d'arbre pionnier dioïque à croissance rapide est très probablement originaire de Chine, de Taïwan et de l'Asie du Sud-Est continentale. Mais en raison de la longue histoire de son usage, de considérables divergentes existent dans la littérature botanique sur l'ampleur de sa distribution.

Selon POWO (Kew Gardens), l’aire de répartition naturelle de cette espèce s’étend de l’Inde à la Corée, la Chine et à l’Indochine. Elle est originaire de l’Assam, Bangladesh, Cambodge, Chine Centre-Nord, Chine Centre-Sud, Chine Sud-Est, Hainan, Inde, Corée, Laos, Myanmar, Taiwan, Thaïlande, Tibet, et Viêt Nam.

Elle a été introduite au Japon, Indonésie, en Europe (Espagne, France, Italie, Roumanie, Bulgarie, Grèce), Pakistan, Tadjikistan… États-Unis, Argentine du NE… où elle s'est naturalisée.

Selon Flora of China, l’espèce est originaire d'Asie tempérée et tropicale Chine (Fujian, Gansu, Guangdong, Guangxi, Guizhou, Hainan, Shandong, Sichuan, Tibet, Yunnan, Zhejiang), Japon (îles Ryūkyū), Corée et Taïwan ; Cambodge, Laos, Birmanie, Thaïlande, Viêt Nam, Malaisie et les îles du PacifiqueSur la base l'analyse phylogéographique de l'espaceur intergénique ndhF - rpl32 du chloroplaste, Chang et (2015) ont démontré que le mûrier à papier du Pacifique est originaire du sud de Taïwan. ;

Cet arbre adventice, à croissance rapide, est également introduit dans le monde entier pour lutter contre l'érosion. Il devient envahissant en Argentine, au Ghana, en Ouganda, au Pakistan, aux Philippines, aux Îles Salomon et aux États-Unis. ; Il est cultivé dans les jardins européens avant l'époque de Linné.

Utilisations Culture La multiplication du mûrier à papier se fait par graines ou boutures (de - prélevées en fin d’été). Il se sème au printemps et sous verre dans les latitudes européennes. Une fois bien enraciné, il peut résister à environ .

De croissance assez rapide, il est tolérant à la sécheresse une fois installé (fréquent en Provence). Il supporte bien les terres calcaires, mais pas les excès d'humidité. Ses racines émettent des rejets même à longue distance, ce qui le rend envahissant.

Le mûrier à papier est souvent employé pour ombrager les terrasses dans le Midi..

En Asie, quand il est recherché pour sa fibre, il est cultivé aussi bien en terrain plat, ce qui permet une récolte facile, qu'à flanc de colline, où les terrains sont moins prisés pour les autres cultures. Il s'accommode aussi bien des terres sèches que des terrains humides. Sa culture est assez facile mais celle du Brousonnetia kazinoki étant plus simple, les deux espèces sont souvent plantées en mélange dans les champs. Les arbustes cultivés donnent de meilleures fibres que les arbustes sauvages ; celles-ci sont épaisses, longues et résistantes. La récolte des tiges peut avoir lieu chaque année. Les arbustes fournissent des écorces utilisées depuis toujours en Asie orientale et dans l'arc pacifique. Elles sont principalement employées dans la fabrication du papier, mais aussi en médecine traditionnelle comme le sont les feuilles et les fruits de l'arbuste.

Papier d'écorce Les fibres de Broussonetia papyrifera sont regroupées en faisceaux dans la couche interne de son écorce. Elles sont formées de cellules minces et creuses atteignant une longueur étonnante de et sont associées aux cellules du phloème qui transportent les nutriments. Ces longues fibres peuvent être aisément séparées du tissu parenchymateux. Grâce à cette propriété, le papier fabriqué avec ces fibres végétales est très résistant tout en restant parfaitement doux.

Les trois grandes traditions de fabrication sont celles de la Chine, du Japon et de la Corée.

Se reporter à cet article, pour des informations historiques, terminologiques, et sur les différences entre les techniques papetières de Chine, du Japon et de la Corée.

Durant deux à trois siècles, les premiers papiers à être fabriqués en Chine sont réalisés avec des fibres de chanvre, de ramie ou de lin. En l'année 105 de l'ère commune, le haut fonctionnaire Cai Lun, propose une innovation pour fabriquer du papier, se résumant à pilonner des écorces de mûrier avec des morceaux de chanvre, de vieux chiffons et des filets de pêche. Cette innovation est décisive pour assurer le succès de la diffusion du papier. Les papiers de broussonétia sont assez couramment utilisés sous les Tang (618-907) pour copier les sutras bouddhistes. Les anciens supports de l'écriture, les lattes de bambou et la soie, respectivement trop lourds et trop chère, ont disparu peu à peu devant le papier.

En Chine, trois caractères (et leur variant) sont utilisés dans les anciens textes pour désigner les mûriers à papier : 构 (構) gòu, 楮 chǔ et 榖 gǔ. Ils désignent suivant les lieux et les époques de manière générique le mûrier à papier, sans faire de distinction entre les trois espèces de Broussonetia actuellement distinguées par les botanistes : 1) Broussonetia papyrifera L'Hér. ex Vent., 2) Broussonetia kazinoki Siebold, 3) B. kazinoki × B. papyrifera (hybride)Voir la bibliographie dans Papier d'écorce de mûrier.. Comme il n'est pas d'usage, dans la langue écrite habituelle (non technique) de mélanger l'écriture en alphabet latin avec les caractères chinois, les botanistes de Flora of China sont convenus de donner les noms vulgaires lexicalisés de 构树 Gòushù au B. papyrifera. et de 楮树 Chǔshù au B. kazinoki. alors que la forme hybride (3) n'étant pas utilisée en Chine n'a pas reçu de nom spécifique (si ce n'est le descriptif Zájiāo gòushù ). La créativité des artisans papetiers chinois, sur un territoire immense, a produit au cours des siècles, une multitude de procédures de production de papier à écorce fabriqués à partir de mûriers à papier sauvages. Mais peu ont survécu au boom économique qui a suivi le programme de réforme économique chinoise de Deng Xiaoping dans les années 1980.