Louis d’Orléans, dit le Pieux ou le Génovéfain, est né au château de Versailles le et est mort à l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris le . Il est le fils de Philippe d'Orléans, le régent et neveu de , et de son épouse Françoise-Marie de Bourbon, fille légitimée du roi. Duc de Chartres à sa naissance, il devient premier prince du sang en puis duc d'Orléans à la mort de son père en . Il est l'arrière-grand-père du roi des Français .

Marquis d'Argenson, Journal, juillet 1742.

Biographie Petit-fils de Louis le Grand (1703-1717) Petit-fils et petit-neveu de , il en porte le prénom. Il est le fils de Philippe duc d'Orléans et de la deuxième Mademoiselle de Blois, fille légitimée de France que eut de sa maîtresse, la marquise de Montespan. Louis d'Orléans est élevé un peu par sa mère et par sa grand-mère, la fameuse princesse Palatine, et, à partir d', par un précepteur helléniste, l'abbé oratorien Nicolas-Hubert Mongault, lequel publiera quatre ans plus tard une traduction critique de Cicéron longtemps inégalée.

Il a douze ans quand en le Roi-Soleil, son grand-père maternel et son grand-oncle paternel, meurt, et que son père est reconnu par le Parlement comme régent du royaume le temps de la minorité de . Celui-ci n'a alors que cinq ans.

Fonctions durant la régence (1718-1723) Prétendant possible au trône dans le cas où son cousin le roi mourrait prématurément, le duc de Chartres est poussé très jeune par son père à s'intéresser aux affaires de l'État. Prince du sang, il est admis au Conseil de Régence dès l'âge de quatorze ans, le . Le lendemain, il siège dans une des sept composantes de ce gouvernement, le Conseil de la Guerre. Il n'hésite pas à s'opposer à certaines décisions de son père et à son principal ministre le cardinal Dubois. Il se livre, selon le baron de Besenval, .

En 1719, une fois le régime de la polysynodie révoqué, il est nommé gouverneur du Dauphiné à l'âge de 16 ans. S'il ne réside pas dans cette province, comme le veut l'usage, il s'acquitte de sa tâche avec beaucoup d'application. En 1720, il est nommé grand-maître de l'Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, auquel il cherchera à rendre un lustre passé. En 1721, il devient colonel général de l'infanterie.

Le , un lit de justice constate la majorité du roi , sacré le précédent à Reims, et donc la fin de la Régence ; mais le duc d'Orléans continue de gouverner en tant que Principal ministre d'État. Cependant, il meurt à Versailles le . Le jeune roi nomme à sa succession un autre de ses oncles Monsieur le Duc, rival des Orléans, qui écarte du pouvoir le nouveau duc d'Orléans, (notre Louis).

Mariage (1724-1726) vignette|gauche|250px|Auguste de Bade-Bade. Dès lors, c'est la duchesse douairière d'Orléans qui prit en main la vie de son fils et décida de le marier au plus tôt afin d'assurer la succession de son mari et peut-être du roi. En effet, malgré son jeune âge le roi était déjà fiancé à l'infante Marie-Anne-Victoire d'Espagne qui, déjà envoyée d'Espagne à Versailles pour y recevoir une éducation française, était âgée de et ne pouvait espérer donner un héritier à la couronne dans un temps proche.

Déjà, à la fin de , l'ambassadeur de France en Russie essaya de conclure une alliance avec une fille du tsar , la grande-duchesse Élisabeth, mais outre l'obstacle de la religion, une telle union pouvait passer pour une mésalliance, même pour un arrière-petit-fils de France qui, en cette qualité, devait se contenter du prédicat d'altesse sérénissime. La Russie était considérée encore comme un pays à moitié barbare et la mère de la grande-duchesse était « de basse extraction ».

Lorsque le régent mourut en , il fut jugé urgent d'arrêter un parti et ce d'autant plus que le gouvernement fut confié par le jeune roi, majeur depuis peu, au duc de Bourbon (Monsieur le Duc cité ci-dessus), chef d'une branche cadette de la famille royale et rivale des Orléans.

