L'immigration italienne en France est l'une des plus anciennes, et historiquement l'une des plus importantes en nombre.

La présence italienne en France remonte au Moyen Âge avec les marchands établis dans les villes des foires de Champagne et avec les banquiers lombards. Dès la Renaissance, affluent artisans et artistes toscans, peintres ou architectes, attirés par les papes avignonais et les princes mécènes. Les sont le temps des danseurs, des musiciens, des troupes de la commedia dell'arte et des comédiens italiens de l'hôtel de Bourgogne.

La France offre dès le début du un refuge aux révolutionnaires se rassemblant pour préparer l'unité italienne qui prendra forme dans la deuxième moitié du siècle. Une autre révolution de ce siècle, industrielle celle-là, provoque un changement de deux ordres dans les flux migratoires qui deviennent un phénomène de masse et, s'ils sont encore le fait d'artistes et d'intellectuels, concernent plus largement des artisans, principalement dans le secteur du bâtiment, et des ouvriers des usines et des mines comme l'illustre l'exemple de Villerupt. Les deux guerres mondiales du et leurs suites amènent à la fois une immigration politique et une arrivée de populations agricoles nécessaires au repeuplement des campagnes désertées mais aussi l'installation d'Italiens dans les domaines du commerce et des services. À partir des années du miracle économique italien, le phénomène de l'immigration se réduit, concerne des travailleurs qualifiés et beaucoup d'Italiens qui vivaient déjà en France s'élèvent socialement.

Au début du , la France compte environ , avec plus de 6 millions de Français qui ont des origines italiennes.

Histoire de la présence italienne en France

Antiquité Les échanges de population entre ce que les Romains appelaient la Gaule cisalpine (l'actuelle Italie du nord) et la Gaule transalpine (l'actuelle France) ont toujours existé depuis l'Antiquité. Une présence italienne en France est notable au . Les déplacements de population étaient limités, et concernaient des artistes, des artisans, des commerçants, donc une migration qui pourrait être considérée «d'élite» et la plupart du temps temporaire.

À partir du Moyen Âge Déjà au Moyen Âge, les Italiens étaient connus en France en tant que banquiers lombardsPierre Milza, Voyage en Ritalie, éd. Plon. Histoire de l'émigration italienne en France.. Depuis 1100, les banquiers lombards se répandirent en FranceLa Banca, Prof. Nino Rebaudo.. Vers le milieu du , des banquiers lombards s'installèrent à Cahors autour d'une place, qui s'appelait alors la place du ChangeCarlo Del Balzo, L'Italia nella letteratura francese dalla caduta dell'Impero Romano alla morte di Enrico IV, volume 1, s.n., 1905.. Le banquier le plus important et le mieux connu était Aguinolfo Arcelli. En 1300, Aguinolfo, originaire de Plaisance, dont le nom francisé est Gandoulfe d'Arcelles, était le Lombard le plus riche de Paris Anne Terroine, « Études sur la bourgeoisie parisienne : Gandoufle d'Arcelles et les compagnies placentines à Paris (fin du XIIIe siècle) ». In: Annales d'histoire sociale. 8ᵉ année, N. 2, 1945. p. 53-74, . D'après les archives, il vivait dans la rue Saint-Merri (dans l'actuel arrondissement de Paris) et payait la taille la plus élevée de tous les Lombards. Son prestige était énorme lorsque l'on considère les clients de sa banque, les personnes qui conclurent des transactions avec lui et les sommes d'argent prêtées aux villes de Dreux, Rouen, Poissy et PontoiseLaura Di Fazio, Lombardi e templari nella realtà socio-economica durante il regno di Filippo il Bello (1285-1314), Cooperativa Libraria I.U.L.M., 1986..

On trouve aussi à Paris des ambulants napolitains.

Depuis le , Florence, en tant qu'État, et les Florentins en tant que communauté d'hommes d'affaires, bénéficièrent longtemps d'une relation très étroite avec la FranceProject MUSE – Renaissance Quarterly – Savonarola in Francia: Circolazione di un'eredità politico-religiosa nell'Europa del Cinquecento (review). Muse.jhu.edu. Retrieved on 2011-07-04.. En 1533, à l'âge de quatorze ans, Catherine de Médicis épousa Henri, second fils du roi François et de la reine Claude de France, et fut reine de 1547 à 1559. Elle devint régente au nom de son fils âgé de dix ans, le futur roi Charles IX et obtînt des pouvoirs très étendus. Après la mort de Charles IX en 1574, Catherine joua un rôle majeur dans le règne de son troisième fils, Henri III.

et révolution industrielle vignette|300x300px|Représentation des émeutes anti-italiennes à Lyon, L'Univers Illustré (30 juin 1894). C'est dans la seconde moitié du que l'immigration italienne en France a pris les caractéristiques d'un phénomène de masse. Elle s'accompagne d'un recours français à la main-d'œuvre étrangère pendant la Révolution industrielle, qui s'accompagne de violentes discriminations et marques de xénophobie.

À cette époque, deux régions voient le plus d'immigrants italiens : l'espace frontalier du Sud-Est de la France et des noyaux de peuplement en Lorraine et Île-de-France, où les immigrés travaillent dans la sidérurgie, les mines, l'artisanat et le bâtiment.

Dans les années 1880, les industriels français de Lorraine constatent la présence d'ouvriers italiens pour les terrassements à Thionville et en Meurthe-et-Moselle. Ces Italiens, aussi employés dans les VosgesPetite histoire de l’immigration italienne dans les Vosges, par Simon Couval pour des travaux similaires, viennent principalement du Piémont, de Lombardie et de Vénétie.

