Cette affaire appelée par des auteurs contemporains affaire de SolagesNom donné à cette affaire par Auguste Puis dans son ouvrage Les lettres de cachet à Toulouse au dix-huitième siècle, d'après les documents conservés aux archives départementales, Paris et Toulouse, 1914. ou affaire de Madame de BarrauPersée, Annales du Midi, 29-115-116, année 1917, compte-rendu de Jean Adher sur l'ouvrage d'Auguste Puis, pages 283 à 284. se rapporte à deux lettres de cachet délivrées au contre deux jeunes nobles, la dame de Barrau, née de Solages, et son frère le comte de Solages, qui est officier. Cette affaire éclaire notamment d'un jour nouveau les raisons de la présence du comte de Solages parmi les sept prisonniers de la Bastille délivrés par les révolutionnaires le 14 juillet 1789.
Gabriel Bernet, dans un article intitulé La dame de Barrau aux Tiercerettes et le du comte de Solages. fait débuter cette affaire avec l'enlèvement de la dame de Barrau, née en 1740 Pauline de Solages. Madame de Barrau, déterminée à fuir son mari Jean Antoine de Barrau, auquel elle avait été mariée en 1759 et dont elle se plaint, a fait appel à son frère Hubert de Solages (1746-1824). Celui-ci réussit à l'enlever, mais le frère et la sœur sont arrêtés et enfermés en 1765 et 1767. Sur le motif de la lettre de cachet obtenue par Antoine Paulin de Solages à l'encontre de sa fille, Auguste Puis écrit « le père, circonvenu par le mari, persuadé de l'inconduite de sa fille, et afin de cacher le motif réel, se résolut à ce que Ginesty [qui était alors subdélégué de Saint-Priest, intendant du Languedoc] appelle une supercherie » et que « le mystère plane sur cette ténébreuse machination ». Selon Gabriel Bernet, « bien des parties demeurent obscures » dans cette affaire.
Les personnages et les faits Pauline (1740-v.1800) et son frère Hubert (1746-1824) sont les enfants d'Antoine-Paulin de Solages, seigneur marquisTitre de courtoisie. de Carmaux, et de Marie Guyonne de La Roque-Bouillac.. La famille de Solages est une famille de l'ancienne noblesse du Rouergue. Hubert de Solages était sous-lieutenant au régiment de Condé-dragons depuis 1763. En 1759, Pauline avait épousé « Jean Antoine de Barrau, d'une honorable famille noble du Rouergue, quatrième fils et héritier de Pierre Firmin de Barrau son père, seigneur de Caplongue et de Trémouilles. Les Barrau habitaient au château de Carcenac, au sud de Rodez, où Pauline suit son mari ».
Gabriel Bernet rapporte qu'à la suite de son mariage, Pauline de Solages (qu'il appelle par un autre de ses prénoms, Charlotte) est amenée « sur une montagne déserte » et que « malgré deux maternités, la mésentente va grandissant dans le foyer ». Il ajoute qu'elle se confie au curé du village de Carcenac, où elle vit chez son mari, et que ce curé « lui conseille même « d'écrire au comte de Solages son frère » ».