Le choix se porta sur la princesse Auguste Marie Jeanne de Bade (branche catholique de Baden-Baden) (-), que la cour connaîtra sous le nom de « Jeanne de Bade », fille du feu margrave Louis-Guillaume de Bade-Bade, héros de la guerre contre les Turcs, et de Françoise-Sibylle de Saxe-Lauenbourg régente de Bade-Bade pour son fils Louis-Georges, princesse qui présentait l'avantage d'une généalogie sans tache et dont les deux parents étaient au surplus catholiques. Ceci compensait une dot misérable de seulement qui fit se gausser la cour. Le mariage eut lieu le à Châlons-sur-Marne.

Ce mariage permettait à l'intelligente régente du margraviat de s'allier son puissant voisin français (qui avait ravagé ses terres pendant la guerre de Succession d'Espagne). Cependant la cour et la ville se gaussèrent de ce mariage convenable mais guère brillant. Le père de la mariée n'était qu'un de ces innombrables souverains allemands régnant sur une petite principauté, pas même Prince-électeur et sans réelle fortune. La princesse, parfaitement éduquée, fit les délices de la cour qui pleura sa mort prématurée. Elle fut jusqu'au mariage du roi en , la première dame de la cour.

Le couple, qui s'aimait tendrement et demeurait surtout au château de Saint-Cloud, eut deux enfants. Seul survivra l'aîné, Louis-Philippe d'Orléans, né le .

Le , le duc d'Orléans est chargé de représenter le roi pour son mariage par procuration qui a lieu à la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, étant donné que la fiancée, Marie Leszczynska, et sa famille vivaient (depuis 1719) à Wissembourg, en AlsaceJ. Ch. F. Hœfer, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, , , Firmin Didot Frères, Paris, 1862..

Veuvage (1726-1741) gauche|vignette|350x350px|Louis d'Orléans. Auguste de Bade-Bade meurt en donnant naissance à son second enfant, Louise-Marie d’Orléans, le . Alors qu'elle était près de son terme, la duchesse douairière d'Orléans, sa belle-mère, l'avait sommée de se transporter à Paris pour accoucher au Palais-Royal. Fidèle jusqu'à la mort, le veuf refusera les différents remariages présentés par sa tante paternelle, la duchesse de Lorraine Élisabeth-Charlotte d'Orléans.

De la mort de son père le Régent en 1723 à la naissance du dauphin Louis en 1729, Louis d'Orléans est, concurremment avec , héritier présomptif du trône de France, la question de la validité des renonciations des Bourbons d'Espagne à la Couronne de France au moment du traité d'Utrecht de 1713 n'étant pas définitivement tranchée. Écarté du gouvernement par son cousin le duc de Bourbon, il s'efforce de restaurer la puissance de la maison d'Orléans en s'appuyant sur son fidèle ami le comte d'Argenson, nommé chancelier de la maison d'Orléans en 1723. Comme premier prince du sang, il siège dans tous les conseils et n'hésite pas à opiner sur les affaires de politique.

Ses relations avec , de sept ans son cadet, resteront cordiales même s'il reproche au roi ses mœurs dissolues. La reine Marie Leszczyńska lui manifeste une grande sympathie, de même que le cardinal de Fleury, premier ministre de fait.

Néanmoins, en 1740, , sur les instances de Fleury et pour des raisons politiques, ne peut accorder au fils du duc d'Orléans la main de sa fille, Madame Henriette, bien que les jeunes gens éprouvent l'un pour l'autre une tendre inclination. En effet, n'avait qu'un fils, le dauphin Louis. En cas de disparition de celui-ci, le trône de France serait revendiqué à la fois par le duc d'Orléans et par le roi d'Espagne, (petit-fils de et cousin germain maternel de notre duc Louis), qui considère comme nulle la renonciation à ses droits que la Grande-Bretagne lui avait extorquée au traité d'Utrecht de 1713. Marier une fille du roi au fils du duc d'Orléans serait, dans cette possible querelle, donner de l'importance à ce dernier, ce qui ne manquerait pas d'indisposer l'Espagne, que le cardinal cherche au contraire à ménager. Le duc de Chartres se rabat sur la fille du prince de Conti, Louise Henriette de Bourbon-Conti, qui le trompera outrageusement.

thumb| rue Descartes : hôtel particulier (aujourd'hui, cure de l'église Saint-Étienne-du-Mont), où est mort LouisJacques Hillairet - Dictionnaire historique des rues de Paris - , .

