Le (abrégé RKO) est une entité administrative mise en place par le Troisième Reich sur des territoires conquis en 1941 lors de l'. Il comprend les territoires des pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) et une partie de la Biélorussie. Décidé lors de la conférence du , il fait suite à l'euphorie des premiers succès contre l'Armée rouge, à laquelle participaient notamment Adolf Hitler et Alfred Rosenberg, le Reichskommissariat se transforme rapidement en champs clos de massacres de masse de Juifs de toute l'Europe et de Slaves en vue de réaliser le plan général pour l'Est, schéma directeur de la mise en exploitation de ces territoires. Cette politique entraîne la création de mouvements de résistance puissamment organisés, dont l'action se révèle décisive lors de la reconquête de ces territoires par les Soviétiques au début de ().

Antécédents et préparation Première Guerre mondiale

Au cours du premier conflit mondial, de nombreux responsables politiques, économiques et militaires du Reich envisagent une expansion territoriale, économique et politique vers l'est.

Le chancelier Bethmann Hollweg estime que la Russie doit être repoussée à l'Est, tout en s'opposant, en 1914, à l'incorporation de la Lettonie et de l'Estonie au Second Reich. Il est rapidement débordé par les pangermanistes groupés autour de Heinrich Class qui, dans un mémoire sur les buts de guerre, expose sa vision des territoires baltes : pour lui, la Lituanie et les provinces baltes de l'Empire russe sont des terres de colonisation germanique. Un certain nombre de hauts fonctionnaires et de ministres prussiens, appuyés par Hindenburg et Ludendorff, les industriels, ainsi que les souverains des États fédérés au sein du Reich soutiennent cette politique d'intégration au Reich et de germanisation. L'administration militaire des territoires occupés à l'est, l' ou , mise en place dès 1915, prépare ce dessein en mettant tout d'abord l'exploitation de leurs ressources au service de l'effort de guerre allemand.

La guerre se prolongeant, certains responsables du Reich, notamment au ministère des Affaires étrangères, évoluent dans leurs conceptions : ainsi, Gottlieb von Jagow, ministre des Affaires Étrangères, préconise durant l'automne 1914 la création d'un duché de Courlande, fortement lié au Reich, puis à , l'annexion pure et simple de la Lituanie, de la région de Grodno, de la Courlande et d'une partie de la Livonie. Il envoie une mission d'études dans les régions baltes qui se conclut par un projet d'annexion des provinces baltes de l'Empire russe. Ce projet comporte également la germanisation au moyen de la colonisation et de l'assimilation des populations autochtones de ces régions. Cette vision est relayée par les milieux germano-baltes, victimes de la politique de russification mise en place à partir des années 1880 ou expulsés vers le Reich.

Les projets d'annexion de la Lituanie et de la Courlande se précisent et sont présentés aux alliés du Reich dans le courant de , puis au cours de : en , l'Allemagne rappelle sa volonté d'annexer la Lituanie, la Courlande, la Livonie et une partie de l'Estonie, dont le golfe de Riga.

Élaboration du projet nazi Dès les années 1920, Adolf Hitler, tout en restant vague sur certains points du programme expansionniste du parti nazi, souhaite la mise en place d'une « politique extérieure réellement allemande » alliant racisme biologique et conquête de territoires dans l'Est de l'Europe. Ainsi, il s'oppose à la politique de germanisation des Slaves, et défend jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme l'atteste un entretien avec Martin Bormann le , la nécessité non seulement de projets allemands de colonisation de l'Est européen mais aussi de leur réalisation.

Objectifs politiques, coloniaux et raciaux

À partir de 1935, l' () élabore divers projets de réaménagement des territoires de l'Est, notamment dans le cadre du plan général pour l'Est. Les premiers succès de la guerre à l'Est incitent les différents pôles d'autorité dans le Troisième Reich à préciser au plus tard durant leurs projets sur les territoires conquis. Au cours du mois de , le partage des tâches est opéré par Hitler : l'armée n'est compétente que pour la zone du front, et pour l'exploitation économique, dans la mesure où celle-ci concerne l'approvisionnement des troupes, des commissaires civils placés sous l'autorité de l' doivent assumer l'administration des territoires situés en arrière du front, Himmler dispose de compétences pour les , tandis que Göring des compétences pour les affaires économiques. Rosenberg projette de redécouper l'espace soviétique en plusieurs ensembles territoriaux : il prévoit pour la Biélorussie une forme étatique viable sous contrôle allemand, tandis que les pays baltes seraient colonisés puis, après expulsion des éléments non germanisables de la population, germanisés et intégrés dans le Reich au bout de deux générations. Après la fin du conflit, l' doit connaître le même sort que les pays baltes, selon une circulaire du . Au terme de ces préparatifs, il apparaît que l'armée est évincée des tâches administratives et que le partage des responsabilités entre les administrations dirigées par Göring, responsable du plan de quatre ans, Rosenberg, nommé ministre des Territoires occupés de l'Est, et la SS, chargée de la police et de la germanisation, contribue à créer un enchevêtrement de compétences de plus en plus inextricable.

Ainsi, à l'été 1941, l'Office du Reich à l'aménagement du territoire se voit confier la tâche de proposer un plan de restructuration des territoires conquis à l'Est. Les différents projets proposés à Hitler par ses proches, Himmler, Rosenberg ou des spécialistes nazis de ces questions, ne divergent que sur les modalités de mise en œuvre de la politique raciale et territoriale dans l'Est.