En mai 1765 Hubert de Solages enlève sa sœur à la suite d'une lettre de cette dernière, dans laquelle elle décrit sa situation avec son mari : « (...) victime de ses imaginations outrageantes, je m'étais déterminée à le fuir et à quitter Carcenac ».. vignette|redresse|Plan du fort de Brescou. vignette|130px|Le château de Vincennes. vignette|redresse|La Bastille au . vignette|redresse|La prise de la Bastille en 1789. Antoine Paulin de Solages, indigné de l'attitude de son fils, le fit arrêter et enfermer par lettre de cachet du .. Hubert de Solages est d'abord enfermé au château de Ferrières, près de Castres (Tarn), puis le , au fort de Brescou au large du cap d'Agde. Le , il est emmené au château de Pierre-Encize, aux portes de Lyon, d'où il s'évade. À la suite d'une réunion de famille qui se tient en 1781 à Cordes-sur-Ciel, il est transféré au château de Vincennes le , puis il est enfermé à la Bastille, à Paris, le . Il arrive presque en même temps que le marquis de Sade et il occupe un logement au de la tour de la Bertaudière face à la rue Saint-Antoine, proche de celui de Sade. Il occupe ses journées en jouant du violon, en lisant et en écrivant. Sa famille paie francs pour sa pension et pour son entretienAuguste Puis invite à consulter les archives de la Bastille à la bibliothèque de l'Arsenal, à Paris, où se trouve un dossier sur Hubert de Solages.. Le , lors de la prise de la Bastille, il est l'un des sept prisonniers du château, avec quatre faussaires et un dément, libérés et conduits par la population parisienne jusqu'à l'Hôtel de Ville où il est félicité par la municipalité qui lui trouve « une figure noble et imposante ». Il est hébergé à l'hôtel de Rouen par les soins du président du district de l'Oratoire, aux frais des districts. Puis il retourne chez lui en Albigeois. Hubert de Solages sera ainsi resté captif durant vingt-quatre annéesAuguste Puis, Les Lettres de cachet à Toulouse au , pages 140 à 142.. 130px|thumb|right|redresse|Le chevalier de Solages, oncle du frère et de la sœur de Solages. Auguste Puis écrit : « Sa sœur, Pauline de Barrau, avait été arrêtée en même temps que lui, sur l'ordre de son père et de son mari, et conduite au couvent de l'Isle-d'Albi, où elle demeura jusqu'en 1767. Elle fut ensuite transférée aux Tiercelettes de Toulouse ; (...). »Auguste Puis, Les lettres de cachet à Toulouse au dix-huitième siècle, d'après les documents conservés aux archives départementales, page 142, Paris et Toulouse, 1914.. Gabriel Bernet donne une autre version et indique qu'après avoir quitté son mari en 1765, Pauline de Solages, qui avait trouvé refuge dans le château de son père en Albigeois, est enfermée à son tour en 1767, deux ans après son enlèvement, dans un couvent de religieuses à L'Isle-d'Albi, à la suite d'un ordre du roi obtenu par son père Antoine Paulin de Solages. Elle est ensuite transférée au couvent des Tiercerettes de Toulouse jusqu'en 1777, date à laquelle elle est remise en liberté à la demande de son père et de son oncle, le chevalier de Solages (Gabriel de Solages), mais elle préfère rester au couvent plutôt que de retourner auprès de son mari.. En 1782, son mari et son oncle le chevalier de Solages demandent de nouveaux ordres contre elle et elle est conduite au couvent Notre-Dame de Saint-Affrique, au diocèse de Vabres. En 1786, après avoir été menacée d'internement à nouveau à Toulouse, elle est finalement conduite dans un couvent de Castres.
Auguste Puis écrit qu'Antoine Paulin de Solages, circonvenu par son gendre Jean Antoine de BarrauAuguste Puis, Les lettres de cachet à Toulouse au dix-huitième siècle, d'après les documents conservés aux archives départementales, page 168, Paris et Toulouse, 1914. Auguste Puis écrit : « J'ai aussi sous mes yeux une lettre du père de la dame de Barrau du 11 août de la même année 1776, où il déclare qu'il reconnaît les fausses accusations du sieur de Barrau contre sa femme et toute sa supercherie ; ce sont également ses expressions. On doit naturellement présumer que le père et l'oncle de la dame de Barrau avaient pris les moyens les plus propres pour s'assurer de la vérité de ce qu'ils affirmaient dans leurs lettres au Ministre et à elle-même. », avait fait écrire par sa fille et sous la menace une lettre au curé de Carcenac qui servit de base à l'accusation. Il ajoute que le marquis de Solages reconnaîtra plus tard « la fausseté et la noirceur de toutes les plaintes » de son gendreAuguste Puis, Les lettres de cachet à Toulouse au , page 150..
Les différentes causes d'enfermement évoquées Hubert de Solages est arrêté en 1765 « pour cause connue au roi », mais les chefs d'accusations ne sont pas clairement définis.. Pauline de Solages épouse de Barrau est enfermée en 1767 avec pour base d'accusation « une lettre que son père le marquis de Solages lui fit écrire sous la menace au curé de Carcenac et dans laquelle elle étalait pour le digne ecclésiastique les sentiments les plus tendres ».. Néanmoins, d'autres motifs ont été évoqués pour ces deux arrestations.
