L'église Saint-Martin est une église paroissiale de culte catholique romain, située à Luché-Pringé dans le département français de la Sarthe, en région Pays de la Loire.
Bâtie dès le par les moines de l'abbaye Saint-Aubin d'Angers sur les bases d'un ancien sanctuaire probablement dédié à sainte Apolline, l'église subit de nombreuses transformations au fil des siècles. Son chœur, remarquablement préservé et dont la construction s'achève en 1225, est un témoignage du style gothique angevin, pour la finesse de ses voûtes dites « Plantagenêt ». Agrandie au par l'ajout d'un transept, l'église est en partie détruite en 1921 à la suite d'un violent incendie. La nef, fortement endommagée, n'est qu'en partie reconstruite, cédant la place à un parvis facilitant l'accès au bâtiment par la façade occidentale.
Classée aux monuments historiques depuis 1913, l'église de Luché renferme une riche collection de statues en bois, en pierre ou en terre cuite, dont certaines proviennent de l'église voisine Notre-Dame de Pringé, ainsi qu'un ensemble de vitraux réalisés par François Fialeix à la fin du . La plupart de ces éléments mobiliers bénéficient eux aussi d'un classement aux monuments historiques, au titre d'objet.
Historique De l'origine au vignette|gauche|redresse|alt=Statue polychrome d'un évêque tenant sa crosse et une bible.|Saint Liboire fonde dix-sept paroisses, dont celle de Luché. Dans les Actes des évêques du Mans, Luché est citée parmi les dix-sept paroisses fondées par saint Liboire, évêque du Mans, au Adrien de Monchy, L'église de Luché et son clocher original, in ., ce qui en ferait l'une des plus anciennes paroisses du Maine. L'implantation du site est certainement liée à la présence d'un gué pour traverser le Loir à cet endroit. Il ne reste aucune trace de ce premier sanctuaire, probablement dédié à sainte Apolline, hormis le nom de la place qui jouxte l'église, au sud, et de son puits alimenté par une source qui prend naissance sous le chœur de l'édifice.
L'église de Luché est de nouveau mentionnée près de sept siècles plus tard dans le cartulaire de Saint-Aubin d'Angers. En 1057, Raoul V, vicomte du Maine, et son épouse Emmeline de Montreveau, dame du Lude, transmettent l'édifice par donation-vente aux moines de Saint-Aubin, pour la somme symbolique de cinq sols et dans l'obligation d'y fonder un prieuré sous le vocable de saint Martin.. Les travaux d'édification d'une nouvelle église commencent aussitôt. Les deux bâtiments sont érigés côte à côte, si bien que l'église ne possède pas alors de façade occidentale, cette entrée étant réservée aux chanoines.
Très vite, le prieuré prospère par une série d'acquisitions et de donations, notamment de la part d'Adélaïde, sœur du seigneur Geoffroy de Sablé, et de Girard d'Athée, conseiller du roi d'Angleterre Jean sans Terre. À plusieurs reprises au cours du , la possession du prieuré de Luché est confirmée aux moines de Saint-Aubin par les papes Pascal II et Eugène III, mais aussi par différents évêques du Mans.
La construction du chœur et des bases du clocher est achevée en 1225.
Époque moderne vignette|alt=Photographie de l'extérieur d'un manoir entouré de douves.|Le manoir de Venevelles, dont les seigneurs figurent parmi les bienfaiteurs de l'église au . Le nouveau transept est mis en chantier au , mais les travaux sont retardés par la guerre de Cent Ans. Le prieuré attenant à l'église est d'ailleurs démoli en 1474, avant d'être reconstruit. Le projet n'est achevé qu'à l'aube du , sous l'impulsion de généreux donateurs, parmi lesquels Geoffroy II de Chemens et sa femme Marthe de Baïf, la sœur de Jean-Antoine de Baïf, poète de la Pléiade. Les clés de voûte des bras du transept sont réalisées entre 1506 et 1538.