La colonisation des espaces orientaux est prévue dans un cadre planifié : un découpage en , avec la création d'un réseau urbain hiérarchisé, la transformation des paysages et des modes d'exploitations agraires. Ce plan, proposé à Himmler le , est rejeté par Hitler le ; un nouveau projet est élaboré durant l'automne pour intégrer à l'Ostland l'Ingrie et l'Ukraine.

Ce remodelage des paysages de l'Ostland est la conséquence des objectifs territoriaux du Reich dans les pays baltes, destinés après l'assimilation de la partie « germanisable » de la population à être intégrés dans le Reich, les éléments indésirables étant expulsés en Biélorussie.

Dans un discours à Prague, le , Heydrich expose, au nom du (Office central de la sécurité du Reich), les objectifs coloniaux assignés aux régions de l'Est : il propose d'intégrer à la population de Reich les Lettons, les Estoniens et les Lituaniens, . Il propose l'expulsion plus à l'Est de trois quarts de la population de Biélorussie, des deux tiers des Ukrainiens et de 85 % des Polonais. Le plan du RSHA, très ambitieux du point de vue démographique, prévoit la réinstallation en Sibérie des éléments non germanisables des populations des pays baltes et de Biélorussie, et la spécialisation économique des territoires de l'Est ; il n'est connu qu'indirectement, au travers de l'analyse détaillée réalisée par Erhard Wetzel du ministère des Territoires occupés de l'Est. Wetzel partage la volonté de germaniser les territoires de l'Ostland, au prix de l'expulsion de la majeure partie de la population de Biélorussie, soit environ une trentaine de millions d'individus. Si Wetzel s'oppose à la déportation des éléments non germanisables des populations baltes en Sibérie, qui risque de susciter l'opposition de la population dans son ensemble, et propose d'en faire des cadres pour la population russe, son rapport montre qu'il existe un consensus sur la politique raciale à l'Est et que la discussion ne porte que sur les modalités d'application.

De son côté, la SS de Himmler ne reste pas en retrait dans l'élaboration de projets coloniaux dans l'Ostland. En effet, selon la mouture du plan général pour l'Est développée par la SS, l'Ostland est destiné à être germanisé après la victoire du Reich, par la mise en œuvre de projets de colonisation impliquant à la fois des Allemands du Reich et des .

Alliance avec les autonomistes baltes vignette|redresse|alt=Photo au format photo d'identité|Kazys Škirpa . La création du est notamment préparée par l'appui accordé par les nazis aux mouvements autonomistes baltes, particulièrement aux groupes lituaniens. À l'origine, selon le plan de Rosenberg, le Reichskommissariat devait porter le titre de « Baltenland ». Après l'entrée de l'Armée rouge et l'annexion des pays baltes par l'URSS au cours de , en vertu du Pacte germano-soviétique, les organisations autonomistes développent une argumentation dans laquelle elles dénoncent à la fois l'occupation de leur pays par l'URSS et la collusion entre les Juifs et le NKVD. Leur anticommunisme et leur antisémitisme se rejoignent dans la dénonciation des Juifs, qui .

En Lituanie, les organisations nationalistes, au départ divisées entre les proches du président Antanas Smetona, plutôt de tendance nationaliste conservatrice, et les fascistes des Loups de Fer, fusionnent au début de , pour fonder le Front des activistes lituaniens (LAF) regroupé autour de Kazys Škirpa, réfugié à Berlin. Cette organisation mène durant le une campagne de propagande, pour préparer l'invasion, qu'elle envisage comme le prélude à l'indépendance. Relayée sur place par des activistes clandestins, souvent d'anciens membres de la police secrète lituanienne, cette campagne se met en place depuis le territoire du Reich, en s'appuyant sur des émissions de radio et sur des tracts diffusés par des agitateurs infiltrés sur place.

Création

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Le est placé sous la responsabilité du ministère des Territoires occupés de l'Est d'Alfred Rosenberg. Cette nouvelle entité administrative est placée sous la direction de Hinrich Lohse, membre du parti nazi depuis 1923 et puis haut président du de Schleswig-Holstein. Elle comporte quatre districts : l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Ruthénie blanche, rattachée au commissariat le .

Le Lohse doit composer avec la hiérarchie SS, dirigée par Friedrich Jeckeln, chef de la police et de la SS, chargé du maintien de l'ordre, mais aussi de la politique d'extermination systématique des Juifs. Jeckeln reçoit ses ordres directement de Himmler et de ses plus proches collaborateurs. vignette|De gauche à droite : Drechsler, Lohse, Rosenberg (les yeux mi-clos) et Medem, en 1942 à Doblen (Baltikum).

Cette double hiérarchie, placée sous le contrôle de vétérans nazis, constitue un foyer de luttes de pouvoir entre Rosenberg et ses représentants sur place d'une part, Himmler et ses subordonnés d'autre part.

Ce conflit se cristallise notamment à propos des modalités d'extermination des Juifs déportés du Reich dans le commissariat. La SS procède à l'extermination systématique de tous les Juifs du Reich déportés en Biélorussie, ce qui suscite de vives critiques du de Ruthénie blanche Kube. Il proteste contre la déportation des anciens combattants juifs allemands et de Juifs nés de mariages mixtes, mais aussi contre le pillage des biens des Juifs sur le point d'être exécutés, et contre la méthode utilisée pour mettre à mort les Juifs du Reich. Si Kube ne s'oppose pas aux meurtres de masse, il souhaite que les exécutions des Juifs originaires du Reich soient menées de manière « plus humaine » .