Marie-Joséphine-Louise-Bénédicte de Savoie, née le à Turin et morte le à Hartwell, est une princesse sabaudienne membre de la maison de Savoie. Fille de , roi de Sardaigne, et de son épouse la reine Marie-Antoinette d'Espagne, elle est comtesse de Provence par mariage avec Louis-Stanislas-Xavier de France, un petit-fils du roi de France . Lors de la Révolution, elle est perçue comme légitime reine de France par les royalistes. Mais décédée avant son époux, elle ne sera jamais reine et meurt en exil en Angleterre.

Biographie Enfance Marie-Joséphine de Savoie est née le au palais royal de Turin, la capitale du Piémont. Elle est le troisième enfant et la deuxième fille qu'ont le roi de Sardaigne et duc de Savoie et sa jeune épouse, Marie-Antoinette d'Espagne, fille du roi d'Espagne .

Marie-Joséphine naît sous le règne de son grand-père, le roi . Les frères de la princesse sont les derniers rois de Sardaigne issus de la maison de Savoie. Cette dernière est née dans l'une des cours les plus fermées d'Europe où l'étiquette et la piété prennent le pas sur le naturel. Elle est élevée avec sa sœur cadette Marie-Thérèse de Savoie.

Mariage Après la chute du ministère austrophile de Choiseul dont l'action s'était concrétisée en 1770 par le mariage du dauphin de France (le roi Louis XVI) avec l'archiduchesse Marie-Antoinette, la politique française tend à se rapprocher du royaume de Sardaigne. Pour ce faire, Louis XV marie ses petits-enfants aux enfants du roi Victor-Amédée III de Sardaigne, son cousin germain.

Ainsi Marie-Joséphine devint comtesse de Provence par son mariage le avec Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence (1755-1824), futur roi Louis XVIII, tandis que sa sœur Marie-Thérèse de Savoie épouse en 1773 Charles-Philippe de France, comte d'Artois, futur roi Charles X. En 1775, c'est Clotilde de France qui épouse Charles-Emmanuel de Savoie, le frère aîné de Marie-Joséphine et Marie-Thérèse.

Ces mariages ne furent que peu ou pasLouis XVIII n'eut pas d'enfants, et Charles-Emmanuel IV non plus. prolifiques et, en Sardaigne comme en France, trois frères se succèdentAvec en France, vingt et un ans de république et d'empire, qui empêchèrent le second fils de Louis XVI de devenir roi en 1793. sur le trône avant que leur lignée ne s'éteigneCharles X fut détrôné en 1830 et ses descendants ne purent régner. En revanche, Charles-Félix ne laissa pas de descendance en 1831. en ligne masculine et que la couronne passe à une branche cadetteLa branche suivante en Sardaigne en 1831 fut la branche cadette immédiate, les Savoie-Carignan..

Comtesse de Provence thumb|left|Les armes de la comtesse avant 1795.|redresse Marie-Joséphine, qui avait 17 ans quand elle arriva en France, fut fort mal traitée par la brillante mais superficielle cour de Versailles qui la jugea laide et dépourvue du « bel esprit ».

Les courtisans trouvent laide la jeune comtesse avec ses grands et épais sourcils qui touchait presque les racines de ses cheveux. De plus son hygiène de vie est considérée comme douteuse comme l'affirme l’ambassadeur de Sardaigne en France : alt=|gauche|vignette|redresse|Marie-Joséphine de Savoie, vers 1771. vignette|redresse|Marie-Joséphine de Savoie, comtesse de Provence, par Jean-Baptiste André Gautier-Dagoty, en 1777.|gaucheSon union avec le roi de France Louis XVIII demeure sans postérité, même si, contrairement à ce que colportèrent les rumeurs, elle a bien été consommée. La comtesse de Provence fit en effet deux fausses couches avérées. Louis-Stanislas la délaissa rapidement, préférant la compagnie de « gens d'esprit » à celle de son épouse.

Nonobstant cette réputation peu flatteuse dans le milieu de la cour, la jeune comtesse de Provence parvint par sa souplesse à louvoyer entre les différentes factions qui déchiraient Versailles. Elle entretint avec sa belle-sœur, la pétillante dauphine Marie-Antoinette, des relations courtoises mais sans chaleur. En 1774, à l'avènement de son beau-frère le roi Louis XVI, elle devint la seconde dame de France après la reine et reçut suivant l'usage l'appellation « Madame ».vignette|redresse|Madame la Comtesse de Provence, par Jean-Martial Frédou, vers 1778.Sans enfant, sans influence politique, elle intrigua contre la souveraine, mais sans grand succès, tandis que son époux orchestra une véritable campagne de libelles contre la reine.

En 1780, Madame fit l'acquisition dans le quartier de Montreuil à Versailles d'un pavillon appartenant au prince de Montbarrey. Elle y constitua, par une série d'acquisitions, un domaine d'une douzaine d'hectares, le Pavillon Madame, où elle fixa sa résidence principale, loin du tumulte et des médisances de la cour.

Elle y vit de plus en plus isolée et finit par concevoir une passion brûlante pour sa lectrice, Marguerite de Gourbillon, .

Cependant, la Révolution bouleverse la vie et les amours de Marie-Joséphine. Dès 1789, Monsieur et Madame doivent suivre la famille royale à Paris. Ils sont installés au Petit Luxembourg, à côté du palais que le roi avait attribué à son frère au début du règne. S'y sentant captifs, le comte de Provence ne tarde pas à envisager de quitter le royaume, comme son frère Artois l'avait fait dès .