Au cours de ce même , d'importants travaux de restauration sont menés sur la nef et la partie haute de la tour du clocher, grâce aux ressources importantes des prieurs commendataires qui se succèdent, parmi lesquels François Disque, conseiller du roi au Parlement de Paris, chancelier de la reine douairière Éléonore de Habsbourg et archidiacre de Laval. En 1538, l'église reçoit une nouvelle cloche ornée de trois fleurs de lys, des figures de la vierge Marie et de saint Michel, et portant l'inscription des noms de ses donateurs, seigneurs de Venevelles.
En 1557, le prieuré est tenu par un commendataire converti au protestantisme, Titus Disque, qui fait détruire une partie de ses éléments mobiliers. Ses deux successeurs sont notamment soutenus par les seigneurs de Venevelles, eux aussi réformés.. En 1604, l'église et le prieuré de Luché sont compris dans la dotation faite par le roi Henri IV aux Jésuites chargés d'établir le Collège royal de La Flèche. Ces derniers installent une école à Luché.
Révolution et Le , l'église est vendue comme bien national à trois habitants du village qui souhaitent la sauver de la destruction : Pierre-François Lépine, fermier de la métairie de la Brosse, sa femme Marie-Gervaise Robineau, et René Martin, maréchal-ferrant. En 1809 puis en 1810, les propriétaires consentent deux promesses de donation de l'église à la commune pour la rendre au culte, sous réserve de la concession de deux bancs. Ces promesses sont approuvées par deux décrets impériaux, le premier signé le au palais des Tuileries, le second le à Moscou, tandis que l'acte définitif est signé par un notaire luchois, maître Frémond, le .
À la fin du , des travaux sont entrepris sous l'impulsion de l'abbé Détis, curé de Luché. Le chœur est notamment restauré en 1876. La même année, des vitraux réalisés par l'atelier du maître-verrier sarthois François Fialeix y sont posés.
L'édifice est classé au titre des monuments historiques le .
Incendie de l'église en 1921 et reconstruction vignette|gauche|redresse|alt=Carte postale ancienne reprenant une photographie de l'église, en noir et blanc.|La façade sud de la nef, avant l'incendie de 1921. Le , à , la foudre s'abat sur le clocher qui s'embrase immédiatement. Le père Fouque, aidé de plusieurs habitants et du maire de la commune, Henri Bourdin, met à l'abri plusieurs statues, ainsi que les vêtements sacerdotaux et la plupart des objets liturgiques. L'incendie se propage rapidement au reste de l'édifice, en premier lieu la charpente de la nef. Les premiers secours s'organisent autour des pompiers de Luché, qui ne disposent qu'une pompe à main alimentée par une chaine humaine transportant des seaux d'eau, en attendant le renfort des compagnies de La Flèche et du Lude, ainsi que d'un peloton du Prytanée national militaire, au cours de la nuitJacqueline Bardet, « Celui-là n'est pas tombé loin », in ..
L'incendie, qui n'est maitrisé qu'à du matin, provoque de nombreux dégâts : la nef et le clocher sont entièrement détruits, les cloches, en partie fondues, se brisent dans leur chute, et de nombreux éléments mobiliers sont endommagés, de même qu'une maison voisine. Seule la voûte du chœur est préservée. Le jour même à , un nouveau feu se déclare dans les décombres, mais il est rapidement maitrisé.
Dans les premières semaines qui suivent la catastrophe, les messes sont célébrées dans une chapelle temporaire, installée sous le porche du presbytère, en face de l'église.
Les travaux de reconstruction de l'édifice durent plus de huit ans, en raison, d'une part, des difficultés de financement, et d'autre part de la pénurie de main d'œuvre et de matériaux au sortir de la Première Guerre mondiale. Malgré les différentes subventions accordées et la générosité des paroissiens, la commune de Luché-Pringé doit contracter un emprunt de auprès du Crédit foncier de FranceJacqueline Bardet, L'église de Luché reconstruite, mais amputée, in ..