Un recensement des résidents de la communauté étrangère effectué en 1851 par les autorités françaises indique que, sur environ étrangers, étaient Italiens (Piémontais en premier lieu). Le nombre d'Italiens vivant en France augmenta rapidement tout au long du , atteignant le nombre de en 1876 et de en 1881. Ce fut précisément à partir de cette date que l'immigration italienne en France commença à se réduire. Les principales causes furent la récession économique qui caractérisa l'économie française en cette période et les mauvaises relations diplomatiques entre les deux pays, dues à la question de la Tunisie.

La crise diplomatique fut alimentée en outre avec l'entrée de l'Italie dans la Triple Alliance en 1882.

Le , un anarchiste italien assassine Sadi Carnot ; les Italiens sont dès lors tous perçus comme des terroristes anarchistes potentiels.

À la fin du , il est assez fréquent que les immigrés italiens renvoient leurs enfants en Italie jusqu’à l’âge de 12 ans, avant de les faire revenir en France. De nombreux clubs sportifs et associations culturelles sont fondées par les Italiens après l'adoption de la loi du . Pour répondre aux exigences de l'état civil ils appelaient certes leurs enfants Albert et Marie, mais, dans le cadre familial, tout le monde les appelait Alberto et Maria. La discrimination envers les Italiens s'aggrave pendant cette époque : on considère que les Italiens ont une pratique religieuse trop ostentatoire et ne peuvent pas s'intégrer en France.

En , un traité est signé entre la France et l'Italie pour encadrer l'immigration.

Au début du , la communauté italienne devient la première communauté étrangère résidente dans le pays, avec en 1911, soit des étrangers de France ; les Belges, qui sont , sont en seconde place.

En Meurthe-et-Moselle, un service pour le recrutement commun de main-d'œuvre étrangère est installé en .

La banlieue Est de Paris par exemple se distingue par une très forte concentrationVoir Les italiens et le bâtiment : étude de cas en région parisienne, Marie Claude Blanc-Chaléard, 2007./, ainsi que des villes industrielles de l'Ouest (Boulogne-Billancourt, Clichy, Levallois-Perret, Puteaux et Suresnes), p. 111-112..

Jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale, la cause de l'immigration italienne en France était essentiellement économique. En France, il y avait une pénurie de main-d'œuvre, en particulier dans les secteurs de l'agriculture et de l'industrie (usines et mines) et de la construction. Les exigences françaises de main-d'œuvre italienne, grandirent à la fin de la Première Guerre mondiale.

Pendant la Première Guerre mondiale, l'Italie étant ennemie de la Triple-Entente dont fait partie la France, les Italiens sont traités comme des menaces à la sécurité du pays ; les immigrés italiens sont parfois surnommés « Crispi », du nom du ministre italien qui signe le pacte d'alliance avec les Allemands. Dans la dernière année de la guerre, avec le ralliement des Italiens auprès des Français, l'ennemi principal devient l'Allemand. Ceci arrive au moment de l'immigration massive de Polonais germanophones ; alors, les discriminations envers les Italiens baissent énormément et les défauts d'abord reprochés aux méridionaux sont désormais imputés aux arrivants de l'Est.

Entre-deux-guerres Pendant la Première Guerre mondiale, le principe de liberté des flux en vigueur jusque-là disparaît. Les années 1920 voient donc l'établissement de nouvelles structures pour encadrer l'immigration, dont la Société générale d'immigration.

Avec l'avènement du fascisme en Italie, à l'émigration économique s'ajoute celle d'origine politique : on appelle ces Italiens les fuorusciti.

Pendant les années 1920, il y eut de nombreux hommes politiques italiens de divers horizons, qui furent dans l'obligation de se réfugier en France, parmi lesquels , Filippo Turati, Gaetano Salvemini, les frères Rosselli, Giuseppe Saragat, Pietro Nenni, Sandro Pertini et de nombreux autres. Mais paradoxalement, il y eut aussi, bien que peu nombreux, des partisans du régime fasciste, tels que l'écrivain Pitigrilli, agent de l'OVRA à Turin et à Paris. La section française du PNF en 1938 ne comptait que inscritsda G. Perona, page 95 du livre Exilés et migrations. Italiens et Espagnols en France, 1938-1946, 1994., représentée par , qui fut assassiné, en 1924, par un anarchiste italien en exil.

Le régime fasciste entendait préserver l’« italianité » des immigrés, voulant empêcher l’assimilation de ses nationaux par la France. Il s’employa ainsi à favoriser l'exaltation patriotique en créant plus de deux cents sections de l’Association nationale des anciens combattants italiens dans des villes françaises, en plaçant les associations italiennes sous le contrôle des consulats, en regroupant les cultivateurs au sein de coopératives qui dépendaient de banques italiennes. Au contraire, les antifascistes encourageaient les immigrés à s’intégrer dans la société française en participant aux luttes sociales et politiques aux côtés des organisations ouvrières.

En 1931, la communauté italienne en France s'élevait à plus de pour près de 3 millions d'immigrés au total dans le pays. Les Italiens se dispersent dans la France industrielle et rurale, ne se limitant plus aux régions frontalières et minières.

L'année suivante, la loi de protection de la main-d'œuvre nationale instaure la préférence nationale et l'immigration italienne laisse en partie la place à l'immigration des Français d'Algérie.

Déclin puis pic après la seconde guerre mondiale vignette|Carte postale trilingue français-italien-allemand des cités et jardins potagers des mines de Saint-Pierremont à Mancieulles au début du XX siècle. Musée de l'histoire du fer. La Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale contribuent à de nombreux retours en Italie. En 1946, on compte en France, pour en 1931 − cette baisse inclut les aller-retours et .