Ainsi, le , le comte et la comtesse de Provence émigrent, fuyant le royaume de France au cours de la même nuit que la famille royale. À la différence de Louis XVI et de Marie-Antoinette, ils voyagent séparément. C'est en effet aux côtés de Marguerite de Gourbillon que Madame quitte Paris et qu'elle parcourra l'Europe, notamment dans le Saint-Empire puis en Europe de l'Est.

Épouse du prétendant au trône de France En 1795, Louis XVII, le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, meurt à l’âge de 10 ans dans la tour du Temple à Paris.

Le comte de Provence, qui dès 1793 s'était intitulé régent de France, se considère dès lors comme roi de France. C'est la raison qui pousse certains auteurs à la présenter comme la ..

Cependant, Marie-Joséphine mourut en 1810, auprès des siens en Angleterre, quatre ans avant la Restauration et l'accession au trône effective de son mari : habituellement, elle ne figure donc pas dans la liste des reines de France.

Louis XVIII, dans ses mémoires, édités à Bruxelles en 1833 par Louis Hauman et Compagnie, emploie bien le titre de reine lorsqu'il raconte :

alt=|vignette|redresse|Marie-Joséphine, « reine » en exil. La « reine » en exil fit d'ailleurs réaliser, à la fin de sa vie, un portrait d'apparat par Marie-Éléonore Godefroid (1778-1849), portraitiste et célèbre copiste des portraits du baron François Gérard. Ce portrait, où Marie-Joséphine de Savoie apparaît dans une robe blanche qui laisse entrevoir son obésité, est remarquable par deux symboles qui y figurent : un fauteuil garni de tissu à motif fleurdelisé et un diadème aux armes de FranceArticle sur Marie-Eléonore Godefroid et ses portraits conservés au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon dans la Revue des Musées de France, revue du Louvre -décembre 2008.. Réalisé peu de temps avant le retour sur le trône de son mari en 1814, ce tableau, longtemps non localisé, est réapparu en salle des ventes le chez Osenat, à Fontainebleauosenat.fr.

De même, les funérailles de Marie-Joséphine sont dignes d'une souveraine. Le , un long cortège traverse Londres, comportant pas moins de 10 carrosses avec à leurs bords les membres de la famille royale mais également les ambassadeurs de Sardaigne, d’Espagne, de Portugal et des Deux-Siciles, ainsi que les ministres du gouvernement britannique. Marie-Joséphine est tout d’abord inhumée au sein de l’abbaye de Westminster, avant que sa dépouille ne soit transférée dans la cathédrale de Cagliari, en Sardaigne, l’année suivante.

Hommages gauche|vignette|redresse|Madame la Comtesse de Provence en robe de gaulle, par Élisabeth Vigée Le Brun.En 1776, le peintre et graveur turinois Carlo Antonio Porporati, « garde des desseins de S.M. le Roi de Sardaigne » (soi son père), lui a dédicacé Adam et Ève devant le corps d’Abel, gravure au burin d'après le tableau d'Adriaen Van der Weerf (musée de Turin), qui faisait partie de la collection royale ; l'estampe (coll. pers.) porte ses armes d’alliance. L'artiste aurait réalisé en 1796 le portrait de sa royale belle-sœur et rivale Marie-Antoinette.

En 1790 est ouverte en son nom la rue Madame, dans l’actuel de ParisDictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments de Félix et Louis Lazare, éditions Maisonneuve & Larose, 1855, , voie qui est fusionnée à la rue du Gindre constituant l’ensemble de la rue actuelle.

En 2019, une exposition lui est consacrée à la chapelle expiatoire de Paris. Sont exposés des estampes, lettres, dessins, médaillons, cartes, un portrait (vers 1830) attribué à Marie-Élénonore Godefroid et un autre d'après Élisabeth Vigée Le Brun la montrant vêtue d'une robe dite de gaulle, comme dans le célèbre portrait de Marie-Antoinette.

Ascendance

Notes et références

Annexes

Articles connexes Pavillon Madame Pavillon de musique de Madame Histoire de France

Bibliographie [Recueil. Dossiers biographiques Boutillier du Retail. Documentation sur Marie-Josèphe-Louise de Savoie, comtesse de Provence] (1892), Paris : Le Correspondant : Le Cri du peuple Les dernières années de la comtesse de Provence, 1892. Vicomte de Reiset, Joséphine de Savoie, comtesse de Provence, 1753-1810, 1913, Paris, Émile-Paul Frères, 303 pages, lire en ligne. Le Jardin de Madame la Comtesse de Provence à Montreuil-lez-Versailles, contribution à l'étude de l'ancien village de Montreuil, Roger Zimmermann, Jacqueline Zimmermann, [Versailles], J. et R. Zimmermann, 1988. . Matthieu Mensch, Les Femmes de Louis XVIII, Paris, Perrin, 2024, 352 p.. Marie-Joséphine de Savoie (2018), Vanves : Hachette collections, DL 2018.

Liens externes

Catégorie:Naissance à Turin Catégorie:Princesse de Savoie du XVIIIe siècle Catégorie:Princesse de Savoie du XIXe siècle Catégorie:Personnalité féminine italienne Marie-Joséphine Catégorie:Histoire des LGBT en France Catégorie:Naissance en septembre 1753 Catégorie:Décès en novembre 1810 Catégorie:Personnalité morte en exil Catégorie:Décès à 57 ans Catégorie:Duchesse d'Alençon Catégorie:Comtesse de Provence Catégorie:Duchesse de Vendôme Marie Josephine Catégorie:Épouse d'un prétendant au trône de France Catégorie:Louis XVIII