vignette|redresse|alt=Sarcophage en pierre blanche, vu du dessus.|Le sarcophage mérovingien découvert lors des travaux de reconstruction. En premier lieu, la mise hors d'eau de l'église est assurée par l'installation de bâches fournies par les Mutuelles du Mans. Les travaux de charpente et de couverture sont ensuite confiés à un entrepreneur luchois, Constant Gouglet, puis, quand ce dernier meurt en , à l'un de ses ouvriers, Constant Houdayer. Au , les travaux de restauration de la tour du clocher débutent, sous la direction d'un maçon venu du Mans, Émile Demas, spécialiste de la sculpture et de la taille de pierre. Lors des travaux de terrassement de la nef, des ossements, ainsi qu'un sarcophage entier, sont découverts. Devant l'ampleur de la tâche, il est décidé que la dernière travée de la nef ne sera pas reconstruite, laissant la place à un parvis fermé par un muret.
Le , l'église restaurée est consacrée par monseigneur Norbert Rousseau, évêque du Puy-en-Velay et natif de Luché.
De la fin de la Seconde Guerre mondiale au vignette|gauche|alt=Vue intérieure de l'église, avec plusieurs rangées de chaises.|Vue de l'église depuis le portail. L'église subit de nouvelles transformations après guerre. Son mobilier s'enrichit par l'achat de nouvelles statues, comme en 1950 : une Vierge de l'Annonciation taillée dans un tronc de cèdre du parc du château de Gallerande par le sculpteur sarthois Raymond Dubois grâce aux fonds collectés auprès des paroissiens. De même, dans la seconde moitié du , plusieurs statues de l'église voisine de Notre-Dame de Pringé sont transportées à l'église Saint-Martin de Luché pour les protéger du volLe charme romantique de la petite église romane de Pringé, in ..
En 1966, deux cloches venues de paroisses algériennes sont installées dans le clocher, portant à trois le nombre de cloches de l'église. En 1996, Dom Le Méhauté, moine de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, exécute un nouveau maître-autel en réutilisant des pierres du précédent, de style néogothique et offert par l'abbé Détis en 1877.. En 2001, les vitraux de la nef sont remplacés par des verrières de style abstrait, réalisé par l'atelier sarthois Vitrail France.
L'édifice est utilisé par l'ensemble paroissial de La Flèche-Bazouges-sur-le-Loir-Luché-Pringé-Malicorne-St-Germain-du-Val, dépendant du diocèse du Mans..
Description Architecture L'église de Luché avant l'incendie vignette|redresse|alt=Plan en noir et blanc de l'église.|Plan de l'église avant 1921. Le plan d'origine de l'église Saint-Martin est atypique dans la mesure où il ne suit pas le plan classique en forme de croix latine : il présente la forme d'un grand rectangle d'environ de longueur et de largeur. La façade ouest étant accolée au jardin du prieuré, le portail est alors percé dans le mur sud de la nef.
Cette dernière se compose à cette époque de trois vaisseaux délimités par deux rangs de piliers carrés dont la dissymétrie témoigne d'une construction en plusieurs étapes et non selon un plan bien défini. Le bas-côté nord de la nef est alors divisé en deux parties correspondant aux deux frontons extérieurs par un arc transversal en forme de quart de cercle qui repose sur une des grandes arcades de la nef.
Le bas-côté méridional, d'une construction plus aboutie, est partagé en quatre parties par des arcs transversaux qui reposent sur les demi-colonnes des piliers de la nef et sur des colonnettes s'appuyant sur le mur extérieur. Chacune de ces quatre sections correspond alors aux quatre frontons extérieurs, délimités par des toitures à double égout.
Le chœur, témoin du style gothique angevin Le chœur et la nef forment deux parties bien distinctes. Les dimensions du chœur à chevet plat, achevé en 1225, sont exceptionnelles au regard du reste de l'édifice : il présente la forme d'un rectangle d'environ de longueur par de largeur. Ces dimensions s'expliquent du fait qu'il s'agit à l'origine de l'église d'un prieuré : le chœur étant alors exclusivement réservé aux moines, il doit permettre de tous les accueillir. Pour la même raison, le maître-autel devait alors être placé sous la tour du clocher, au centre de l'édifice, et non adossé au chevet.