L'enlèvement de la dame de Barrau, sa vie auprès de son époux et le rôle de ce dernier, les liens familiaux
Gabriel Bernet fait débuter cette affaire par « l'enlèvement de la dame de Barrau ».
Dès 1776, le marquis de Solages reconnut avoir été trompé par son gendre, Jean Antoine de Barrau qui, « par de fausses accusations et par supercherie » écrira le marquis, l'avait persuadé de l'inconduite de sa fille. Auguste Puis écrit : « le père, circonvenu par le mari, persuadé de l'inconduite de sa fille, et afin de cacher le motif réel, se résolut à ce que Ginesty appelle une supercherie ; il fit écrire, avec les plus terribles menaces à sa fille, une lettre au curé de Carcenac, où elle étalait pour le digne ecclésiastique les sentiments les plus tendres, et la fit porter au destinataire qui, étonné, après l'avoir lue, la rendit à l'exprès. Cette lettre, preuve de ses déportements, servit de base a l'accusation ».. Mettant à profit cette lettre écrite au curé de Carcenac, le marquis parvint à obtenir un ordre du roi à l'encontre de sa fille, mais ce n'est qu'en 1767, deux ans après son enlèvement qu'elle est enfermée dans un couvent de religieuses à Lisle-sur-Tarn. Gabriel Bernet écrit en conclusion de son article que bien des parties de ce drame familial demeures cependant obscures et qu'il serait vain d'interpréter les actes et les sentiments de cette époque..
On apprend par Pauline et par son oncle Gabriel de Solages que Jean Antoine de Barrau est « dur, avare, cruel, injuste, jaloux sans sujet »Auguste Puis, Les Lettres de cachet à Toulouse au , page 154.. « (...) ; elle n'avait pas 15 ans lorsqu'elle se maria, son mari, le plus dur et le plus avare des hommes, la confina dans une montagne déserte où il la traita en esclave, (...), qu'il n'ose taxer sa femme de crime, mais seulement d'être mauvaise économe et de peu d'égards pour lui, qu'il la força à écrire des lettres et s'en servit contre elle »Auguste Puis, Les Lettres de cachet à Toulouse au , pages 144 et 151 à 152. rapporte Gabriel de Solages.
Jean Antoine de Barrau justifie la lettre de cachet contre sa femme par son inconduite, ses désordres, ses mauvaises fréquentations, son endettement, « pour cause d'aliénation de l'esprit »Auguste Puis, Les Lettres de cachet à Toulouse au , pages 144 à 146., etc. Dans sa correspondance, Pauline de Barrau se plaint d'humiliations de la part de son mari, que ce dernier veut l'envoyer au couvent accompagnée de la maréchaussée, et qu'il la soupçonne de liens avec le curé du village à qui elle se confierait, d'où le soupçon de « commerce criminel ». Ginesty, subdélégué de l'intendant du Languedoc à Toulouse, dit qu'étant née « demoiselle de qualité »Auguste Puis, Les Lettres de cachet à Toulouse au , page 173., son mari ne l'entretient pas suffisamment. En 1782, le motif officiel de la nouvelle demande de lettre de cachet sont les « désordres » de Pauline, mais il semble que ce soit ses protestations contre l'incarcération de son frère et peut-être d'autres motifs.
En 1782, Ginesty écrit : « La dame de Barrau née de Solages fut enfermée il y a environ quinze années par ordre du Roi et à la sollicitation de son mari et de son père (...) »Auguste Puis, Les lettres de cachet à Toulouse au , page 165..
Toujours en 1782, à la suite de lettres de sa nièce que lui a présentées le sieur de Barrau, le chevalier de Solages, oncle de Pauline, se rallie à Jean Antoine de Barrau pour demander de nouveaux ordres contre elleAuguste Puis, Les lettres de cachet à Toulouse au , page 167.. Auguste Puis rapporte un avis sur cette affaire où le rédacteur s'étonne que ces lettres se soient retrouvées entre les mains du sieur de Barrau alors qu'elles étaient destinées au curé de Carcenac et ajoute que « le sieur de Barrau ne s'est pas présenté pour rendre compte de ce fait »Auguste Puis, Les lettres de cachet à Toulouse au , pages 168-169..