Retraite (1742-1752) En 1742, Louis d'Orléans, dont la dévotion n'avait cessé de grandir depuis un veuvage qui l'avait laissé inconsolable, se retire à l’abbaye Sainte-Geneviève, où il a pris un appartement depuis 1730F. Rousseau, Mémoires du Président Hénault, , Slatkine, Genève, 1971.. Il y passe les dix dernières années de sa vie. Tout en continuant de se tenir au courant des affaires, gérer son apanage, recevoir, il se consacre à des œuvres charitables et au financement d'expériences scientifiquesÉ. Monnais, « 1752. Mort de Louis, duc d'Orléans. », in A. V. Arnault , Éphémérides universelles, "février", , , Monnais, Paris, 1835..

Les savants se bousculent autour de lui. Il forme lui-même un cabinet d'histoire naturelle ainsi qu'un riche médaillier. Il se passionne pour les arts et les sciences (physique, botanique, chimie, bibliophilie, langues orientales, exégèse biblique : il défend l'historicité des Saintes Écritures et la véracité du christianisme), acquérant une vraie compétence dans ces domaines. Réputé hébraïsant, il s'initie au syriaque et au chaldéen. Ses ouvrages, érudits et pieux, resteront à l'état de manuscrits.

Il fut également un grand ami et bienfaiteur des Dominicains, réputés pour leur science théologique, et légua par testament six mille livres à leur couvent de la rue Saint-Honoré et à tout l'ordre sa bibliothèque avec les manuscrits des ouvrages qu'il avait composés. En remerciement le maître de l'Ordre, Antonin Bremond, composa un poème latin en son honneur et imposa à tous les couvents de son ordre une messe solennelle de Requiem, à tous les prêtres une messe, à tous les religieux non prêtres le psautier et à toutes les religieuses un chapelet pour le salut de son âme.

Sur la fin de ses jours, le Prince montre un peu de confusion mentale. Il doute que l'on puisse mourir et ne donne pas de crédit aux naissances qu'on lui annonce. Il meurt durant un épisode de la crise gallicane ravivée par l'Affaire des billets de confession. L'abbé Bouettin, ultramontain qui a alors la cure de Saint Étienne du Mont et le soupçonne de jansénisme, lui refuse les derniers sacrementsJ. Ch. F. Hœfer, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, , , Firmin Didot Frères, Paris, 1862. au prétexte, selon Besenval, qu'il refuse de reconnaître ses petits-enfants, ne croyant pas à leur légitimité. Il fait défense de poursuivre l'abbé pour son refus et c'est son propre chapelain qui lui accorde le viatiqueJ. Ch. F. Hœfer, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, , , Firmin Didot Frères, Paris, 1862.. Il fait don de son corps aux chirurgiens de l'École de médecine mais il est enterré dans l'église de l'abbaye royale du Val de Grâce.

Ascendance

Titulature et décorations Titulature Majorats Louis d'Orléans reçoit à sa naissance le titre de duc de Chartres. Suivant une tradition remontant à son grand-père paternel, Philippe d'Orléans, Monsieur frère de , il transmet à son tour ce titre à son fils aîné à la naissance de celui-ci, en 1725.

Il se voit attribuer le titre de premier prince du sang à la mort de son dernier détenteur, Henri Jules de Bourbon-Condé, en 1709.

À la mort de son père, en 1723, il hérite des duchés d'Orléans, de Valois, Nemours et Montpensier. Il achète le la moitié du comté de Soissons aux directeurs de la succession du prince de Carignan (A.N. MC/ET/CXV/685)

Prédicats : Son Altesse Sérénissime Louis d'Orléans, prince du sang, duc de Chartres : Son Altesse Sérénissime Louis d'Orléans, premier prince du sang, duc de Chartres : Son Altesse Sérénissime Louis d'Orléans, premier prince du sang, duc d'Orléans

Décorations dynastiques

50px|Ordre de la Toison d'Or Chevalier de l'ordre de la Toison d'Or (1724)